‹ La céramique industrielleChapitre 50 sur 182 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

FAÇONNAGE

servir d'une machine spéciale, dite machine à moules. La machine à moules est un tour à axe vertical comme le tour ordinaire du potier. La girelle est remplacée par un mandrin dans lequel on place le plâtre à travailler. Une bascule, ou un équipage

comme celui représenté sur la figure, supporte des calibres qui serviront à entailler le plâtre et à lui donner la forme voulue.

On peut donc par le moyen du tour, ou de la machine à moules, se passer du modèle original modelé. Il suffit de tourner un modèle en plâtre, de l'ajuster et, une fois terminé, d'en prendre des moulages qui constitueront les moules mères. Les moules

CALIBRAGE.

devront tous être égaux; leur épaisseur doit êlre la même et leur emmandrinage doit être identique. On atteint ce résultat en relouchant les moules mères à la machine à moules, de manière à égaliser leurs dimensions. On coule alors du plâtre dans les mères garnies d'une cerce de zinc et, lorsque le plâtre estsuffi-

samment pris, on porte la mère, débarrassée de la cerce, sur la machine à moules. Le calibre abat alors les parties inutiles et laisse un moule parfaitement régulier. On répète l'opération autant de fois qu'il est nécessaire; tous les moules ainsi confectionnés sont égaux entre eux.

Le tour employé pour le calibrage est réduit à ses parties essentielles. Le bâti qui l'entourait n'a plus sa raison d'être. II est fixé à une tablette adossée au mur et mù mécaniquement. Un dispositif d'embrayage et de débrayage permet la mise en route et l'arrêt de l'appareil. La girelle est creuse, elle reçoit les

moules et les mainlient en formant mandrin. Les moules sont aussitôt centrés que posés et la pression suffit pour les maintenir. Pour éviter l'usure du plâtre par le frottement on garnit les

Fi g. /.6.

parties qui doivent supporter l'effort de la mise en place de bagues de plomb ou de zinc. Au lieu d'une girelle on se sert parfois d'un plateau pour recevoir le moule {fig. 47).

L'estèque, qui détermine le calibrage, est fixé à un équipage mobile, fourni soit par une bascule que l'on rabat, soit par une tige que l'on peut faire descendre verticalement et qu'un contrepoids ramène à sa position première.

La manœuvre de l'estèque n'est pas toujours aussi simple que nous l'indiquons. Elle ne peut s'effectuer ainsi que pour la confection de pièces très ouvertes. Dès qu'il se présente un rebord à l'entrée, formant rétrécissement, l'introduction de l'estèque n'est plus possible avec ce dispositif. On a recours alors à un estèque excentré.

Un moule à ouverture étroite nécessite une suspension spéciale du calibre; le dispositif précédent ne permettrait pas l'introduction du calibre. Le calibre se trouve fixé à un arbre

CALIBRAGE.

légèrement excentré par rapport à l'axe du tour et par suite du moule. Descendu verticalement, il entre parfaitement dans le moule, mais il reste éloigné des parois; si l'on fait tourner l'arbre d'un certain angle au moyen d'une manivelle, on peut, si la position de l'estèque a été bien calculée, le rapprocher suffisamment des parois pour appliquer la pâte sur le moule et la découper à l'épaisseur voulue. Le calibrage fini on ramène par rotation l'estèque à sa position première et on le laisse remonter.

Voici un exemple d'un appareil à estèque excentré. La figure représente, en projection horizontale, un moule à ouverture étroite dans lequel il faut introduire un estèque. W représente le diamètre extérieur du moule, H l'ouverture et le pointillé le

Fig. 47.

diamètre intérieur. La tige verticale qui supporte l'estèque est en e et au repos l'estèque occupe la situation ah par rapport à l'axe e. Quand on veut faire travailler l'appareil au moyen d'une poignée (comme dans la figure précédente) on fait descendre le système qui, placé comme il est, peut entrer dans le cercle H. Un mouvement angulaire imprimé à l'axe e permet alors de donner à l'estèque la position marquée en cd.

Les dispositifs donnés à ces appareils varient avec les constructeurs; on peut faire pourtant une observation générale, c'est que l'estèque, qu'il soit amené au contact de la pâte par une bascule ou par une tige verticale, n'attaque pas normalement la pâte. Dans la bascule le calibre attaque de travers la masse et

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ne la inel en place que lorsqu'il est à fond de course; dans la descente de l'estèque mécanique le calibre tasse la pâle pendant sa descente, il n'agit sur elle que verticalement. M.Faurc, de Limoges, a adopté, pour les machines qu'il a fait construire, une modification heureuse. Le calibre est amené dans la cavité

du moule en le maintenant à une distance de ce dernier, supérieure à l'épaisseur de la pâte. La bascule qui sert à effectuer cette manœuvre possède une articulation élastique lui donnant la latitude d'un peu de jeu en avant. Quand la bascule est rabattue, elle vient butter sur un support fixe qui maintient en place le bras mobile. De la position indiquée par la première figure, nous passons à la seconde position, qui représente le calibre agissant sur la pâte, au moyen d'une manette P. L'estèque E vient alors attaquer normalement la pâte. Vient-on à la relever, par l'intermédiaire d'une double came, le bras A est poussé de quelques millimètres, entraînant avec lui le calibre.

Calibrage à la balle. — On désigne sous ce nom le calibrage des pièces qui ne présentent ni grandes dimensions, ni grands

CALIBRAGE. I^j^

creux. On place sur la girelle le moule, on met le tour en rotation et l'on jette dans la cavité une balle de pâte. On descend alors le calibre; la pâte est refoulée du centre vers les bords en s'appliquant sur les parois du moule jusqu'au moment où le calibre est à fond de course. La partie comprise entre le calibre et la paroi du moule est alors occupée par la pâte. On coupe les bavures, on relève le calibre et on retire le moule que l'on porte au séchoir. Il n'y a qu'à mettre un autre moule sur le tour et à recommencer la série d'opérations que nous venons de décrire.

Calibrage à la housse. — Pour certaines pièces il faut préparer la pâte, en quelque sorte, à subir le calibrage. Dans un grand moule, ou simplement un moule présentant un grand creux, on ne peut obtenir un façonnage régulier avec la pâte prise sous forme de balle.

Voici comment on procède, par exemple, pour faire une cuvette en porcelaine. Sur un tronc de cône, placé sur le tour et figurant la concavité de la cuvette, on place un linge mouillé que l'on recouvre de pâte; on fait ensuite agir le tour pendant qu'on abaisse un calibre donnant très grossièrement la surface extérieure. On renverse ensuite la housse, ainsi façonnée, et son support dans un moule, posé aussi sur un tour; on enlève le linge et le support et, après avoir mis le système en rotation, on abaisse le calibre.

Pour de petites pièces on peut se contenter de faire des housses sur le tour. C'est ainsi que, dans le Westerwald, on façonne les pots à bière en grès. Comme tous ces vases sont ornés de reliefs, on commence par faire une housse que l'on introduit ensuite dans un moule cylindrique. On calibre au tour en se servant d'un estèque à profd recliligne puisque ces vases sont cylindriques. Les moules qui servent à celte fabrication doivent pouvoir se démonter pour le démoulage, par suite des reliefs. Ils sont formés de trois pièces réunies dans une chape.

Quelquefois la forme de la pièce à effectuer exigerait une housse difficile à exécuter pour opérer sans déchirures. Supposons que la forme du vase soit presque sphérique; on jettera

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d'aJjord dans le moule une balle qui formera le fond, puis ensuite on placera une housse conique que le calibre déchirera et qui servira uniquement à former les parois.

Pour faire les housses on peut se servir du tournage simple ou du calibrage. La machine de Faure donne facilement des

housses très régulières, avec le minimum de travail. Elle comprend essentiellement un axe vertical mobile, terminé par une tête de tour et maintenu par un bâti de fonte. Une forme en plâtre, fixée sur la girelle, détermine la forme de la housse. Un calibre viendra descendre et régler son épaisseur. Pour pré-

CALIBUAGE.

parer la housse on recouvre la pièce de plâtre d'un bonnet de toile, puis de pâte et l'on met en rotation au moyen de la pédale de gauche, qui amène la courroie de transmission de la poulie folle à la poulie commandant le tour. La pédale de droite commande le calibre. Ce dernier repose par le moyen d'un galet sur une came; la rotation de cette came amène la montée et la descente du calibre automatiquement. Une fois l'appareil réglé à l'épaisseur voulue, tout le travail consiste à manœuvrer les pédales en temps utile.

Calibrage à la croûte. — On emploie ce procédé principalement pour les pièces très ouvertes comme les plats ou les assiettes. On commence par faire sur une tournetle une croijte de pâte en écrasant une balle. La croûte est ensuite portée sur un moule de plâtre, qui figure le creux de l'assiette, et calibrée.

Suivant la nature des pâtes à travailler, les précautions à observer pendant l'opération varient. Nous verrons, en nous occupant de la porcelaine, que le façonnage demande certains soins. Les pâtes de faïence fme se traitent plus simplement. Un apprenti pose une balle de pâte sur une lournette et l'écrase avec une règle. Une fois la croûte terminée, il la prend avec sa main et la pose sur le moule. L'ouvrier façonnier abaisse alors un calibre et l'opération est terminée.

Calibrage des pièces ovales. — On peut arriver à calibrer des pièces ovales, telles que les plats, mécaniquement. Le calibre est fixe, mais le moule est supporté par une pièce qui se meut de telle sorte que tous les points de la pièce ovale viennent passer sous le calibre.

Voici le principe de la construction du tour ovale. Le moule repose, sur la tête de tour, sur une pièce métallique maintenue dans une glissière par un assemblage en queue d'aronde. Le moule peut donc se déplacer suivant une ligne droite. Deux règles parallèles reliées aux deux extrémités de la pièce glissante viennent s'appuyer sur un cercle métallique que Ton peut décentrer suivant une direction perpendiculaire à l'axe du tour. Quand le cercle et l'axe sont concentriques, le mouvement im-

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primé est circulaire. Si, au contraire, on déplace le cercle, les deux règles pendant la rotation vont obliger la pièce à glisser. En examinant les quatre positions que nous figurons on voit que l'on décrit une ellipse qui se trouve déterminée parla différence des demi-axes. Le déplacement du cercle directeur correspond à cette différence.

Dans la figure nous représentons seulement le cercle directeur et les deux règles R et R'; la glissière est figurée par une ligne droite AR et nous donnons les positions extrêmes succes-

sives pendant un quart de rotation. La glissière verticale au départ en 1, devient oblique en 2 et horizontale en 3.

A propos de la porcelaine, nous décrirons un appareil spécialement établi pour son façonnage.

Calibrage automatique. — La société William Roulton limited, Burslem, a construit une machine calibreuse automatique dont voici la description et le fonctionnement :

La calibreuse est double. Elle comprend deux axes de tour sur la partie supérieure desquels se trouve fixée une pièce destinée à recevoir les moules A et R. Le mouvement est communiqué à ces deux axes par des courroies de transmission en relation avec un axe vertical parallèle animé d'un mouvement de rotation. On voit, dans la figure, cet axe sur la partie gauche de l'appareil. La vitesse de rotation des porte-moules est de 700 tours à la minute. Les estèques sont fixés à deux bras mobiles C, D el

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animés d'un mouvement alternatif de haut en bas et de bas en haut; le réglage est fait de telle sorte que l'un monte pendant que l'autre descend et opère le calibrage. Ce mouvement est commandé par une roue dentée engrenant sur l'axe de rotation principal. Un ouvrier peut donc, avec ce dispositif, calibrer deux

pièces presque en même temps, puisque, pendant la descente du calibre sur un des tours, il peut débarrasser et regarnir le tour qui vient de servir au calibrage. Une fois qu'un nouveau moule est mis en place, le calibrage de l'autre pièce est opéré, et c'est alors l'autre tour qui est débarrassé automatiquement de son calibre.

Une machine de ce genre ne prend que i"*' de surface; desservie par un ouvrier habile, elle donne en lo heures 7200 pièces. En moyenne, on peut compter sur 6000.

Le calibrage nécessite un très grand nombre de moules, car chacun d'eux ne peut servir qu'autant qu'il est suffisamment sec; en outre, le moule est occupé par la pièce tant que celte

Fig. 5i.

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dernière n'a pas pris assez de fermeté pour supporter le démoulage sans danger.

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