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II. — PROCÉDÉS SPÉCIAUX AUX DIVERSES POTERIES

§ 1. ■ — Faïence.

La faïence vernissée n'a à proprement parler aucune sorte de décor; elle reçoit une couverte colorée simplement pour cacher la vilaine couleur de sa pâte.

La faïence architecturale utilise deux sortes de colorations» Tantôt on applique sur la terre des glaçures colorées transparentes, tantôt on la recouvre de glaçures opaques.

Les glaçures colorées transparentes ne peuvent être appliquées que sur des terres peu colorées, les terres très colorées modifiant la teinte de la glaçure.

Dans les faïences rustiques on a souvent utilisé Fengobage. Les faïences de Thoune, par exemple, sont décorées presque uniquement par engobes colorées.

Sur la faïence émaillée, on a quelquefois ajouté des peintures. Ces dernières sont posées, soit sur émail cru, soit sur émail cuit. Dans le premier cas, elles sont cuites en grand feu; dans le second, elles subissent une cuisson supplémentaire (feu de réverbère).

C'est à la faïence fine que l'on donne le décor le plus soigné. Ses nombreux usages en ont fait une poterie très répandue, aussi a-t-on cherché à lui permettre de soutenir le mieux possible la concurrence que lui fait la porcelaine. Actuellement les services même très bon marché ont un décor. L'usage de faïence blanche se restreint de plus en plus, il se perd dans les villes, car le bas prix, auquel on peut se procurer les ustensiles de première nécessité agrémentés d'ornements, fait abandonner l'emploi de vaisselle blanche.

Dans l'industrie on décore rapidement et économiquement. La faïence fine est presque toujours décorée en sous-couverte. Une fois le biscuit obtenu, on applique les couleurs à sa surface, on passe en couverte et l'on cuit. Le procédé adopté est très avantageux au point de vue de l'effet, aussi est-il général pour

les pièces de service. La faïence fine reçoit aussi des couvertes et pâtes colorées. Le décor en couleurs de moufles lui convient parfaitement. Pour le carrelage on fait usage souvent des émaux alcalins.

§ 2. — Grès.

Le grès n'est pas une poterie ayant autant de droit à un décor soigné que la faïence et la porcelaine. Il sert surtout à former de la grosse vaisselle; sa place dans la maison est à la cuisine. En Angleterre et en Allemagne on fait beaucoup de grès décorés en couleurs. Les grès anglais sont sobres de tons, ce sont ordinairement des grès fins à pâte colorée, sur lesquels on a appliqué des reliefs en pâte blanche le plus souvent. Les grès allemands ont une palette plus variée comportant plusieurs couleurs. Ce dernier décor se fait en moufles. Dans le Beauvaisis on a fait aussi des grès salés avec un décor coloré bleu. C'est le bleu de cobalt qui est la base de la coloration. La glaçure est fournie par le salage.

Le grès architectural demande à être traité largement. Il s'accommode bien de couvertes colorées; ces dernières peuvent être plus ou moins brillantes, les couvertes mates ont été très appréciées.

§ 3. — PORCliLAINE.

La porcelaine se prête à tous les genres de décorations.

Dans l'industrie porcelainière on a recours au décor en feu de moufles. Les couvertes colorées, les pâtes d'application, les couleurs sous coi^^verles sont réservées aux pièces de choix.

Un mouvement a cherché à se dessiner pour la substitution d'un décor plus céramique et plus beau d'aspect à l'application des couleurs de moufles. Ce dernier moyen ne donne pas le bel éclat des couleurs sous couvertes, il laisse toujours la partie recouverte de couleurs moins glacée que la couverte. L'emploi des couleurs sous couvertes est encore très restreint par suite des difficultés d'application du procédé et du petit nombre de couleurs dont on dispose.

III. — COMPOSITIONS UTILISÉES DANS LÂ DÉCORATION (COUVERTES ET PATES COLORÉES, COULEURS SOUS COUVERTES, ÉMAUX, COULEURS VITRIFIABLES, DORURE ET LUSTRES).

§ 1. — Couvertes colorées.

Elles s'obtiennent en introduisant dans la couverte quelques centièmes d'un colorant. Les colorants sont mélangés à la couverte. Il faut employer des matières très divisées et faire le mélange avec beaucoup de soin si l'on veut obtenir une bonne répartition dans la masse du colorant.

Les couvertes colorées sont ensuite délayées dans l'eau pour l'application; en moyenne, on prend parties égales de couverte et d'eau pour former le bain d'émail. Nous rappelons que, pour émailler sur cru ou sur dégourdi, la présence d'un élément plastique est nécessaire, mais en petites quantités. Dans le cas particulier où l'on émaille sur cuit, l'élément plastique est inutile.

A. — Couvertes de porcelaine dure de Sèvres. Voici deux exemples :

Couverte bleue, dite bleu do Sèvres.

^ Couverte 'lo

( Oxyde de cobalt 80

Couverte éeaille.

/ Sable 37,69

J Kaolin 35,38

1 Oxyde do manganèse 21 ,54

\ Oxyde de fer 5,39

On fritte le tout très fortement. On broie la masse et on la chauffe une deuxième fois.

Cette formule est meilleure que celle indiquée par Brongniarl. Cette dernière avait recours à des matériaux incertains. La

formule que nous donnons a l'avantage de n'employer que des matières connues (Lautli et Dutailly). L'écaillé réchauffée en moufle prend de l'éclat.

Ces deux couvertes se posent sur porcelaine cuite au putois.

B. — Couvertes de porcelalne nouvelle de Sèvres.

Les couvertes de la porcelaine nouvelle de Sèvres dérivent toutes de la couverte incolore précédemment indiquée :

Feldspath 42,1

Sable quarlzeux 27,2

Kaolin i3,o

Craie 17,7

Pour avoir une couverte colorée, on introduit des colorants qui viennent se substituer à la chaux de la couverte. Comme exemple, voici quelques couvertes (*) :

Bleue.

I Oxyde de cobalt 3 ,0

i Feldspath 42,1

< Sable quartzeux 27,2

i Kaolin i3 ,0

1 Craie j4 , •

Jaunes.

! Oxyde d'urane 5

Feldspath 42, t

Sable quartzeux 29,3

j Kaolin 8,5

[ Craie 17 ,7

( Oxyde de fer 5

\ Feldspath 45

2 l Sable quartzeux 28,5

1 Kaolin 11

Craie i3

(1) La Céiamique, igoi, et VOGT, Notice sur la fabrication des grès de la Manufacture de Sèvres, 1900.

V ertes.

Oxyde de chrome i q

Feldspath ^.^'^

Sable quarlzeux 27 2

Kaolin ,3o

Craie 12^7

Oxyde de cuivre ^

Feldspath ^2 j

Sable quartzeux 27^2

Kaolin j3^o

Craie 12,7

Brun violet.

Oxyde brun de manganèse 5

Feldspath ^5

Sable quartzeux 28,5

Kaolin ,1

Craie ,3

Brun roux.

/ Carbonate de nickel 3

I Feldspath 42,1

I Sable quartzeux 27,2

Kaolin j3^o

Craie 15^3

Rose.

i Sable 3o,5

) Tournassures 4-7

Craie 24

l Pinck 7

Le pinck se fait avec :

! Oxyde d'étain 100

Craie 34

Bichromate 3

On calcine fortement ce mélange et on le lave.

Céladon bleu.

I Sable 3o,")

\ Kaolin '^o

j Craie '^1

l Frille 29,5

La fritte est formée avec :

/ Pegmatite

1 Oxyde de cuivre ' r'»

I Oxyde d'étain •?-,7

\ Oxyde de fer o , 3

Céladon gris.

I Sable 3o,5

j Kaolin ^«,5

1 Craie 24

I Fritte ^8

On fait la fritte avec :

/ Pegmatite • 3o

1 Oxyde de cuivre 4 ,

1 Oxyde d'élain 8,2

l Oxyde de fer 0,9

Les céladons donnent des teintes pâles très appréciées; leur réussite demande la transformation de l'oxyde de fer en oxyde ferreux. Il faut donc les cuire en atmosphère réductrice pour obtenir le résultat voulu.

Flammés. — On donne ce nom à des couvertes colorées par du cuivre. Leur teinte n'est pas uniforme, elles présentent des variations de couleur dues à l'action plus ou moins réductrice des gaz du foyer.

La couleur est due à du cuivre métallique, très probablement. Les travaux d'Ebell semblent avoir éclairci cette question. Le colorant est du cuivre précipité dissous par la couverte; le phénomène est analogue à celui que donnent les couleurs à base d'or.

Le rouge, dit rouge 51 de Sèvres, est obtenu avec une couverte contenant :

/ Pegmalite

l Sable siliceux

) Craie

Borax ^.^

Oxyde de cuivre g

l Oxyde d'étain 3

La masse bien mélangée est fondue, puis broyée.

Cette couverte diffère par sa composition des couvertes précédentes. La présence du borax est nécessitée pour deux raisons d'abord ce corps amène de la fusibilité; ensuite, par suite de sa volatilité, il amène le durcissement progressif de la couverte. Ce verre final constitue un protecteur pour le rouge.

Pendant la cuisson, la couverte coule, aussi doit-on poser les pièces sur un support pour permettre de les détacher du rondeau. On terre même le support pour éviter l'adhérence.

Le rouge se produit par la réduction du cuivre, il faut donc maintenir une atmosphère réductrice. Au moment où la couverte est fondue, il y a moins de danger d'oxydation du métal; on peut alors achever la cuisson en laissant entrer plus d'air et terminer en atmosphère oxydante, sans employer pourtant un trop grand excès d'air.

Coulures. — Les couvertes renfermant de l'acide borique produisent des marbrures ou coulures qui viennent apporter une diversion à la nuance uniforme donnée par le colorant. On posera d'abord une couverte colorée, puis on ajoutera une couverte boracique. Voici une composition que l'on peut utiliser :

/ Pegmalite

1 Sable siliceux ;„

J Borax fondu j.^

l Craie jg

On ajoute à la masse des oxydes colorants et l'on fond le tout une deuxième fois. Les oxydes qui ont donné de bons résultats

58o CHAl'lTRE XV. — DÉCOHATION.

sont les oxydes de cuivre, de manganèse et de cobalt. On ajoute 4 pour loo à la couverte boracique et l'on fond.

Les pièces sont posées dans le four comme les pièces à c( vertes flammées, à cause des coulures. On les cuit en oxyda

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