FECIT- HOC TITUS- PON PEI- M- D- XVI
* De' Grue e délia pittura ceramica in Castelli; 2® édition. Rome, 1878, p. 31.
Elle a appartenu à Concezio Rosa, qui l'a publiée^ ; elle a été acquise il y a peu d'années par le Musée d'art industriel de Rome^.
Je terminerai par une observation sur une autre pièce datée de 1459. Celle-là appartient tout à fait à la fausse monnaie archéologique et il est du devoir de tout le monde de crier gare quand on en rencontre. J'ai déjà publié la description de cette faïence en 1883, dans la notice sommaire que j'ai donnée des faïences du Musée de Pesaro^ :
« URBINO, xvii^ siècle, N° 468 (14 h). Plat. Phalaris et le taureau d'airain. Contrefaçon du xvii° siècle. Dessin très mauvais; bord jaune ; revers d'émail blanc jaunâtre. Au centre, en violet, l'inscription :
VRBINAS DIE VNDECIMA IANV[A]RI. 1459.
* Ouvrage cité, p. 33.
' R. Erculei, IlMusco artistico industriale\di Roma]... Rela:{ione délia commissione direttiva. Rome, 1884, p. 47, note
3 Les Majoliques ilaliennes en Italie, p. 107.
J'ai négligé de donner un fac-similé de l'inscription, ne jugeant pas que cela en valût la peine. La contrefaçon est tellement enfantine qu'elle ne peut tromper même un amateur novice ; d'ailleurs, le directeur du musée de Pesaro , M. le marquis Antaldi , ne se fait aucune illusion là-dessus. Je ne crois pas cependant que ce soit là un faux absolument moderne, parce qu'il fait partie d^une collection formée au xviii® et au commencement du xix^ siècle, par conséquent à une époque où l'on eût été incapable de fabriquer même une contrefaçon de ce genre. Mais au xvii^ siècle il n'en était pas de même : les faïences italiennes anciennes avaient parfaitement une valeur suffisante pour tenter un faussaire ; et, de fait, celui-ci n'était guère habile, car il s'est contenté de copier un plat exécuté à Urbino, dans Tatelier de Francesco Xanto ; mais il aurait dû se borner à lui mettre une légende postiche; dans ces conditions, elle aurait pu passer inaperçue. Il a voulu au contraire l'authentiquer et en augmenter la valeur
86 LA CÈRAMiaUE ITALIENNE
par une date et du coup il a poussé les choses à l'absurde. L'écriture, en dehors des caractères techniques de la peinture qui ne sont point ceux du xv^ siècle, ne peut souffrir la discussion ; quant au dessin, il n'est pas douteux qu'il ait été fourni par des gravures de l'école de Raphaël, non pas en bloc, mais personnage par personnage. C'est de la sorte que l'on procédait dans Tateher de Francesco Xanto et c'est ce dont notre faussaire ne s^est pas doutée Je n'aurais pas même pensé à parler de cette pièce, qui ne trompera personne, si, récemment, on n'avait voulu en faire un vénérable et important monument de la céramique itahenne du xv^ siècle^.
^ Un fragment d'un plat plus grand, authentique celuilà^ représentant le même sujets se trouve encore au musée de Pesaro (N° 376; 10 c); une autre coupe représentant également le taureau de Phalaris se trouve au British Muséum ; cette dernière porte les armes de Cuidubaldo 11^ duc d'Urbin.
^ F. de Mély^ La Céramique italienne, p. ir, 35, 48, 52, 53.
Au commencement du xvi^ siècle, les fabriques italiennes sont en possession des procédés de fabrication les plus parfaits; leurs peintres ont derrière eux un passé déjà glorieux. Sans parler de la sculpture en terre émaillée qui ne jettera plus au xvi^ siècle le même éclat qu'au xv^ siècle, mais qui produira cependant des ensembles de décoration tels que l'hôpital du Ceppo, à Pistoie, ou le château du bois de Boulogne, les faïenciers italiens vont fournir une carrière si brillante que ce ne sera qu'au xviii^ siècle, avec la porcelaine, que l'industrie céramique pourra les dépasser ; et la renommée de la faïence remplira toute l'Europe qui, moitié par nécessité, moitié par mode, abandonne l'orfèvrerie pour se servir d'écuelles de terre. A partir du commencement du xvi^ siècle, l'étude de la céramique italienne ne présente plus les mêmes difficultés : si l'hésitation est permise pour l'attribution de certaines pièces, pour le plus grand nombre elle ne saurait être douteuse : on est en présence de centres de fabrication bien déterminés dont l'histoire est déjà plus
qu'ébauchée ; on connaît un grand nombre de faïenciers et on peut reconnaître leur manière ; c'est tout ce qu'il faut pour établir des classements méthodiques, qui, il faut bien l'avouer, sont encore à faire dans la plupart des musées.