I. — DOSAGE DES MATÉRIAUX
Une fois la composition d'une pâte établie, on peut opérer le mélange des matériaux de diverses manières. S'ils sont secs, on opérera par volume ou par pesées; s'ils proviennent d'un appareil de broyage ils peuvent se trouver à l'état de barbotines (c'est-à-dire délayés dans l'eau), il y a intérêt alors à pouvoir les mélanger en cet état.
§ 1. — 1)0SAGK KN VOLUME A SEC.
Certaines fabrications, telle la fabrication des terres cuites (briques, tuiles), utilisent les argiles au sortir de la carrière sans traitement préalable pour les purifier. On se contente de mélanger les terres, avec ou sans addition de dégraissant, de manière à obtenir une masse dont la plasticité soit convenable pour le travail. Le mélange en volume est tout indiqué dans ce cas. On amène les matières par brouettes ou wagonnets et c'est le récipient qui sert à leur manœuvre que l'on choisit comme commune mesure. La précision ainsi obtenue sera bien suffisante pour la nature des produits à fabriquer.
On fait des tas des diverses substances, tas que l'on arrose d'eau de manière à bien les imbiber si les matières sont trop sèches. On abandonne alors au repos pendant un temps plus ou moins long. Ce temps de repos est variable avec la nature des argiles et la composition de la masse. On retourne les tas de
manière à mettre en contact les différentes parties. Avec des argiles lentes à se mouiller, on opère sur une aire battue, maçonnée ou cimentée de manière à éviter les pertes d'eau dans le sol.
§ 2. — Dosage des matériaux par voie humide.
Dans beaucoup de fabrications l'argile est lavée avant l'emploi et les matières dures sont broyées à l'eau. Les éléments de la pâte se trouvent donc délayés dans le liquide; on a recours alors au dosage en volume. La composition de la pâte une fois connue, il faut savoir la richesse des diverses barbotines pour la reconstituer. 11 suffira de mélanger des volumes des différents liquides dans des rapports convenables.
Le premier problème à résoudre est l'évaluation de la richesse en matière solide d'une barbotine donnée.
On prend un vase de verre jaugé de 2oocm' que l'on remplit de la barbotine à étudier. (Pour cet essai on doit faire une prise dans une masse aussi homogène que possible.) On pèse ensuite le vase, préalablement taré. Avec cette donnée et la connaissance du poids spécifique du corps en suspension on peut effectuer le calcul du poids de matière sèche contenue dans la barbotine.
Désignons par :
v la contenance de la jauge en centimètres cubes; P le poids de la barbotine remplissant la jauge; p le poids de matière sèche contenue dans la jauge; ti le poids spécifique de la substance.
Nous pouvons écrire que le poids de barbotine est égal à la somme des poids des composants
Pr= n-h *> — £-,
le poids de l'eau est évidemment égal au volume total, transformé en grammes, diminué du volume de la matière sèche,
P = P + *- £=!»('- £)+'=(ÎLFi)/'-*-.
DOSAGE DES MATÉRIAUX. I 3g
Cette dernière égalité donne le poids de matière sèche contenue dans la jauge; il est facile, par une simple proportion, de déterminer la teneur d'un volume quelconque. Soient V ce volume et Pi le poids de matière sèche qu'il renferme; on aura
Le calcul précédent suppose le poids spécifique du corps connu ; dans le cas où on ne le connaîtrait pas, il est facile de le déterminer :
i° La méthode du flacon est très simple à appliquer puisque Ton a sous la main un vase de capacité connue.
2° On évaporera la barbotine dans une capsule, par exemple, jusqu'à siccité; on aura ainsi le poids de matière sèche contenue dans un volume déterminé, volume dant on connaît le poids. En reprenant la première égalité écrite plus haut,
on peut en tirer :
On connaîtra ainsi tt.
L'emploi des aréomètres n'est pas à recommander. L'instrument perd sa mobilité dans les barbotines un peu épaisses, ses indications deviennent donc illusoires.
11 semblerait, à première vue, plus simple de déterminer la teneur en matière sèche d'une manière plus directe, par évaporation, par exemple. Ce mode opératoire est long; on préfère, une fois pour toutes, faire les principales déterminations et réduire toute l'évaluation à une pesée.
Il serait peu pratique de ramener les barbotines à une densité constante; en dressant des Tables à l'avance, on peut déterminer le volume de liquide à employer pour introduire le poids nécessaire. On construit des Tableaux pour chaque matière et, en présence du poids de la barbotine, on inscrit le poids de
l4o CHAPITRE V. — PRÉPARATION DES PATES.
inatiùre sèche. Voici un exemple des Tableaux utilisés par les faïenciers; la matière citée est la pegmatite.
ids du litre de barbotinc.
Poids de matière sèche
Pour effectuer le mélange on aura recours à une cuve cylindrique ou prismatique dans laquelle on versera des volumes convenables de chacune des matières. La mesure du volume, par suite de la forme de la cuve, se réduit à une simple lecture de hauteur. On place une règle verticale dans la cuve, puis on laisse arriver une des barbotines jusqu'à la hauteur convenable; on laisse écouler le liquide dans un réservoir, puis Ton procède avec une seconde barbotine, comme avec la première, et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les matériaux aient été mélangés. Le travail est réduit à une pesée des barbotines et à une lecture sur une règle.
Pour éviter les dépôts dans les barbotines, il faut les maintenir dans une constante agitation. Si les barbotines ne proviennent pas directement des moulins, on a le soin de placer dans les tines qui les renferment des agitateurs à palettes dont le rôle est de maintenir la matière broyée en suspension. Les réservoirs dans lesquels se rend le mélange sont également munis d'agitateurs. Abandonnées au repos, les barbotines laisseraient déposer les matières solides qu'elles renferment, d'autant plus vile qu'elles seraient plus lourdes. Le mélange n'aurait plus ni homogénéité, ni composition fixe.
Dans quelques usines on construit le Tableau des concordances des poids et volumes des barbotines sur une règle de bois. La densité étant connue, il suffit de verser dans le bac du liquide jusqu'au trait portant inscrite cette densité.