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J. TOURNAGE

Le tour à potier est un appareil très ancien, son invention remonte extrêmement loin, car on le trouve représenté sur les peintures de ïhèbes. Il se comi)ose essentiellement d'un axe vertical reposant dans une ci-apaudine et terminé par un plateau a nommé girelle. Quand le tour est mû au pied, à la partie

Fig. 38.

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inférieure se trouve un plateau circulaire d, concentrique avec l'axe, sur lequel l'ouvrier appuie son pied pour communiquer le mouvenienl. Ce plateau est lourd; il sert de volant el permet au toui', une l'ois lancé, de garder sa rotation tout en subissant des résistances dues aux frottements exercés sur la pâle. Quelquefois le plateau a été remplacé par une roue. Dans d'autres modèles la transmission du mouvement s'eftectue par l'intermédiaire d'une manivelle, actionnée par le pied de l'ouvrier. Parfois le tour met à contribution un manœuvre; dans ce cas une poulie à gorge, fixée sur l'axe, reçoit une corde sans fin enroulée sur une roue de grand diamètre que fait tourner un apprenti. Quelques tours reçoivent aussi le mouvement par le moyen d'un engrenage. Le tour proprement dit est entouré d'un bâti en bois faisant office de support. L'axe esl maintenu à sa

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partie supérieure par un collier vissé au bâtis; la crapaudine dans laquelle il repose est également solidaire du support. On donne à ce bâti un aménagement convenable pour qu'il puisse servir de siège et de table au tourneur.

Le modèle de tour ordinairement employé est celui que nous représentons, c'est le type que nous avons décrit le premier.

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Actuellement dans beaucoup d'usines les tours sont mus mécaniquement. Les dispositifs imaginés pour les actionner sont très nombreux : voici quelques-uns des plus employés. Il est commode pour la pratique du tournage que l'ouvrier puisse, à sa volonté, accélérer ou ralentir le mouvement de rotation. On peut arriver à ce résultat par divers artifices. Supposons, par

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exemple, que l'axe du tour soit garni d'une pièce cylindrique ou sphérique concentrique et pouvant se déplacer verticalement sur l'axe. Si l'on vient à appuyer cette pièce sur un plateau circulaire tournant dans un plan vertical, dès qu'il y aura frottement l'axe sera entraîné et tournera avec une vitesse d'autant plus grande que le plateau sera animé d'un mouvement plus rapide. Dans le modèle, construit par M. Faure, l'axe traverse une pièce A venant frotter sur un plateau J) qui reçoit un mouvement de rotation. Le contrepoids B que l'on voit à gauche tend à abaisser la pièce A vers le centre du plateau et, par suite, à ralentir la vitesse de l'axe. En posant le pied sur la pédale C, l'ouvrier relève ce contrepoids, par le moyen des fils auxquels il est relié, et fait monter D qui, rencontrant des parties"du plateau tournant avec des vitesses de plus en plus grandes, tend à imprimer à l'axe un mouvement de rotation de vitesse croissante.

Le tour mécanique à friction a été construit sous d'autres

formes; ainsi on peut renverser la disposition précédente. L'axe du tour porte à sa partie inférieure un plateau G qui frotte sur

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une pièce S tournant d'un axe horizontal, passant au-dessous du plan du plateau. Le tour Maling que nous représentons {fig. 41 et 42) est un appareil de ce genre. Si la pièce qui vient frotter sur le plateau se déplace sur son axe de rotation, elle vient entraîner le plateau à des distances différentes du centre et alors communique des vitesses diverses. Ce dispositif a été adopté à Sèvres lorsque l'on a transformé les tours mus au pied en tours actionnés mécaniquement.

Dans le tour à cônes de Boulton le principe est différent. L'axe du tour traverse un tronc de cône B avec lequel il fait corps. En face de ce tronc de cône on a disposé un solide de

Fig. 42.

forme presque analogue C mais placé d'une manière inverse : la grande base est en l'air. La section par l'axe de ce solide ne donne pas une figure recti ligne, les bases seules du trapèze ainsi formé sont des lignes droites; les côtés sont curvilignes. Si l'on amène ce solide C au contact du tronc de cône, l'adhérence n'aura lieu que sur une petite portion. Vient-on à animer ce solide d'un mouvement de rotation autour de son axe, aus-

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sitôt il entraîne le tronc de cône, contre lequel il frotte, et par suite le tour. Le second tronc de cône étant monté sur un axe maintenu par les deux extrémités d'une pièce mobile, il suffit de déterminer un mouvement d'inclinaison pour faire changer la zone de friction et, par suite, la vitesse. A l'état initial, la grande base du tronc de cône frotte contre la petite base du tronc de cône moteur; l'appareil est donc disposé pour la plus petite vitesse. En appuyant sur la pédale A on fait basculer le système; la zone de friction s'élève et va jusqu'au contact de la petite base du solide B avec la grande du solide C. A ce moment la vitesse est maxima.

Il n'est pas toujours nécessaire d'employer un tour à vitesse variable. Dans le calibrage nous verrons que les appareils sont réglés comme vitesse et que les seules manœuvres que subissent les tours sont l'embrayage et le débrayage. On peut atteindre ce résultat de différentes manières, soit en faisant passer une courroie d'une poulie folle sur la poulie du tour et réciproquement, soit par l'introduction d'une pièce mobile déterminant TadhérencQ de l'axe du tour avec une pièce en mouvement pouvant lui imprimer une rotation autour de son axe. Quand les tours n'ont à supporter qu'un faible effort il est facile de les entraîner au moyen d'une corde sans fin. L'axe du tour porte une poulie à gorge; en face se trouve une corde sans fin en mouvement, reposant sur une poulie mobile. Pour produire la rotation il suffit d'amener cette corde en contact avec la poulie du tour, en déplaçant la poulie mobile; pour déterminer l'arrêt il n'y a qu'à ramener la poulie à sa position initiale.

Pour façonner au tour, l'ouvrier prend une masse de pâte et la place sur un rondeau qu'il a eu le soin de bien centrer sur la girolle. Le rondeau a été au préalable mouillé, puis frotté sur les bords avec de la barbotine; dans ces conditions, il adhère suffisamment à la girelle. Pendant la rotation l'ouvrier appuie sur la pâte avec ses mains et la fait monter et descendre, en ayant soin 'd'exercer tout le temps une pression régulière. C'est seulement (|uand il a ramassé la masse en une grosse lentille qu'il la perce avec ses deux pouces. En serrant la pâte avec ses doigts il la fait monter. Avec l'aide d'une pression modérée il arrive à donner

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à la pâte une forme grossière clans laquelle il devra pouvoir débiter la pièce définitive; c'est l'ébauche.

L'ébauchage est délicat à bien mener; si l'ouvrier n'appuie pas régulièrement sur la pâte, il creuse des sillons plus ou moins sensibles qui se développent en spirales sur la surface, comme le pas d'une vis. De là le nom de vissage donné à cet accident. Le vissage, en outre de son aspect désagréable, communique à la pâte une structure irrégulière, puisque ses différentes parties ont été inégalement pressées; les pièces vissées sont perdues.

L'accord entre la vitesse de rotation du tour et la vitesse d'ascension des mains de l'ouvrier a son importance. Le mouvement résultant est une spirale dont les spires doivent être aussi voisines que possible.

Les pâtes très plastiques sont plus difficiles à ébaucher que les pâles ordinaires. Les premières sont plus délicates que les secondes, aussi laissent-elles voir à la dessiccation et à la cuisson les inégalités de pression qu'elles ont pu subir.

Dans la poterie commune, on parvient à la forme cherchée par une simple ébauche. L'ouvrier s'aide d'un indicateur pour arriver à la forme voulue et à l'égalité des pièces. Cet indicateur peut être fait très simplement : un morceau de bois fixé horizontalement à un support vertical lui indiquera la hauteur de la pièce, un autre morceau de bois lui donnera le diamètre intérieur ou la profondeur.

Les tourneurs opèrent quelquefois d'une manière un peu différente de celle que nous venons d'indiquer. Ils prennent non plus une balle, mais une grosse masse de terre ou pasLon. Ainsi,, pour faire les petits creusets, le tourneur ébauche le creuset sur le sommet du paston, amené à forme conique. Une fois le façonnage terminé, il sépare le creuset du paston à l'aide d'un fil passé horizontalement. Avec un même paston on fabrique ainsi un très grand nombre de petites pièces.

Dans la confection de la porcelaine, de la faïence, on ne peut procéder aussi simplement. On fera d'abord une ébauche,, comme nous l'avons dit, et, plus lard, quand la masse aura pris plus de consistance, par suite d'un commencement de dessiccation, on viendra tourner la pâle et donner la forme définitive,.

TOURNAGt.

Pour arriver à donner à la pièce le profil intérieur convenable, on se sert d'un estèque. L'estèque est une plaque de métal ou d'ardoise représentant ce profil et que l'ouvrier introduit à l'intérieur du creux qu'il ébauche.

L'estèque se lient de la main gauche et c'est avec la main droite que l'on oblige la pâte à prendre intérieurement le profil.

Au lieu de tenir l'estèque à la main, on peut s'aider d'un support fixe et ébaucher à la bascule.

L'ébauchage au tour n'est plus guère employé que dans les petites fabriques. Le travail mécanique donne des résultats plus avantageux. Les tourneurs étaient arrivés pourtant à une production considérable. L'ébauche d'une soupière dure à peine /j minutes.

Il est entendu que, pour produire un travail aussi rapide, l'ouvrier tourneur est servi par un gamin qui lui apporte ses ballons de pâte et le débarrasse des pièces ébauchées qu'il porte au séchoir.

Dans les grandes fabriques on ne rencontre plus de tourneurs que pour l'exécution de pièces de fantaisie, et encore leur nombre est-il des plus réduits. Un seul tourneur suffit quelquefois pour alimenter toute une usine.

Pour certaines pièces, on ébauche deux parties que l'on rassemble ensuite.

Le lournassage vient compléter l'ébauche. Il s'effectue sur le tour en employant des outils dits tournassins. Généralement on opère sur un tour à axe horizontal dit tour anglais ou tour en l'air. Les pièces sont emmandrinées et tournées. L'appareil ne présente pas de différences bien essentielles avec le tour ordinaire à bois ou à métaux.

D'après Lambert (') il semblerait que c'est en Angleterre que l'on a commencé à utiliser les tours à tournasser mus mécaniquement. Il cite un appareil de ce genre mû par un dispositif analogue à celui que Faure a employé dans le tour que nous avons décrit prcédemment, seulement le rouleau qui frotte sur le plateau, au lieu de tourner dims un plan horizontal, est ici

( ' ) Loc, cil, p. 88.

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placé verticalement. Ce rouleau est déplaçable naturellement; un levier à pédale permet à l'ouvrier de faire vai ier sa position sur l'axe et, par suite, la vitesse de rotation.

Dans un autre modèle on a conserve le dispositif adopté pour le tour ordinaire, seulement à la place de la girelle se trouve une poulie horizontale qui, par le moyen d'une courroie croisée, communique le mouvement à une poulie verticale commandant l'axe du tour anglais.

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