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CHAPITRE XIV

PORCELAINES

temps voulu pour que le dépôt prenne l'épaisseur nécessaire. Sans un dispositif additionnel on ne pourrait vider le moule

sans déterminer l'affaissement de la pâte mal raffermie au moment du vidage.

J)eux moyens permettent de maintenir la pâte sur les parois

Fie;. i55.

~— ^ vide

rHoù'ne

du moule. Ebelmen eut l'idée le premier de comprimer de l'air dans le moule. De cette manière la pâte était maintenue appliquée sur les parois; ce mode de travail oblige de fermer le

PORCELAINE DUUE. 5l9

récipient, les ouvriers ne peuvent alors voir la pièce dans ce dernier. Régnault renversa le mode opératoire et utilisa la pression atmosphérique pour retenir la pâte déposée sur le moule. Au moyen d'une cloche métallique, on recouvre le moule, sauf son ouverture. Le vide est fait dans l'espace compris entre la cloche et la paroi du moule. La pression exercée alors est la différence entre celle de l'espace annulaire et la pression atmosphérique.

Le coulage demande de très grands moules, solides. Ceux-ci sont faits en plusieurs parties qui s'emboîtent les unes dans les autres. Le démoulage s'opère graduellement et exige des ouvriers exercés.

Une fois démoulés les vases laissent voir des coutures, on les polit. Les vases ronds sont tournassés sur un grand tour.

Cuisson. — La cuisson se fait à Sèvres dans des fours à flamme renversée pour la pâte nouvelle {fig. i56) et à flamme directe pour la pâte dure {fig. i5i). On peut dire que le bois est le combustible exclusivement employé. L'emploi du charbon n'a été qu'exceptionnel. Ces fours n'ont jamais atteint les dimensions des fours de l'industrie.

Le modèle de four à trois étages, comprenant deux laboratoires superposés et que l'on trouve reproduit dans divers Ouvrages (1), n'a été qu'un essai. Il ne doit pas être considéré comme ayant été utilisé régulièrement dans la fabrication courante de la Manufacture.

Pour simplifier le travail de i'encaslage on a adopté un petit mur (dans les fours à flamme renversée) qui maintient la flamme contre les parois jusqu'à peu de distance de la voûte.

La fabrication de porcelaine ayant les propriétés de la pâte chinoise (pâte nouvelle) est restée spéciale à Sèvres.

(') Brongisiart, Traité des Arts céramiques, i844r Atlas, Pl. L. — Salvetat, Technologie céramique, t. II, p. 2i3. — Des fours à laboratoires étages ont été employés également dans d'autres manufactures, nous en donnerons plus loin un exemple.

PORCEr-AINE DUR!;

§ 3. — Fabrication étrangère en Europe.

En Allemagne l'industrie porcelainière ne s'est pas massée dans des régions déterminées comme nous le voyons dans le Berry et le Limousin.

Les usines se trouvent plus disséminées qu'en France, mais on en rencontre beaucoup, de préférence dans le Sud, pas trop éloignées des gisements de kaolins.

L'industriel s'occupe de la confection de ses pâtes et n'est pas tributaire des fabricants de pâte.

Le matériel français pour le façonnage de la porcelaine est plus cher que le matériel allemand. Nous avons pourtant vendu des fdtres-presses et des appareils de calibrage dont on semble faire grand cas.

Les fours à porcelaine sont de grandes dimensions (le modèle moyen a 5™ de diamètre), ils sont à flamme renversée. Leur chauffage se fait complètement à la houille; je laisse de côté la question de la porcelaine d'art qui peut nécessiter une cuisson plus soignée.

On semble avoir une tendance à faire de la gazelterie à la presse, mais ce procédé n'est pas employé partout. La gazetterie allemande est en général de qualité secondaire.

Le nombre toujours croissant des applications électriques a déterminé une concurrence très importante chez les fabricanls; aussi le matériel isolant est-il tombé à un prix peu élevé. Certaines fabriques se sont adonnées à la confection de ce seul article et ont cherché à le produire en quantité suffisamment considérable pour en faire la cuisson en fours continus. Ce mode de cuisson est délicat, et la porcelaine demande une élude spéciale de celte question; appliquée un peu brutalement, comme je l'ai vu, la cuisson en fours continus cause un sérieux déchet.

Le matériel isolant se fait au calibrage et à la presse; les procédés de façonnage que nous indiquons et le matériel que nous représentons plus loin proviennent d'Allemagne. Cette fabrication est plus perfectionnée chez nos voisins que chez nous.

Les pâtes sont aussi quelquefois calcaires, pourtant on semble avoir moins recours à la craie comme fondant qu'en France. Les couvertes sont ordinairement calcaires; sans atteindre la teneur des porcelaines chinoises elles renferment plus de chaux que les couvertes françaises, comme l'indiquent les formules :

Feldspalh 32,5 » » » »

Kaolin 9,5 37,5 37 7 3o

Quartz 34,5 5o 37 36 44

Calcaire 12 12,5 17,5 » »

Tesson 1 1 , 5 » 8,5 4 ' l 1 5

Gypse » » » 16 i3 ,5

Ces trois dernières couvertes ont été employées à Meissen, Nymphembourg et Berlin.

Les Manufactures royales allemandes sont réduites maintenant au nombre de deux : la Manufacture royale de Saxe et la Manufacture royale de Prusse à Berlin-Charlottenbourg.

A Meissen on tire parti de gisements peu éloignés.

Parmi les matières premières, le kaolin vient d'un gisement peu éloigné, de Seilitz, tout près de Meissen. Ce kaolin est lavé dans un tambour tournant, traversé par un courant d'eau; la matière argileuse est entraînée par l'eau et vient se déposer sur le fond d'une série de bassins. Il est nécessaire d'opérer un lavage soigné de cette substance, car la lerre à porcelaine se trouve mélangée de quartz divisé qui ne la quitte que très dilTicilement.

La pâte est faite en additionnant le kaolin lavé de feldspath el de quartz, auxquels on ajoute un peu de tesson.

Kaolin 72

P^eldspalli 26

Tesson 2 (d'après Kerl)

La couverte de Meissen est une couverte feldspalhico-calcaire, comme on sait; la présence de la chaux est nécessaire pour le genre de décoration adopté, car sur une couverte exclusivement feldspathique les couleurs de moufle glaceraient mal.

La pâte a probablement subi des modifications depuis la

PORCELAINE DURE. $23

création de la manufacture. D'après Kerl ('), voici comment l'on composait la pâte et la couverte en 1879 :

Kaolin d'Aue 18

Kaolin de Sosa 18

Kaolin de Seilitz 36

Feldspath 26

Tesson o

Cette pâte servait à la confection du service; pour la sculpture, on utilisait une pâle ne renfermant qu'une seule sorte de kaolin, celui d'Aue.

La couverte était formée de :

Quartz calcaire 37

Kaolin déshydraté de Seilitz 87

Calcaire compact de Pirna 17,5

Tesson 8,5

Actuellement, c'est le kaolin de Seilitz qui est la plus importante matière plastique. Il provient de la destruction d'un porphyre; son gisement est profond et nécessite une extraction à l'aide do puits de mine. On le lave à l'usine dans un grand tambour débourbeur, tournant autour de son axe, puis on fait parcourir au liquide un long trajet pendant lequel il abandonne beaucoup du quartz qui l'accompagnait. On reçoit ensuite le liquide dans des bassins 011 le kaolin se dépose.

Les fours de Meissen sont des fours cylindriques à axe vertical, qui ne diffèrent que par quelques détails des fours ordinaires à porcelaine. Ils sont à flamme renversée et possèdent de six à sept alandiers, pour un diamètre de 4"^ à 5™. Chaque alandier comprend deux foyers associés; à la sortie de l'alandier les gaz sortent dans un coffret analogue à ceux des fours à faïence. Les fours ont trois étages, la porcelaine se cuit au rez-de-chaussée, le dégourdi au-dessus et la gazetterie dans la partie supérieure. La cuisson se fait au charbon.

La pâte de Berlin est faite avec un kaolin qui nécessite un

(■) Thonwaareniiidustric, p. 677.

lavage soigné. Le lavage se fait dans des cuves et le liquide décanté parcourt des canaux longs et nombreux munis de tamis. La pâte est faite en additiojinant l'argile de feldspath et de quartz.

A la suite d'une étude approfondie delà fabrication japonaise Seger (') créa une porcelaine spéciale, conçue particulièrement dans un but décoratif. Sa pâte est très peu argileuse; elle est moins facile à travailler que la pâte nouvelle de Sèvres. Sa composition théorique est la suivante :

Kaolin 25

F'eldspalh 3o

Quartz. 45

On lui applique une couverte ayant même composition que celle de la porcelaine nouvelle de Sèvres :

! o,5Al'0',4SiO-..

o,7LaO )

La cuisson se fait à la montre g.

Les fours de Berlin sont à deux étages, comme les fours ordinaires; on les chauffe au bois ou au charbon, suivant la nature des matières à cuire. Les couleurs délicates ont intérêt à être cuites dans des fours chauffés au bois. On dispose les carneaux devant les alandiers de manière à pouvoir faire alterner le courant de llammes, soit de la périphérie au centre, soit du centre à la périphérie.

Meissen et Berlin font en outre de la porcelaine de service et de la porcelaine d'art, de la porcelaine pour usage dé laboratoire. A Berlin on a particulièrement développé la fabrication de la porcelaine technique. Ce genre de jiorcelaine n'a pas besoin de la transparence de la porcelaine ordinaire, il se rapproche d'un grès blanc.

A la Manufacture royale de Berlin on a installé, depuis 1870, un four Mendheim dans lequel on cuit des objets usuels en blanc.

(*) Seger's Schriften, p. 061, et Toiiindustrie Zeituiig, 1892.

PORCELAINE DURE

A Copenhague, la Manufacture royale est devenue une entreprise privée. Elle s'est rendue célèbre par sa belle fabrication.

La pâte est fortement siliceuse et son analyse, réduite aux constituants essentiels, donne :

Silice 69

Alumine 25,5

Alcalis 55,5

Ce qui correspond à la composition de pâte :

Kaolin 47

Feldspath 33

Quartz 20

La couverte est faite avec :

Kaolin 6,75

Quartz 48,75

Feldspath 28

Craie 2,75

Tesson de dégourdi 12,75

Comme dispositif curieux de fours à flamme renversée on peut citer le four de la Manufacture royale de Copenhague. Pour éviter le passage de la flamme dans les parois du four, passage qui oblige à construire des cheminées fâcheuses pour la solidité du four et à perdre de la chaleur pendant tout le parcours de la flamme dans les cheminées, on a disposé le laboratoire à la partie supérieure du four. Les flammes sortant du foyer montent puis redescendent traverser tout le four verticalement sans être obligées de se replier dans les parois comme dans les autres fours. Nous avons figuré ce four avec trois étages, c'est ainsi qu'il est construit. Le laboratoire a 6™ de haut, le globe du milieu 4"' et le dernier globe 3"^. Le diamètre du four est de S"". Le compartiment du milieu sert à la cuisson, de briques et de gazettes; le dégourdi est cuit dans le dernier.

(Le croquis ci contre ne donne pas la forme exacte des alandieri utilisés à Copenhague. )

Fig. i57.

Si la montre n'est pas placée dans des régions exceptionnellement chaudes, la porcelaine de Copenhague serait celle qui cuit à la plus haute température (montre i6).

§ 4. — Fabrication orientale.

La fabrication (') de la porcelaine en Chine et au Japon a fait l'objet de nombreuses études. Nous résumerons ici l'état de nos connaissances.

n Ebelmen et SalvÉtat, ^nn. de Chim. et de Phjs., 3« série, t. XXXI,

2, et Seger's Schriften, p. 56 1.

i85o, p. 257. - VoaT, Bull. Soc. Ene., 5» série, t. V, xgoo, p. 53o. - Seger, Tonmdustrie Zeitung, 1891-1802, et Seger's Sehriften^ n «^fir

PORCELAINE DUKE. 627

Porcelaine de Chine. — Les matières premières employées sont le kaolin, le hoa-ché, le pé-tun cl le yeou-ko. Ces matériaux sont assez différents par leurs propriétés des substances mises en œuvre par l'industrie européenne.

Les kaolins chinois sont des mélanges de kaolinile, de mica, de quartz et de feldspath.

Les Chinois appellent hoa-ché des substances plastiques composées principalement de kaolinite et de mica blanc.

Le pé-lun est une roche homogène à texture fine. Cette roche contient des matières plastiques attaquables par l'acide sulfurique, mais la majeure partie de la substance résiste à l'action de ce réactif. C'est le mica qui forme la partie attaquable par l'acide sulfurique.

Le yeou-ko contient également du mica associé à du feldspath et du quartz; ce dernier peut former plus de la moitié du mélange.

Le Tableau suivant permet de se rendre compte de la composition de ces différentes matières.

Kaolinite

Albite

Carbonate de chaux.

Silice hydratée ....

Mica

Albite

Carbonate de chaux .

iî9

1. Kaolin de Ming-cha. — 2. Kaolin de Tong-kang. — 3. Hoa-ché de Yu-kang. — .4. Hoa-ché de Yu-kang. — 5. Hoa-ché de Yu-kang. — 6. P6-

tun de Cheo-ki. — 7. Pé-tuii de Yu-kang. — 8. Pé-tun de Kimen. - 9. Pé-tiin de la Manufacture impériale. — 10. Pé-lun de San-pao-pong

— 11. Yeou-ko de Koui-ki. — 12. Yeou-ko de la Manufacture impériale.

— 13. Yeou-ko de Tou-tchang.

Tous ces matériaux n'entrent pas dans la composition de toutes les pâtes à porcelaine; le kaolin et le hoa-ché jouent le rôle d'éléments plastiques et sont employés ensemble ou séparément. Le yeou-ko est l'élément fusible et le pé-tun un élément intermédiaire.

Voici, du reste, quelques compositions de pâtes :

Kaolin de Tong-kang

» Toug-tchang. .

Comme il serait très difficile de se faire une idée de la composition chimique de ces trois pâtes par le seul examen des quantités de matières premières formant la pâte, nous avons mis ces pâtes en formules moléculaires :

1 o,o43CaO, 3,32 APO^ I 0,078 MgO, o,i8Fe'-^0^ 0,576 K-0, [ o,3o3Na20.

o,2o4 Ca 0,

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