‹ La céramique industrielle, chimie, technologieChapitre 115 sur 129 · I. IL · texte numérisé non relu

I. IL

Kaolin do Zeltlitz 40 »

Argile ré frac ta ire cuisant blanc » 20

Kaolin do Bohême » 3o

Feldspath de Suède a5 »

Feldspath ordinaire » 10

Sable quarlzeux a5 »

Sable fusible (micacé) de Hohenbocka » 40

Tesson 5 »

(') Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Georg Dorst, constructeur d'appareils, à Oberlind-Sohneberg (Saxe-Meiningen).

(') Sprechsaal, 1903, p. i558 et 1677. :

FORCELAINB DURE. 539

Couvertes.

Sable quarlzeux a 5 »

Sable de Hohenbocka calciné » 32 , 5o

Feldspath de Norvège de belle qualité » 25

Feldspath de Suède 3o d

Craie 3o 8,?5

Kaolin simplement lavé » 10

Kaolin de Meissen 5 »

Kaolin anglais io »

Tesson » 24 , 25

Il est difficile de se prononcer sur la valeur de la porcelaine comme isolant. D'après les électriciens, la couverte seule aurait un effet utile, la composition de la pâte serait accessoire, cette dernière étant un mauvais isolant. Alors, si cela est, pourquoi faire des isolateurs en porcelaine? Le grès rendrait les mômes services. La question n'est pas absolument résolue.

M. S. Watts a fait des recherches (') sur la composition à donner à la porcelaine devant constituer le matériel isolant. Ses conclusions indiquent que la porcelaine peut être cuite entre la montre 6 et la montre 12, et que sa composition chimique est susceptible de variations entre

°'-r'n jo.8APOM.aSiO»

o,aLaO \

et

°,S!^ I AI'0\6,2SiO'

0T2LîlO )

sans inconvénients.

§ 6. — Influence de la température de cuisson sur les qualités

de la porcelaine obtenue.

Comme le coefficient de dilatation des pûtes vitrifiables décroît quand la température s'élève, il y a lieu de faire quelques observations intéressantes en ce qui concerne la porcelaine.

(*) Transactions of the American Ceramic Society, t. IV, 1902, p. 86; La Céramique, 1903, p. 3 et 19; Sprechsaal, 1903, p. 519 et 557.

La pâte nouvelle de Sèvres, pâte peu alumineuse, cuite normalement, a toutes les propriétés des porcelaines orientales, grâce à sa forte dilatabilité. Quand on la cuit à la température de cuisson delà pâte dure (aux environs de i4oo°) elle perd ces propriétés, son coefficient de dilatation diminue et devient identique à celui de l'ancienne pâte dure à 65 pour 100 de kaolin.

De ceci on peut déduire l'influence considérable de la température de cuisson. Les propriétés d'une porcelaine dépendent peut-être plus de sa cuisson que de sa composition chimique (dans certaines limites au moins).

Des essais faits à Sèvres (') ont permis de tirer des conclusions intéressantes.

Les deux pûtes employées à Sèvres ont des compositions répondant aux formules

0,668 CaO, Pâte dure: 8,3i SiO*, 2,63 APO3 { o,i3iK*0,

0,201 Na*0.

o, 192 CaO, Pâte nouvelle : 14 SiO1, 2,72 A1*08 { o,32i K'O,

o,48o NasO.

Ces pâtes diffèrent surtout par leur teneur en silice. L'on est en droit de se demander si l'addition de 5,7 SiO1 à la moins siliceuse ne lui donnerait pas les qualités de la seconde. Des expériences faites dans ce sens ont montré que l'addition de silice à la pâte dure, en quantité voulue, donnait une pâte se comportant comme la pâle nouvelle, lorsqu'on la cuisait à la température nécessaire pour cuire cette dernière, et une pâte, ayant les propriétés de la pâte dure, quand on la passait au four de pâle dure.

( * ) Vogt, Bericht der internationale n Kongress fur angewandte ChemU, Berlin 1903, et Revue générale de Chimie pure et appliquée, 1904, p. 272.

n. — PORCELAINE TENDRE.

§ 1. — Porcelaine tendre anglaise.

Les potiers anglais n'onl pas tenté de suivre les efforts des premiers porcelainiers, installés sur le continent. L'apparition de la porcelaine dure ne suscita pas chez eux le même désir de s'en approprier les procédés de fabrication et de les exploiter. Seule la manufacture de Chelsea fit de la porcelaine dure, mais ses travaux ne durèrent que peu de temps. Créée en 1768 celte usine abandonna sa fabrication quelques années plus tard.

On a donné comme raison à cet abandon de la porcelaine que les matières premières que fournissait l'Angleterre étaient de qualité inférieure à celles que l'on trouvait sur le continent. Certains kaolins d'origine anglaise sont pourtant assez plastiques et assez purs pour entrer dans la composition d'une pâte à porcelaine dure. Quoi qu'il en soit, l'industrie céramique a créé, dans la Grande-Bretagne, un type de porcelaine spécial dont elle a su tirer parti.

De tous les produits céramiques la porcelaine phosphatique est la moins connue sur le continent alors qu'en Angleterre on ne connaît pour ainsi dire aucune autre porcelaine. Les potiers du Royaume-Uni ont l'habitude de cette fabrication et il ne leur est pas venu à l'idée de mettre à profit les matériaux du pays pour obtenir de la porcelaine dure. La possibilité de faire une porcelaine dont la transparence serait amenée par un autre fondant que les os brûlés et dont la couverte ne serait pas plombeuse n'a pas attiré leur attention sur la porcelaine dure. Celte prédilection des Anglais pour la porcelaine tendre phosphatique n'est pas sans fondement. La translucidité que l'on obtient en première cuisson à une température plus élevée que le feu d'émail et l'avantage de pouvoir glacer la couverte sans courir le risque d'amener la pâle à une température voisine du ramol-

(l) Sprechsaal, 1902, n° 1, p. 5.

54^ CHAPITRB XIV. — PORCELAINES.

lissement sont deux qualités qui ont été bien utilisées. La glaçure plombeuse, notablement plus fusible que celle de la porcelaine dure, donne la latitude d'obtenir dans le décor des résultais que ne permet pas d'avoir cette dernière matière.

La porcelaine tendre anglaise ou porcelaine phosphatique a une pâte vitrifiée comme la porcelaine; elle est translucide el blanche. Ses propriétés sont bien celles d'une porcelaine. Sa couverte est une glaçure de faïence fine; elle est à base d'oxyde de plomb, associé à des oxydes alcalins et alcalino-terreux et combiné à l'acide borique et à l'acide silicique.

La couverte de porcelaine tendre phosphatique cuit en effet à la montre 1 de Seger au plus; ce n'est que rarement même que l'on élève aussi haut la température. Dans ces conditions la décoration sous couverte présente des ressources très étendues. La pâte a l'inconvénient d'être chère. Le moment où le ramollissement dû à la vitrification se produit est, comme dans toutes les pâtes calcaires, fort voisin du point de fusion, de sorte que la cuisson devient très délicate. La matière est plutôt destinée à la fabrication de pièces fines qu'à la fabrication d'une poterie d'usage.

Les pâtes dont nous donnons la composition cuisent en biscuit à une température comprise entre les fusions des montres de Seger 6 et 10.

La pâte est faite au moyen de kaolin plastique, de cornishslone et d'os calcinés. Parfois on a ajouté du silex dans la pâte, d'autres fois le kaolin n'a pas été employé seul, on lui a adjoint de l'argile plastique. Cette dernière doit êlre choisie de telle manière qu'elle n'apporte pas de coloration à la pâte.

La porcelaine tendre phosphatique met à contribution les éléments de la faïence fine; elle est le dernier terme de cette série de produits anglais : faïence fine, grès fins, porcelaine tendre.

On augmente les fondants dans les grès pour arriver à la vitrification et dans ce produit on a recours à une autre matière, le phosphate de chaux, pour amener la translucidité. Ces différentes poteries ont des points communs dans leur fabrication, elles peuvent presque être cuites dans le même four.

PORGBLAINB TENDRE.

Jusqu'ici c'est aux os que l'on s'est adressé pour avoir du phosphate de chaux. On calcine des os de ruminants, qui sont les plus estimés d'après Lambert ('), dans des fours coulants comme ceux qui servent à la calcination du silex. Le mieux est de les protéger du contact du combustible. La combustion du charbon est faible quand on prend les os encore garnis de leur graisse.

La calcination des os ne s'effectue pas à une température très élevée, il suffît de brûler la matière organique. L'os brûlé doit être friable et se briser dans la main; sa couleur doit être parfaitement blanche. On broie ces os. avec très peu d'eau, de manière à obtenir une barbotine très épaisse. Comme la matière est peu dure, le broyage est rapide. La barbotine renferme normalement 3o onces à la pinte, soit 1 ks, 4q5 au litre.

Voici quelques exemples (') de pâtes à porcelaine phosphalique :

Kaolin 35

Argile plastique réfrac-

taire cuisant blanc. . . »

Gornish-stone 23

Cendre d'os 4<>

Silex 2

Kaolin 25

Argile plastique »

Cornish-stone 3 r , 25

Feldspath »

Os calcinés 43,75

Fritte »

Silex »

La fritte de la pâte 11 est obtenue avec :

Sable siliceux 100

Carbonate de potasse 8

(') Fabrication des faïences fines en Angleterre , p. 2&4' (3) Sprechsaal, 190 2, p. 5.

Si Ton cherche à établir des pâtes de ce genre avec autre chose que des matériaux anglais, il est bon d'observer les remarques suivantes* Le kaolin ne peut être remplacé, sans inconvénient, que par des kaolins peu sableux; par exemple, les kaolins allemands de Zettlitz ou de Hirschau donneraient de bons résultats.

Le cornish-stone ne correspond pas aux roches du continent; à sa place on prendra un mélange de 5o parties de feldspath de Suéde, 25 parties de quartz et 25 parties d'un kaolin non quartzeux. Le mélange, sans être identique, comme composition, avec le cornish-stone, convient parfaitement pour l'usage. Les os doivent être de bonne qualité; les os de chiens et de bœufs sont à préférer aux os de porcs. Il faut en outre employer ces matières à un grand état de division.

. Des pâtes très fines peuvent se préparer en suivant les compositions :

Kaolin 20 3o 45 3o

Cendre d'os 60 40 10 35

Feldspath 20 3o 20 20

Cornish-stone » » 45 i5

Ces dernières compositions donnent une belle pâte, mais d'un autre côté elles fournissent une masse courte et fragile, dont le travail présente de grandes difficultés. Non seulement dans le tournage, mais même dans le coulage, la pâte se présente comme délicate à travailler en manifestant une tendance à la déformation. Le cru est rempli de sable pur ou mieux encore de silex calciné et posé sur des supports pour la cuisson. En suivant ces précautions il devient possible de cuire des formes légères. Une autre observation est encore à faire : la pâte subissant un retrait assez fort, il faut laisser à cette pâte la possibilité de ce retrait. Ainsi des tasses minces, cuites pleines de sable, donnent moins de rebut si Ton a ménagé au centre du sable une cavilé que si l'on a omis cette précaution.

Les couvertes de ces pâtes sont faites avec une fritte comme les couvertes de faïence fine.

Après cuisson le biscuit est encore un peu poreux, (il peut

absorber de 2 à 5 pour 100 d'eau), mais cette porosité est trop faible pour permettre remaillage sans recourir à un adjuvant. Les glaçures se préparent :

Frittes.

Cornisb-stone 6 24 » »

Nitre 2 » » »

Borax ja 53 100 71, ^5

Silex 4 4<> » 77

Potasse perlée a » » »

Feldspath » 3a 75 1 1 , 7 ;>

Craie fine » 16 60 47,5

Kaolin » » » 4^,5

Glaçures.

Fritte 24 90 200 348

Cornish-stone i5,5 3o 2 »

Silex 6,5 2 3,5 71

Géruse 3 1 3o » 117

Kaolin » » 16 22

Feldspath » » » 42

Frittes.

7 et 9. 8. 9 et 10.

Borax 68 i5o 121

Cornish-stone 56 90 81

Silex 45 n5 66

Craie 45 48 66

Kaolin 34 19 5i

Glaçures.

7 et 9. 8. 9 et 10.

Fritte a65 3i4 27°

Cornish-stone 53 iby 5o

Céruse 79 118 5o

Silex 5a 34 5o

( ' ) Le n° 4 est la plus dure de ces glaçures, elle cuit un peu au-dessus de la montre 1 de Scger.

rs

C'est une fabrication délicate pour ainsi dire localisée en Angleterre. Sur le continent on en fait à Sarreguemines (Lorraine) et Vaudrevanges ( Wallerfangen) dans la Prusse Rhénane, près Sarrelouis.

§ 2. — Pariai*.

On désigne sous ce nom un biscuit à grain fin de teinte jaunâtre. La pâte qui sert à la fabrication du parian est très feldspathique; quelquefois on l'attendrit avec une fritte potassique :

Kaolin 60 37,5 33 36

Argile 10 » » »

Feldspath 3o 62,5 45 4o

Cornish-stone » » 22 »

Fritte » * » 24

La fritte de la pâte k- est faite avec :

Sable siliceux 80

Feldspath 35

Cornish-stone 1 5

Carbonate de potasse 12

On cuit le mélange au four à biscuit.

Le parian a une composition assez variable. Salvetat(1) signale des pâtes différentes de celles que nous indiquons; les unes renfermant du phosphate de chaux, les autres de la baryte. On voit que pour donner à la masse sa vitrification on a recours à divers corps fusibles.

Le parian est employé pour faire des statuettes. Son aspect rappelle le marbre dont il n'a pas la blancheur. Son façonnage est difficile, car il est peu plastique; il se coule facilement en revanche.

(') Technnologie céramique, p. 391.

§ 3. — Porcelaine tendre française.

La porcelaine tendre française appartient à l'histoire. Sa fabrication, qui fut peu étendue au moment de sa splendeur, est abandonnée presque complètement. La Manufacture de Sèvres avait exposé en 1900 des pièces intéressantes; M. Nodot, de son côté, montrait un certain nombre d'objets. On peut considérer ces deux producteurs comme les seuls qui se soient, de nos jours, encore intéressés à la porcelaine tendre française.

Les défauts inhérents à la fabrication de cette poterie ont amené de bonne heure l'abandon de sa préparation. Les frères Chicoineau établirent une fabrique, probablement la première, à Saint-Cloud en 1727. En 1740, Vincennes, prédécesseur de Sèvres, entreprend la fabrication et la Manufacture nationale la continue jusqu'en 1804.

L'exploitation fut donc de courte durée. Quelques usines continuèrent encore de s'occuper de porcelaine tendre, mais leur nombre diminua et l'on peut dire que pendant le dernier tiers du xixe siècle on ne faisait plus de porcelaine tendre. Seule l'Exposition universelle a provoqué le réveil de cette poterie.

À l'époque où la fabrication était développée, les connaissances chimiques se trouvaient fort restreintes. Aussi tout ce qui a rapport à la porcelaine tendre est-il très difficile à reconstituer. Les indications sont incomplètes et rédigées avec les idées du temps, ce qui rend la lecture difficile.

Quels étaient les procédés employés par les divers fabricants qui se sont occupés de la porcelaine tendre? Nous ne les connaissons plus. Les seuls documents connus sont relatifs à la fabrication de Sèvres (!). Voici ce qu'ils nous permettent de voir.

La pâte comprenait une fritte additionnée de matière plas-

( ' ) Les documents sont manuscrits et sont dus à Hellot. Le registre de Hellot contient toutes les recettes et procédés pour composer la pdte dont on fait le biscuit; la couverte qui le vernit et la rend porcelaine; les couleurs servant à peindre xette porcelaine; la dorure qui V enrichit. i^53.

tique et de craie. Ici c'est une marne qui joue le rôle d'élément plastique.

La fritte était faite avec :

Nitre fondu 220

Sel marin gris 72

Alun 36

Soude d'Alicante 36

Gypse de Montmartre 36

Sable de Fontainebleau 600

On frittait le mélange sous le four où se cuisait le biscuit; on a opéré aussi dans un four particulier. Il fallait d'abord calciner l'alun et le gypse avant de les mélanger aux autres matières, car le départ de leur eau de cristallisation aurait provoqué des projections du mélange.

Cette fritte était broyée et lavée. On formait la pâte avec :

Fritte 75

Craie blanche 17

Marne calcaire d'Argenteuil 8

Cette marne était lavée et délayée avant d'être incorporée dans la pâte.

Ce dernier mélange, broyé au moulin et tamisé, ne formait pas avec l'eau une pâte facile à travailler. On ne pouvait la façonner à l'ébauche, aussi devait-on mouler les pièces grossièrement, puis les finir au tour; encore fallait-il ajouter une préparation agglutinante pour donner de la ténacité à la pâte.

La composition agglutinante fut d'abord un mélange de savon noir et de colle de parchemin, nommé chimie; ensuite le savon noir fut remplacé par la gomme adragante.

Ce façonnage difficile n'était pas la seule cause de non réussite, la cuisson en biscuit était suivie du retrait de la pâte et ce travail de la matière obligeait à employer des supports pour toutes les parties saillantes, supports combinés de manière à

guider le reirait pendant toute sa durée. Ainsi une assiette se cuisait retournée sur un support en épousant les formes. 11 fallait que les rondeaux qui supportaient les pièces fussent de la

Fig- 187.

même pâte. On empêchait l'adhérence avec du sable. Le retrait atteignait ■}.

La cuisson s'effectuait dans un four (fig. 167) en demicylindre couché a foyer latéral; la bouche b de ce foyer fait

55o CHAPITRE XIY. — PORCELAINES.

alandier. Il y avait deux laboratoires / et /'. C'est dans le laboratoire inférieur que se cuisait le biscuit. L'enfournement ne présentait rien de particulier. Les gazettes étaient faites en marne argileuse et vernissées quand elles devaient contenir des pièces émaillées. Les montres consistaient en petites lasses que Ton tirait par une visière pratiquée dans la porte/?.

Nous avons représenté ce four, qui n'est plus qu'une curiosité, parce que peu d'Ouvrages le reproduisent (*). C'est un four de faïencier, en quelque sorte, augmenté d'une chambre. La flamme traverse le foyer /, l'arrière-foyer /', puis la voûte r et, de là, gagne le premier laboratoire /, le second /', et la chambre des cheminées c en passant par les carneaux t9 t\ V.

La cuisson en biscuit durait, à Sèvres, de 70 à 100 heures.

La glaçure était composée de :

Litharge 38

Sable do Fontainebleau 27

Silex calciné u

Carbonate de potasse 1 5

Carbonate de soude 9

L'émaillage se faisait par arrosement. On cuisait sans support les pièces mises en couverte. La durée du feu d'émail était d'une trentaine d'heures à une température moins élevée que celle du feu de biscuit.

On a suivi des procédés analogues dans les autres fabriques de porcelaine tendre sur lesquels on a conservé quelques renseignements.

Saint-Amand-les-Eaux, près de Valenciennes, possédait une fabrique en i8i5; elle conserva son activité pendant un demisiècle environ. La fritte de Saiut-Amand était plus simple que

( ' ) Brongniart, qui a décrit dans son Traité des Arts céramiques des appareils certainement d'intérêt secondaire, n'a pas reproduit ce four. Nous en avons emprunté la description à un article écrit par Brongniart pour le Dictionnaire technologique de Thomine, t. XVII, i83o, p. 46-337 et Atlas, t. I, p. 62.

PORCELAINE TENDRE. 55 f

celle de Sèvres. Elle contenait :

Soude d'Alicante 2

Sable gris 7

La pâte renfermait :

Fritte 100

Craie 9

Marne 9 à 12

La glaçure différait un peu de celle de Sèvres, elle renfermait du borax :

Sable quartzeux 16

Minium 28

Borax 4

Nitre 1

Un peu d'oxyde de cobalt était ajouté pour corriger sa teinte jaune.

Àrras et Tournai, où deux fabriques furent installées également, devaient employer des pâtes et glaçures analogues.

La pâte, tout comme celle de Sèvres, manquait de plasticité. On employait le moulage pour le façonnage de toutes les pièces creuses et à courbure. On humectait la pâte destinée au moulage avec de l'urine, indispensable, d'après le fabricant, pour donner un peu de plasticité.

On cuisait dans un four à deux étages.

Ce four était cylindrique, à trois alandiers disposés sur son pourtour; il ressemblait donc dans ses grandes lignes au four à porcelaine ordinaire. II en différait par l'addition de petits alandiers au premier étage. On cuisait dans ce four le biscuit et le vernis. La cuisson du premier durait i5 à 16 heures; celle du second 11 à 12 heures. En voyant ces chiffres, on est en droit de se demander pourquoi la cuisson de Sèvres avait une durée si longue.

La porcelaine tendre française a toujours présenté une fabrication pénible et difficile; le rendement était médiocre. Hellot

dit qu'à son arrivée à Vincennes les fournées ne rendaient ordinairement que le quart ou le tiers des pièces entières et sans accidents. Son seul avantage était une couverte plombeuse excellente pour la décoration.

Une fois abandonnée, la porcelaine tendre fut regrettée. Divers essais furent suivis de mécomptes et ce n'est qu'après plusieurs séries de recherches, successivement recommencées et abandonnées, qu'on a rétabli une fabrication. On a pu voir à l'Exposition de 1900 le bon parti que l'on a su tirer de cette porcelaine, en lui épargnant le décor suranné qui a fait sa renommée.

Il a fallu, pour établir à nouveau cette fabrication, tout reprendre dès le début, car les renseignements étaient souvent des plus incomplets (*). Pâte, couverte, couleurs, tout a dû être remanié.

Les publications les plus récentes sur la question sont dues à MM. Lauth et Dutailly ('). Elles aboutissent à employer comme fritte le verre de Stas. Une pâte formée de :

Sable de Fontainebleau 49 ,02

Verre de Stas 27 ,45

Craie 16,66

Terre de Dreux 6,86

s'est laissée bien travailler. La couverte contenait :

Sable 36,98

Minium 38,44

Carbonate de soude 8,76

Salpêtre i5,8a

Les procédés, utilisés pour la fabrication des pièces exposées en 1900, n'ont pas été publiés officiellement. Ils sont la suite des essais auxquels nous venons de faire allusion.

( l ) Gomme exemple, on trouve dans la formule du bleu de roy : pulvérisez trois parties d'aiguë marine en pain acheté chez le sieur Moniac, marchand, rue Quincampoix.

(2) Génie civil, 1884.

En résumé, la porcelaine tendre française ne sera probablement plus qu'une curiosité céramique et rien de plus. Coûteuse et délicate à préparer, la pâle exigera toujours des ménagements pendant toute la durée de la fabrication. Elle ne se prête qu'à l'obtention de pièces de moyenne dimension.

§ 3. — Observations sur les porcelainbs a fritte.

Dans une Communication faite au Congrès de Chimie appliquée, tenu à Berlin en 1904, le Dr Heinecke (*) a fait connaître les résultats d'expériences exécutées à la Manufacture royale de porcelaine de Charlottenbourg. Des tentatives faites pour composer des pâtes avec le carbonate de chaux comme seul fondant ne donnèrent aucun résultat satisfaisant; on essaya alors des silicates non alumineux à base de chaux et d'alcalis comme fondants. Ces derniers étaient fondus au grand feu d'un four à porcelaine et se présentaient sous forme de verre plus ou moins clair. Un silicate du type K*0, CaO, 6SiO* ne donna pas de bons résultats, par suite de son altérabilité au contact de l'eau. On n'arriva à des verres capables de supporter convenablement le broyage à l'eau qu'en ajoutant de l'alumine à la masse. Parmi ces verres, les suivants se comportèrent comme les plus utilisables :

ROiaCaOïAl'O', i8SiOs et K'O, 3CaO, Al'O', 24SiO';

ils servirent à composer des pâtes :

R'O^^APOSiÔSiOS R*0, 3AllOSi8SiO*, R'O, 3AlîOî,aiSiOt.

Ces pâtes, obtenues par addition au fondant de matière plastique, sous forme de kaolin de Zettlitz, sont suffisamment plastiques pour le travail.

(*) Bericht dcr V, internationalen Kongress fur angcwandtc Chemie, 1903, p. 73o, et Revue générale de Chimie pure et appliquée, 190^ p. 270.

La pâte 1, cuite à la montre de Seger 8, donne une porcelaine transparente, s'approprianttrès bien au décor sous couverte lel que le pratiquent les faïenciers.

Les pâtes II et III supportent, sur pâte cuite aux montres 9 et 10, des glaçures plombo-alumineuses cuites à la fusion de l'argent, sans tressaillure. Elles sont capables de recevoir une décoration entre deux glaçures, Tune de grand feu, l'autre de moufle. Ces pâtes supportent des coups de feu.

Une dernière pâte R20, 2 APO», 24SiO* fut faite avec du kaolin de Zetllitz comme élément plastique (3o pour 100) et un verre. La pâte était courte mais travaillable, elle avait l'avanlage sur les autres pâtes à porcelaine de supporter des glaçures nonalumineuses, boraciques et alcalines en couche épaisse. Ces glaçures, comparées aux glaçures plombeuses employées dans la technique de la faïence, sont d'un grand éclat. Cuite à la montre 12, cette porcelaine est très transparente. Au grand feu d'un four à porcelaine, elle fond en un émail blanc; ceci s'explique en considérant la nature spéciale de sa pâte, constituée par un verre très acide et peu alumineux, produit de transition

entre le verre et la Céramique.

§ 4. — Boutons.

La pâte qui sert à faire les boutons n'a pas toujours la même composition. En Angleterre, M. Prosser, qui créa presque ce genre d'industrie en ce pays, employa un mélange formé d'éléments fusibles tels que le phosphate de chaux et le feldspath. On ajoutait un corps gras pour lier la masse. Le mélange était d'abord réduit en poudre, puis aggloméré et moulé à l'aide de petites machines à balancier. Les boutons façonnés étaient posés sur des rondeaux, puis placés dans un four où l'on cuisait de la porcelaine tendre phosphatique.

M. Baplerosscs a perfectionné notablement la méthode indiquée précédemment. La pâte est composée, soit d'un mélange de feldspath et phosphate de chaux comme précédemment, soit de feldspath pur. Cette dernière composition était moins utilisée que la première. Pour donner du liant à la masse on lui incor-

PO II CE U 1SE TENDUE. ">3,i

pore un peu de lait. La presse, au lieu de mouler le» boulons un à un comme dans le procédé primitif, en moule 5oo d'un coup. Les boutons au sortir de la presse sont rangés sur une feuille de papier et placés sur un rondeau. Pour les cuire, on se sert de moufles disposés dans un four spécial. (Nous donnons cet appareil comme exemple, n'étant pas à même d'affirmer s'il est encore en usage, toute cette fabrication n'ayant pas fait l'objet de publications récentes.) Le foyer B est central comme

Kig. 168.

dans certains fours de verrerie; un nombre déterminé d'arches se partagent l'espace à l'entour du foyer et chacune d'elles reçoit six à sept moufles superposés. La flamme monle du foyer jusqu'à la voûte et redescend ensuite dans chacune des arches F. Elle circule autour des moufles et sort a la partie inférieure de l'arche dans des carneaux G qui l'envoient dans une cheminée centrale. Suivant que les fours de ce type sont ronds ou rectangulaires, ils renferment soixante ou vingt-huit

moufles. Chacun d'eux reçoit une plaque de terre de dimensions convenables. Une fois cette dernière rouge, on applique à la surface la feuille de papier chargée de boutons. Le papier brûle et les boutons se trouvent débarrassés de leur support. On pose le tout dans le moufle et on laisse séjourner 10 minutes, temps suffisant pour la cuisson. Au bout de 10 minutes, on enlève la plaque et d'un coup de rable on la débarrasse des boutons qui la recouvraient. La plaque est alors prête pour un nouveau chargement (').

( ' ) SalvktàT, Technologie céramique, p. 396.

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