CHAUT» MU. — GRÈS
cunent dé grès; celle manière de cooiposer la pâle ne s'emploie que pour de grosses pièces. L'addition de sable est exceptionnelle, elle change la composition de la pâle naturelle.
Nous examinerons la fabrication sous ses deux aspects : dans les campagnes et dans Ie6 usines.
§ 1. — Fabrication du Bbauvaisis et du Wbsterwald.
h En France un des centres importants se trouve dans le Beauvaisis, les fabriques sont disséminées aux environs de Beauvais; un grand nombre setU voisines des lignes de Reauvais à Gouraay et de Beauvais à Gisors : Saveignîee, La Chapelle-aux-Pots, Auneuil appartiennent à cette région. On rencontre également d'autres fabrications dans l'Eure, la Nièvre, la Normandie, etc. Nous nous bornerons à examiner Je Beau va i sis.
Les terres se trouvent dans le pays même. A défaut d'analyses sûres nous donnerons comme types de terre à grès les argiles que nous avons citée* plus haut.
Autrefois on marchait les terres, maintenant on a introduit l'usage du malaxeur.
Le façonnage se fait au tour. Les tourneurs du Beauvaisis se servent de tours actionnés par un aide. Le gamin qui les sert fait tourner le tour au moyen d'une manivelle entraînant une roue dentée* mordant sur une deuxième roue calée sur l'axe. Les pièces sont ébauchées, sans tournassage, très rapidement. La pâte est très plastique et se travaille aisément. On opère sans grandes précautions; ainsi Les becs des terrines sont faits à la main, en appuyant sur la pâle.
La fabrication comprend des pièces d'usage domestique : terrines, pots à beurre, saloirs, etc., qui ont toutes de grandes dimensions.
La dessiccation n'est pas toujours conduite avec lenteur, j'ai eu l'occasion de voir poser en plein soleil des terrines venant d'èlre ébauchées. La pâte supporte ce traitement. Pour éviter l'ovalisalion, quand la pâle est devenue plus résistante, on empile les terrines les unes dans les autres.
Certaines pièces méritent une mention spéciale. On fait encore
QRÈS NATURELS. 4^9
du tuyau au tour. L'ouvrier tourne deux cylindres qu'il colle pour avoir la longueur désirée. Ces tuyaux sont inférieurs comme régularité aux tuyaux façonnés à la presse.
La louric est une des pièces les plus demandées aux fabricants de grès. Elle se tourne en deux parties. Quand le morceau qui doit constituer le fond a pris de la consistance on applique dans une rainure, ménagée dans le bord supérieur, le fragment qui va former la partie supérieure. Ce collage est fait par un ouvrier spécial. Après avoir mouillé les bords à coller, il passe Téponge sur la coulure et écrase la terre tout le tour de la soudure, en s'aidant de sa main. Pour faciliter ce travail, le tourneur a laissé une ouverture, suffisante pour le passage du bras, dans le second morceau. Une fois le collage fini, on laisse reposer la tourie qui passe enlre les mains du colleur de goulots. Avant de poser le goulot, l'ouvrier spécialement chargé de ce travail se sert de l'excès de terre laissé par le tourneur pour rétrécir l'ouverture supérieure. En s'aidant d'un outil de bois, il bat la terre et la chasse vers l'axe de la tourie. Lorsque l'ouverture est suffisamment rétrécie, il mouille et polit à l'éponge l'endroit qu'il vient de battre. Il applique ensuite un colombin de terre, le colle et, en tournant sa main autour, creuse le pourtour du goulot. La tourie est terminée par des femmes qui collent les anses et polissent la surface.
Quoique ayant nécessité le concours de plusieurs personnes, la tourie n'est pas vendue 3fr par le fabricant.
Dans le Beauvaisis on fait aussi de grosses pièces, telles que les bacs à galvanoplastie, les colonnes à acides, seulement ces pièces sont l'apanage de quelques maisons. On travaille alors au colombin, sans moule aucun. Ce genre de façonnage est délicat à bien réussir et demande des ouvriers spéciaux. Actuellement le recrutement de ces ouvriers est devenu difficile, du moins les fabricants déclarent n'en trouver de satisfaisants qu'avec peine.
Le grès doit être séché complètement avant la cuisson. Chauffé encore humide il se brise facilement. La pâte a été façonnée épaisse, ce qui est une difficulté nouvelle pour la conduite du feu.
Les fours que l'on rencontre dans le Beauvaisis sont d'un type uniforme, mais leurs proportions n'ont pas été arrêtées de la
même manière par tous les fabricants. Ils comprennent une galerie, non pas horizontale, mais présentant une certaine pente. En haut se trouve la cheminée et au bout du four on a
disposé la porte. En bas se trouve le foyer, formé par une aire
Fig. i38.
plane sur laquelle on place le combustible. Une ouverture qui reste toujours ouverte permet de jeter le bois et de laisser entrer l'air nécessaire à la combustion. Ce mode de foyer ne brûle pas complètement le combustible, il laisse un résidu appréciable de braise. Ordinairement le foyer et le bas du four sont engagés dans un baraquement qui sert de bûcher et où se tient l'homme de four.
On a ménagé sur la partie supérieure du four des rangées d'ouvertures disposées sur toute la longueur. Elles sont fermées pendant presque toute la cuisson et ne sont ouvertes que pour procéder au salage. Elles sont closes au moyen de terrines retournées.
Ces fours sont construits très simplement. Les murs latéraux et les deux faces sont en briques, la voûte est faite de cruchons assemblés et le tout est noyé dans un mortier argileux que l'on étale à l'intérieur. On recouvre de terre la partie supérieure du four.
Les proportions sont variables, comme nous l'avons dit plus haut; j'ai eu l'occasion de mesurer un de ces fours. La longueur était de iam, la largeur de am,5o et la hauteur de 3m. D'autres fours présentaient des différences dans les dimensions.
Un four des dimensions que nous venons de donner brûle
GRÈS NATURELS. Ifll
5o stères de bois. La cuisson est menée très lentement, elle dure environ une semaine. Un four ne peut faire que deux cuissons environ par mois; une semaine étant prise par la cuisson et une autre par l'enfournement et le défournement.
Certains grès sont salés, c'est-à-dire reçoivent une légère couverte alcaline obtenue par l'introduction de sel dans le four. Cette opération ne se fait qu'à la fin de la cuisson, on jette alors dans le four bien chaud iook* de sel par fournée. On vide le sel par les ouvertures de la voûte et on le répand avec une cuillère dans les diverses régions. On sale en deux fois. Pendant le salage on brûle des fagots; il faut compter 3oo fagots pour le petit feu du début et le salage. Une fois tout le sel jeté on bouche tous les orifices et on laisse refroidir.
L'encastage se fait en charge; on cale les grosses pièces avec des briques crues. Les ouvriers chargés de ce travail arrivent à utiliser tout l'espace du four avec beaucoup d'habileté. Ce sont les touries qui occupent la moitié basse du four, les autres pièces sont posées dans le haut.
Le grès du Beauvaisis a une cassure grise ou blanchâtre* Ce n'est qu'exceptionnellement qu'il a un** pâte rougeâlre.
Les argiles ferrugineuses, employées dans la confection des grès industriels par quelques usines, sont déconsidérées par la plupart des fabricants qui n'ont pas cherché jusqu'ici à en tirer parti.
II. En Allemagne il y a une province particulièrement intéressante au point de vue de la fabrication courante du grès; c'est la partie du Westerwald voisine de Coblenz.
Il y a là de petites fabriques de faible importance, groupées dans une même région, absolument comme dans le Beauvaisis, à Hôhr-Grenzhausen, par exemple.
Cette industrie, quoique représentée par des entreprises occupant peu d'ouvriers, a pris une importance suffisante pour que Ton ait créé à Hôhr une École professionnelle destinée à former des céramistes capables de rendre des services à l'industrie locale.
La fabrication de Hôhr est alimentée par les gisements de
47? CriAPITIK XIII. — GRÈS*
terres du Westerwald. Voici, d'après Seger, une analyse de terre à grès de ce pays :
SiO* 70,12
Àl*0» -21,43
Fe»Ol 0,77
MgO i 0,39
Na'O i 2'6*
L'argile est grise, de teinte uniforme, douce au toucher. La pâte est faite avec un mélange d'argile maigre et d'argile grasse que l'on humecte et que l'on malaxe mécaniquement. Le travail se fait presque entièrement au tour. Le pot à bière à reliefs se fait par calibrage; on commence par préparer des housses cylindriques, puis on les introduit dans un moule placé sur la tête du tour, on les applique à l'éponge et l'on découpe le profil interne au calibre. Les formes de fantaisie nécessitent le moulage Le plus souvent. Les ustensiles usuels sont tournés, sauf le tuyau qui se confectionne à la presse; ce dernier est tournasse, après raffermissement, sur le tour horizontal.
La poterie de grès, en outre de la vaisselle ménagère, a un débouché national dans la fabrication des pots à bière, de pots décorés. La cruche à bière lient une grande place dans les productions du pays; on fait depuis les modèles les plus simples en grès salés jaunes ou gris jusqu'aux pièces les plus riches, décorées en couleurs.
Ce genre est surtout localisé en Allemagne, il a son originalité propre. On fait aussi de nombreux vases soit en grès clair sans décors colorés, soit en grès gris avec décors en bleu. Ces vases sont le plus souvent des copies de pièces conservées dans les musées; les sujets des reliefs qui les ornent sont empruntés à l'Histoire ancienne. On voit aussi, surtout dans les pièces en couleurs, des décors rustiques.
À côté de cette fabrication d'objets ayant un peu le caractère de bibelots se trouve une petite industrie d'ustensiles de grès usuels (pots à beurre, cruches, tuyaux, etc.) pour la consommation régionale.
GRÈS NATURELS. ^ji
La région de Hôhr est relativement plus avancée que leBeauvaisis; non seulement les produits sont plus finis et plus variés, maïs la fabrication s'effectue avec un matériel plus perfectionné. La tuyauterie est faite à la presse, et non au tour, elle n'atteint jamais un grand diamètre. Quand le tuyau est raffermi on procède au tournassage. Celte opération ne s'effectue pas ordinairement dans l'industrie du grès, elle est nécessaire pour la confection de tuyaux réguliers.
La cuisson se fait dans des fours couchés horizontaux dont la contenance varie de j6"' à 3om\ On chauffe ces fours au bois; la durée ordinaire d'une cuisson est de 60 heures.
Voici quelques renseignements sur ce genre de four. La longueur du four est de 6m; la largeur au voisinage de la sole est la même que la hauteur, cette dernière atteint am. La voûte a un profil elliptique. Sur la voûte on a ménagé trois rangées de 9 ouvertures, fermées en temps ordinaire par des plaques de terre. Par ces ouvertures on pourra jeter le sel au moment opportun et tirer des montres pendant la cuisson. La sole du four ressemble à celle des fours à briques intermittents, elle est formée d'une série d'arcs de briques séparés par un intervalle de iocm. Le four a un groupe de 3 foyers à grilles, disposé à une de ses extrémités et placé de telle sorte que la flamme puisse s'engager sous la sole dans les conduits placés dans la partie inférieure du four.
On se sert maintenant aussi de fours ronds à flamme renversée; ces appareils sont semblables aux fours à faïences. Les industriels les ont réservés plus spécialement à la cuisson des grès décorés. Les fours couchés servent à cuire le grès salé. Cette cuisson du grès salé pourrait être effectuée dans des fours à alandiers, le sel étant jeté dans les alandiers.
§ 2. — Gkès industriel.
L'industrie chimique consomme maintenant de grandes quantités d'objets de grès, sous forme de vases et de tuyaux; cette fabrication, jointe à celle des poteries sanitaires en grès, a pris un grand essor. La poterie de grès se trouve menée, dans cer-
taines usines, parallèlement avec celles des terres cuites ou des produits réfractaires.
Les pâtes sont cimentées avec des débris de grès. Les articles intéressants pour l'industrie chimique sont les vases (forme tourie, forme pot) et la tuyauterie.
La tourie se tourne, mais dans les usines on opère avec plus de précaution que chez les potiers de grès. Pour plus de régularité dans les formes certains fabricants de grès ont adopté le façonnage suivant : on calibre la pâte posée sur une forme en bois appropriée, recouverte d'un linge mouillé. Deux formes sont nécessaires; une pour chaque moitié. Après calibrage, on laisse reposer puis on colle les deux pièces.
Les grands pots de l'industrie se moulent quand leurs dimensions le permettent. Pour les grandes tailles le seul procédé auquel on puisse avoir recours est le façonnage au colombin qui, bien conduit, est très satisfaisant.
On peut actuellement travailler suffisamment bien le grès pour lui faire rendre de grands services à l'industrie chimique.
A l'Exposition universelle de 1900 une maison allemande avait montré des pièces remarquables comme dimensions et comme ajustage. A côté d'un grand vase contenant plusieurs milliers de litres se trouvait une pompe à acides en grès.
La robinetterie de grès est également très précieuse. Le grès rodé sert à la confection de robinets plus solides et plus pratiques que les robinets de verre et de caoutchouc toutes les fois que le métal doit être proscrit.
Le rodage du grès bien exécuté donne des fermetures étanches. Les pots à fermeture en grès sont d'un usage très commode.
La tuyauterie de grès a beaucoup d'usages, elle se fait à la filière comme le tuyau de terre.
Pour la tuyauterie, on a recours à la presse à filière circulaire; on fait ainsi des tuyaux jusqu'au diamètre de im. Les petits tuyaux sont souvent tournasses au tour horizontal; pour les gros, on corrige par un lournassage intérieur les aspérités et les tendances aux déformations de la périphérie.
Cette opération délicate à mener à bonne fin s'effectue après que la pièce a pris 48 heures de repos. L'appareil employé pour
GftfeS COMPOSES. 4?5
ce travail se compose d'un équipage mobile autour d'un axe vertical que l'on peut introduire dans le tuyau et auquel on donne un mouvement de rotation.
Les tuyaux bifurques et les vases lubulés sont naturellement munis de leurs garnitures par collage.
On cuit les grès, enfournés en charges, avec lenteur. Les fours sont à flamme renversée avec alandiers au charbon. Les chambres sont rectangulaires et contiennent i5om*. On cuit ces grès à des températures comprises entre la montre o et la montre ia de Scger <i37oD-i35o°); l'opération dure plusieurs jours.
Le four dont nous donnons la coupe est un four à flamme renversée avec deux rangées latérales d'alandiers. Entre chacun d'eux est disposée une cheminée eu regard de l'alandier opposé. La coupe transversale a été faite à gauche entre deux alandiers à droite dans le plan médian de l'alandier.
Ces grès se font avec ou sans glaçure salée.
H. — SBÈS COMPOSÉS.
Les grès composés, autrement dits grès fins, ont été créés par les Anglais qui ont presque gardé le monopole de leur fabrication. Ce n'est qu'exceptionnellement que les grès fins ont été fabriqués sur le continent.
kj6 CHAPITRE XIII. — GRÈS.
Les argiles employées ici ne sont pas des argiles à gréa; ce sont les argiles qui servent à fabriquer la faïence fine, qui apportent l'élément plastique dans la pâte. Pour produire leur vitrification, une addition de fondants sera nécessaire, seulement ce fondant devra être plus considérable que dans les pâtes de faïence fine. La pâte sera constituée comme une pâte à faïence, mais elle en différera quantitativement, par les rapports des matériaux.
La fabrication anglaise comprend toute une série de produits qui font la transition entre la faïence fine et le grès. Les faïences, dites porcelaine opaque ou demi-porcelaine, sont des poteries de transition.
On obtient facilement des grès blancs avec des pâtes telles que les suivantes :
Blue Clay (argile plastique). 25 29 29
Kaolin 12, 5 i4 »
Silex 12,5 » »
Cornish-stone 5o 57 71
La fabrication ne présente pas de particularités remarquables; elle ressemble à celle de la faïence fine.
Sa pâte seule est différente. On cuit dans un four à faïence et bien des fabricants ont dû, probablement, chercher à accorder la fabrication des deux produits pour arriver à les cuire ensemble. On choisit alors les places les plus chaudes.
Ces grès sont salés ou recouverts d'une glaçure; ils peuvent aussi être dépourvus de cet le ornementation.
On émaille parfois en plaçant dans la gazette du sel additionné de carbonate de potasse et d'un peu d'oxyde de plomb. C'est l'émaillage par volatilisation; Kerl (') indique la composition :
Sel marin 67
Carbonate de potasse 28
Oxyde de plomb 5
Ce mode opératoire n'est suivi que dans des cas particuliers.
( ' ) Thonwaarenindustrie, p. 622.