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TERRES CUITES

On api)elle terre cuite le résultat de la déshydratation des argiles. 11 reste, après une chauffe suffisante, une matière dure, [)lus ou moins colorée, dont la structure est poreuse. La porosité et la dureté des terres cuites sont très variahles; dans les alcarazas et les gargoulettes on a porté cette porosité à l'excès mais la masse est tendre; dans les hricpies dures, la porosité est beaucoup plus faible que précédemment et la dureté s'est accrue au point que la masse fait feu au briquet.

Les terres cuites ont de nombreux usages : elles sont employées en quantité considérable dans la construction sous forme de briques, tuiles et poteries de bâtiment. La poterie do terre cuite fait également l'objet d'une certaine fabrication.

Ce sont des pierres artificielles destinées à suppléer la pierre naturelle dans les constructions.

La brique doit, suivant le genre de construction, être douée de propriétés différentes et façonnée de formes diverses.

Les briques auront à présenter une l ésislance suffisante pour résister au transport et à la pression; on leur demande aussi d'être régulières et sans déchirures.

Pour la construction couranle leur poids ne peut pas être trop élevé. Il faut que la brique puisse se tailler nettement, ce qui ne saura s'obtenir qu'avecune texture homogène et résistante,

298 CHAPITRE X. — TEURES CUITES.

car une masse hétérogène a nécessairement des régions de moindre solidité où les fractures se produisent plus facilement, empêchant ainsi de déterminer une section nette à une place choisie d'avance. Les hriques qui ne sont pas façonnables ainsi sont faites avec une terre insuffisamment préparée, elles seront de courte durée; c'est une marque infaillible pour les constructeurs.

La chaleur et le froid désagrègent les hriques de mauvaise qualité et les font se fendre. Une bonne hrique est poreuse, sans excès; cette propriété lui permet de prendre le mortier qui sert à la réunion des briques. La couleur et la forme des hriques doivent être régulières; il faut des contours à arêtes vives.

Pour les différents buts que l'on se propose on emploie des hriques de propriétés diverses, mais, en général, elles répondent aux conditions que nous venons d'énuinérer quand elles sont de bonne qualité.

Les briques ont, le plus souvent, la forme de parallélépipèdes dont la largeur est la moitié de la longueur plus la moitié d'un joint; l'épaisseur est environ la moitié de la largeur. La largeur, pour que l'on puisse saisir la brique avec la main, ne dépasse pas 14"'", 5; l'épaisseur est comprise entre 0'"' et 8™ et la longueur est d'au plus Sc^™.

Nous ne parlons pas ici des briques de forme spéciale.

Les hriques françaises les plus employées ont pour dimensions :

Paris (Vaugirard) . . 21 xii x6 à -i^ xii x;

Bourgogne -ri xii x5,5

Marseille 21,5x10,5x5 à .UjSx 10,5x7

Nord i-J. X 10,5 X 6

Union céramique ... ii x 10, 5 x 5,5

avec un poids moyen de 2''s,5oo.

A l'étranger les dimensions s'écartent un peu des nôtres; les hriques de Scandinavie sont les plus grandes avec 3o x i4,5 x 7,5 cl les briques belges Derdeling ont les moindres dimensions i5 X 7,3 X 3,8.

Voici les principaux formats utilisés :

Allemagne (formai normal) a5 X12 x 6,5

Autriche ) ^« ^

Belgique (format moyen ) ig x 9 xj

Danemark i-x xio,5x5,îi

Angleterre (sud) 25,4 x r 2,4 x 7,6

» (Slaffordshire) 25 x 12 x6

Suède et Norvège 3o xi4,5x7,5

TT 11 j l 18 X 8,6 X 5

Iiollande \ '

Italie 25 x 12,2 x 5

Espagne 28 x 14 x 5

Russie (grand format) 29 x 14 x 8

Suisse 25 X 12 x 6

Etats-Unis 2o,5xio xG

Terres à briques. — Les argiles employées dans la fabrication des briques sont ferrugineuses et calcaires, elles sont peu grasses par suite de leur constitution. Elles renferment, en outre, du sable qui, les dégraissant, les rend plus faciles à travailler que les terres grasses; elles possèdent moins de retrait que ces dernières.

Aux environs de Paris, le lebm ou loess est très employé pour fabriquer les briques de qualité secondaire. Il contient beaucoup de sable (de 60 à 80 pour 100) et donne des biiques de résistance moyenne à la gelée. Les briques faites avec cette matière sont assez poreuses, c'est ce qui les rend altérables par le froid, car l'eau qu'elles contiennent produit des pressions au moment de la congélation, pressions qui peuvent amener des éclatements.

Ce lehm n'est pas particulier au bassin de Paris, on le rencontre dans les terrains quaternaires sous forme de limon gris jaunâtre, composé d'une matière plastique argileuse mélangée de carbonate de calcium, de sable quartzeux quelquefois micacé, et d'un peu d'oxyde de fer.

Le limon, qui se dépose à l'emboucbure des grands fleuves, est une source abondante de terre à brique.

3oo

La terre végétale jaunâtre est suffisanimenl argileuse pour servir à fabriquer des briques. On construit dans beaucoup de pays des maisons avec la terre du lieu. Ces briques sont, en général, de qualité inférieure, leur prix de revient est en revanche assez bas.

Quand on désire des briques solides, bien façonnées et de bonne durée, il faut conduire la fabrication avec soin et employer alors les argiles plastiques communes qui sont encore assez abondantes. La présence fréquente de craie, de rognons de pyrite et de cristaux de gypse est nuisible et il est nécessaire d'enlever le plus possible ces deux corps.

Si les fragments sont assez gros pour être enlevés à la main facilement, le triage est simple; au contraire, si les pyrites sont de petites dimensions et les cristaux de gypse ténus, l'éplucbage ne peut plus guère s'effectuer et l'argile demande, pour être mise en état de servir à la préparation de la pâle, un traitement hors de proportion avec la valeur du produit.

Quand on peut extraire la terre d'avance et la laisser hiverner en plein air, la masse se bonifie et devient plus plastique. Les pyrites s'oxydent par suite de l'éclatement des blocs pendant la gelée, et l'eau de pluie, servant de véhicule, entraîne les sulfates formés. Nous avons fait déjà remarquer les avantages de cette manière de faire. Ce mode de travail, nécessitant pour un grand débit des amas d'argile considérables, n'est pas souvent suivi. La préparation des argiles à la machine a contribué beaucoup à en diminuer l'emploi.

Voici la constitution et la composition de quelques terres :

Matière argileuse et sable argileux 28,5 49,5 80, 3

Sable fin 'io i4 ,5 G,')

Sable moyen 8 4,f>

Sable en grains 34,5 20,0 7,8

Eau totale 9,0 10,0 3,7

Sable 59,70 ')4,7o 50,76 » »

Silice '9,94 21,04 14,86 66,07 54, 5o

Alumine 10,67 i<^î97 "5,79 12,90 16, 5o

BRIQUES. 3oi

Oxyde de fer 3,43 3,;>7 2,57 5,27 i3,5o

Carbonate de calcium. . 0,48 o,5\ 8,34 2,60(1) 3^3^(1)

Magnésie 0,11 0,12 0,12 1,61 »

Alcalis traces traces traces » »

Perte au rouge 3, (12 3,78 5,20 11, 55 10,60

Eau hygroscopique. . . . 2,04 5,28 7,36 » »

1, 2, 3 terres de Mahren à diverses profondeurs du gisement; 4 terre de Nordlingen; o terre de Longport.

Les briques sont Irès anciennes et, au début de leur fabrication, on ne les cuisait pas. Celte pratique peut se compfendre dans des pays cbauds, elle ne peut être suivie dans nos régions.

Nous considérerons dans la fabrication des briques deux modes de facture : 1° la brique de campagne fabriquée en plein vent dans le pays avec la terre locale sur le gisement; 2" la brique mécanique fabriquée dans des usines fixes en grande quantité.

§ i. — Brique de campagne.

La fabrication de la brique de campagne doit être faite surtout économiquement, elle s'opère en plein air, comme nous l'avons dit, et procède fort simplement.

La composition de la pâle varie avec la nature de la terre. 11 faut que la brique une fois moulée puisse quitter le moule sans s'arracber etsécber sans se fendiller. Il est nécessaire aussi que la masse ne soit pas trop dure afin que le travail soit facile et assez rapide. On pourra quelquefois utiliser la terre telle qu'on la trouve, d'autres fois être obligé de la dégraisser par l'addition de sable, de débris de combustibles ou d'escarbilles. Comme, dans un même gisement, il n'y a pas forcément homogénéité dans tous les points, on tirera parti des portions trop maigres pour dégraisser les portions trop grasses. On est guidé dans ces diverses manières de faire par les ressources immédiates et la nature de la contrée.

(') Ces chiffres désignent la quantité de chaux à l'état d'oxyde.

La terre est mise en tas avec le dégi aissant, si ce dernier est nécessaire, et le mélange se fait en ce cas en employant comme mesure de volume une brouette, par exemple. On étend les tas à la pelle sur le sol uni et l'on déirempe la couche peu à peu avec des additions d'eau en quantité modérée. Dans les installations tout à fait primitives, on marche encore la pâte avec l'aide de l'homme; dans les entreprises mieux outillées, on a recours à un petit malaxeur manœuvré par un cheval, dans lequel on jette les divers éléments de la pâte.

l'ig. 90.

Le façonnage de ces briques se fait fréqueuiment à la main. Les moules employés sont rectangulaires et leurs quatre côtés déterminent, par leur hauteur, l'épaisseur de la brique; les moules sont quelquefois doubles et permettent alors de mouler deux briques à la fois. Ces moules sont en bois, rarement (n métal; il est facile de les confectionner et de leur donner les formes et dimensions de la brique, suivant l'usage du pays et sa destination.

La figure ci-jointe donne l'idée d'un de ces instruments.

Les moules de bois ne sont pas coûteux; ils demandent un peu de soin, car, mouillés et abandonnés à une dessiccation rapide, ils se déforment el deviennent hors d'usage; aussi, pendant les interruptions du travail, les ouvriers ont-ils l'habitude de les maintenir humides au moyen de chiffons imhibés d'eau.

On doit construire les moules naturellement en tenant compte de la valeur du retrait. Ce retrait peut aller jusqu'à 10 pour 100 et plus, si la pâte est lâche.

Le mouleur opère sur une table dont la surface bien plane est recouverte de sable afin d'éviter l'adhérence de l'argile. Il sable d'abord son moule, y jette de la pâle, la seire, enlève

BKIQLÎES.

l'oxcédenlàla main et, au moyen d'une planche dressée ayant la forme d'un couteau, il racle et unit la surface supérieure. Cet instrument s'appelle généralement une plane.

Un apprenti vient prendre le moule et la brique et transporte le tout sur une aire dressée et sablée.

Celte aire doit être bien battue et très unie, elle a une petite pente de manière à provoquer l'écoulement des eaux de pluie. C'est là que les briques façonnées vont commencer leur dessiccation. Le porteur place le moule de champ, puis fait sortir la brique en retournant le moule de manière à la placer à plat. Le mouvement nécessaire pour cette opération doit être assez régulier, sous peine de produire des déformations.

Ce procédé de moulage est très rapide et un mouleur habile, travaillant avec un moule simple, produit facilement en lo heures 8000 à 100D3 briques en moyenne, parfois même 12000.

Les briqueliers ont quelquefois recours au moulage mécanique. Pour travailler les terres sèches et pulvérulentes, ils se servent d'une presse à levier moulant deux briques à la fois.

Celte presse est constituée par un double moule de cuivre ou de bronze, encastré dans une table solide. Le fond F de ces moules est mobile et repose sur une tige, appuyant en E sur un levier inférieur Cl), que l'on voit sur le dessin. La manœuvre

3o4 CHAPITRE X. — TERRHS CUITES.

est très simple : on jette la terre dans les moules, puis, après avoir enlevé l'excédent de matière, on rabat le couvercle qui ferme les moules. On exerce alors la pression en abaissant le levier supérieur qui entraîne le levier inférieur et, par suite, le fond des moules. Une fois la pression donnée, on abandonne le levier que l'élaslicité relève, on ramène le couvercle et, au moyen d'une pédale, on soulève le fond des moules, ce qui produit le démoulage.

Un semblable instrument produit le même travail qu'un mouleur, seulement, comme la brique a été pressée, il est inutile de la rebaltre.

Quel que soit le mode de façonnage, on place les briques moulées sur l'aire, d'abord à plat, puis, quand elles ont pris un peu de consistance, de champ et on les abandonne ensuite à la dessiccation jusqu'à ce que leur raffermissement soit assez avancé pour que leur maniement ait lieu sans déformation. Quand le tem|)s est beau, cette exposition à l'air libre dure une douzaine d'heures; avec un ciel couvert, elle peut se prolonger pendant 48 heures.

Les briques, quand elles n'ont pas été pressées, sont alors parées, c'est-à-dire ébarbées et rebattues sous toutes les faces avec une batte.

Pour terminer la dessiccation, on place les briques les unes sur les autres à claire-voie, de manière que l'air circule librement sur la plus grande surface possible.

On appelle cet échafaudage une haie ou gambette. Les haies ne sont pas placées directement au ras du sol, on fait une bande de terre surélevée de i" à i™,2o de large sur laquelle on dispose les briques. Avec ce dispositif, on évite de faire tremper la base des piles dans l'eau en cas de pluie. On ne forme pas de suite une haie bien élevée, on dispose le tas de briques sur une surface suffisante pour que l'on n'emi)ile pas à la fois plus de trois à quatre rangs. Une charge plus considérable écraserait les rangs inférieurs encore frais. On laisse sécher un peu, puis on continue d'élever des rangs jusqu'à ce qu'on atteigne de iG à 18 briques. Pour protéger les haies de la pluie on les recouvre de paillassons E ou de tuiles et pour donner à celte toiture de

BRIQLES. 3o5

l'inclinaison, on diminue chaque raug d'une brique. Les haies ont au maximum 2™ de hauteur et une largeur de 4 briques en longueur.

Cette dessiccation eu plein air est évidemment la plus éco-

Fig. 92.

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nomique, mais, daus les climats tempérés ou froids, elle est exposée à des accidents par suite de la pluie qui vient gâter les haies.

Dans les briqueteries de campagne comme celle dont nous venons de décrire le fonctionnement, l'installation est volante et, par conséquent, il n'y a pas lieu d'installer des hangars puisque tout engin de fabrication à poste fixe doit être écarté.

La cuisson des briques ainsi façonnées ne s'opère pas dans un four particulier, elle s'effectue en formant un four avec les briques elles-mêmes ; cela s'appelle cuire à ta volée ou en meules.

La cuisson des briques à la volée s'opère de la manière suivante :

On dispose, sur un sol bien nivelé et un peu plus élevé que le terrain environnant, pour éviter le séjour des eaux de pluie, des rangées de briques de champ en ménageant, de nièlre en mètre, un espace correspondant à l'ouverture d'un foyer. Sur ces files, on place perpendiculairement d'autres briques pour former un second rang; sur ce second rang on en échafaude un troisième, puis d'autres, en ayant soin de croiser toujours les briques et de laisser pendant les premiers rangs l'ouverture commencée avec le premier rang. La figure donnera une idée de ce dispo-

3o6 CHAI'ITltK X. — TKIUll-S CLUTKS.

silif que l'on comprendra à la seule inspection. (Le mode d'établissement d'une menle varie beaucoup suivant les régions.)

Avant de fermer les conduits, on les remplit de bois et de copeaux pour faciliter l'allumage du combustible, puis, arrivé an sixième rang, on répand une couche de charbon maigre très

l'ig. 93.

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