CHAPITRE XV
DÉCORATION
Jusqu'ici nous n'avons considéré dans l'étude de la Céramique ([ue la faijrication au sens le plus étroit du mot. Nous avons borné nos descriptions à la préparation de la poterie sous sa Corme la plus simple. Les agréments que l'on peut donner aux |)roduits céramiques ne sont pas limités à l'élégance de la forme ; au moyen de colorants il est loisible d'orner les surfaces do compositions oinementales et de donner à la matière un aspeci ngréable qui en augmentera la valeur.
Les colorants s'emploient de différentes manières et les procédés actuels sont suffisamment variés pour offrir de nombreuses ressources au décorateur.
Une fois les colorants obtenus on peut en tirer parti de diverses manières.
On fait d'ordinaire deux divisions dans les procédés de décoration :
1° le décor de grand feu, qui s'effectue à la température où l'on cuit la poterie;
2° le décor de petit feu, qui demande une cuisson spéciale à une température moins élevée que la première.
§ 1. — Décor au grand feu.
Couvertes et glaçures colorées. — Les couvertes et les glarures sont capables de dissoudre certains corps en prenant une coloration. Celte addition du corps colorant doit être faite de
telle manière qu'elle laisse à la couverte sa transparence. Les glaçures colorées sont des sortes de verres colorés dans leur masse.
Quand on les pose sur des surfaces planes elles donnent l'impression d'une plage uniformément colorée. Appliquées sur des surfaces gravées, elles s'accumulent dans les creux en donnant des efl'ets analogues à ceux des ombres.
L'addition de l'oxyde colorant à la glaçure amène des perturbations dans ses propriétés physiques. La fusibilité, la dilatabilité sont susceptibles d'être modifiées; il est donc nécessaire d'accorder la couverte avec la pâte à ces deux points de vue. La glaçure doit cuire en même temps que la pâte et s'y maintenir sans tressaillures.
En dehors de la glaçure colorée monochrome, on peut obtenir des couvertes dans lesquelles les réactions chimiques produites à haute température ont déterminé des colorations variées. C'est à ce genre qu'appartiennent les flammés. Dans les couvertes flammées la flamme a produit des réductions plus ou moins intenses; ces divers degrés de réduction se traduisent par des différences de couleurs. Les transitions de teinte ne se font pas brutalement, de sorte que les couvertes ont toujours un ensemble harmonieux, quoique les teintes soient souvent fort différentes. Il y a, dans le passage d'une teinte à une autre, les fondus nécessaires pour que l'œil puisse supporter ces changements de coloration sans être heurté.
Les couvertes cristallisées, que nous avons déjà citées, sont des couvertes dont l'attrait consiste également dans les réactions dont elles sont le siège.
Les couvertes colorées se traitent de différentes manières; on les pose comme les couvertes : sur cru, sur dégourdi ou biscuit, sur émail, suivant les cas.
Pâtes colorées. — Si l'on additionne une pâte d'un colorant en quantité suffisante, la pâte après cuisson sera colorée. La teinte communiquée par le corps introduit sera d"autant plus intense que le colorant sera en plus grande quantité. Dans une pâte vitreuse les colorations se développent particulièrement;
aussi pour colorer une pâte peu vitrifiée y a-l-ii inlérêl à introduire le colorant à l'état de fritte.
La pâte se grave en donnant des reliefs qui se détachent sur le fond du vase.
Couleurs sous glaçure, sous couverte, sous émail. — Les
pâtes colorées ne se prêtent pas au dessin; elles se posent en épaisseur, et c'est dans la couche de pâte ainsi ajoutée que l'on grave. S'il s'agit de représenter un sujet par un simple dessin ou de poser une teinte, il faut recourir à des compositions plus maniables qui constituent les couleurs sous glaçure. Ce sont des compositions colorées que l'on applique sur la pâte et que l'on émaille ensuite. La coloration prend un bel éclat sous la couche de glaçure.
Les couleurs sous glaçure ne peuvent remplir le but proposé que si elles laissent la glaçure s'étendre bien régulièrement sans se détacher ni se dissoudre. Il faut aussi que, pendant l'application de la couverte, elles ne manquent pas d'adhérence.
Engobage. — L'engobage, auquel nous avons fait allusion plusieurs fois, consiste à recouvrir une pâte d'une matière terreuse blanche ou colorée.
Cette nouvelle couche de matière change l'aspect de la pâte, car son opacité fait disparaître complètement la couleur de la pâte placée dessous. On pose la glaçure sur l'engobe, de sorte que l'on a la sensation d'une pâte, de la couleur de l'engobe, recouverte d'une glaçure.
Le plus souvent on applique les engobes sur le cru. Les en-
gobes sont broyées, délayées dans l'eau à l'état de bouillie claire. L'engobe se pose alors comme une couverte. On laisse la pièce, si elle est en cru, se raffermir suffisamment pour supporter le bain d'engobage. Comme généralement l'engobage ne se fait
Fig. 169.
pas sur toute la pièce, on n'a pas à eirectuer cette manœuvre. On arrose la partie à engober ou on insuffle. C'est par ce procédé que l'on fait les ornements des faïences de Thoune.
L'engobe peut être découpée, une fois sèche, de manière à former des dessins dont la pâle primitive fait le fond. Pour faire le dessin par engobage on verse l'engobe au moyen d'un vase dont l'orifice est formé par un bout de paille. L'appareil que l'on utilise est représenté figure 169. Les engobes s'appliquent surtout aux faïences communes et aux poteries vernissées.
§ 2. — Décor au petit feu.
Les colorants capables de résister au grand feu sont en nombre restreint; au contraire, si l'on examine les corps, supportant sans altération une température ne dépassantpasla fusion de l'or, on trouve suffisamment de composés pour former une palette variée.
L'emploi des couleurs est plus varié; il permet alors d'enrichir les surfaces de composition décorative de tonalités diverses. L'application des couleurs nécessite des précautions. Si l'on veut la poser sur une poterie, garnie de sa couverte, la couleur doit être additionnée d'un fondant. Le fondant est une compotion vitreuse fusible dont le rôle est de déterminer l'adhérence de la couleur avec la poterie. Pour cuire ces couleurs on opère en moufles, d'où le nom de couleurs de moufle donné à ces couleurs.
Ordinairement on cuit en moufles au-dessus de 800°; Brongniai't a indiqué exceptionnellement des couleurs un peu plus dures cuisant vers 1000° : ce sont les couleurs de grand feu de moufles.
A côté des couleurs, il faut citer encore des préparations qui ont recours au moufle pour effectuer leur cuisson : telles sont la dorure et les lustres.
Moufles. — Les moufles ordinaires sont des boîtes rectangulaires façonnées en terre réfractaire. Leur partie supérieure est ordinairement voûtée; quant à la partie antérieure, elle est
ouverte afin de permettre l'introduction des matières à cuire.
Les moufles sont faits en terre réfractaire de bonne qualité; tous les soins nécessaires sont apportés à la fabrication des moufles, car ils doivent fournir un usage prolongé sans accidents ni ruptures. Nous avons déjà parlé de ces appareils page 225.
Autrefois on faisait les moufles au colombin, parfois aussi on s'aidait de moules. Pour les grands moufles l'aide de moules est indispensable. Maintenant on a perfectionné beaucoup la construction des moufles et on les construit souvent avec des briquettes spéciales. On avait constaté depuis longtemps la difficulté que présentait la conservation en bon état de moufles de très grandes dimensions, aussi construisait-on les parois de grands moufles employés à Sèvres avec des plaques carrées de 3o"" à 40"" de côté. On ménageait des feuillures et des rainures pour faire l'assemblage et l'on assurait le joint avec du mortier réfractaire. Parmi les nombreux constructeurs qui ont cherché à améliorer la confection des moufles, il faut citer M. Pollard. G. 36
Les moufles sont entièrement construits en petites briquettes qui s'emboîtent les unes dans les autres.
Le moufle doit être entouré de flammes, aussi on le dispose au-dessus d'un foyer, de telle sorte que les gaz puissent passer tout autour. A cet effet, il est entouré d'une muraille en briques sur trois de ses côtés. L'ouverture du moufle est laissée dégagée. Une fois l'emmouflage terminé, on fermera le moufle avec des briques, puis on placera une seconde rangée de briques qui bouchera l'ouverture ménagée dans le mur. Le moufle sera alors enfermé entre quatre murs verticaux; les flammes monteront entre les murs et les parois du moufle, puis se rendront dans la cheminée.
Une bonne disposition à adopter pour les moufles consiste à ne pas mettre sur la même face de la maçonnerie la porte du moufle et la porte du foyer. (La figure montre un appareil dans lequel ces prescriptions n'ont pas été suivies.) On évite ainsi, surtout quand on cuit au charbon, de risquer de salir les pièces par des poussières ou des cendres de combustible.
L'emmouflement demande à être serré. Il y a intérêt à mettre le plus de pièces possible dans un moufle, d'abord par économie, et ensuite pour éviter une répartition inégale de la chaleur. Les parties peu chargées s'échauffent plus vite que les régions où les pièces sont serrées. La chaleur doit se répartir également. Il faut tenir compte aussi de la circulation des gaz chauds, des vapeurs d'essence. On fait des étages, supportés par des pillets si cela est nécessaire, mais on doit se garder de faire des cloisons transversales trop étanches, cloisons qui empêchent le mouvement des gaz et la régularisation de la température. Dans l'industrie on se sert de plaques de tôle pour supporter les objets dans le moufle.
L'intérieur du moufle ne doit pas recevoir de fumée du foyer. On lute soigneusement les briques de la porte et toutes les fissures. Un moufle qui n'est pas étanche, dans la partie en contact avec les flammes, donne de mauvais résultats.
Au sommet du moufle on a laissé une ouverture, munie d*une douille. Cet orifice permet l'évacuation des produits volatils et la dilatation de l'air.
La porte du moufle est munie également d'une douille, formant visière, et par laquelle on peut voir l'intérieur du moufle.
Les moufles sont chauffés au bois pour les décors soignés ou qui redoutent les inconvénients déjà signalés à propos du charbon (soufre). Le charbon est plus économique et est employé toutes les fois qu'on le peut. Les fumées de houille sont néfastes pour les couleurs céramiques et les émaux.
On a appliqué aux moufles le principe de la continuité. L'idée n'est pas nouvelle, puisque à la manufacture de Vincennes, Gérin avait installé un moufle de ce système. Le moufle continu était déjà connu en 1751; en effet, Hélot en fait mention dans son manuscrit. On en abandonna l'emploi par suite de la difficulté de produire assez de marchandises pour alimenter continuellement un semblable appareil. Il fallait laisser accumuler les produits pour en avoir une quantité suffisante pour fournir une cuisson de plusieurs jours, ce qui provoquait des retards considérables. L'appareil était d'un débit disproportionné à la production de la manufacture.
L'idée a été reprise depuis sous diverses formes avec de nombreux perfectionnements.
Le moufle dit rectangulaire (Furbringer) est celui qui a le plus de rapports avec le moufle de Gérin. Il est formé de deux tunnels parallèles A et B que relie un troisième tunnel G perpendiculaire venant s'adapter à l'une de leurs extrémités. L'entrée des produits se fait en A et la sortie en B. Le foyer se trouve au milieu du tunnel transversal. C'est un foyer gazogène alimenté à la houille. Le foyer proprement dit ne brûle complètement ses produits que plus loin, autour du tunnel où circulent les flammes; les gaz marchent en sens inverse des traîneaux.
Les produits à cuire sont placés dans des traîneaux de fer glissant sur des rails; leur mouvement est produit par des crochets de fer reliés à des crics que l'on manœuvre de l'extérieur. Les traîneaux sont obligés, par la disposition même de l'appareil, de subir trois tractions différentes par suite des retours à angle droit.
Le moufle circulaire (Hetzel) se compose {fig. 172) d'un tunnel en fer à cheval au milieu duquel se trouve un foyer F
disposé comme le précédent. La flamme entoure le tunnel puis se rend dans une cheminée. Les traîneaux ou wagonnets rentrent en A et sortent en C, en glissant sur des rails; ils sont
reliés par des chaînes et forment un train que l'on fait avancer à l'aide d'un treuil. Les vannes placées après le foyer et à la porte d'entrée empêchent les pertes de chaleur dans la partie en refroidissement et à l'extérieur de l'appareil.
L'espace resté libre entre les deux extrémités du fer à cheval occupe la longueur de trois wagonnets.
Pour la manœuvre du moufle, les opérations sont plus simples que dans l'appareil précédent, qui exigeait les manœuvres successives : sortie d'un wagonnet de B, entrée d'un wagonnet du tunnel C dans B par avancement du train dans G de la longueur d'un wagonnet, entrée d'un wagonnet de A dans C par avancement du train et, enfin, introduction d'un wagonnet nouvellement chargé par A.
Le moufle circulaire se manie avec plus de facilité : on lève les deux vannes, puis on fait avancer le train d'un wagonnet et l'on referme les vannes. Le wagonnet cuit se trouve isolé du foyer par la vanne 2 et entre dans la région de refroidissement du four, pendant qu'un wagonnet déjà chaud vient prendre la place devenue libre. Un wagonnet [est sorti en B, tandis qu'un autre est entré en A.
Un panier séjourne lo minutes dans la partie chaude, de sorte que toutes les lo minutes l'on entre et l'on sort un panier. Le débit de l'appareil est donc considérable eu égard aux modestes dimensions de l'instrument.
Il est difficile d'obtenir une température absolument uniforme dans toute la section du tunnel chauffé. Dans la partie supérieure, la température est plus élevée que dans la partie inférieure, on devra donc tenir compte de cette observation dans le placement des produits.
M. Geith a pensé à donner au tunnel une forme plus simple, il l'a construit droit avec une certaine pente pour aider à la manœuvre des paniers.
Nous ne représenterons pas le modèle original du constructeur, mais l'appareil modifié par M. Marc Larchevêque. Ce dispositif étant le plus simple de tous, nous entrerons dans quelques détails.
Le moufle se compose d'un tunnel rectiligne, légèrement incliné, sur la sole duquel sont placés les^deux rails destinés à recevoir le train. Un cric placé en bas du tunnel sert à faire avancer la file de paniers. A l'avant et à l'arrière du tunnel se trouve une chambre pouvant renfermer trois paniers placés côte à côte.
L'échauffement préalable et le refroidissement définitif ont lieu dans ces deux chambres; leur adjonction au tunnel permet de réduire la longueur de celui-ci. Une ouverture fermée par une vanne correspond à chaque panier et sert à son introduction. Les gaz du foyer, placé au milieu de l'appareil, viennent
Fig. 174.
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déboucher sous le tunnel, puis suivent les parois latérales. Une muretle en briques sépare le tunnel en deux parties : région d'échaufïement, région de refroidissement. La combustion de la flamme autour du tunnel est aidée par de l'air qui entre en i et vient déboucher dans le foyer après avoir circulé autour du tunnel de manière à le refroidir. Deux carneaux supplémentaires
Fig. 175.
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donnent la latitude d'aspirer de l'air froid et de l'envoyer dans la cheminée directement; le refroidissement est rendu plus énergique par celte ventilation auxiliaire.
Le modèle de Geith oblige à des manœuvres plus compliquées
que l'appareil circulaire de Hetzel; il faut retirer un panier à l'arrivée, déplacer un panier latéralement, faire avancer le traiji d'une longueur de panier, puis engager un panier dans le tunnel, amener un des paniers posés de côté devant l'entrée du tunnel et introduire un dernier panier.
Ces opérations sont accompagnées de l'ouverture et de la fermeture des vannes correspondantes.
M. Marc Larchevêque a allongé les chambres extrêmes de manière que la chambre de réchaulTement puisse renfermer trois paniers en longueur et la chambre de refroidissement deux paniers en longueur également. Les rails sont prolongés à l'entrée de l'appareil d'une longueur suffisante pour recevoir deux paniers qui sont tout prêts à être accrochés au train. Ainsi construit, le moufle-tunnel n'a plus besoin que de deux valves, une à l'entrée et une à l;i sortie; on les manœuvre à l'aide d'un contrepoids.
En 12 heures ce moufle peut recevoir au moins 45 paniers. Ces paniers représentent la contenance de deux moufles et demi de dimensions ordinaires : o™',75o; on cuit plus rapidement et plus économiquement.
Les moufles continus, outre leurs avantages économiques, offrent de sérieux avantages au point de vue du résultat. Les couleurs sont cuites rapidement et sortent plus belles ; la cuisson lente dans les moufles ordinaires amène des dévltrifications provenant du maintien prolongé des couleurs à une température relativement haute.
La chauffe la plus élevée dans un moufle de ce genre ne dure pas plus de 20 minutes au maximum, dans le cas de couleurs dures.
Si l'on a soin de composer ses paniers de produits identiques €omme décor, on peut cuire des couleurs tendres et des couleurs dures; il suffit de proportionner la durée de la cuisson à la fusibilité.
Au point de vue commercial, ces appareils sont très précieux, <iar ils permettent le réassortiment rapide des pièces brisées, sans obliger à attendre aussi longtemps qu'avec les moufles intermittents.
Un autre système de moufles continus a été organisé sur le même principe que les fours à chambre. Les moufles sont chauffés au gazogène. Les gaz chauds provenant du chauffage d'un moufle viennent échauffer le moufle voisin, pendant que de l'air échauffé par passage sur un moufle en refroidissement vient alimenter la combustion. M. Mendheim, entre autres contructeurs, a combiné des batteries de cet ordre.
§ 3. — Colorants.
Nous avons indiqué la manière dont on préparait les composés utilisés pour la confection des couleurs, mais nous devons faire remarquer que dans la plupart des cas on ne les utilise pas seuls. Pour obtenir les tons désirés, il faut non seulement obtenir des composés chimiquement purs et définis, mais aussi les amener à un certain état physique. La température de production des colorants a une grosse influence pour certains d'entre eux; ainsi l'oxyde de fer possède une gamme de tons variables avec les températures auxquelles il a été soumis. La division de la matière doit être telle que le mélange s'effectue convenablement avec les matières accessoires auxquelles on doit l'incorporer. La teinte ne peut pas présenter d'uniformité si elle est formée de gros grains. Aussi, dans l'état actuel de la question, la préparation des colorants exige-t-elle la connaissance d'un certain nombre de tours de mains impossibles à prévoir ihéoriqucment, et que la pratique fait découvrir. En thèse générale, le mélange d'un colorant est toujours difficile; aussi, quand par un artifice on peut arriver à obtenir le mélange pendant la préparation, faut-il toujours recourir à ce moyen. Supposons, par exemple, que nous désirions mélanger deux oxydes. Préparés isolément et triturés ensemble, ils ne donneront que lentement un mélange parfait. Si l'on prend les deux métaux sous forme de sels solubles, décomposables par la chaleur, il est facile de préparer un mélange intime en évaporant les deux solutions réunies et en chauffant fortement le résidu (le l'évaporation.
Dans bien des cas on combine la préparation du colorant
lui-même et de la masse colorante. Cette manière d'opérer est toujours préférable à des mélanges successifs des divers ingrédients. Aussi très souvent l'on introduit les oxydes à l'état de sels décomposables par la chaleur. L'oxyde colorant se trouve imprégner la masse, sans qu'il soit nécessaire de procéder à de nombreux broyages.
Les colorants utilisés en Céramique sont presque tous pris à l'état d'oxyde, pourtant quelques-uns d'entre eux sont nettement des combinaisons, tels sont : l'antimoniate de plomb, l'aluminate de cobalt. Leur nombre est fatalement restreint, parce que ces corps sont tenus de répondre à plusieurs conditions. Ces composés ont d'abord à supporter une température élevée sans altération. Ajoutons à cela que les glaçures et fondants doivent être sans action sur ces corps et ne pas détruire leur coloration.
Les métaux lourds et les métaux nobles seuls peuvent satisfaire à ces exigences et fournir les composés désirés, puisque seuls ils donnent naissance à des combinaisons colorées.
Voici quelles sont les couleurs que fournissent les principaux colorants utilisés en Céramique :
Bleus. — Le cobalt donne des bleus. L'oxyde de cobalt seul n'est pas un colorant par lui-même; il est noirâtre, comme on le sait, et ne peut fournir de coloration qu'en se dissolvant dans un flux vitreux ou en se combinant à un corps capable de fournir avec lui un composé coloré. La plupart de ses sels sont détruits et ramenés à Tétat d'oxydes à haute température, de sorte que l'emploi de sels tels que le carbonate, l'azotate revient à celui de l'oxyde de cobalt. II ne faut pas appliquer cette conclusion à des sels à acides fixes. Le phosphate de cobalt et le chromate de ce métal ne rentrent pas dans la désignation précédente. Le phosphate donne du bleu; il n'en est pas de même du chromate qui est utilisé, parfois, comme colorant spécial. Le chromate de cobalt vire au vert (*).
( ' ) 11 est probable qu'à une température voisine de la fusion de l'argent, le chromate de cobalt est déjà détruit et que le colorant n'est plus qu'un mélange intime de sesquioxyde de chrome et d'oxyde de oobalt.
En présence de quelques oxydes jouant le rôle d'anhydrides, l'oxyde de cobalt donne naissance à des sels intéressants au point de vue de la coloration. La couleur est toujours bleue, mais sa tonalité peut être modifiée. L'aluminate de cobalt, entre autres composés, est d'un bleu vif agréable, moins foncé que le bleu obtenu par dissolution de l'oxyde dans une couverte. L'oxyde de zinc joue le même rôle que l'alumine et peut fournir un sel de cobalt dont la coloration est utilisée.
Jaunes. — Le plomb à l'état d'anlimoniate donne des jaunes, il peut aussi servir comme colorant sous forme de chromate de plomb. Ces corps ont l'inconvénient de ne pas supporter une température très élevée. L'urane est précieux pour la décoration en feu oxydant; ses colorations résistent au grand feu de porcelaine dure.
L'antimoniate de plomb est modifié par la présence de l'oxyde de zinc; sa teinte peut être foncée par l'addition d'oxyde de fer.
Le chromate de plomb servira pour les jaunes orangés.
L'urane ne donne pas de teinte jaune quand il est seul. Ses oxydes n'ont pas cette couleur. L'oxyde uraneux est noii-, l'oxyde uranique est chamois et l'uranate d'uranium est verl. Ce sont les combinaisons de l'uranium, à l'état d'uranates, qui sont douées de la couleur jaune. Le seul cas oij la coloration soit due à l'oxyde d'uranium est quand on cuit en réducteur. Les uranatessont alors détruits et l'oxyde passe à l'état d'oxyde uraneux.
Certains jaunes peu francs renferment du cuivre; leur nature est mal connue. Les jaunes donnés par le titane sont roux. Le jaune de titane est du litanate de fer très probablement.
Rouges. — Le peroxyde de fer ne donne pas du rouge vif, il tire toujours plus ou moins sur le brun. L'oxyde de fer ne peut pas supporter une haute température.
Le cuivre se dissout dans les couvertes et se précipite à l'état ténu en donnant un rouge très apprécié. Celte production de cuivre métallique divisé s'obtient en chauffant convenablement, en feu réducteur, certaines couvertes cuprifères.
L'or produit des pourpres, des roses et des carmins. Les pourpres sont à base de laques, préparées comme le pourpre de Cassius à base d'étain, d'antimoine, par exemple. Les roses d'or résistent au grand feu; ils se développent par précipitation de l'or d'une couverte qui les tenait en dissolution.
Le chromate basique de plomb avec un fondant approprié fournit un ton rouge assez vif.
Verts. — L'oxyde de chrome est un bon vert supportant bien le grand feu. En atmosphère oxydante et en présence de bases il a une tendance à jaunir, par suite de la formation de chromâtes.
L'oxyde de cuivre se dissout dans les glaçures en les colorant en vert.
Le cuivre en fondant plombeux a servi à faire des verts avant la découverte du chrome; il vire au bleu en présence d'alcalis.
Violets. — Un très beau violet s'obtient en ajoutant de l'oxyde de manganèse à un verre plombeux. Les pourpres d'or virent aussi au violet.
Blancs. — L'oxyde d'étain est d'une grande ressource pour les blancs opaques. On a eu recours aussi à d'autres oxydes similaires : anhydride arsénieux, oxyde d'antimoine.
Au grand feu le blanc est donné par la pâte, vue à travers une couverte transparente, et aussi par des engobes.
Noirs. — Le noir le plus simple est un mélange d'oxydes de manganèse, de fer et de cobalt. Bien dosé, il donne des noirs satisfaisants assez résistants.
L'oxyde de nickel ne fournit que des gris plus ou moins noirs.
Le platine a été employé pour faire des gris, l'iridium pour faire des noirs très foncés et le vanadium est la base des noirs de la Manufacture de Copenhague.
Ces trois dernières matières sont d'un usage très restreint.
PROCÉDÉS SPÉCIAUX AUX DIVEllSES POTERIES.