‹ La céramique industrielleChapitre 23 sur 182 · PRÉPARATION DES ARGILES · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DES ARGILES

difficilement et l'on comprend que la désagrégation est d'autant plus rapide et plus complète ([ue la dessiccation a été menée plus rapidement.

Quand le climat du pays le permet, celte division de l'argile se fait toute seule. La dessiccation devient un agent mécanique qui aide à l'émiettemenl de la masse. Si l'on a des pluies à redouter il n'y a qu'à disposer la terre sous des hangars où l'air circule librement.

L'exposition à l'air peut servir aussi à la purification chimique des argiles. Les argiles sont fréquemment accompagnées de pyrites; il y a avantage à se débarrasser le plus possible de ces minéraux. Souvent disséminés en petits cristaux dans la masse il est difficile de les éliminer complètement. On peut utiliser l'action combinée de la gelée et de l'humidité pour amener l'oxydation de ces composés ferrugineux. Sur l'argile, mise en tas ne dépassant pas un mètre, on laisse agir le froid. L'eau d'interposition se dilate, en se gelant, et la dilatation résullant du changement d'état fait éclater les blocs. Si l'argile est un peu sèche, il est bon de l'arroser pour l'imbiber d'eau avant la venue de l'hiver; on augmente ainsi l'effet destructif de la gelée.

Cette désagrégation est avantageuse pour les argiles, surtout les argiles plastiques, qu'elle améliore et rend plus faciles à travailler.

Les Anglais (') emploient pour fabriquer leur faïence des argiles qu'ils ont laissé hiverner; en outre de l'action mécanique exercée par la gelée ils mettent à profit l'oxydation produite par l'air humide pour éliminer les composés pyriteux. Le sulfure de fer s'oxyde, se transforme en sulfate que les eaux de pluie dissolvent et entraînent, en même temps qne l'argile s'imprègne d'eau. Cette épuration chimique se fait toute seule et se trouve suivie d'une préparation mécanique, puisque la gelée trouve la matière toute humide et la divise.

( ' ) Lambert, Description de la fabrication actuelle des faïences fines et autres poteries en Angleterre. Bruxelles, i865.

I 2. — Division des argiles.

Pour le travail préliminaire des argiles il est nécessaire de ne pas opérer sur de gros blocs. Le délayage, l'écrasage ne peuvent s'effecluer sur des fragments trop importants. On a soin d'amener les argiles à une certaine division, de manière à faciliter le travail.

On peut procéder à cette opération de diverses manières.

Écrasement. — L'argile est jetée entre deux cylindres parallèles, tournant en sens inverse autour de leur axe, et de manière à entraîner les matières dans l'espace laissé libre. L'inter-

valle qui sépare les deux cylindres peut être augmenté ou diminué de manière à permettre de donner l'écartement jugé convenable. Dans ces appareils la masse est brisée en menus fragments si elle est sèche, ou laminée en plaques si elle est humide.

Les matières dures sont serrées entre les deux cylindres et brisées. Pour éviter des accidents préjudiciables au fonctionnement de l'appareil, on a soin, dans la construction, de ménager des pièces de rupture faciles à changer. Leur but est de sup-

PRÉPARATION DES ARGILES. Il3

porter les chocs amenés par de fragments trop résistants. Les terres qui contiennent des impuretés sont dures à écraser el, pour les amener au degré voulu de division, il faut effectuer le travail d'écrasement en plusieurs fois. On commence avec un écartement relativement large des cylindres, puis on pousse l'argile dans d'autres paires de laminoirs réglés à des intervalles diminuant progressivement.

Les cylindres ont une surface lisse ou cannelée. Leur vitesse de rotation peut être différente pour chacun.

Les écraseurs se construisent dans plusieurs modèles. Le diamètre des cylindres ne dépasse guère i™, il ne descend que rarement au-dessous de o"',5o. La longueur utile varie de o'",4o ào'",7o. La production augmente naturellement avec la puissance des appareils. Les plus petits modèles ne traitent à l'heure que o'"^5oo environ, les plus grands peuvent débiter jusqu'à 4'"' et 5'n\ La dépense d'énergie diffère avec l'état physique de la (erre, elle ne s'élève ordinairement pas au-dessus de 10^1^'^ pour les grands modèles écrasant des argiles difficiles à travailler.

Les brojeurs à cylindres se composent d'un fort bàli sur lequel reposent les deux cylindres. L'un d'eux se meut dans des paliers fixes, tandis que l'autre cylindre s'appuie sur des pièces mobiles maintenues par des vis de réglage permettant de donner à récartement des longueurs variables. Des racloirs assurent la propreté des surfaces. Il y a avantage au point de vue de l'action à employer des cylindres de grand diamètre; ces derniers saisissent plus facilement la terre.

La figure 9 représente un de ces appareils. Les broyeurs à cylindres cannelés servent principalement à briser les mottes de terre dure; ils ne servent que comme machines préparatoires. Leur construction est réglée de telle sorte que les dents de l'un viennent s'emboîter dans les creux, ménagés d'espace en espace, de l'autre. On donne généralement des diamètres différents à ces deux cylindres. L'un des cylindres est relié avec un engrenage et le second cylindre est entraîné, par suite, par le mouvement du premier. Les broyeurs à cylindres lisses ont une construction analogue, ils tournent avec des vitesses inégales.

Il4 CHAPITRE IV. - l'IiÉPAUAÏION DES MATIÈRES PREMIÈRES.

En modifianl la disposition des laminoirs on peut les utilise r comme épuraleurs.

Les cylindres sont remplacés par des troncs de cône lournaul autour de leur axe, en sens contraire, de manière à conserver un écart constant entre deux génératrices en regard. L'argile passe dans l'écartement; les corps durs restent sur les troncs de cône et remontent vers les grandes bases, qui tournent à une vitesse plus grande, et s'échappent.

Pour pulvériser des argiles sèches on a recours aux meules ou aux moulins à boulets dont nous parlerons plus loin.

L'écrasement des argiles ne peut être opéré mécaniquement que pour une grande production. Pour de petites fabrications on ne peut entretenir un moteur sans une grosse dépense. Le travail se fait à bras d'homme encore dans quelques petites fabriques. En roulant sur une aire en pierre présentant une légère concavité un cylindre de pierre, on arrive à écraser la terre par un mouvement de va-et-vient imprimé au rouleau.

Taillage. — La division de la terre en fragments peut être obtenue par d'autres moyens. Les tailleuses, par exemple, arrachent des copeaux des blocs et les amènent à un état très convenable pour le travail. Ces machines {fig. lo) sont formées essentiellement d'un disque placé au fond d'un cylindre ou d'un tronc de cône et muni d'ouvertures armées de couteaux. En entraînant les blocs au moyen de palettes, reliées à un axe de rotation, ils viennent se déchirer sur les couteaux et les copeaux arrachés passent alors par les ouvertures ménagées devant le tranchant des couteaux. La vitesse de rotation doit être assez rapide pour obtenir l'arrachement et non le glisse ment. Une lailleuse alimentée par 2 chevaux-vapeur peut déchiqueter à l'heure de 4™' à 6™' d'argile.

Granulage. — Les granulateurs sont des tailleuses disposées un peu différemment. Ils comprennent un arbre incliné armé de couteaux disposés en hélice et placé au fond d'une trémie. L'argile est coupée, divisée et poussée hors de l'appareil.

Le débit des granulateurs est plus élevé que celui des tail-

PRÉPAHATION DES ARGILE;. Il5

leuses; ces appareils, du reste, sont conslriiils pour alimenter une grande consommation. Certains granulaleurs peuvent traiter jusqu'à 200"^' par jour.

Fig. 10.

§ 3. — Lévigatiois.

Les argiles sont toujours plus ou moins mélangées à des corps étrangers. Ces matières sont souvent en fragments dont les dimensions sont supérieures à celles des grains d'argile. En lévigeant la masse, c'est-à-dire en la délayant dans l'eau, on désagrège les fragments de la matière. La matière plastique plus fine entre en suspension, mais les pierres de dimensions un peu forles restent au fond du vase. En décantant on sépare les parties les plus fines des fragments les plus grossiers. Fatalement l'argile plastique se trouve encore accompagnée de sub-

Il6 CHAPITRE lY. — PRÉPAKATIOX DES MATIÈRES PREMIÈRES.

Stances étrangères, ce sont les débris minéraux dont la grosseur est du même ordre que celle des grains d'argile.

L'argile lévigée est parfois employée au sortir des délayeurs, elle peut aussi être raffermie, autrement dit débarrassée de l'excès d'eau qui l'accompagne, et ramenée à l'état solide.

Dans les faïenceries, par exemple, les argiles sont jetées dans des cuves renfermant de leau. Un agitateur composé de palettes entraînées par un équipage mobile entretient l'agitation nécessaire à la désagrégation. Les mottes d'argile se divisent et, au bout d'un certain temps, sont complètement délayées. On décante alors le liquide qui ne retient plus que des parties fines. Par un premier tamisage il est possible de séparer du liquide des particules de dimensions un peu fortes entraînées par l'eau.

Un des modèles de laveurs à argiles les plus employés se compose d'une cuve tronconique reposant sur sa grande base. Au centre se trouve un axe de rotation armé de bras de bois; la figure 1 1 permet de se rendre facilement compte du dispositif. Une semblable cuve est en bois, sur le fond on a appliqué un lit de pierres dures, posées sur bitume et scellées au ciment, de manière à constituer une base dure et inaltérable. L'axe de rotation, isolé par un tube cylindrique du contact du liquide, traverse le fond de la cuve et reçoit le mouvement par une transmission inférieure. On doit avoir la précaution de débarrasser l'argile des grosses pierres, si elle en renferme, et de ne l'introduire que par fragments de dimensions moyennes. Les gros blocs se délaient très lentement et se collent les uns aux autres; il y a économie de temps à ne pas prendre la matière en gros morceaux.

Page 1