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III. Westphal

Le façonnage ne présente rien de bien particulier. Le tournage et le moulage ont été uniquement employés. Actuellement

le peu d'importance des fabii(iues ne comporte pas l'emploi du façonnage mécanique.

Après l'ébauchage, les pièces rafTermies subissent le tournassage. Pour terminer leur dessiccation les pièces ne demandent pas un empilage compliqué. On peut sans crainte de déformation mettre les pièces les unes dans les autres quand elles sont plaies; on les place bord sur bord quand elles sont creuses et quand leur forme ne permet pas l'empilage.

L'émaillage se fait sur biscuit, ce qui fait que la cuisson demande deux feux : un pour le biscuit et un pour l'émail. Cette dernière cuisson se fait à une température plus élevée que la cuisson du biscuit.

La glaçure stannifère se prépare au moyen de calcine. Cette calcine provient de l'oxydation d'un alliage de i partie d'étain et 4 parties de plomb. On ajoute du sable pour former un silicate plombeux, puis une petite quantité d'un sel alcalin; généralement les fabricants ont donné la préférence au sel marin qui, difticile à salifier, doit surtout servir de couverture au silicate plombeux pendant la fusion, car la silicatisation d'un chlorure est lente. Avant d'être employé l'émail subit un fort frittage; sans être amenée jusqu'à la fusion complète la masse se ramollit fortement en s'agglomérant. Les faïenciers avaient disposé dans leurs anciens fours (fours carrés) un bassin où ils frittaient leur émail. Sous le four, dans une cavité qui recevait la première atteinte de la flamme avant son ascension dans le four, on ménageait une cavité, peu profonde mais de large surface, dans laquelle on déposait, sur un lit de sable pour éviter l'adhérence, les matériaux de la glaçure. La cuisson peut se faire également dans des fours cylindriques, l'émail doit alors se préparer à part. Une fois frilté l'émail est gratté pour le débarrasser des matières étrangères adhérentes, puis pulvérisé.

Fabrication dite de Paris. — Brongniart a désigné sous ce nom la poterie capable d'aller au feu et recouverte d'un émail stannifère que l'on rencontre surtout dans les marchés en plein vent des environs de Paris. Son emploi est restreint aux classes peu aisées et aux paysans. Les formes sont grossières et épaisses.

faïence commune ÉMAILLfiE OU STANNIFÈRE ET MAJOLIQUE. /j 1 7

Il n'y a aucun inconvénient à citer comme exemple une description aussi ancienne; la faïence émaillée est restée actuellement au point où elle était il y a un demi-siècle. Nous distinguerons de suile deux sortes de poteries : la faïence blanche et la faïence brune. La première ne supporte pas le feu, la seconde peut être chauffée sans accident. Cette dernière faïence a pu, grâce à cette propriété, trouver un débouché dans les ménages.

Les pâtes de la faïence blanche et brune étaient ainsi composées :

Argile plastique d'Arcueil Marne argileuse verdâtre.

Marne calcaire blanche . .

Sable jaune de Picpus. . . .

L'argile plastique d'Arcueil est une argile que l'on trouve en grands amas. On rencontre cette argile dans certaines régions du gisement avec un aspect particulier. Les matières organiques ont réduit les composés ferriques en composés ferreux, aussi lorsqu'on coupe un bloc humide laisse-t-il voir une coupure bleue très nette. Cette apparition est de courte durée, car l'oxydation amène rapidement la coloration rouge des argiles ferrugineuses.

Les marnes indiquées dans la formule se présentent en couches peu épaisses dans le bassin parisien; elles forment des lits horizontaux dans les terrains. Les marnes vertes doivent en partie leur coloration à la présence de glauconie {siUcâie hydraté de fer et de potassium alumineux).

L'examen des formules précédentes montre que dans les pâles, destinées à fabriquer une faïence pouvant supporter sans accidents les variations brusques de température, la quantité de matériaux calcaires ne doit pas être exagérée. L'argile prédomine dans la pâte de faïence brune. Les pâtes des faïences de cet ordre ne permettent pas, vu le peu de valeur des poteries, de leur faire subir une préparation très soignée. Il est certain que dans certaines fabriques on a dû conserver l'habitude de marcher la pâte, après avoir humecté d'eau le mélange des divers éléments. A l'époque où Brongniart a décrit cette fabrication.

^,8 CHAPITRIi XII. — FAÏENCES.

le fillre-presse n'était pas connu et les potiers étaient obligés de recourir à des moyens primitifs pour raffermir la pâle. On laissait déposer les pâtes délayées et tamisées et, une fois l'excès d'eau décanté, on appliquait la pâte en grosses poignées contre les murs.

Le façonnage d'une poterie de ce genre ne comprend que des appareils simples, aussi s'est-on borné à recourir au tournage et au moulage.

On met sécher les pièces une fois façonnées et l'on surveille leur dessiccation pour éviter le gauche. 11 est possible tant que la pâte est encore molle de redresser d'un coup de main les pièces qui montrent une tendance à gauchir.

La cuisson est double; elle donne d'abord du biscuit que l'on émaille et que l'on cuit une deuxième fois à une température plus élevée que pour le biscuit.

On a cuit ces poteries dans différentes sortes de fours. Les fours ont reçu soit le dispositif couché, soit le dispositif vertical.

Un des fours les plus connus dans celte fabrication a reçu la désignation de four carré. C'est à sa section carrée qu'il doit son nom. Il se compose d'un prisme quadrangulaire, muni d'un alandier sur une de ses faces. La flamme sortant de l'alandier passe d'abord dans une chambre vide, située sous le four, puis traverse une sole percée de carneaux et entre dans le four. On sépare le four en deux portions A et B par un plancher en briques.

La chambre inférieiu-e A dans laquelle entrent d'abord les flammes sert à la cuisson de l'émail. Dans un bassin rectangulaire K on place le mélange destiné à former la couverte.

La première chambre du four A reçoit l(!S faïences émaillées. On termine l'enfournement avec du biscuit, car l'émail ne pourrait glacer dans la partie supérieure. La chambre la plus élevée reçoit aussi des poteries à cuire en biscuit.

Voici les dimensions d'un semblable four : hauteur totale 7"", largeur 2'", 60 à l'intérieur; la surface de l'alandier est de i™,3o X 0^,70. La cuisson a une durée moyenne de 27 à 3o heures, avec un petit feu pendant la moitié de ce temps. Le combustible est le bois et une fournée brûle i4 stères.

FAÏENCE COMMUNE ÉMAILLÉi; OU STANNIFÈWE ET MAJOLIQUE, 4 '9

Ce genre de four n'est pas exempt d'inconvéïiienls ; il ne cuit pas régulièremenl par suite de la position de l'alandier F.

Fig. 128.

La figure précédente 127 montrait un four rond utilisable dans

Fig. 129.

cette fabrication ; le modèle est vieux, il serait pins simj)lo de se servir d'un four comme ceux de la faïence fine, quitte à

^9.o CllAPrrilF, XII. — FAÏENCES.

faire des cuissons séparées pour le biscuit el pour l'émail.

Pour encaslei' économiquement on a recours à l'enfournemen) en écliappades, au moyen de tuiles supportées par des pillels. On met aussi des pièces en gazettes et l'on enduit ces dernières d'une couche d'émail pour éviter l'absorption de l'émail par la terre cuite qui foi me la gazetterie. Le cru se met en échappade, rémail en gazettes en séparant les pièces par des pernettes.

Les glaçures de ces deux faïences sont opaques. Sur la faïence n'allant pas au feu, on place de l'émail blanc; sur celle qui doit servir à confeclionner de la vaisselle de cuisine, on ne met l'émail blanc qu'à l'intérieur, l'extérieur reroit une glaçure brune.

On composait la glaçure blanche avec de la calcine, du minium, un sable fusible et des alcalis. Ces derniers étaient pris à l'état de sel marin et de carbonate de soude. La formule suivante, très ancienne, a le défaut d'employer de la soude d'Alicante, c'est-à-dire une matière mal définie, sur laquelle les données manquent. Nous la donnons à titre de curiosité.

Calcine 4 i

Minium 'i.

Fable de Decize 44

Sel marin 8

Soude d'Alicanle i

La soude d'Alicante ne peut pas être assimilée au carbonate de soude, c'était un carbonate très impur, souillé de matières étrangères et peu riche. Nous avons fait déjà remarquer que le sel se prêtait mal à la silicatisation ; il fond pendant le frittago et ne s'altère que lentement.

La glaçure brune était faite avec :

Minium 52

Oxyde de manganèse 7

Poudre de briques t\\

On broie les matières et on les délaie dans l'eau pour poser la glaçure par immersion. Les faïences à feu qui recevaient deux glaçures étaient plongées jusqu'au bord dans la couverte qui devait garnir Textéi-ieur el arrosées intérieurement avec la glaçure blanche.

FAÏKiNCE COMMUNE ÉMAILLÉE OU STANiMFÈRE ET MAJOLIQUE. f\21

La glaçnre l)lanche, additionnée de colorants, peut prendre les tons suivants :

Vert

Jaune. Bleu. Vert, pistache. Violet.

Émail Ijlanc 91 95 gS g] 96

Jaune de Naple? 9 » » »

Azur » 5 » » »

Oxyde de cuivre noir. » » 5 4 *

Oxyde de manganèse. » » » » 4

On fait maintenant relativement peu de faïence stannifère. Quelques fabriques ont subsisté cependant et ce que nous avons dit de la fabrication de la poterie stannifère parisienne s'applique dans ses grandes lignes à leur mode opératoire. La pâle est faite avec une argile plastique associée à une marne ou à de la craie, puis dégraissée avec du sable. L'apport de matériaux calcaires est nécessaire pour l'accord de la pâte avec la glaçure.

La cuisson se fait presque uniquement dans des fours semblables au four dllcarré. Pour composer leur glaçure, les potiers emploient des recettes s'écartant peu de celles proposées par Hrongniari .

Schumacher (') indique des glaçures telles que :

Pb0.3,6Si0^o,5SnOS Pb0.4,7SiO'-.o,5SnOS Pb0.5Si0^o,5SnOS

'''.T'n 1 5,5Siœ.o,5SnO^ o,26Na-0 )

Les trois dernières sont un peu dures.

Ces couvertes se préparent en parlant de calcine, sable siliceux et carbonate de soude.

Un bon émail blanc s'obtient avec la composition suivante :

Sable quarlzeux 3o,64

Minium i5,8o

Kaolin. i9)34

Craie 5,65

Calcine io

(') Schumacher, Die Keramischen Fabrikate, p. 4^0.

4^2 CHAIMTIIE XII. — FAÏENCKS.

Celle calcine se prépare avec un alliage de 23 d'élain et 75 de plomb.

B. — Majolique.

Le mot de majolique a été employé pour désigner des produits différents. Le nom primitif ma/'o//ca s'appliquait au début aux faïences italiennes. La majolique des Luca Délia Robbia est une faïence slannifère, ornée d'un émail, colorée par du jaune d'antimoine, du bleu, du vert de cuivre et du vi(det de manganèse.

Brongniart désigne aussi la faïence stannifère sous le nom de majolique. Scbumacher (' ) appelle majolique des faïences à glaçure transparente plombeuse ou sodico-plombeuse, ces glaçures étant colorées ou non. Dans la Forêt Noire et en Suisse, aux environs de Thoune, on fabrique des faïences que l'on désigne aussi sous ce vocable.

Ce nom, comme on le voit par ces seuls exemples, a été ap|)liqué à des faïences soit du premier groupe, soit du second.

Les majoliques suisses de Tboune sont des faïences à i)âle colorée et à glaçure plombeuse. Quand elles reçoivent des glaçures sombres, comme les violets au manganèse, l'épaisseur de la teinte suffit pour caclier la couleur du support.

Dans la faïence de Tboune il y a deux variétés à distinguer : l'ime est à fond blanc, l'autre possède un fond noir. C'est le dernier genre qui est le plus ancien. L'engobage joue un grand r(Me dans celle fabrication, car c'est à lui (|ue l'on a recours pour le décor. Les engobes sont formés par des bouillies d'argile colorées par des oxydes. Quand il s'agit d'engobes blancs, on a recours à une argile cuisant blanc. On engobe sur cru. Nous reviendrons à propos de la décoration sur la manière d'opérer, un peu spéciale, suivie par les potiers suisses. La pâle, l'engobe, les ornements et le vernis sont cuits en une seule fois.

En Hongiie, au contraire, on fait des faïences stannifères et quelques majoliques hongroises appartiennent à ce genre de faïence.

i ' ) Die Keramixchen Thonfabrikate, p. 867.

FAÏENCE FINR.

La faïence fine se distingue nettement des deux autres types de faïences que nous venons d'examiner par la nature de sa pâte et de sa glaçure. La pâte est forlement siliceuse, elle est constituée par de la silice, agglomérée au moyen d'un élément fusible, mêlé à l'argile nécessaire pour le façonnage. La pâle comprendra donc trois sortes d'éléments : la silice, qui formera le corps de la masse, un clément plastique et un élément fusible. Comme les matériaux choisis doivent cuire sans prendre de coloration, la pâte est alors capable de recevoir une couverte Iransparente. La couverte est un verre complexe borico-silicique à base de plomb et d'alcalis.

La faïence fine présente des variétés auxquelles correspondent des appellations diffcrenles :

La terre de pipe, qui est le premier type créé, s'est faile en additionnant une pâte à base d'argile et de sable siliceux de craie ou d'une fritle alcaline.

Le cailloiitage n'est essentiellement composé qne d'argile plastique et de silex ou de sable siliceux.

I>a faïence fine feldspathique, désignée le plus souvent sous les noms divers de terre de fer, granité, dcmi-porcelaine, porcelaine opaque, a une pâte un peu différente. On ajoute à l'argile et au silex un minéral un peu fusible (feldspath, cornish-stone) qui collera les grains après cuisson.

Telle qu'on la fabrique actuellement la faïence fine emploie comme matières premières des argiles réfractaires cuisant blanc, de la silice provenant des silex et aussi des sables quartzeux, des feldspaths et cornish-stone et des kaolins peu plastiques dont le rôle est de blanchir la masse tout en tenant de la place.

Ces éléments théoriques ne se rencontrent pas dans toutes les pâtes. Dans la fabrication anglaise, qui a créé la faïence fine et la produit avec une rare perfection, on se sert d'argiles réfractaires, de kaolins, de silex et de cornish-stone. En France on a été amené, par suite de l'absence de cornish-stone, à

CHAPITUE XII. — FAÏKNCES.

prendre du feldspath et quelquefois même à recourir à des sables fusibles. La silice du silex est alors remplacée par de la silice quarlzeuse. Certaines usines, en France et en Allemagne notamment, travaillent avec des matériaux anglais; elles sont alors tributaires des matériaux étrangers, matériaux dont il existe un marché important à Anvers, ce qui permet d'approvisionner les régions voisines du cours du Rhin.

Préparation de la pâte. — La paie se compose généralement avec les matières à l'élat de barbotines.

Le kaolin introduit dans les pâtes de faïence fine apporte peu de plasticité; il est maigre par rapport à l'argile plastique. On emploie dans cette fabrication les kaolins de deuxième ordre, pas assez gras pour la fabrication de la porcelaine ou un peu ferrugineux, que l'on trouve à des prix peu élevés en France et en Angleterre principalement.

Suivant la dislance à parcourir et la nature du kaolin, il peut y avoir avantage à l'acheter lavé, car les frais de transport de la matière inerte qui l'accompagne peuvent compenser et au delà le coût du lavage.

Les argiles sont introduites dans des délayeurs et agitées avec de l'eau; on sépare ainsi la matière plastique, qui reste en suspension dans le liquide, des impuretés naturelles qui demeurent au fond de l'appareil. Avant d'être jetée dans le délayeur l'argile a été concassée; quelquefois même on a enlevé à la main les matières étrangères les plus volumineuses.

Une fois amenée à l'état de barbotine l'argile est tamisée, puis envoyée dans une tine où l'on vient puiser pour former la pâte.

11 n'y a aucun avantage à diviser d'abord l'argile par écrasage; les pyrites pulvérisées se séparent plus difficilement que les pyrites entières. Une fois ces minéraux mis en poudre ils sont facilement entraînés et viennent faire des taches de fer sur les poteiies.

Les différentes matières, autres que les argiles, ont toutes une certaine dureté, aussi nécessitent-elles un broyage préalable. Dans les usines ayant un outillage moderne on fait le broyage au moulin A Ising; pourtant on rencontre encore dans d'anciennes

FAÏENCK FINE.

installations des moulins à blocs et des meules horizontales pour le broyage des matières dures. Ces appareils sont d'un rendement moins avantageux que les moulins Alsing. On pulvérise, non à sec, mais à l'eau après avoir dégrossi les matières. Les sables, qui se rencontrent à un état de division suflisanl, sont lavés si cela est nécessaire puis introduits dans le moulin. Le silex est d'abord chauffé forlemenl avant le concassage et le broyage.

Fig. i3i.

A cet effet on le straiiiie avec du charbon menu dans des fours comme ceux représentés ci-dessus. L'un d'eux a la forme d'un gros tronc de cône renversé. Les dimensions moyennes sont de r",5o à 2'" de diamètre en haut el de o™, 5o à o'",75 en bas avec une profondeur de l'^jSo à 2"'. Une grille 1) a été placée à la partie inférieure pour aider au chargement et au déchargement, et au-dessous de cette grille on a ménagé une petite ouverture que l'on tient fermée et qui peut, au besoin, servir pour y faire

/|26 CHAl'ITRK XII. — FAÏENCES.

du l'eu. Qcclquefois on dispose deux foyers latéraux que l'on allume au besoin. L'autre modèle de fours que nous représentons est également destiné à calciner les silex. Il a une forme un peu diiïérenle, car il se compose de deux troncs de cône superposés sur leurs grandes bases. Voici les dimensions de cet appareil : o'",8o aux orifices inférieurs et supérieurs, i™,5o dans la région la plus large, 3'" de hauteur pour le tronc de cône supérieur et i'",25 pour le tronc de cône inférieur. Le foyer est constitué par 12 barreaux de 1"' de long; la cuve à eau ])lacée en avant a 1™ de profondeur et o™,8o de large. Dans un four de cet ordre, on peut traiter 5ooo''8 en 24 heures.

On voit à la partie supérieure une hotte conique ou hâle dont le rôle est de faire office de cheminée et de débarrasser l'usine des fumées.

Les silex sont suffisamment calcinés lorsqu'ils sont tout à fait blancs et commencent à s'émietter et à happer légèrement à la langue dans leur cassure, et à y présenter un aspect peu brillant ou mat. Arrivés à cet état de calciiiation, on les jette dans les broyeurs el, après les avoir réduits à la dimension d'une noix, on les passe au moulin.

Le mélange des barbolines se fait dans une grande tine après évaluation de la richesse du liquide. Une fois le mélange fait on le maintient toujours en mouvement dans les réservoirs. On fait usage quelquefois d'un épurateur magnétique pour éliminer le fei" (pii peut souiller la pâte. Au moyen d'un filtre-presse on raffermit les barbotines et on les transforme en pâte (').

Au sortir de la presse la masse doit être malaxée pour lui donner l'homogénéité physique nécessaire pour le façonnage. Cette opération se fait dans des malaxeurs à hélice, disposes le plus souvent horizontalement.

Façonnage. — La faïence se façonne par divers procédés : i" Tournage et ébauchage;

( ' ) Pour atténuer la teinte jaune que peuvent amener des matériaux ferrugineux on ajoute quelquefois un peu d'oxyde ou de cai-bonate de cobalt à la pâte et même à la couverte.

2" Tournage et calibrage mécanique; 3° Moulage; 4° Coulage; 5° Pressage.

Le tournage et l'ébauchage ne sont plus employés que pour les [lièces de fantaisie, dont le faible débit ne compenserait pas la fabriciition d'un matériel nécessaire au façonnage mécanique ou dont la forme serait trop comj)liquce.

Le façonnage mécanique sert à presque toute la fabrication. Comme la pâle est peu susceptible, on opère avec une grande rapidité. Suivant la forme des pièces on travaillera à la croûte ou à la housse. Le travail se fait facilement, car on peut manœuvrer la pâte à la main sans crainte d'accidents.

Le matériel des faïenciers est moins compliqué que celui des porcelainiers.

Voici, par exemple, comment on procède pour faire les assiettes. L'appareil se compose d'une tournette sur laquelle on écrase la balle de pâte pour en faire une croûte et d'une lôte de tour qui supporte le moule de l'assieite. Ces deux instruments sont mus mécaniquement. A côté du tour est disposée une bascule qui supporte le calibre qui découpe le profil de l'assiette. Dans certaines fabriques une équipe de trois personnes dessert ce groupe de machines : un ouvrier et deux aides. Le premier aide prépare les balles de pâte et fait les croûtes. L'ouvrier reçoit les moules, prend la croûte à la main, la centre et la calibre. Il dégage alors son tour et pose le moule à côté de lui. Le second aide est occupé à porter les moules au séchoir et à alimenter l'ouvrier de moules secs.

Les assiettes se font rapidement, car une équipe en fait près d'un millier.

L'assieite ainsi faite n'est pas encore terminée, il lui manque le polissage qui enlève les bavures et les irrégularités. Ce travail est confié à des ouvriers spéciaux qui reprennent les assiettes api'èsdessiccation partielle et les usentavec un morceau de corne.

Le calibrage joue un très grand rôle dans ce genre de fabrication; suivant la forme des pièces on procède à la housse ou â la croûte ou encore à la balle.

4^8 CHAPITKE XII. — FAÏENCES.

Les bols dont on fait un très grand nombre ne nécessitent pas une croule. Leurs dimensions sont assez faibles pour que la balle de pàle soit écrasée par le calibre bien uniformément sur les parois du moule. Pour avoir un bon rendement de l'appareil calibreur il faut éviter le plus possible les temps d'arrêt, aussi les ouvriers sont-ils aidés par des gamins dont le rôle est de

préparer les balles, d"api)orler les moules secs et d'enlever les moules garnis de pièces façonnées.

La rapiililé du travail est considérable, ainsi un faiseur de bols en produit aisément 2000 dans sa journée.

A côté du tour ordinaire, avec girolle disposée pour recevoir les moules, on trouve aussi des tours mécaniques dont la girelle a la forme d'un plateau. Ces tours sont dits tours à plateau.

KAÏENCK FINE. 4^9

Trois pièces, munies de vis de pression, disposées symétriquement par rapport au centre servent à centrer les moules que l'on dispose sur le plateau. Ce genre d'appareil s'emploie de préférence pour faire de grandes pièces, telles que les soupières, dont les moules seraient difficilement maintenus dans le creux des têtes de tours ordinaires. Le moule d'une seml)lable pièce est déjà volumineux; il comprend trois parties qui peuvent s'assembler sans compter la pièce qui fait le fond. Pour disposer l'appareil on place d'abord au centrai une petite pièce recouverte d'une toile; elle servira à faire le dessous du pied. Ensuite on pose le moule et on le fixe au moyen des vis de pression. Il ne reste plus qu'à introduire une bousse ou croûte de forme convenable et à faire tourner l'appareil en descendant le calibre. Cette série de manœuvres semble longue et compliquée, elle ne dure pourtant pas 3 minutes avec des ouvriers exercés.

Certaines formes compliquées exigent un façonnage spécial. Ainsi parfois on fait la pièce en deux morceaux que l'on réunit ensuite par collage.

Les corps de lampes sphériques sont faits au calibrage par travaux successifs. On fait d'abord le creux dans une masse de pâte qui est ensuite amenée à la forme sphérique extérieure par tournassage.

Moulage. — Les pièces qui ne sont pas de révolution ne se prêtent pas au calibrage mécanique; elles nécessitent alors le moulage. On est parfois obligé d'opérer le moulage en plusieurs parties et de raccorder ensuite les différents morceaux.

Des objets dont la forme est limitée par des plans, comme cerlains modèles d'écritoires, se font très bien en collant les unes aux autres des plaquettes moulées au format voulu. Le travail ressemble à celui que l'on exécute dans certains objels en bois, avec cette différence que les morceaux peuvent adbérer directement par la seule addition de barboline.

Coulage. — L'introduction du coulage a été d'une grande utilité pour la faïencerie. En opérant ainsi on a pu faire facilement des pièces de forme difficile et obtenu d'une seule venue

CIIAPIÏUE XII. — FAÏENCES.

(les objets qui ne pouvaient s'obtenir que par collage de leurs diverses parties. Les industriels ont trouvé, en outre, un grand avantage à ce genre de façonnage; les ouvriers mouleurs ont été remplacés par des femmes, des apprentis dont le salaire est bien moins élevé.

Des pièces telles que saucières, christs en croix, etc. se réussissent facilement. La suppression des raccords est précieuse à un double point de vue. D'abord elle simplifie et accélère le travail, ensuite elle supprime les accidents qui peuvent se produire à l'endroit du collage.

Fabrication des plaques de faïence. — Tout le monde a certainement vu des peintures en bleu sur plaques de faïence. C'est ce qu'on appelle le genre Delft.

Les plaques atteignent même souvent de grandes dimensions et la fabrique de Meltlach s'est acquise une réputation dans ce genre de tableaux. La fabrication de ces plaques se fait bien par coulage, et l'on en produit un certain nombre ainsi, mais un mode de façonnage plus ancien, que nous allons décrire, est encore en vigueur.

On prend un bloc de pâle parallélépipédique dont la plus grande surface doit être plus grande que les plaques à obtenir. Ensuite on unifie à petits coups la surface en se servant d'un tampon garni de peau. Ce travail préliminaire une fois effectué, on pose un calibre sur la masse et l'on coupe avec soin l'excédent de la pâle sur les quatre cotés.

On a ainsi un parallélépipède à base rectangulaire. Contre les côtés les plus longs on place des règles de bois, superposées, de l'épaisseur de la plaque à obtenir en cru. Au moyen d'un fil, tendu sur un archet, on enlève d'abord la première couche de pâle excédente, puis on détache une première tranche après avoir enlevé les deux premières règles. Le fil a découpé une couche de pâte destinée à faire la première plaque. Il n'y a plus mainlenant qu'à répéter la même manœuvre, c'est-à-dire à enlever une règle de chaque côté et à faire passer le fil dans le bloc en s'appuyant sur la face des piles de règles restantes. L'enlèvement de ces plaques ne doit pas se faire à la main; on les

pince, une fois coupées, entre deux règles plaies et on va les poser sur une plaque de plâtre bien dressée, où la pâte commence à se raffermir. Avant que la dessiccation ne soit complète on les bat sur un marbre plani afin de les redresser, car elles preiment toujours un peu de gauche pendant que le séchage s'o[)ère.

Cuisson. — La faïence fine subit deux fois l'action de la chaleur. La première cuisson donne le biscuit de faïence fine. Le biscuit est de la faïence complètement cuite à laquelle il ne manque que sa glaçure. Le biscuit est ensuite émaillé et reçoit un second feu; celte deuxième cuisson s'effectue à une température moins élevée que la première cuisson.

On peut estimer que la température de cuisson du biscuit est comprise entre la fusion des montres 3 et lo de Seger, soit de 1 2oo° à I Soo".

Dans ce genre d'opérations il faut tenir compte aussi d'un facteur important, c'est le temps. Cuit trop rapidement et refroidi brusquement, le biscuit sort du four avec un déchet considérable. Le conti-aire a lieu pour la cuisson de l'émail qui demande au contraire à être menée plus rapidement si l'on veut avoir une surface brillante. La température de cuisson de l'émail ne dépasse pas ordinairement la montre 3.

Les fours à faïence fine sont cylindriques à axe vertical. Les plus anciens sont à flamme directe, les plus récents à flamme renversée.

Ce système de fours présente un grand inconvénient déjà signalé auparavant; les gaz chauds doivent se diviser en deux à leur entrée dans le four pour répondre à l'intention du constructeur.

Il y a un point délicat dans la construction, c'est la détermination du rapport de ces deux canaux; ce rapport est difficile à déiermiiier théoriquement à cause des nombreuses variables et (|ue l'expérience peut seule permettre de déterminer par suite de tâlonnemenls. Aussi dans be mcoup de ces appareils s'esl-on contenté de copier d'autres fours de bon fonctionnement. Les copies, par suite d'erreurs ou de différentes conduites du feu.

432 CHAI'ITKK Xir. FAÏENCES.

n'ont pas toujonrs donné les résiillats attendus et l'on a reproché à CCS appareils leur irrégularité pendant la cuisson, la flamme passant surtout dans celui des canaux lui offrant le moins de résistance.

On a employé aussi pour chauffer le centre un dispositif un peu différent. Au lieu de demander aux alandiers de fournir deux courants de gaz chauds, on a préféré confier à un alandier spécial le soin d'amener la Hamme au centre du four.

On a dans les fours à flamme renversée gardé la disposition indiquée à propos des fours anglais; il en résulte une assez grande complication dans la construction sur lacpjelle nous avons déjà insisté (p. 224).

Certains faïenciers, frappés de la difficulté de la conduite de leur four, ont supprimé le carneau horizontal, envoyé la flamme directement dans le four et ont établi leurs carneaux de sortie dans la sole. Bien conduits, des fours ainsi établis ont donné de boiuies cuissons, sans accidents, régulières du centre à la périphérie. On a aussi adopté des alandiers spéciaux pour chauffer le centre dans certains fours.

Pour cuire le biscuit il n'est pas nécessaire de recourir à un encastage compliqué. On encaste en gazettes fermées. Pour tenir le moins de place possible on remplit les grandes cavités avec de petits objets. 1/adhérence n'est pas à redouter.

Pour la cuisson du biscuit il n'en est plus de môme, il faut séparer les pièces les unes des autres afin d'empêcher le collage des surfaces en contact. x\utrefois on cuisait les assiettes horizontalement, empilées dans des gazettes cylindriques et séparées les unes des autres par des pattes de coq, c'est-à-dire des tétraèdres à sommets très effilés et à surfaces concaves. Il ne reste du contact de ces isolateurs que des points imperceptibles. Maintenant on place les assiettes de champ dans des gazettes rectangulaires. Au fond de la gazette on dispose deux longs prismes triangulaires de terre réfractaire, reposant sur une de leurs faces et placés parallèlement. Les assiettes s'appuient alors sur les deux arêtes supérieures. Pour les maintenir dans une position presque verticale on a imaginé divers dispositifs. Certaines fabriques les retiennent au moyen d'une longue plaque de

lerre réfractaire, munie de dents comme une scie. Le bord de chaque assiette occupe le creux qui sépare deux dents. On se sert aussi de dés pouvant entrer les uns dans les autres et munis d'un ergot à arèle Irancliante. Ces dés sont enfilés les uns dans les autres et l'assielte se place entre deux ergots, son l)ord reposant sur l'arête.

Les pièces profondes de grande surface se mettent dans des gazettes circulaires et cuisent retournées. Leurs bords reposent sur les arêtes de prisme de pâte fichés dans les parois.

Toutes les séparations de pièces empilables se font au moyen de supports en terre réfractaire. Ces supports ont reçu des noms différents d'après leur forme {voir p, 204 ).

On fait ce matériel isolant à la machine. La presse à choc, utilisée pour cette fabrication, est du genre des appareils dont nous parlerons à propos de la porcelaine pour usages électriques. Ces diverses pièces sont moulées et l'on arrive à les obtenir avec des pointes suffisamment vives en ménageant des orifices desortie pour l'air pendant la compression. En débitant d'abord la pâte, qui sert à la confection de ce matériel, en colombins et en coupant ces derniers en morceaux de longueur convenable, on accélère considérablement la production. Les moules sont en deux pièces. On les graisse, on introduit la terre, puis on rabat brusquement la pièce mobile. A la presse la production atteint 3ooo colifichets, par exemple, en une journée.

Glaçures. — La couverte de faïence fine se pose sur biscuit. On émaille au trempé.

L'ouvrier chargé de poser l'émail trempe ses pièces dans la cuve d'émail, en employant souvent une pince semblable par sa forme à une pince à asperges et munie de dents à l'extrémité de ses branches. Il évite ainsi le contact des doigts avec le biscuit, ce qui amènerait des manques d'émail.

L'émailleur est servi par des aides qui lui amènent le biscuit et le débarrassent des objets émaillés. Jl donne généralement deux mouvements de rotations inverses à la pièce maintenue avec la pince : un en la plongeant et un autre en la retirant.

434 CHAPITRE Xil. — FAIKNCES.

L'émail s'égalise et celui qui est en surplus s'écoule. Les pièces émaillées sont placées sur des tringles formant égouttoir, puis emportées. Le contact des pièces émaillées avec ce support est sans importance.

Le travail de l'émailleur est extrêmement rapide, aussi un seul ouvrier suffit-il à une très grande production.

Les couvertes de faïence fine mettent à contribution du cornish-stone ou du feldspath, du kaolin, des matériaux siliceux, du borax ou de l'acide borique, du minium ou de la céruse, des alcalis à l'état de carbonates et de la craie. Ces différentes matières conduisent à la formation d'un verre silico-boracique à base d'alcalis, d'oxyde de plomb, de terres alcalines et d'alumine.

Il est nécessaire pour le broyage d'amener le mélange sous forme insoluble. On fritte d'abord les matériaux solubles (borax, carbonate de soude) avec des matières siliceuses, alumineuses, calcaires et plombeuses qui forment alors une masse insoluble. On ne fritte pas toute la couverte et, après avoir brisé la fritte, on la broie avec le complément de matières nécessaires pour former la glaçure complète.

Ainsi on pourrait préparer une glaçure de la manière suivante :

Fritte 82

Minium 7

Feldspath 10

La fritte est faite avec :

Feldspath 35

Sable siliceux 18

Minium , 16

Borax '^2

Kaolin 3

Craie 6

Ce frittage (c'est presque une fusion) se fait dans un four coulant à réverbère.

Nous n'avons examiné jusqu'ici que la faïence fine en général; nous allons donner quelques détails plus spéciaux sur sa fabrication dans diverses régions.

§ 1. — Fabrication anglaise.

Les argiles réfractaires anglaises, propres à faire de la faïence fine, proviennent du Dorsetshire en grande partie. Ces argiles, d'après les géologues anglais, appartiennent au terrain tertiaire (éocène). La première qualité de ces terres possède une teinte gris bleuté uniforme; elle est plastique. Au toucher elle est douce et onctueuse; elle ne craque pas sous la dent. A la cuisson elle devient blanche. Elle est alors dure et compacte; sa cassure est serrée, elle happe alors à peine à la langue. Elle résiste très bien au feu du four à biscuit. Cuite au feu oxydant à une température telle que celle du four à biscuit, elle gagne encore de la dureté.

L'argile est peu ferrugineuse et la silice libre qu'elle contient est à un degré de finesse remarquable. Le dépôt renferme presque partout des nodules de pyrites dont l'élimination renferme beaucoup de soins.

On emploie aussi des argiles du pays de Galles, de l'Écosse et du Devonshire. Les propriétés de ces matières plastiques ne s'écartent pas beaucoup de celles de l'argile du Dorsetshire.

Le kaolin forme en Angleterre des gisements considérables, principalement dans les Cornouailles; il cuit blanc. La plasticité de celui qu'utilisent les faïenciers n'est pas très développée. Le rôle du kaolin n'est pas d'augmenter la plasticité de la pâte; cette matière est là surtout pour apporter de la blancheur à la pâte qui, sans lui, conserverait peut-être une coloration grisâtre après cuisson. Les kaolins anglais sont de deux sortes : la terre forte {stfong potting clay) et la terre tendre {vveak clay). La première est la plus plastique; elle cuit dur et blanc. C'est elle que l'on utilise en céramique.

Les Anglais appellent l'argile c/a// l'argile ordinairement employée est bleue, c'est elle qui est désignée dans leurs recipe sous le nom de blue clay. Red clay s'applique à des terres ferrugineuses qui entrent dans la composition des pâtes pour lesquelles on n'exige pas une teinte blanche absolument pure. Le terme bail clay s'adresse à des argiles blanches. Le kaolin porto le nom de china clay.

D'après Lord Playfair voici ce que contenaient des échantillons de ces argiles :

Blue clay. Red clay. China clay.

Si02 46,38 49>44 45,56

CaO i,'-io 1,48 2,17

MgO traces. 5,i4 traces.

) „ I QO

> . . . . )> " i ) y'-' Na^O ]

IPO i3,44 1,94 9,61

Tandis que dans la plupart de nos usines on met soigneusement à converties provisions de kaolin et d'argile, c'est l'inverse qui se pratique en Angleterre, où on laisse ces matériaux, et surtout les argiles plastiques, exposés à l'air le plus longtemps possible.

Les Anglais mettent en œuvre leurs pâtes à faïence fine le jour même de leur préparation; mais d'autre part ils recherchent, pour former ces pâtes, des kaolins et surtout des argiles plastiques aynnt été exposées pendant longtemps à l'air. En suivant cette marche on obtient, à ce qu'il paraît, des pâtes plus homogènes, plus compactes, plus faciles à travailler et des produitsplus blancs et plus solides.

Théoriquement les effets de cette exposition ne sont pas tout à fait aussi clairs; cependant on comprend que les sulfures de fer que renferme l'argile du Dorsetshire, et qui sont si nuisibles aux potiers, soient en partie transformés en sulfates ou autres sels, et expulsés ensuite de la masse. On sait d'ailleurs quev économiquement parlant, les meilleures pâtes sont celles qui prennent le moins de retrait à la cuisson, parce qu'elles offrent moins de chances de déformation, de gauchissage et de casse, et comme les pâtes vieilles ayant subi la pourriture prennent beaucoup moins de retrait que les nouvelles, il doit sans doute en être de même, au moins partiellement, pour celles préparées avec des terres vieillies isolément.

Il est généralement admis par les fabricants du Staffordshire

(1) Charles Binns, Ma/mal of Praciicat Poiiing, p. i53.

que celui qui néglige celte pratique et veut s'en affranchir s'expose à de mauvais résultats.

Cela s'entend plus particulièrement des argiles ou bail clay. Le kaolin, en raison de sa nature et de son mode de préparation par le lavage et la décantation des pegmatites altérées, a peutêtre moins à gagner sous l'influence des agents atmosphériques.

ATunstall, à Burslem, à Étruria et à Stoke, on voit souvent, sur les bords du canal, des dépôts d'argile phistique ou bail clay €t de kaolin, où les fabricants viennent charger au fur et à mesure de leur consommation. Dans les établissements où l'on a à sa disposition une surface suffisante, on dépose ces terres dans la cour, à proximité des ateliei s où se fait la préparation des pâtes. Ces dépôts ont lieu sur des aires pavées avec des briques, soit réfractaires, soit ordinaires, mais toujours très dures

La silice provient du silex que l'on calcine comme nous l'avons indiqué plus haut.

L'élément fusible, qui donne la cohésion à tout l'édifice, est le cornish ou cormvall stone dont nous avons déjà parlé. La roche est sous une forme plus commode à travailler que les feldspalhs et pegmatites; elle est facile à désagréger et à broyer. Actuellement pourtant, une hausse sur le prix de cette matière se faisant sentir, les manufacturiers pensent à recourir au feldspath.

Les pâtes à faïence fine ont des compositions diverses qu'il est difficile de renfermer dans des limites bien définies. La quantité d'argile à introduire dans la pâle est en rapport inverse de la plasticité; il faut évidemment plus d'argile maigre que d'argile grasse pour obtenir la plasticité désirable pour le façonnage.

La nature des matériaux et la façon dont on cuit la masse interviennent aussi, de sorte que l'on rencontre de grands écarts dans les rapports entre les divers éléments.

Argile plastique

Kaolin

Silex

Cornish-stono . .

3 his.

( ' ) Description de la fabrication actuelle des faïences fines et autres poteries en Angleterre, p. i.

438 CHAPITHIÎ XII. — FAÏENCES.

Dans les exemples ci-clessus, qui représentent des pâtes ordinaires anglaises, on voit que les quantités d'argile varient de 20 à 3o pour loo.

Si nous comparons maintenant ces formules à celles des faïences dites demi-porcelaines , nous verrons que pour obtenir ces faïences visant à rappeler la porcelaine, dont elles ne possèdent pas la transparence tout en n'ayant pas l'opacité absolue de la faïence fine ordinaire, il est nécessaire d'augmenter fortement la quantité de fondant. Dans certaines compositions on introduit une fritte alcaline, comme dans l'exemple suivant qui représente la formule d'une demi-porcelaine de Longport.

Fritte. Pcàte 4.

Kaolin » 5oo

Silex lît loo

Cornisli-sloiie " 4oo

Carbonate de potasse 2 «

Minium 12 »

Bleu de cobalt i »

Fritte '> 7

On a supprimé l'argile plastique dans cette pâte; l'addition de la fritte à base de cobalt n'apporte pas une grande fusibilité, mais elle permet de bleuter la pâte et de lui enlever sa teinte jaunâtre. Dans ce genre de pâte on voit que les éléments fusibles ont augmenté aux dépens du silex.

Les terres de fer, les granités ont aussi des pâtes plus pauvres en argile.

Pâte

pour terre de l'or.

pour rçranite. — — — .

Argile plastique (BlaeClay).. . 12,6 (Bail Clay) 29 2r,5

Kaolin 28,2 21 29

Silex 37,9 12,5 11,5

Cornisli-stone 21,8 37,5 38

Ce genre de pâtes diffère notablement des précédents, surtout les terres de fer. Dans la pâte dite granité, c'est l'élément siliceux qui a surtout augmenté et l'élément argileux dont la quantité a été restreinte.

FAÏENCE FINE. /jBg

Les demi-porcelaines sont riches en cornish-slone et pauvres en silex, il en est de niême des terres de fer.

Quand on ne cherche pas à faire des pâtes absolument blanches on peut recourir aux argiles ferrugineuses du genre dit red clay. C'est ce que font les fabricants. Ils tirent parti aussi quelquefois des marnes (probablement ferrugineuses) pour composer certaines pâtes teintées. Les compositions suivantes donneront une idée de ce genre de pâte.

Pâte brune. jaune.

Argile rouge 84 »

Marne » 49

Kaolin 12,6 24

Silex 1,7 12

Cornish-slone 1,7 i5

Dans la faïence anglaise on trouve aussi des pâtes très siliceuses, qui rappellent le genre du cailloutage. Dans ce cas les matières fusibles disparaissent de la composition de la pâte. La masse en contient toujours un peu grâce aux kaolins; elle ne renferme alors que des produits micacés apportés par les argiles.

Argile plastique 87 Sa

Argile rouge » 69

Kaolin 07 23

Silex 26 6

Les deux pâtes précédentes sont de cet ordre; elles n'ont pas (le matières fusibles intercalées volontairement. La première, la plus riche en silice, est destinée à la confection des vases poreux, la seconde donne une pâte brunâtre par suite de sa grande teneur en argile ferrugineuse.

Cet édifice complexe, qui constitue la faïence fine, présentera donc une grande série de variétés. Dans les unes, la pâte sera riche en matières vitrifiées et, par suite, formée de grains plus ou moins collés les uns aux autres ; dans les autres, les éléments fusibles étant réduits au minimum, la pâte sera au contraire plus poreuse. Enfin, suivant le degré de finesse des matériaux, la

CHAPITHE XII. — FAÏENCES.

pâle présentera des grains divers, quelques-uns peuvent même donner l'illusion d'une porcelaine non encore vitrifiée.

L'ancienne faïence fabriquée par Josiah Wedgvvood sous lo nom de cream colour, imitée ensuite sur le continent sous celui de cailloutage, était composée ainsi :

Pâte \ ''^''ê'^^ plastique 75 à 85

( Silex ou sable 25 à i5

/ Sable quarlzeux 3o à 4i>

1 Carbonate de soude i5 à 20

Glaçure \ ,

] Azotate de potasse 1 a 5

l Minium 35 à 45

On frittait les trois premiers de ces corps, puis on ajoutait le minium.

Les Anglais ont créé depuis un siècle un centre important dans le Staffordshire et cette agglomération ouvrière a été très profitable au développement de cette industrie. Par suite de cette situation particulière, les elï'orls n'ont pas été isolés, ils se sont faits en commun pour le plus grand avantage des industriels.

Voici la marche des opérations dans la fabrication de la faïence fine anglaise.

Le broj'age qui s'effectue à l'eau et encore souvent dans des moulins à blocs, quoique l'invention du moulin Alsing soit déjà ancienne, se fait avec des concentraiions difTérentes suivant les matières. On a adopté dans les usines anglaises des barbotines types qui sont :

Argile plastique.., 26 onces à la pinte

Craie 26 » »

Silex 02 » Il

Cornish-stone 3?. » »

Feldspath 3i » »

Cette habitude constante en Angleterre permet de désigner les formules de composition en hauteurs de barbotine; nous en avons déjà donné des exemples.

Ces barbotines sont inégalement chargées de matières pulvérisées, ce sont les barbotines argileuses qui sont les plus étendues. Il peut y avoir intérêt à employer les matières fusibles à un grand état de division, aussi dans certaines fabriques le broyage est-il poussé assez loin pour le cornish-stone.

Les fours à flamme directe, employés d'abord en Angleterre pour la cuisson de la faïence et que l'on retrouve encore dans certaines fabriques, sont des cylindres de 4",5o de diamètre pour le type courant, recouverts d'une voûte dont la clé est distante de la sole de 5"». Les aiandiers au nombre de 8 sont disposés symétriquement autour de la périphérie et la flamme rencontre à sa sortie du foyer un canal vertical M, par lequel elle entre directement dans le four, et un second horizontal, courant sous la sole, qui amène au centre E une partie des gaz de la combustion.

Les fours employés en Angleterre ont conservé dans quelques usines la forme primitive que nous avons décrite; l'emploi du four à flamme renversée s'est généralisé. Le modèle original a été transformé sans beaucoup de succès quand on a cherché à donner au four de plus grandes dimensions; le résultat n'a pas toujours répondu à l'attente des constructeurs. Les fours de 7"° de diamètre semblent être une limite qu'il ne faut pas dépasser. Quand à la hauteur, il n'y a pas d'intérêt à l'augmenter. On fatigue la gazetterie en donnant plus de hauteur aux piles.

Les fours anglais sont protégés par une enveloppe circulaire K, le Iwle, qui empêche les coups de vent. Ces holes ont généralement la forme représentée ici {fig. i33), ils sont aussi parfois coniques. L'utilité de cette enveloppe se comprend quand on examine la construction du four anglais; le four original n'a pas de cheminée. Les flammes sortent en P et S.

Divers essais ont été faits en Angleterre; Lambert en signale un certain nombre.

On cuit aussi la faïence dans des fours analogues au four Bosch que nous décrivons plus loin. La flamme, après être montée au sommet, redescend par le centre du four, pénètre sous le pavement pour s'en dégager par des cheminées se trouvant entre chacun des aiandiers.

44^ CHAPITUE XII. — FAÏENCKS.

La cuisson d'un four moyen en biscuit dure de 3o heures à 4o îieures avec une dépense de lo* de charbon. Celle de l'émail

Fi g. i33.

est de 12 heures (dans des fours plus petits) et consomme seulement 4*. La figure i33 montre l'ancien four à flamme directe.

La nature de la faïence anglaise, faïence plus vitrifiée que celle (lu continent clans certaines variétés, paraît avoir une influence sérieuse sur certaines de ses propriétés. Les essais faits jusqu'ici, avec les moufles continus pour la cuisson du décor, n'ont pas toujours été satisfaisants. S'il ne faut pas attribuer tous les insuccès à l'inexpérience de ceux qui manœuvraient ces moufles, c'est que la pâte semblerait incapable de supporter réchauffement assez brusque et le refroidissement rapide qui accompagnent l'emploi de cet appareil.

Les couvertes anglaises se composent avec des matériaux qui n'ont rien de particulier. Au lieu du feldspath que l'on emploie souvent sur le continent, les Anglais ont recours au cornish-stone ; le plomb est presque toujours introduit sous forme de céruse.

Les pâles que nous avons prises comme types peuvent recevoir les glaçures suivantes :

Fritte. Glaçure.

Côrnish stone.

Silex

Borax

Kaolin

Fritte

Céruse

Flint glass..

Dans la couverte 2 se trouve une anomalie.

L'acide borique manque, c'est un simple silicate polybasique (|ue l'on emploie sans frittage préalable. Celte formule est ancienne et peut donner une idée des premières glaçures employées sur la faïence fine.

Fritte. Giaçurc.

Coi'nish stone. .

it5

1 îo

Frille

En dehors de ces compositions où il entre du plomb, on a essayé et employé des couvertes non plombeuses en Angleterre, comme le témoignent les formules suivantes :

Borax

Feldspath

Cornish-stonc

Silex

Flint glas

Kaolin

Carbonate de baryte. . .

Craie

On fritte avant l'emploi.

Pour la dernière glaçure, on prend :

Fritte 80

Kaolin i5

Feldspath 5

§ 2. — Fabrication continentale.

Les fabriques qui sont peu éloignées de la Belgique, tant en France qu'en Allemagne, ont recours souvent aux matériaux anglais. Dans certains établissements même on ne travaille exclusivement que des produits venus d'Angleterre.

Sur le continent on trouve facilement des argiles de bonne qualité. En France, dans le bassin de la Marne, notamment dans le bassin de la Seine, dans les Ardennes on rencontre de bonnes terres. Dans le Rheinland on s'approvisionne aussi d'argiles réfractaires régionales provenant du Palatinat bavarois (G riinstadt) et de la vallée du Rhin et de la Sarre. Le terrain dévonien qui forme une grande partie de la région est riche en argiles réfractaires.

Les kaolins anglais peu plastiques font une concurrence aux kaolins français de seconde qualité sur le continent lui-même, de sorte que suivant la distance des usines aux gisements on trouve dans les faïenceries soit du kaolin du pays lui-même, soit du kaolin anglais.

Il en est de même du cornish-stone. Cette matière est prise

de préférence au feldspath toutes les fois qu'il est possible de se la procurer sans trop de frais. Dans le cas contraire c'est le feldspath que l'on introduit dans la pâte pour servir de matière fusible.

Le silex est facile à se procurer en France et il est d'assez bonne qualité pour que ce soient les pays voisins qui viennent s'approvisionner de galets des côtes normandes (Dieppe, Saint- Valery).

Dans certaines pâtes on introduit la silice à l'état de sable siliceux. Cette manière de former la pâte est inférieure à la précédente, car le sable quartzeux, soumis à l'action de la chaleur, subit des transformations qui fatiguent la masse et peuvent provoquer des accidents (déformations, ruptures).

Enfin quelques faïenciers ont gardé l'habitude d'introduire de la chaux dans leurs pâtes, ce qui n'offre pas d'avantages.

La faïence fine a été précédée en France par le cailloutage eL la terre de pipe. Le premier était fait avec une pâte argileuse et siliceuse telle que :

Argiles de Montereau et de Provins .... » 63

Argile de Montereau 87 «

Quartz i3 27

Le rapport des matériaux plastiques et dégraissants était déterminé par la plasticité que devait posséder la pâte.

La terre de pipe eut recours à une troisième substance pour former sa pâte, la chaux ou une fritte alcaline. C'est le premier type qui fut créé; le cailloutage ne vint qu'ensuite. Ordinairement on incorporait de la craie à la pâte; on connaît cependant des exemples de pâtes à fritte.

La faïence fine ordinaire ne contient pas de chaux habituellement, pourtant certaines fabriques ont dû conserver celte matière dans leur pâte, car dans l'Ouvrage de Tenax (Prôssel) (^) tous les exemples de faïence fine qu'il cite sont calcarifères, soit que la chaux provienne de craie ajoutée intentionnellement, soit qu'elle soit introduite à l'état de marne.

(1) Die Stelngut und Porzellan Fabrication.

Pâtes de faïence fine.

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