I. — PORCELAINE DURE
Les porcelaines dures renferment comme éléments constitutifs de leur pâte trois sortes de substances.
Les matériaux plastiques, sous forme de kaolins; des matériaux siliceux, pris à l'état de quartz; enfin des matériaux fusibles, à base de feldspath, ou de minéraux analogues le plus souvent, et quelquefois de craie.
La porcelaine est donc constituée par un mélange de silicates alumineux et alcalins plus ou moins calcaires, amené à un état vitreux assez avancé pour que la masse soit translucide. L'examen de la porcelaine au point de vue chimique et minéralogique a montré la présence de silimanite. Le kaolin et le quartz sont dissous par le fondant et le tout forme une masse vitreuse amorphe dans laquelle l'examen microscopique a laissé voir des aiguilles du minéral précité.
Les kaolins sont suffisamment répandus en Europe; les gisements les plus connus sont en France dans le Limousin et dans le Berry (dans la région voisine de l'Allier); en Bretagne, en Normandie, dans les Pyrénées, on rencontre également des gisements. L'Allemagne se sert dans la partie sud de kaolins autrichiens; les meilleurs des kaolins qu'elle emploie viennent principalement de la Bohème, mais les gisements sont à courte distance de la frontière allemande, à Zettlilz et Carlsbad, par exemple. On en trouve dans l'Empire de moins purs et de moins plastiques dont on peut tirer grand parti néanmoins; je citerai les gisements de Halle dans le Harz, de Aue dans l'Erzgebirge, de Passau en Bavière.
Les kaolins anglais des Cornouailles pourraient servir à celte fabrication, du moins ceux qui sont plastiques.
Les sables quarizeux purs et le quartz erratique sont des matériaux très bons pour la fabrication des pâtes.
Enfin le feldspath cuisant blanc constitue l'élément fusible, par excellence, des pâtes à porcelaines.
A ces matériaux théoriques il faut ajouter que la pratique a
pu tirer parti d'autres matières dont le mélange conduit aux mêmes combinaisons : élément plastique, élément siliceux et élément fusible. La porcelaine chinoise en est un exemple; les matériaux chinois diffèrent des matières premières des Européens.
Au lieu d'ajouter du quartz et du feldspath au kaolin, certains fabricants ont trouvé plus pratique d'utiliser un mélange naturel de sable siliceux el de sable feldspalhique ou micacé.
Ce sable, que les Allemands appellent sable à porcelaine, est employé en 'l'huringe notamment.
Le tesson est employé aussi pour dégraisser les pâles.
Dans certaines pâtes fortement alumineuses, il faut introduire de grandes quantités d'éléments fusibles pour obtenir la transparence, aussi rencontre-t-on de grandes difficultés dans l'emploi exclusif du feldspath. Ce minéral ne contient que i5 pour loo, en chiffres ronds, d'oxydes alcalins; on est amené pour contrebalancer l'action de l'excès d'alumine à augmenter l'alcalinité par l'addition de grandes quantités de feldspath et, par suite, à amaigrir considérablement la pâte, sans compter qu'on élève le point (le cuisson. La chaux, qui s'introduit à l'état de craie renfermant 56 pour loo d'oxyde, fait office de fondant et le minéral qui la fournit donne la facilité de composer une pâte contenant la quantité de fondants nécessaire sans amener dans la masse de grandes quantités d'un corps non plastique. La craie, associée au feldspath, fait partie intégrante de certaines porcelaines, telles que la porcelaine dure de Sèvres el certaines porcelaines du commerce, fabriquées avec des kaolins de deuxième qualité, peu plastiques.
Quelques porcelaines, comme la porcelaine de Bayeux, n'ont comme fondants que les alcalis des micas, accompagnant le kaolin, et la chaux provenant de la craie qu'on ajoute à l'élément plastique.
La composition des pâles présente de notables écarts. On admet comme compositions pratiques extrêmes :
Feldspath Silice. . . .
POIICELATNE DURE.
La composition centésimale de quelques porcelaines est donnée dans le Tableau suivant :
SiO^.... 74,78 72,80 70,50 70, '2 70,83 66,2 66,6 6i,6 60,75 Al^O^... 21, 3 18,40 20,70 9.4,0 22,60 28,0 28,0 3o,o 32,0 Fe^O- . . . » 2,5o 0,80 0,70 » 0,70 0,70 1,56 0,8
CaO 0,64 3,3o o,5o 0,7 1,10 » o,3 3,56 3,5
MgO.... » o,3o 0,10 0,1 0,46 » 0,6 » »
Na^O o,58 1,84 3,9 « 2,09 » » » »
J . Bohême. — 2. Nympheinbiirg. — 3. Cliinc. — 4. Limoges. — 3. Sèvres (pâle nouvelle). — G. Berry. — 7. Berlin. — 8. Bayeux. - 9. Sèvres.
On voit que le type chinois a été dépassé en acidité ou en basicité par beaucoup de porcelaines. C'est surtout en examinant les porcelaines de Sèvres et de Bayeux que l'on constate de grandes différences; les pâles sont fortement alumineuses, 02 et 3o pour 100, alors que l'analyse de la pâte chinoise ne possède qu'une teneur beaucoup moins élevée. La pâte de Bayeux est une des plus calcaires avec 3,56; pourtant une analyse de pâle de Sèvres, plus ancienne que celle que nous donnons, indi(iue 4,5o de chaux. L'alumine, dans ce dernier exemple, s'élève à 34 pour 100.
AMeissen, on a fabriqué une pâte encore plus alumineuse, à peine calcaire, avec 35,43 pour 100 d'alumine.
La pâte nouvelle, la pâle de Limoges citée, la pâte de Berlin s'écartent peu de celle de Chine.
La moyenne des oxydes fondants (chaux, potasse et soude) représente environ 5 pour 100 dans les pâles à porcelaines.
On admet que les pâles destinées à la porcelaine, devant être chauffée, ont intérêt à être alumineuses.
Ce Tableau va nous donner une idée des compositions diverses des pâtes :
Kaolin. 65 25 72 77 42 5o '
Feldspath i5 35 » 9,8 » 10 ■
Craie 5,5 » 5 » 4 «
nilAPIlRE XIV. — l'ORCELALNES.
Sable fusible renfermant 6 à lo pour loo d'alcalis. .
Tesson
La moins kaolinique de ces porcelaines désignée par 2 est la porcelaine nouvelle de Sèvres, puis viennent des porcelaines plus kaoliniques 5 et G. La pâte 1 est la pâte dure de Sèvres, c'est une pâle déjà très alumineuse, elle est calcaire. La pâte 3 €St une pâte calcaire qui ne renferme pas d'autre fondant que la craie; il faut tenir compte aussi des micas accompagnant le kaolin. Enfin la plus alumineuse est une pâte destinée à la composition de porcelaines à feu.
Le Tableau suivant donne la composition moléculaire de différentes pâtes.
Pâte dure de Sèvres 8,02 Si 0^ 2,82
Pâte nouvelle de Sèvres
14 SiO^ 2,72
Fe2 03
Fe^Qs
Paie de Limoges i4,38 SiO^
Pâle chinoise ( Manuf;icture )
. . - 1 . a Si02
impériale; \
Autre pâte chinoise 16,968102
2,737 A12 03 o,()38Fe203
0,08 Fe^O»
0,18 Fe203 '
0,664 CaO
0,210 Na^O
0,192 CaO 0,328 K20 0,480 Na^O
o, 1409 CaO o, 1 196 MgO o,4o32 K^O 0,3372 Na^O
0,041 CaO o,363 K20 0,596 Na^O
0,043 CaO 078 MgO 0,576 K20
Préparation des pâtes. — Le kaolin est l'argile des porcelainiers. Le kaolin, au sortir de la carrière, subit un triage qui le débarrasse des parties ferrugineuses, puis il est lavé. Le lavage se fait en lançant sur la roche un courant d'eau qui «ntraîiie les matières et les garde d'autant plus longtemps en
PORCELAINE DURE
suspension qu'elles sont plus fines et plus légères. L'élain, qui accompagne souvent le kaolin à l'état de cassitérite, se dépose un des premiers. Le sable est entraîné avec l'argile et le mica, puis se dépose à son tour. Arrivée dans les bassins de dépôt, l'eau, chargée de kaolin, emmène encore du sable fin et du mica divisé. Ces deux matières se retrouvent dans les kaolins. Les argiles kaoliniques qui répondent à la formule de la kaolinite sont naturellement en minorité.
La figure que nous donnons représente un dispositif de lavage sur place. La caisse A est une caisse de délayage. Le kaolin mis en suspension dans l'eau passe successivement dans les cuves B et G. Une fois la masse délayée en A, elle garde la matière argi-
Fig. i4i.
leuse et abandonne le sable si on la laisse au repos quelques instants. On fait couler ensuite les eaux troubles en B, en même temps qu'elles traversent un tamis G qui arrête les impuretés. Dans celte seconde cuve il se fait encore un dépôt et en C on reçoit un liquide chargé seulement de particules très fines.
Ce mode opératoire est un des plus simples, il a été employé à Saint-Yrieix. C'est un type classique d'installation (*).
Le mode de traitement à faire subir au kaolin est lié à son état moléculaire et à la nature des corps qui l'accompagnent.
M. Larchevêque, dans son Ouvrage que nous avons déjà mentionné, donne la description des méthodes de travail adoptées à Beauvoir et aux Collettes.
Dans le premier de ces gisements on trouve des sables kaoli-
(1) Brongniaut, Traite des Arts céramiques, pI.V. — Salvétat, Technologit céruTuique^ p. 3o.
49^ CHAPITRE XIY. — POIICELAINES.
niques mélangés de diverses roches, principalement du sable quarizeux, du mica, de l'élain et des sables compacts. On désagrège ces roches par l'eau qui laisse déposer successivement le sable, l'oxyde d'étain, le mica et l'argile. Comme le gisement s'échelonne sur une colline, on utilise l'eau provenant de sources supérieures pour entraîner l'argile. La roche est jetée dans un fossé en pente oi^i circule de l'eau. La désagrégation est accélérée par l'agitation entretenue par des manœuvres. Une fois chargée des matières fines, l'eau passe dans des grilles, puis sous une meule. L'eau abandonne en route les sables, mais elle entraîne encore du mica. On la dirige alors dans des chicanes, puis dans des cuves à décantation.
Le kaolin subit fréquemment un nouveau lavage à l'usine. Cela dépend de la qualité de la matière employée.
Nous allons dire quelques mots d'un dispositif adopté par certaines fabriques allemandes, en particulier :
Le kaolin brut est introduit dans un tambour a. Il se délaye grâce à un courant d'eau dont l'action est facilitée par la rotation
ing. 142.
d'un arbre b à palettes. De a le liquide s'écoule en passant dans un canal posé au-dessus de c dans une série de caisses quadrai;gulaires cimentées, séparées en deux parties / ei d par une cloison e mobile. Celte cloison touche presque au fond de chaque cuve. Le liquide traverse donc une moitié de la cuve dans un sens, puis la seconde moitié dans un autre. Quand les trois cuves sont remplies, l'eau chargée de kaolin sort en g, passe dans une cuvette h d'où elle se rend par un système de chicanes en y et gagne de là les bassins où l'argile vient se déposer. Pour éviter que l'accumulation du sable ne vienne interrompre le passage de l'eau de / en cl, on a le soin de lever de temps en temps
PORCELAINE DURE
les cloisons e. Il est commode d'opérer avec deux laveurs accolés. On évite ainsi toute interruption; le nettoyage de l'un n'arrêtant pas la marche du second laveur.
A la Manufacture de Meissen, en Saxe, on lave le kaolin par un processus analogue.
La Manufacture de Sèvres lave ses kaolins en suivant un mode opératoire très peu différent. Elle délaye l'argile dans un appareil construit à peu près comme celui indiqué précédemment (j^o- il» P- 1 16), puis elle envoie la barboline à travers un tamis, lui fait traverser une série d'appareils comme ceux que nous avons décrits {fig. i3, p. 118) et la fait courir dans des rigoles en chicanes.
Le kaolin est ensuite raffermi comme une pâte au moyen du filtre-presse si l'on a besoin de l'obtenir sous forme solide. Il constitue le kaolin lavé.
La silice prise à l'état de sable quartzeux est sous la forme la plus avantageuse puisqu'elle est déjà divisée. L'emploi du quartz nécessite une rupture des blocs avant de procéder au broyage proprement dit. S'il est nécessaire, on lave le sable dans un courant d'eau traversant un cylindre laveur. On peut ainsi se débarrasser d'impuretés telles que les composés ferrugineux et les micas en fragments un peu gros.
Le feldspath est ordinairement potassique. C'est l'orthose qui sert de terme de comparaison. Les feldspaths de l'industrie renferment toujours de la soude et, parfois aussi, de la chaux. II faut ajouter la pegmatile à la suite de l'orthose.
La craie est suffisamment répandue pour rendre inutile la mention de ses gisements. 11 est important pour la fabrication de la porcelaine qu'elle ne soit pas ferrugineuse.
La pâte se composera en poids ou en volume; nous n'avons pas à revenir sur les manœuvres nécessaires pour effectuer les opérations relatives à sa composition.
Une fois délayées et mélangées, les matières sont tamisée?, puis la barbotine est raffermie et malaxée.
Façonnage. — Le façonnage est délicat, car la masse subit, pendant sa cuisson, un travail chimique interne et les chocs G.
498 CHAPITRE XIV. — POUCELAINES.
qu'a subis la matière pendant le façonnage se répercutenl d'une manière préjudiciable sur les pièces. Les torsions, les inégalités de pression ont une action sur les pièces terminées et les déparent.
De même que la faïence fine la porcelaine fait appel presque continuellement au façonnage mécanique. Les tourneurs ébaucheurs sont réduits à quelques unités dans les grandes fabriques. Le matériel employé par les faïenciers est un peu brutal, aussi doit-on apporter dans le travail des modifications nécessitées par la nature de la pâte à porcelaine.
L'introduction du coulage, déjà ancien dans cette partie de l'industrie, a rendu d'immenses services et facilité la fabrication de pièces difficiles. Grâce aux perfectionnements qu'on lui a apportés dans ces dernières années, le coulage est devenu un auxiliaire précieux restreignant beaucoup le moulage. Ce dernier procédé était resté pendant longtemps le seul moyen d'obtenir certaines pièces.
Le mieux, pour se faire une idée de la fabrication, est de décrire le façonnage d'un certain nombre d'objets.
Une première observation est nécessaire avant d'aller plus loin. On doit tenir compte dans la fabrication de la porcelaine de la déformation qu'amène la pesanteur pendant la vitrification. A ce moment la pâte a une résistance minima et une tendance à s'affaisser. Dans l'encastage on remédie dans les limites du possible à l'affaissement, mais il n'est pas possible d'y remédier absolument. Les profils de certaines pièces ne seront donc pas conformes en cru à ce que seront les pièces cuites.
L'expérience indiquera la forme à donner pour corriger la déformation pendant la cuisson.
Calibrage. — Les assiettes, qui sont des pièces d'une grande consommation, demandent deux opérations : la préparation d'une croule et le calibrage de cette croûte. 11 n'est plus possible ici de travailler aussi librement que les faïenciers; le transport à la main de la crotite amènerait des pressions partout où auraient posé les doigts. On doit donc faire la croûte
PORCELAINE DURE. ^99
sur un support approprié qui sera une peau tendue sur un cercle de métal ou tambour.
L'ouvrier écrase avec une bascule une balle de terre sur le tambour, puis porte celte croûte, en retournant le tambour, sur le moule de l'assiette. En appuyant avec une éponge et en pressant bien également on applique la croûte régulièrement sur le moule et on calibre ensuite. C'est là la vieille méthode suivie pour faire les assiettes.
Le matériel créé par M. Faure a perfectionné notablement le travail.
La machine à assiettes de ce constructeur comprend trois appareils : une croûteuse, une centieuse et une mouleuse.
suffit, après avoir jeté la balle, d'appuyer sur une pédale pour amener la rotation de l'axe du tour. En même temps, une tige
PORCELAINE DURE
Soi
supportant une règle plate, à biseau pour permettre une attaque modérée de la pâte, descend, écrase la pâte à l'épaisseur voulue et remonte après avoir effectué ce travail. Une seconde pédale commande le mouvement de cet organe; c'est au moyen d'une came qu'il est obtenu.
La croûte est portée sur la cenlreuse. On fixe le tambour
Fig. i45.
retourné sur le plateau de la machine et l'on descend l'ensemble sur un moule, placé en dessous. L'ouvrier applique la pâte en pressant sur le tout, puis il sépare le tambour et porte le moule, garni de sa croûte, sous la calibreuse. La calibreuse comprend une tête de tour, mue mécaniquement et embrayable
par une pédale, comme la croûleuse. Un bras vient maintenir un porte-estèque que l'on peut abaisser au moyen d'une manette. Une fois le tour en rotalion, le façonnier n'a qu'à descendre le calibre pour découper l'assiette dans la croûte.
On peut faire le plat ovale par le même procédé, seulement le tour tourne ovale. La figure 144 montre un tour ovale, on voit que la cenlreuse a été fixée sur le même bâti que le tour pro-
Fig. i/,6.
prement dit. Certains détails particuliers à cet appareil doivent être mis en évidence. Le plat ovale en porcelaine reçoit un profil irrégulier pendant son façonnage; les bords latéraux sont plus relevés que les bords extrêmes. Par ce moyen seul on évite l'aplatissement latéral des bords pendant la cuisson. L'appareil, pour donner cette forme, a un porte-estèque articulé reposant par l'intermédiaire d'un galet sur un ovale de métal dont les bords présentent les pentes nécessaires. Ce guide tourne avec le moule et oblige l'estèque à descendre plus ou moins profon-
PORCELAINE DURE
dément; c'est aux deux extrémités que l'inflexion de l'eslèque est la plus petite.
Dans toute la fabrication de la porcelaine on sera obligé à de grands ménagements dans l'atlaque de la pâte par les estèques et, dans le maniement des croûtes, on ne pourra pas agir avec la même rapidité que pour la faïence.
M. Faure, de Limoges, a construit de nombreux appareils. Les figures 145 et i46 représentent des appareils pour faire le petit creux et le grand creux.
Leur fonctionnement se comprend de suite.
Moulage. — Le moulage joue encore un très grand rôle dans la fabrication, mais il est certain que son importance sera diminuée fortement par suite du développement du coulage.
Coulage. — M. Larchevêque prépare la barboline de coulage de la manière suivante : à ^oo^s de pâte pressée et tamisée, il ajoute Soo^s d'eau. Le délayage se fait dans un appareil semblable aux délayeurs d'argile. La barbotine est épaisse, elle prend la fluidité nécessaire par une addition de 3H',5oo de carbonate de soude bydraté, dissous à saturation dans l'eau, et i'^s,8oo de silicate de soude.
Les barbotines ont un poids spécifique compris entre et 1760''?.
On coule maintenant des plats ovales, des théières avec anses et becs, des saucières avec leur pied, sans accident.
Dessiccation. — Une fois façonnées, les pièces tournassées et garnies de leurs accessoires, si elles en comportent, sont abandonnées à la dessiccation. Cette opération se fait à l'air libre. La pâte est moins grasse que la pâte des faïences, elle relient moins facilement l'eau que ces dernières, aussi atteint-elle une dessiccation suffisante sans soins très spéciaux.
Dégourdi. — Il reste à procéder à la cuisson et à l'émaillage. La transformation de la pâte en porcelaine demande deux cuissons. Du moins c'est le cas général. D'abord on donne à la pâte un premier feu, qui déshydrate l'argile et en fait ce que
l'on appelle du dégourdi. La masse a été suffisamment chauffée pour être débarrassée de l'eau combinée chimiquement. Elle a l'aspect et la porosité d'une terre cuite.
Le dégourdi est alors émaillé par immersion. Ce mode opératoire convient à la plupart des cas.
Émaillage. — La couverte de porcelaine est plus acide que le feldspath, aussi la compose-t-on avec des mélanges de quartz et de feldspath ou de pegmatites; quand ces dernières sont assez quartzeuses on peut les employer seules. L'addition d'un peu de kaolin rend la couverte plastique et en facilite l'application. A ces matières essentielles on ajoute quelquefois du tesson. Presque toutes les couvertes renferment de la chaux apportée par les matériaux constituants, mais on introduit aussi de la chaux, à l'état de craie, dans les mélanges.
Les couvertes employées à Sèvres pendant les années 1826- 1842 étaient des couvertes dites feldspalhiques; en réalité elles étaient formées avec de la pegmatite, car les analyses, données par Brongniart dans son Traité des arts céramiques, se rapportent à ce genre de roches. Leur teneur en chaux n'a jamais dépassé 1,9 pour loo. Ce type de couverte s'est conservé et les porcelaines de l'industrie française ont des couvertes de ce genre.
On a aussi employé des couvertes plus calcaires, plus ou moins semblables aux couvertes orientales.
Les matériaux de la couverte sont donc le quartz, le feldspath ou la pegmatite, et la craie.
Les quartz, feldspath et pegmatites sont lavés, si besoin est. Un cylindre, traversé par un courant d'eau, convient très bien pour cette opération. Pour broyer le quarlz il est bon de l'avoir fait étonner au préalable.
On prépare le bain d'émail en délayant dans l'eau le mélange des matériaux. Le bain est ensuite tamisé. Sa densité a une influence sur l'opération de l'émaillage. Un bain concentré dépose plus d'émail qu'un bain étendu; la porosité du dégourdi intervient aussi dans la question, enfin la durée d'immersion fait varier l'épaisseur du dépôt.
Les pièces émaillées trop minces laissent à désirer sous le
PORCELAINE DURE
rapport du glacé; les reliefs se montrent dégarnis de couverte. Avec un émaillage trop épais on s'expose à avoir des trous. En général les pièces difficiles à manier prennent plus d'émail que les pièces d'une manœuvre facile. Cela se comprend, puisque îa durée de leur immersion est augmentée par les difficultés de leur maniement; il peut être avantageux de les plonger dans un bain d'émail d'une concentration plus faible que d'autres pièces plus commodes à tremper.
Il y a intérêt à avoir une couverte très bien broyée. On se rendra compte de sa finesse en mesurant le temps qu'elle met à se déposer dans un vase divisé. Si l'on acidifie l'eau qui maintient la couverte en suspension, en y ajoutant du vinaigre, par exemple, on constate que la précipitation est relardée notablement. Il y a un parti à tirer de cette observation. . 11 est difficile d'éviter sur les pièces la ligne qu'amène l'égouttcment de la couverte sur des surfaces planes. Quand on trempe une pièce il est bon de la ressortir par la même extrémité qu'à l'entrée dans le bain. La mise en couverte de grandes pièces présente de sérieuses difficultés, par trempage. On a vu, dans certains cas, suspendre les pièces à un équipage puis les immerger rapidement et les retirer de même.
L'insufllalion rend beaucoup de services dans ce cas; il suffit de projeter régulièrement la couverte sur la surface à recouvrir. On en fait usage dans la décoration des grandes pièces.
La couverte une fois posée, les pièces subissent la retouche. Sur les parties saillantes il peut manquer de l'émail si l'on n'a pas soin de renforcer un peu la couche. En efîet, quand la couverte fondue fait nappe sur la pièce, elle a tendance h couler des bords; ces derniers seraient donc dégarnis si, au pinceau, on ne posait un surplus d'émail. Il peut aussi y avoir des manques d'émail à corriger. Enfin, les endroits sur lesquels doit reposer la pièce pendant la cuisson ne peuvent conserver leur émail; on l'enlève et l'on brosse la partie à désémailler.
Le glacé et le nappé de la couverte sont liés à sa fusibilité; il faut que la couche puisse s'étaler sans que la couche devienne trop fluide. Une couverte trop fluide coulerait dans les creux et s'y amasserait.
CHAPITUE XIV. — PORCKLAINIiS.
Encastage. — La porcelaine, mise en couverte, demande un eiicaslage très soigné.
Tous les objets pouvant s'em|iiler sont encastés dans des gazettes dites à cul-de-lampe. La pièce repose sur un rondeau F placé sur le cul-de-lampe. Ce rondeau est maintenu par des cales de lut posées sur le fond de la gazette. Le cul-de-lampe permet de gagner de la place ; en etîet, le creux de la pièce ne se trouve pas gêné p^r le fond de la gazette supérieure {fig. 147)»
Fig. i/i7. Fig. i48.
Pendant toute la durée de ces travaux d'encastage on doit éviter les poussières; la gazelterie sera bien brossée pour empêcher que des grains ne viennent tomber sur la pièce.
On a cherché à gagner le plus de place possible dans l'encartage. Le système imaginé par Régnier a l'avantage de supprimer le rondeau inférieur, mais il demande un matériel de forme spéciale. La figure permet de voir facilement la disposition de l'encastage de Régnier. Il a recours à des enveloppes de forme appropriée qui viennent s'emboîter dans des cerces à talons. L'industrie a transformé l'encastage Régnier; nous représentons ici le matériel original de Régnier. L'industrie l'a modifié pour le rendre moins coûteux.
Quand les pièces ne sont pas d'une forme permettant l'empilage, comme précédemment, on les place dans des gazettes de plein fond. Si l'on ne redoute pas de gauchissement on encaste sur le plein fond, c'est le cas des petits objets. Quand on craint des déformations, on place les pièces sur un rondeau placé sur le fond de la gazette et posé bien horizontalement. Comme les pièces peuvent avoir une hauteur supérieure à celle de la
PORCELAINK DURE. So']
gazette, on se sert de cerces qui aident à former un cylindre de capacité suffisante.
Les pièces ne doivent pas reposer sur la terre du rondeau, mais bien sur du sable tamisé dont on recouvre les rondeaux pour éviter l'adhérence. Les surfaces sur lesquelles elles portent sont dressées de manière à présenter une surface plane; le retrait, s'il s'elîecluait sur une surface non plane, serait suivi de gauchissements.
Le ramollissement qui accompagne la formation de la porcelaine est la source d'une série d'accidents qu'il faut éviter. Ce travail de la vitrification de la pâle ne commence qu'à la fusion du feldspath, c'est-à-dire à une température déjà élevée; il esi accompagné de tractions dans divers sens et il faut pouvoir empêcher que leur action sur une matière ramollie n'ait un effet fâcheux. Les pâtes très feldspathiques supportent un travail plus lent que les pâtes calcaires. Dans ces dernières l'action de la chaux sur la masse est beaucoup plus tardive que dans les premières, aussi la vitrification est-elle plus rapide, ce qui est un inconvénient.
Les pièces à section circulaire ne sont pas posées sans précaution dans le four; un support leur est nécessaire parfois si l'on veut leur conserver leur forme ronde. Le dessin d'une pièce
posée sur son support sera plus explicite que toute description (voir Jig. i^g). On voit en effet que, posée sur cette surface tronconique B, la pièce prendra un retrait régulier et gardera sa rondeur.
Dans le cas de grandes pièces ou de pièces présentant des parties très avancées on a recours à des supports pour empêcher la chute de ces parties. Une figurine dont les bras sont en
avant devra être soutenue et des supports seront posés sous ses bras. Ces supports sont faits avec de la pâte crue de même nature que celle qui sert à la confection de la pièce.
Les pièces qui manquent d'assise comme certains vases sont cuites retournées, on évite ainsi la chute de la lête du vase. Dans la figure qui représente l'intérieur d'un four avec son encastage, on en voit un exemple dans les piles B et J.
Quand on peut cuire les pièces l'une sur l'autre, autrement dit à boLicheton, il n'est pas besoin de support; ainsi le couvercle d'un sucrier posé sur le sucrier permet d'utiliser les deux pièces pour se maintenir l'une l'autre. (On a représenté des pièces de cet ordre en A et C,Jiff. i47).
11 y a une précaution indispensable à prendre, dès que l'on fait usage de supports, c'est de ne pas laisser de couverte sur les parties qui doivent rester au contact. On ajoute en même temps une composition appelée lerrage ou engommage. On a employé un mélange de sable et d'un peu d'argile; on se trouve mieux maintenant d'engommer avec de l'alumine, mais cela est plus cher. La matière pulvérisée et délayée dans la glycérine, additionnée de dextrine, fournit un engommage facile à appliquer au pinceau. ,
L'enfournement de la porcelaine encastée exige particulièrement du soin par suite de la température élevée que l'on est obligé d'atteindre dans la cuisson.
La sole du four est recouverte d'une couche de sable quartzeux, puis on commence à élever des piles bien verticales en les appuyant sur des colombins. La couche de sable a pour but d'empêcher l'adhérence des colombins à la sole après la cuisson. On monte les piles bien verticalement en posant les gazelles sur des colombins disposés sur leur bord. De cette manière on peut élever des piles verticales présentant le plus de résistance possible à la chute. On maintient les piles au moyen ô'accots L, c'est-à-dire de morceaux de terre cuite jouant le rôle d'étais.
Les piles placées devant les foyers, piles de feu, ont leur partie inférieure formée par une gazetterie très épaisse afin de supporter sans accident l'action brutale de la flamme. Ces piles
PORCELAINE DURE. 5og
de feu ne peuvent recevoir aucune marchandise dans cette partie de leur hauteur.
Dans l'enfournement on tient compte le plus possible de la place où l'on élève les piles et l'on pose les pièces délicates à distance des piles de feu.
Fig. i5o.
La jonction des gazettes se fait avec du lut; ce lut est fait avec une argile réfractaire dégraissée par du sable quarlzeux. On amène le lut à l'état de colombins par passage à la filière.
Les files sont lulées soigneusement puis fermées à leur partie supérieure par un rondeau.
Dans la coupe du four encasté, représenté ci-contre, on voit les piles maintenues par les accots L. En M est une plaque, en E et F sont des piles d'assiettes, en H des tubes, en B et J divers objets.
Cuisson. — Les fours qu'emploient les porcelainiers ont deux étages. Ce sont des fours à axe vertical. Le laboratoire reçoit directement l'action du feu, c'est là que s'effectue la cuisson de
5lO CHAPITRE XIV. — POllCELAINIîS.
la porcelaine et de l'émail. Le globe est traversé par les gaz sortant du laboratoire, il sert à faire le dégourdi.
Les fours à porcelaine sont à flamme direcle ou à flamme renversée.
Fig. i5i. Fig. i52.
Les fours à flamme directe sont traversés de bas en baut par la flamme; dans les fours à flamme renversée la flamme vient frapper la voûte du laboratoire et redescend jusqu'à la sole. Là, elle trouve des carneaux en relation avec des cheminées, placées dans les parois, qui communiquent avec le globe.
Les fours à flamme directe sont plus simples de construction et d'entretien que les fours à flamme renversée. Ces derniers donnent un meilleur mélange des gaz et ont l'avantage d'attaquer les piles par le haut, ce qui expose moins le matériel à des coupages de piles. Pour forcer la flamme à monler le long des premières piles on a soin de murer les piles situées devant les alandiers. L'encaslage dans ces fours doit être disposé de telle sorte qu'il ne bouche pas les carneaux de sortie. On place les piles sur des briques réfractaires posées autour de ces ouvertures.
Nous donnons le croquis de deux fours appartenant à ces deux systèmes; le premier ayant des alandiers au bois, le second des alandiers au charbon.
l'ORCELAINE DURE.
Il est très important de surveiller la nature de l'atmosphère pendant la cuisson de la porcelaine. Celte cuisson comprend un petit feu et un grand feu.
La cuisson commence lentement avec peu de combustible et un excès d'air. Plus tard, quand le four est un peu chaud, on augmente les charges de combustible. L'atmosphère devient alors réductrice et l'on maintient cette allure pendant le début du grand feu. Le fer que renferme toujours la pâte est réduit à l'état ferreux; son pouvoir colorant à cet élat est négligeable. Cette atmosphère réductrice est indispensable tant que l'émail n'est pas fondu. Une fois la couverte en fusion, la masse est protégée de l'oxydation et le feu peut être conduit avec l'allure que l'on veut. A la fin de la cuisson on cuit en oxydant.
Nous avons dit en parlant de la cuisson comment on passait du petit feu au grand feu quand on employait le bois comme combustible.
Quand on cuit au charbon on commence par de petites charges (i2<^™ à i5<"" sur les grilles) avec les portes des alandiers ouvertes, ensuite (au bout de 6 heures) on ferme ces portes (^). Au moment du granti feu on décrasse les grilles et l'on met une charge plus épaisse. Il faut de temps en temps piquer les alandiers pour donner de l'air. On charge pendant la période réductrice dès que la flamme devient bleue ; ce qui indique une combustion de l'oxyde de carbone dans l'alandier et, par suite, excès d'air.
Les porcelainiers se guident beaucoup dans leur cuisson par l'examen de montres recouvertes d'émail. On tire du four une montre et, quand elle est suffisamment refroidie, l'on regarde l'image d'un objet à arêtes déterminées. Une image nette indique une bonne cuisson d'émail, une image ondulée un nappé insuffisant.
La porcelaine enlevée du four n'est pas exempte de défauts. En dehors de la casse et de la déformation des pièces, des taches sur l'émail, il y a un autre accident important, c'est la formation de grains. Cet accident est dû à la chute de particules pro-
(') Nous donnons comme exemple une marche de four du Berry.
5l2 CHAPITRE XIY. — PORCELAINES.
venant de la gazelterie qui sont fixées sur la porcelaine par l'émail fondu.
On use ces grains au tour horizontal, avec une polisseuse garnie de matières dures, incapables de laisser des traces. On finit avec une roue de liège et de l'émail.
Tous les pieds de pièces sont dépourvus d'émail; ils sortent rugueux du four. On les passe également au tour à polir. On commence avec un grès dur, puis on termine avec de la potée d'étain; dans l'intervalle on a eu recours à de l'émail très fin.
§ 1. — FabricatioiN française.
Le Berry et le Limousin représentent les deux grands centres porcelainiers de France.
Ils consomment le kaolin de ces deux régions (^), quelquefois aussi des kaolins anglais. Le feldspath qu'ils utilisent est tantôt français, tantôt originaire de Suède ou de Norvège, l^es sables du Cher, de la Nièvre conviennent pour cette fabrication.
Les pâtes sont presque toujours fabriquées par des industriels spéciaux, les pâtiers. C'est à eux que revient le soin de préparer les matériaux et de composer les pâtes, de sorte que les porcelainiers travaillent souvent avec des matériaux dont la nature leur est inconnue.
Le moulin Alsing est répandu dans l'industrie française, mais le vieux matériel est encore très usité. Le broyeur est encore parfois une meule horizontale échancrée, tournant sur une seconde meule. Nous l'avons décrit figure 28, page i3i. On monte ces moulins en beffroi.
Il est juste de faire remarquer que le façonnage a reçu de nombreuses améliorations que les autres pays n'ont adopté que plus tard. La machine à battre la pâle dont l'usage est général dans la porcelainerie française ne se répand que lentement chez les porcelainiers allemands.
(') Les Eyzies (Dordogne), Saint-Yrieix et la Joachère (Haute-Vienne), Beauvoir (Allier), les Collettes, Loude'ac.
PORCELAINE DURE. 5l3
Le matériel de façonnage pour la vaisselle courante a été très perfectionné dans ces dernières années. M. Faure, à Limoges, et M. Rossignol, à Vierzon, ont créé une série d'appareils très solides et très bien compris, qui, après avoir été appréciés en France, prennent leur place à l'étranger.
Dans le façonnage de la porcelaine technique, les rôles sont renversés et l'avance se trouve du côté de l'Allemagne tant pour l'excellence du matériel que pour la qualité des produits fabriqués.
Les fours employés en France sont maintenant, en grand nombre, du système dit à flamme renversée. On les construit même dans de très grandes dimensions; les grands fours du Limousin ont près de 6™ de diamètre [exactement i8 pieds (i), soit S'», 84], ils renferment \i6^\ Le nombre des alandiers qui alimentent les grands fours est variable avec le diamètre. II est souvent de 12 dans un four de 6™. Pour un four de ce genre, alimenté par 8 alandiers, la surface de grille était de ô-^^/io, soit o'»%o5 par mètre cube. Pour des fours limousins moins grands, nous avons trouvé des dimensions de grille analogues.
La consommation de ces fours sera indiquée dans le Tableau suivant, qui donne également la durée moyenne de la cuisson :
Durée Quantité
Cube. de la cuisson. de charbon brûlé,
120 5o-54 ao
Les fours construits en France (flamme renversée) appartiennent ordinairement à deux types : l'un construit par M. Cadet, l'autre construit par M. Bonneville. Les deux systèmes ne diffèrent guère que par une double voûte de globe qui existe dans le four Bonneville et qui est supprimée dans le four Cadet. Celte voûte vient séparer le globe de la cheminée; elle est posée à la base du cône qui commence cette dernière. Le construc-
(') Les porcelainiers ont gardé l'habitude de compter en pieds, pouces, etcC G- 33
5i4 CHAPITRE XIV. — POUCELAINES.
leur a ajouté, dans ce four, des cheminons auxiliaires réglables par des registres
La manière dont on conduit la cuisson présente des particularités singulières. Les cuiseurs ont l'habitude de tellement cuire en réducteur qu'à la fm de la cuisson le globe se trouve complètement encrassé par des dépôts de carbone pulvérulent. On chasse et brûle ce carbone en introduisant, à la fin de la cuisson, du bois dans les alandiers. Quand le moment du décrassage est arrivé, au moyen d'une tige de fer, traversant le globe et reposant sur la sole, on arrache le rondeau fermant le passage direct du laboratoire au globe quand le four est à flamme renversée. Le four fonctionne alors comme un four à flamme directe. Le bois dégage une grande quantité de gaz qui provoque le lavage du globe.
Celte manière de conduire le feu est spéciale à la région et ne se retrouve pas dans d'autres pays.
La cuisson de la porcelaine se fait au charbon, le bois n'est
(1) Larchevêque, loc. cit., p. i4o, fig. ii8.
PORCELAINE DURE. 5l5
employé qu'exceptionnellement. Dans le Berry on utilise des alandiers moins bien compris que ceux que nous avons donnés. Nous renvoyons pour leur description à l'Ouvrage de M. Larchevêque ( ' ).
Les Limousins ont également diverses formes d'alandiers. L'un des plus employés est Falandier dit de Minton.
Ce dernier alandier est formé d'une cuve quadrangulaire fermée à sa partie inférieure par une grille. Pour charger l'alandier, on introduit le charbon par la partie supérieure en ouvrant une porte à parois de fonte. L'air entre par une ouverture, ménagée à la partie inférieure qui permet à l'air de passer sous la grille et au-dessus de la grille quand cette dernière est encrassée.
Le gaz de gazogène n'est pas employé couramment, il a été essayé dans des fours continus qui n'ont pas donné les résultats attendus, sans qu'il soit permis pour cela d'incriminer le gaz lui-même. La manière dont on a conduit les essais n'est pas sans prêter le flanc à la critique (2).
Les fours à porcelaines que nous avons cités ont les formes les plus employées. Il existe de nombreuses variantes (^).
Les pâtes françaises sont tantôt kaoliniques et feldspathiques, tantôt kaoliniques, feldspathiques et calcaires ; quelquefois même le calcaire est le seul fondant (*).
§ 2. — Farrication de Sèvres.
La fabrication de Sèvres diffère, par ses pâtes et ses procédés, de celle de l'industrie française. Son souci de faire bien et son indépendance au point de vue commercial lui permettent de faire les sacrifices nécessaires à une bonne exécution.
(') Loc. cit., p. i4i, fig. 1 19-120.
(-) La Céramique, igor, p. 122.
(^) On trouvera dans le Bulletin de la Société d'Encouragement la description de fours avec alandier central destiné à chauffer le centre. Fabrication de la porcelaine de Bayeux, 185;.
(") Voir Larghevêque, loc. cit.
Sèvres emploie actuellement deux pâtes bien distinctes : l'une très alumineuse, la pâte dure; l'autre plus conforme à la fabrication chinoise, la pâte nouvelle.
Pâte dure. — La pâte dure de Sèvres a subi divers remaniements depuis l'origine jusqu'en i836. A cetle époque Brongniart établit la composition actuellement en vigueur en prenant la moyenne entre les pâtes lui paraissant les meilleures. Cette manière singulière de procéder l'amena à adopter comme composition chimique moyenne :
Laissons la parole à M. Vogt {') auquel nous empruntons ces détails : « Ce n'est pas le désir de faire une porcelaine propre à tel ou tel usage qui a guidé Brongniart dans ce cas, ni une vue scientifique, mais uniquement l'empirisme. »
Brongniart reconnut les défauts de la pâte adoptée par lui et les signala dans son Ouvrage. Il insista même sur les difficultés qu'amènerait la délicatesse de la pâte, mais il conserva ce genre de pâle excessivement alumineuse :
Kaolin
Feldspath ' ^
La couverte au début de la fabrication fut calcaire, elle devint presque tout de suite exclusivement feldspathique. On la fait encore avec de la pegmaiile. Celle couverte, excellente pour le service à cause de sa dureté, ne permet pas à la décoration de prendre tout l'éclat qu'elle pourrait acquérir.
Si02..
CaO. .
Alcalis
Quartz Craie .
(1) £« Porcelaine, p. 236.
PORCELAINE DURE. Siy
Pâte nouvelle. — On a donné ce nom à une pâte rappelant la porcelaine de Chine par ses propriétés et établie à Sèvres il y a près de vingt ans par MM. Laulh et Vogl.
Le but des recherches qui ont abouti à la création de cette porcelaine était d'obtenir une pâte sur laquelle des émaux et des couleurs pouvaient s'appliquer avec plus d'éclat et en plus grand nombre que sur la porcelaine dure ordinaire
Le Tableau des compositions de différentes porcelaines permet de se rendre compte facilement des écarts que présentent la pâte de Sèvres et la pâte chinoise.
On a adopté pour la pâte nouvelle une composition plus en rapport avec la porcelaine de Chine, elle est donnée dans le Tableau des compositions, page 498.
La couverte adoptée finalement a été une couverte calcaire dont voici la formule moléculaire
( 0,7 CaO,
Soit :
Craie 7»
Feldspath 167
Kaolin 52
Quartz 108
Coulage. — Une installation unique a été donnée au coulage. En dehors des vases de dimensions ordinaires que l'on peut effectuer couramment par coulage. Sèvres s'est fait une spécialité de grands vases décorés. Certains de ces vases atteignent j™,75 de hauteur. Le façonnage de semblables pièces ne s'accommode pas des procédés ordinaires de fabrication. Aussi a-t-on donné une disposition spéciale au coulage des grandes pièces.
Le procédé employé s'applique couramment. On fait arriver la barbotine au fond d'un moule et on la laisse séjourner le
(1) Lautii et Vogt, Notice sur la porcelaine nouvelle.