PRÉPARATION DES COUVERTES ET ÉMAUX
silico-borate alumineux, alcalin et plombeux. Cette opération ne portera pas toujours sur la totalité du mélange, on se contentera de traiter le borax, matière soluble, par une quantité des autres matériaux suffisante pour faire une masse agglomérée par suite de la combinaison des corps, puis, à cette fritte, on ajoutera la quantité des autres corps insolubles nécessaire pour former un tout répondant à la composition désirée.
Voici, par exemple, comment Ton compose une glaçure de faïence fine anglaise :
Fritte. Glaçure.
Cornish stone 10 Frit.te 5o
Quartz 3o Céruse 25
Feldspath i5 Feldspath 25
Craie i5
Borax 3o
La préparation d'une glaçure comprendra :
i° La pulvérisation des matériaux;
2° Le dosage des matériaux;
3° Le frittage ou la fusion si cela est nécessaire;
4° Le broyage de la masse fondue.
Le mélange sera ensuite amené à Tétai de division voulu pour remploi.
Suivant la nature des glaçures leur production devra être plus on moins considérable et les appareils auxquels on fera appel devront être plus ou moins importants. Les couvertes ordinaires d'une faïencerie ou d'une porcelainerie, qui se consomment en grande quantité, seront fabriquées dans des instruments de grosse production; les couvertes colorées, les émaux, et en général les préparations ayant un caractère plutôt décoratif, seront moins employés, on aura donc recours à des ustensiles plus petits.
Si l'on veut frilter de grandes quantités de matières, par exemple pour préparer une glaçure de faïence fine, on opérera dans un four à réverbère muni d'une porte de sortie par où l'on pourra extraire la masse une fois ramollie et la faire tomber dans un récipient.
282 CHAPITRE IX. — GLAÇURES, COUVERTES, ÊMAI X.
Tous les potiers n'ont pas à leur disposition un four coulant.
Pour éviter que les frittes ou les Tontes n'adhèrent pas au four,
on opérera sur un lit de sable. C'est ainsi qu'opéraient les
Fig. 83.
anciens faïenciers pour préparer l'émail stannifére; les matériaux de l'émail étaient disposés sous le four sur une couche de sable. D'autres fois on a employé des coquilles d'argiles. Quand on juge nécessaire de donner un fort coup de feu on place aussi le mélange dans des gazelles. Quel que soit le dispositif employé on doit nettoyer complètement la masse et la débarrasser de toute impureté adhérente.
Pour des gl a cures colorées on peut opérer plus modestement, soit avec un four à vent en fondant la masse au creuset, soit dans un four coulant à creuset percé. Fig. 89.
Dans ce four on introduit le mélange dans un creuset f percé, placé sur un support h muni d'un orifice correspondant
POSE DES GLAÇURBS. 283
au trou du creuset. La masse fondue traverse le creuset, puis la sole du four et vient tomber par d dans un vase plein d'eau. Le foyer est en b; on l'alimente par a. L'orifice c sert au chargement. Les gaz de la combustion sortent en m. Avec deux creusets de 35cm de haut on fond en 12 heures jusqu'à ioo** de glaçure.
m. — POSE DES GLAÇURBS.
Les glaçures ne s'appliquent pas toujours sur des substances dans le même état. On les place parfois sur la masse avant la cuisson, c'est la pose sur cru. Dans d'autres cas ce sont les produits déjà cuits que recouvre la glaçure; c'est le cas de la faïence fine. La pâte est déjà cuite quand on procède à la mise en couverte. Enfin, dans la fabrication de la porcelaine, c'est une pâte ayant déjà subi un commencement de cuisson, le dégourdi, qui reçoit la couverte.
Quand la poterie est émaillée sur cru, la cuisson de la pâte et de la couverte s'effectue en une seule opération. C'est ainsi, par exemple, que procèdent les Chinois pour la fabrication de leurs porcelaines.
Si la couverte est mise sur une poterie qui a supporté une faible cuisson, on termine la cuisson de la matière et l'on effectue celle de la couverte dans un second feu. C'est ce qui se passe dans la fabrication de la porcelaine européenne.
Lorsqu'on fait usage d'une couverte glaçant à une température moins élevée que la cuisson de la pâte, on fait une cuisson spéciale pour la couverte. C'est de celte dernière manière qu'opèrent les fabricants de faïence fine.
La pose des couvertes sur la poterie se fait en suivant divers procédés.
Trempage. — La pièce est immergée dans la couverte délayée dans l'eau. La pâte doit rester poreuse pour que la couverte pulvérulente puisse se déposer sur la surface. 11 faut que la couverte soit bien délayée si l'on veut un dépôt régulier. La réus-
site de l'opération dépend de l'habileté de l'opérateur. Un séjour trop prolongé dans le bain amène un dépôt trop épais; une immersion trop courte ne donne qu'une couche trop mince glaçant mal au feu.
Les poussières et les taches de graisse sur les pièces sont à éviter. La pièce, propre au moment où elle pénètre dans le liquide, ne doit pas laisser voir de stries au moment où elle sort du liquide.
Pour parer au contact des doigts on se sert souvent de pinces pour prendre les pièces et les tremper.
On maintient les pièces en mouvement pendant leur séjour dans le bain. Les émailleurs qui font le trempage des assiettes en porcelaine les lancent dans le bain d'émail en leur donnant un mouvement de rotation sur elles-mêmes; ils envoient l'assiette d'une main et la reçoivent de l'autre. Quand on tient les pièces avec une pince, comme dans remaillage de certains objets de faïence fine, on leur fait effectuer deux rotations en sens inverse pour égaliser l'épaisseur de la couche.
Le trempage n'est applicable naturellement que sur une poterie suffisamment cuite pour supporter une immersion dans l'eau sans se déliter.
Aspersion. — En arrosant la poterie avec la couverte délayée, il est possible de lui donner une couche de couverte suffisamment épaisse. L'aspersion se fera en recouvrant la pièce d'émail délayé. On se sert pour cela d'une sorte de capsule que l'on remplit de liquide et dont on lance le contenu sur la pièce. C'est ce mode de faire que l'on emploie pour remaillage des carreaux à émail slannifère.
Au lieu de projeter le liquide on se contente aussi de le faire couler sur la surface à émailler. Pour émailler les briques on emploie dans certaines fabriques un vase ayant la forme d'une bouillotle. Le bec est plat et a la largeur de la partie de la brique à recouvrir d'émail. L'ouvrier tient la brique de la main gauche verticalement, applique le bec en haut de la surface à émailler et fait couler le liquide en faisant descendre le récipient, toujours appuyé sur la brique, jusqu'au bas de cette dernière.
POSE DES GLÀÇURES. 285
Poudrage. — On fait tomber le mélange, constituant la glaçure, en poudre fine sur la pièce. On utilise cette manière de faire souvent sur des poteries encore un peu humides. Dans cet état les objets ne pourraient pas supporter le trempage; l'humidité qu'ils contiennent suffit pour déterminer l'adhérence de la couche sur la surface.
Ce procédé offre des inconvénients très sérieux pour la santé des ouvriers, il fait respirer à ces derniers de l'air chargé de poussières. Quand le mélange renferme des matières piombeuses l'empoisonnement s'ajoute aux lésions qu'amène l'introduction de matières solides dans les voies respiratoires.
Volatilisation. — Les fabricants de grès salés émaillent le grès pendant la cuisson. Lorsque cette opération tire à sa fin, pendant que le four est encore très chaud, on jette du sel dans le four. Ce sel se volatilise et vient rencontrer la surface des pièces. Il y a silicatisalion du sel. La vapeur d eau contenue dans les gaz du foyer, les matières organiques que renferme le sel destiné à cet usage et les composés carbonés amenés par le combustible déterminent la décomposition du sel avec dégagement de chlore et d'acide chlorhydrique. La soude passe à l'état de silicate qui se répand sur les poteries et les glace.
On peut aussi disposer dans les gazettes une composition volatilisable sous l'action d'une température élevée. La couverte volatilisée se répand sur la gazetterie et sur les pièces. A ce genre d'émaillage se rapportent les Flowing Colours des Anglais.
Insufflation. — Au lieu de tremper la pièce dans le bain d'émail, ce qui ne peut être fait avec des poteries en cru ou avec des pièces de grandes dimensions, on lance l'émail délayé sur la pièce au moyen d'un insufflateur. En faisant tourner la pièce sur son axe, en opérant régulièrement de bas en haut et en passant plusieurs couches, on arrive à déposer une couche suffisamment régulière.
Les Chinois insufflent leurs couvertes depuis fort longtemps» mais ils ont recours à un matériel plus simple que le nôtre.
Pose au pinceau. — On peut à la rigueur recourir au pinceau pour appliquer les couvertes, seulement une application régulière est très difficile. S'il s'agit de grosses pièces et de larges Ions, il est loisible de recourir à ce procédé sans inconvénient.
IY. — 0B8EEYATI0I8 SUE LES ELAÇOBES; LEUE ACCOED AVEC LES PATES.
Quelle que soit la glaçure employée, elle doit être composée de telle sorte, qu'au moment de la fusion, elle s'étale complètement sur la surface qu'il s'agit de recouvrir. II faut alors que la composition soit appropriée à la pâte et au genre de poteries que l'on fabrique. Il n'est pas toujours facile de déterminer la glaçure de telle sorte que ses parties constituantes aient une grande affinité pour les matériaux composant la pâte. Dans certaines pâtes, on a parfois à redouter la succion de la couverte par la masse. Le point de fusion sera proportionné à la matière qui supporte la couverte, et la température du four devra correspondre à ce point de fusion. Si la glaçure est dure à fondre, elle ne forme plus une surface uniformément glacée. Elle est déparée par de petites cavités et de petits points; cet accident aurait lieu également avec une couverte bien composée, mais insuffisamment cuite. Trop de fusibilité amène la coulure de la couverte, le dégarnissage des arêtes, l'absorption de la glaçure si la pâte est très poreuse. Dans ce dernier cas, la pièce sort terne. Un trop grand coup de feu amène le même résultat.
11 peut se produire aussi des accidents d'un tout autre ordre et dont les causes sont très importantes à connaître. Que va-t-il se produire quand on cuit une pièce avec sa glaçure, lorsque nous examinons la question au simple point de vue de la dilatation? Si la pâte et la glaçure ont la même dilatation, il y a accord, et la pièce sort du four avec une surface unie. Au contraire, si les dilatations sont inégales, il y a production de deux genres d'accidents. Lorsque la glaçure a un coefficient de dilatation supérieur à celui de la pâte, pendant le refroidissement, elle se contracte plus que la pâte et tend à se rétrécir plus que cette