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II. — TUILES

On a donné une grande variété d'aspect à ce produit, néanmoins la fabrication réduite à ce qu'elle a d'essentiel comprend la fabrication d'une plaque de terre et sa cuisson.

Les tuiles les plus simples, les pannes ont une forme très simples; les tuiles à emboîtement, qui sont plus agréables d'aspect et permettent un assemblage plus parfait que les tuiles ordinaires, demandent une fabrication plus compliquée; nous allons examiner ces deux sortes de produits.

§ 1. — Tuiles ordinaires.

Moulage à la main. — Le travail est très comparable à celui de la confection des briques; dans un moule plat rectangulaire on introduit la pâte, on démoule et l'on porte au séchoir.

Le moule à tuile est forcément beaucoup moins profond que le moule à brique, par suite de la moindre épaisseur des tuiles. Comme la galette de terre que l'on obtient a peu de résistance,, on pose le moule sur une planchette mobile, pendant le façonnage; puis, une fois que l'excédent de terre a été enlevé à la plane, on enlève le moule et la tuile reste sur la planchette. Mais un crochet est nécessaire pour ce genre de tuile plate, aussi a-t-on ménagé dans le moule une encoche. Pendant que le gamin emporte la tuile, d'un coup de pouce il relève cet appendice et le redresse de manière à former un crochet. Les tuiles sont déposées sur des supports dans le séchoir pour éviter

leur déformation en allendant qu'elles aient une consistance suffisante pour être portées au four. Ce moulage est moins rapide que celui des hriques. Un bon ouvrier ne fait pas autant de tuiles que de briques.

La tuile à main n'a pas toujours une forme aussi simple que la tuile plate des campagnes. Pour obtenir des luiles courbes, on porte la plaque de lerre sur un mandrin présentant une surface conique et on la coupe aux dimensions.

La panne de Picardie est plus compliquée de forme; un de ses bords est relevé, tandis que l'autre présente une courbure. Ces pannes |)ermettent une sorte d'emboîtement plus commode que la simple superposition des tuiles les unes sur les autres. Pour les obtenir, on fait d'abord une pla(|uc de terre comme pour obtenir une tuile ordinaire. Le moule a la configuration voulue pour fournir la surface suffisante pour les parties en relief. On pose ensuite la plaque sur un moule de métal, dans les rainures duquel on a placé une fourcbette. La croûte est ensuite appliquée de manière à épouser tous les détails, puis enlevée avec la fourcbette el posée sur un support de bois. Les supports sont très sinqiles, ils sont formés de tringles de bois parallèles réunies par deux morceaux de bois formant pied. Un de ces supports peut sup|)orler trois tuiles. Les supports sont placés sur des étagères dans le sécboir.

Cuisson. — Les tuiles se cuisent dans des fours analogues aux fours à briques les plus simples; on les empile de cbamp en ayant la précaution de ne pas donner un feu 1ro|) vif au début.

Les luiles ordinaiies n'ont jias la compacité voulue pour une bonne conservation. Elles s'imprègnent de végétations parasites nuisibles à leur durée. Les couvei'tures que l'on rencontre à la campagne sont cbargées de mousses vertes abondantes qui résultent de la perméabilité de la terre cuite aux germes qui se (léveloi)penl à la surface.

Ces tuiles ne forment pas une aussi bonne couverture que les tuiles à emboîtement, aussi ne sont-elles cmplo\'ées que pour des constructions à bon marcbé.

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§ 2. — Tuiles mécaniques.

La tuile plate se façonne facilement à la machine. Il faut d'abord faire une croûte à la filière, puis la débiter aux dimensions voulues. M. Joly adapte à la suite d'une filière un appareil coupeur spécial. Deux cylindres horizontaux, parallèles et munis

Fig. ii3.

(l'un engrenage, sont entraînés par le passage d'une croûte de terre. Le cylindre inférieur porte une saillie correspondant à un vide du cylindre supérieur, lequel est muni de lames placées longiludinalemenl. Au bout d'un tour complet, une encoche est produite et la tuile se trouve coupée. Si l'arrivée de la terre est constante, la production des tuiles est continue; les pièces coupées s'avancent sur les rouleaux. Il n'y a plus qu'à les enlever pour les placer sur des supports de grandeurs approl)riées à la tuile.

La tuile plate peut être fabriquée à la filière encore plus sim-

plement. Au lieu de donner à la croûte une surface unie, on ménage dans la filière une ouverture qui forme une nervure dans le milieu de la croûte. On coupe alors la tuile à la longueur voulue avec un appareil comme celui qui sert dans la fabrication. La nervure formée sur la croûte rencontre à peu de distance de la filière un fil horizontal tendu, distant des rouleaux de l'épaisseur d'une tuile. Pendant le parcours de la croûte le fil enlève la nervure, mais il en laisse une longueur suffisante pour former le crochet. On peut superposer deux filières et faire deux tuiles à la fois se regardant face à face; les fils destinés à faire le crochet sont placés au-dessus et au-dessous. Dans d'autres appareils à filière on presse un bloc convenablement ajouré pour pouvoir le découper en plusieurs tuiles.

Ce genre de tuiles plates peut se faire avec l'extrémité droite ou courbe. Une machine, exposée en 1900 à Paris par M. Schlickeysen, était munie d'un appareil coupeur qui opérait à la fois le découpage de deux tuiles superposées et l'arrondissement de leurs extrémités. Ce genre d'appareil doit avoir ses rouleaux de plâtre disposés de manière à laisser passer les nervures.

On appelle tuiles à feuillure ou à emboîtement des tuiles munies de rainures et de renforcements disposés de telle sorte que les reliefs el les creux des tuiles voisines s'engagent les uns dans les autres de manière à former un tout impénétrable.

Les modèles de tuiles qui dérivent de cette définition sont extrêmement nombreux; la fabrication de ces produits est la même dans ses grandes lignes.

Quand les tuiles d'un toit se recouvrent l'une l'autre de telle sorte que leurs bords latéraux sont dans le prolongement les uns des autres, il n'est besoin que d'un seul modèle; au contraire, quand les bords traversent le milieu de la rangée suivante, une demi-tuile est nécessaire pour compléter la toiture. Les demi-tuiles se font souvent au moyen d'une forme spéciale; on peut aussi les tailler dans une tuile entière quand leur configuration le permet.

Les tuiles à feuillures n'ont pas toutes les mêmes dimensions; on compte en moyenne de i3 à 22 tuiles au mètre carré.

La fabrication demande une argile grasse, plastique. Une

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argile trop grasse tend à se fendiller soit pendant le séchage, soit pendant la cuisson; l'addition d'un dégraissant est presque toujours nécessaire, car rarement on trouve une terre convenable à façonner telle qu'on la trouve.

La pâte ne doit pas renfermer de grains, ni de pierres sous peine d'éclatements. Ce genre de tuiles est cher et exige une fabrication soignée.

La tuile à emboîtement se moule à la presse comme nous l'avons indiqué déjà, mais il n'y a pas en usage que le seul modèle de presse que nous avons décrit {fig- 55). Les petites presses sont des presses à bras; avec le nombre d'ouvriers convenable, soit un homme pour la manœuvre et un du côté des formes, on peut mouler i5oo tuiles par jour. Quelques presses plus robustes peuvent même fournir jusqu'à 1700 tuiles.

Pour la manœuvre avec un moteur, on commande l'appareil au moyen d'un système à friction sur lequel on peut faire passer une courroie roulant au repos sur une poulie folle. Une fois embrayé l'arbre supérieur entraîne dans sa rotation deux plateaux verticaux centrés sur cet axe; le contact d'un de ces plateaux avec un plateau horizontal commandant la vis de la presse détermine l'ascension ou la descente du moule suivant que le contact a lieu d'un côlé ou de l'autre. Une presse de ce genre absorbe un cheval et demi pour donner 2000 tuiles par jour.

On construit aussi des presses à tuiles dans lesquelles la pressée est produite par un autre mécanisme. La pièce mobile est guidée par trois tiges qui assurent son mouvement dans le sens vertical. Un excentrique est engagé dans la partie supérieure de la pièce mobile ; suivant le sens de rotation qu'on lui imprime ilvientsouleverouahaisser le chapeau du moule. Le mouvement est réglé de telle sorte que, lorsque l'excentrique appuie sur le rouleau inférieur relié au moule, la pression exercée est considérable. Au contraire un effort très faible suffit pour remonter la pièce mobile.

Mue par un moteur une semblable presse fournit 220 tuiles à l'heure.

Les presses à tuiles travaillant en pâtes molles ont des moules en plâtre; le travail en pâte ferme nécessite des moules de

CHAPITKK X. — TERRES CUITES.

métal. L'emploi de pâte permettant l'usage de moules en plâtre est un cas très fréquent de la fabrication.

Pour une grande production on emploie des presses un peu différentes, dites presses-revolver.

Dans la partie inférieure d'un très fort bâti est monté un tambour à cinq faces, dont chacune porte un moule à tuiles.

Au-dessus de ce tambour, la pièce, portant le moule supérieur, est guidée par un S3'stème de tiges. Chaque face du tambour se présente exactement au-dessous du moule supérieur. Le tambour est fixé dans cette position par un appareil d'arrêt qui se compose d'une étoile à cinq branches, montée sur l'axe de ce tambour, et d'un tenon en acier. Cette dernière pièce est adaptée à la grande roue dentée de l'axe de l'excentrique. Le tout est disposé de manière que, lorsque la grande roue fait monter et descendre une coulisse au moyen de l'excentrique, le tenon s'engage dans une des fentes de l'étoile et la fait évoluer d'un cinquième de tour. L'une des faces du tambour se trouve

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dans la position voulue au-dessous du moule supérieur quand celui-ci est alors dans sa plus haute position. La bande de la roue de frein {voir à gauche sur la fig. ii5) a une partie ouverte ; quand l'étoile tourne, une de ses pointes s'emboîte dans la partie ouverte. Cette pointe est celle dans laquelle le tenon s'est

ongagé. Un frein reste appliqué contre un des segments qui forment les branches de l'étoile, cette dernière s'arrête et immobilise le tambour; la pressée de la tuile s'effectue à ce moment.

On a adopté d'autres dispositifs dans la construction des presses-revolvers. Ainsi, dans la figure 1 16, on voit l'étoile à cinq

branches remplacée par un disque à cinq encoches dans lequel une tige vient se caler.

Dans l'intérieur de la coulisse on voit deux rouleaux liorizon-

Fig. ii6.

taux. Ces deux rouleaux font corps avec le support du moule: c'est entre eux que vient s'appliquer l'excentrique. Par suite de la construction de cette dernière pièce la pression n'est pas continue, elle subit une interruption quand la croûte a été bien

TCILIÎS. 3^9

étalée, puis elle reprend plus énergiquement. Pendant la pause l'air peut s'échapper {fig. ii5).

On garnit le tambour d'une galette de pâte pendant qu'a lieu la pressée. Cette application se fait sur la première face qui doit subir la pressée. Un deuxième ouvrier place un support sur la tuile qui vient d'être pressée et la maintient. C'est quand la face est arrivée au bas de sa course que la tuile s'en sépare.

Ce système de presse consomme beaucoup de force; trois chevaux environ sont nécessaires. On presse de 4oo à 5oo tuiles par heure.

Pour accélérer la production, on peut employer un instrument plus puissant avec un tambour suffisamment grand pour mouler trois tuiles d'un seul coup.

Les tuiles exigent des supports pendant leur dessiccation, elles doivent être soutenues pour éviter des affaissements et des déformations. On les pose alors sur des supports en bois de dimensions appropriées au format de la tuile.

Cuisson. — Placée dans un four continu, tel que celui d'Hoffmann, la tuile, se trouvant en contact avec le combustible, sort pleine de taches et tout à fait dépréciée; on a cherché de nombreux moyens pour éviter cet accident.

Dans les briqueteries où l'on fait des tuiles on emploie le four Hoffmann, les tuiles cuisent entourées de briques, protégées par ces dernières. Les briques seules servent à la confection des puits oiî tombe le combustible, l'enfourneur ménage autour des tuiles une garniture de briques qui les protège contre la chute du charbon. Cette manière de conduire la cuisson est subordonnée au rapport des nombres de briques et de tuiles fabriquées. Si ces dernièi^es sont en trop grand nombre, il n'est plus possible de mettre en pratique ce genre d'enfournement.

Parmi les modifications apportées au four Hoffmann pour le rendre apte à cuire les tuiles sans déchet nous citerons les appareils de Virollet, Dannenberg, Witte, Escherisch-Schwandorf.

Le four Virollet est un four à galerie dans lequel on a ménagé de place en place un foyer fixe à grille. L'air arrive du dehors sous la grille et traverse le combustible; les gaz se dirigent vers

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la cheminée en parcourant la région du four conlenant les produits à cuire tout comme dans un four Hoffmann. La seule différence à signaler c'est que, dans un four cousiruit de cette manière, on ne peut utiliser de l'air échauffé par son passage sur des produits en refroidissement. Seuls les gaz chauds sont utilisés; la comhustion se fait au moyen d'air froid provenant du dehors. On donne le nom de four à tranches à un four ainsi disposé. L'appareil est en effet découpé en tranches, chacune d'elles commençant au foyer et se limitant à un petit mur précédant le foyer suivant.

Le four de Dannenherg est un peu différemment conçu. 11 reçoit le comhustible que l'on fait tomber par les ouvertures supérieures. Le four comprend une série de chambres identiques reliées entre elles par la partie inférieure. A l'entrée de chaque chambre, on a disposé sur la paroi transversale une grille en zigzag (comme le montrent les coupes ci-dessous);

Fig. 117.

celte grille C reçoit le combustible que l'on fait tomber par les ouvertures supérieures. De l'air chaud, provenant des chambres en refroidissement, arrive juste au-dessous de la grille par A pour alimenter la combustion. Une deuxième canalisation I) permet d'amener de l'air au moyen des conduits B.

Witte construit son four d'une manière différente. Il conserve la disposition générale du four Hoffmann, mais ses foyers sont disposés dans les parois externes du four. Le four est divisé en chambres; chacune d'elles peut communiquer avec les chambres voisines par des ouvertures ménagées dans la paroi; à chaque

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La cuisson des produits qui ne doivent pas être en contact avec le combustible peut s'effectuer par d'autres moj'ens que le précédent. L'emploi du gaz fournit une solution facile du problème. On a transformé aisément le four Hoffmann en four à gaz de gazogène d'une manière fort simple. Au lieu de jeler du charbon dans les trous de charge, on y fait passer des cylindres

en terre cuite, perforés, dits chandelles, et dans lesquels on fait arriver du gaz de gazogène. Une conduite g ménagée dans

l'axe du four est en communication avec les gazogènes. Des carneaux, débouchant dans le toit du four, peuvent être mis en communication avec les trous de charge au moyen d'un raccord

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