‹ La céramique italienne au XVe siècleChapitre 3 sur 5 · SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS · texte numérisé non relu

SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS

Cette faïence d'un assez mauvais dessin a été attribuée à la fabrique de Caffagiolo. Je n'ai

' Planche XIV.

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aucun argument à apporter ni pour ni contre cette attribution.

Je ne mentionnerai que pour mémoire et pour signaler une pièce de 1493, ^^g" ment qui se trouve entre les mains de M. Wilhelm Bode, conservateur du musée royal de Berlin. C'est un morceau de l'un de ces vases à large panse, munis d'une anse plate et d'un bec de forme recourbée, tels qu'on en peut voir divers échantillons au musée du Louvre. Ce fragment, qui porte la date de 1493, tracée en bleu, a donc un certain intérêt puisqu'il nous permet de rattacher à la fin du xv® siècle ou au commencement du xvi^ siècle toute une série de faïences qui peut-être ont été fabriquées en Toscane.

Pour l'année 1498, nous ne possédons qu'un fragment, mais celui-là est beaucoup plus important : c'est la moitié d'un plat qui a fait partie de la collection du baron Charles Davillier et qui se trouve maintenant au Musée céramique de Sèvres. Voici la description de ce fragment, telle que je l'ai in-

sérée dans le catalogue de la collection Davillier*.

c< Plat creux (fragment) . Au premier plan, cinq personnages debout, en costumes moitié antiques, moitié du xv'^ siècle; l'un d'eux semble prendre congé des autres et se disposer à monter sur un navire dont on aperçoit la proue, vers la'gauche. Prés du groupe et en avant, un petit chien jouant avec une banderole sur laquelle on lit la date : 1498. Plus loin, on voit une sorte de petit temple porté sur quatre colonnes, un autel allumé pour un sacrifice et une femme agenouillée; au fond, vers la droite, des falaises à pic et rentrée d'une ville; à gauche, la mer, deux navires et un port. Cette composition est entourée d'une large bordure^à fond bleu, sur laquelle se détachent des vases, des palmettes et des cornes d'abondance. Dessin et modelé en bleu; tons jaune, bistre roux, vert clair et violet. Au revers sous le bord, une guirlande

*L. Courajod et E. Molinier, Donation du baron Charles Davillier, n° 484. — Diamètre : om,290.

de fleurs et de feuillages, dessinés en bleu. — Faenza. »

On pourrait sans doute citer un assez grand nombre d'inscriptions funèbres exécutées sur faïence et datant du xv^ siècle ; mais, comme l'art n'intervient que rarement dans ces inscriptions, sauf dans celles qui sont sorties de l'atelier des délia Robbia, je me contenterai de mentionner deux inscriptions rapportées par Malagola dans son livre sur les majoliques de Faenza^ ; celles-là offi'ent un certain intérêt parce qu'elles viennent de Faenza; elles datent de 1498 et de 1499 : l'une est l'inscription funèbre d'Antonio Porcari, dans le cloitre du couvent de San Domenico, à Faenza; elle est accompagnée des armoiries de la famille ; l'autre est l'épitaphe d'Andréa de' Barberi : on y voit le Christ de pitié et les instruments de la Passion, avec l'inscription : OHC Çsic) EST SEPVLCRVM MAGISTRI ANDREE DE BARBERIS. 1499.

* p. 471, n^s 43 et 44.

Dans la vente de la collection Castellani * faite à Rome en 1884, se trouvait une plaque de faïence destinée à décorer l'angle d'une maison. Cette plaque a été acquise par M. Fortnum pour le musée de South Kensington. Elle représente des armoiries de forme italienne, d^azur à la fasce d'or chargée des lettres S R, accompagné de cinq pièces indéterminées, peut-être des fers de lance, trois en chef, deux en pointe. Au bas se trouve une date dont le dernier chiffre a été malheureusement enlevé. On ne lit plus que 149... De plus, au revers est tracée l'inscription : Chi me voltara il texoro avra. Cette dernière inscription pourrait bien être une addition moderne^.

Il ne me reste à mentionner qu'un monument authentique de la céramique italienne du xv^ siècle : c'est un pavage qui se trouve

* 57 des Faïences italiennes.

- Cette inscription fait penser à une fort jolie anecdote racontée par Béroalde de Verville dans le Moyen de parvenir^ chap. lxxxviii.

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dans la troisième chapelle de droite de l'église de Santa Maria del Popolo, à Rome. Ce pavage se compose de 28 rangées d'en-

Pavcige de Santa Maria del Popolo^ à Rome.

viron 60 carreaux , de forme hexagone ' , d'une fabrication assez grossière. Un certain nombre sont ornés de rosaces et de larges

* Longueur : o™,2ic. ; largeur: 0^^,10 c. ; j'ai relevé des dessins de ce pavage en 1884.

feuilles imitant des plumes de paons : le dessin exécuté par larges traits en bleu lapis est lavé de bleu plus clair, de violet, de vert et de jaune; un double filet bleu borde chaque carreau. Un grand nombre de pièces sont décorées des armes de la famille royale aragonaise de Naples ou de pièces d'armoiries empruntées au blason des délia Rovere : un chêne sur un champ écartelé en sautoir de bleu et de jaune, une branche de chêne, un casque surmonté d'un cimier, formé d'une haie au centre de laquelle est assise une licorne accompagnée de branches de chêne. Or, on sait que ce ne fut qu'en 1472 que la famille délia Rovere obtint des rois de Naples le privilège d'écarteler ses armes de celles de Naples^ Ce pavage est donc, dans tous les cas, postérieur à l'année

Je ne saurais, pour ma part, à quelle fabrique l'attribuer; cependant il ne serait peut-être pas impossible qu'il ait été exécuté à Urbino

* Litta, Famiglie celehri d'Italia^ Délia Rovere.

OU à Castel-Durante; on sait, en effet, que les délia Rovere entretenaient des relations suivies avec les Montefeltro. D'autre part, en 1478, Sixte IV avait reçu en présent de Cos-

Pavage de Santa Maria del Popolo, à Rome.

tanzo Sforza, seigneur de Pesaro, des vases de faïence' ; c'est donc probablement de ce

* E. Muntz, les Arts à la Cour des Papes j III, p. 30, note I.

côté qu'il faut chercher l'origine des pavages de Santa Maria del Popolo. Cela a une certaine importance, car il existe dans certaines collections, notamment au musée du Louvre, au British Muséum et dans la collection de M. F. Spitzer, des vases, principalement des vases de pharmacie ou albarelli ^qui présentent avec le pavage la plus grande analogie. Je citerai notamment : deux vases du British Muséum : l'un porte les armes de Naples, telles qu'elles sont peintes sur les faïences de Santa Maria del Popolo; Pautre, le monogramme de Jésus, un buste dUiomme et des armoiries accompagnées de feuilles imitant des plumes de paon.

Je terminerai cette fastidieuse énumération en mentionnant un vase de pharmacie qui se trouve au musée de Cluny* et qui porte le millésime de la dernière année du xv° siècle, c'est-à-dire la date de 1 500. Ce vase orné d'arabesques, de cornes d'abondance, de mascarons dessinés en bleu et réservés en

^ N" 2862 du Catalogue. Hauteur : o"^,2^ .

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blanc sur un fond d'ocre provient de la même fabrique qu'un vase qui se trouve au musée de Kensington^ et qui porte la date 1501. M. Fortnum attribue cet alharello à une fabrique de Sienne. Je me range volontiers à cette opinion bien que comme tous les produits du commencement du xvi^ siècle, il présente beaucoup d'analogie avec les poteries de Faenza.

J'ai laissé de côté dans cette longue énumération beaucoup de pièces qui, tout en appartenant d'une façon indiscutable au xv^ siècle ne m'ont pas paru de nature à fournir des renseignements aussi sûrs que les œuvres que j'ai mentionnées. Les musées de Cluny, du Louvre^, de Sèvres, de

* N« 1569. '55. — Gravé dans Fortnum, ouvr. cité, p. 131.

^ Notamment un grand plat provenant de la vente Alessandro Castellani. (Rome, i884,n° 61 du Catalogue de vente, dans lequel il a été reproduit.) Cette même pièce est publiée également dans E. Muntz, La Renaissance, p. 201 .

Rouen contiennent des plats ou des vases de faïence qui sont certainement des produits du xv'' siècle ; j^en dirai autant du musée d'art industriel de Berlin, du musée de Brunswick, du musée de South Kensington et duBritisli Muséum; mais je ne puis avoir la prétention de faire ici un catalogue de ces pièces, catalogue qui formerait la matière d'un gros volume. Je me contenterai de les citera l'occasion si j'écris encore quelque travail sur la céramique italienne. Quelques pièces doivent aussi se trouver dans des collections particulières, mais en petit nombre, car les faïences du xv© siècle, en général d'un faire assez brutal, ne sont pas de nature à tenter les amateurs et je ne saurais les blâmer de leur préférer la belle vaisselle fabriquée au commencement du xvi® siècle.

Cette étude ne serait pas complète si je ne disais quelques mots d'une série de faïences de la plus belle qualité que l'on est habitué jusqu'ici à considérer comme remontant au xv^ siècle. Je veux parler de ce service com-

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posé de dix-sept pièces qui se trouve au musée Correr, à Venise ; l'artiste qui les a exécutées a certainement atteint la perfection et n'a jamais été dépassé ; aussi sont-elles célèbres et ont-elles été souvent citées. Les peintures sont empruntées à l'histoire de Salomon, à l'histoire de Julie et d'Ottinel, ou représentent des scènes tirées des Métamorphoses d'Ovide : l'histoire d'Apollon et de Marsyas, Orphée, Narcisse, etc. Lazari, qui le premier les a cataloguées* , les a attribuées à Faenza et a admis comme certaine et comme correspondant à la date de leur exécution, le millésime 1482, qui se trouve sur Tune d'elles, tracé sur la base d'un pilastre. J'ai également admis cette date et cette attribution ^ et j'avoue que je n'éprouve aucun embarras à me déjuger après m'être trompé en si bonne compagnie. J'incline à penser que ces plats sont sortis des fabriques de Castel-Durante ou d'Urbino ; tel est d'ailleurs l'avis qui prévaut

^ Notifia délia Raccoltà Correr, n"s 215 à 231. - MajoUques italiennes en Italie, p. 38, 39.

aujourd'hui. Mais où je m'écarterai beaucoup de l'opinion de deux savants Italiens, MM. Frizzoniet Morelli, c'est sur la question de leur âge. M. Morelli^ a pensé que les dessins en avaient été donnés par Timoteo Viti; c'est encore un point qui me paraît difficile à admettre, car la date de 1482, qui se trouve sur l'un d^eux, qui est évidemment de la même main que les autres, exclut la collaboration de Timoteo Viti, né seulement en 1470. Comment donc concilier des choses en apparence si inconciliables? Cela me paraît assez facile. La date de 1482 n'indique nullement l'époque où le plat a été peint, mais s'applique au carton, vraisemblablement une gravure, d'après laquelle il a été exécuté ; c'est là un exemple de copie absolument littérale qui n'est pas sans analogue dans l'histoire de la céramique italienne^.

* Le opère dei maestri italiani nelle gallerie di Monaco, Dresda e Berlino, p. 331. — Voyez aussi G. Frizzoni, Le musée Correr à Venise, Galette des heaux-arts, 1883, I, p. 362.

" On lit le nom du célèbre éditeur de gravure

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Or, tous ces plats, sans exception ont été ou copiés complètement d'après des estampes, que nous ne possédons plus, ou bien composés d'après des estampes auxquelles on a emprunté certains personnages pour en faire de nouvelles compositions; c'est ainsi qu'ont toujours agi les céramistes du xvi® siècle et les modèles des plats de Venise sont bien du XV® siècle. Quant aux faïences elles-mêmes, il résulte pour moi des comparaisons auxquelles j'ai pu me livrer depuis plusieurs années, qu'elles ne peuvent être antérieures à 1515 environ, peut-être même 1520. Elles rappellent tout à fait, bien qu'elles soient plus finement exécutées, certaines pièces datées de 1525 et 1526, de Castel-Durante, qui se trouvent au Louvre et au musée d'Arezzo^ ; et

Antonio Lafreri sur un plat du musée du Louvre (11° G 582); ici le peintre a copié l'adresse de l'éditeur pensant peut-être reproduire le nom du graveur.

* Musée du Louvre, n°^ G, 236 et 237 (datés tous deux de 1525^ in Casteldurante) . Le n° 238 [Bacchanale, datée de 1530), un peu moins réussi d'émail, est identique à un plat d'un service ayant appartenu à Isabelle d'Esté qui se trouve à Venise, au palais Morosini.

surtout le superbe service exécuté pour Isabelle d^Este, dont les pièces sont aujourd'hui dispersées dans diverses collections ^ : j'irai même jusqu'à émettre l'hypothèse que le peintre Niccolô da Urbino, auquel on doit très probablement le service dlsabelle d'Esté, est peut-être le même que celui qui a exécuté la vaisselle du musée Correr; on y retrouve la même douceur de ton, la même pureté d'émail, la même correction de dessin et surtout une façon tout à fait à part de traiter les paysages que les autres céramistes italiens n'ont pas soupçonnée. Or, on sait maintenant que Niccolô da Urbino, qui n'avait pris le nom d' Urbino que parce qu'il résidait dans cette ville, du moins à partir de 1528, était originaire de Castel-Durante et a commencé certainement par travailler dans sa patrie ; on

— Musée d'Arezzo : n° 153 : L'Évanouissement de la Vierge (in Casteldurante, 1526) ; n° 158 : La Sainte Famille (in Casteldurante, 1525); n° 166 : Sainte Cécile (in Casteldurante, 1526); n°i74; La Madeleine (in Casteldurante, 1526).

* Collection Spitzer, Rothschild, British Muséum.

sait aussi que ce Niccolô est très probablement la tige de la famille des Fontana dont Porigine durantine est indiscutable^ Il semble donc bien qu'il y ait des présomptions suffisantes pour attribuer à un peintre de Castel-Durante le service du musée Correr.

Je devrais arrêter ici cette trop longue esquisse si je ne me voyais forcé d'ajouter quelques mots pour prémunir ceux qui étudient la céramique italienne, aussi bien que ceux qui en font collection, contre quelques erreurs qui ont été mises depuis peu en circulation et qui, comme toutes les erreurs de ce genre, risquent de faire leur chemin, si elles ne sont pas immédiatement signalées.

Je mentionnerai d'abord une faute au sujet d'un peintre céramiste nommé Antonius Lollus ou mieux Antonio Lolli, dont on a voulu faire récemment un artiste du xv^ siècle

* Pour tout ce qui concerne la famille des Fontana et sa généalogie, voyez Fortnum, Descriptive Catalogue, etc., p. 33 3^ 3 34 et 358 et suiv.

vivant et travaillant vers 1484*. Ce LoUi aurait trouvé au xv^ siècle le procédé pour dorer les faïences, non pas au moyen de reflets métalliques comme cela s'est pratiqué à Deruta et à Gubbio , mais avec de For véritable ; il aurait ainsi précédé d'un siècle ou à peu prés, son confrère Giacomo Lanfranco, de Pesaro qui, en 1569 reçut de Guidubaldo II, duc d'Urbin, un privilège pour ce procédé. Tous les collectionneurs connaissent les faïences dorées de Castelli, mais personne jusqu'ici n^ avait songé à les faire remonter au xv^ siècle ; tout le monde les croyaient de la fin du xvi% le plus souvent du xvii^ siècle. Ceux qui seraient curieux de voir des échantillons de cette fabrication n'auront qu'à aller au Louvre, où ils en verront quelques-uns de fort beaux dans leur genre. J'avais toujours pensé que le plat du Musée de San Martino,à Naples, signé : Antonius Lollus a Castellis inventor était de la fin

* F. de Mély, La Céramique italienne, p. 14, 37, 133, 134, 139.

du xvi^ siècle ; j'en douterais cependant aujourd'hui si je n'avais derrière moi Tautorité de tous ceux qui ont écrit sérieusement sur les fabriques de Castelli. Si j'ouvre le livre de Concezio Roza^ , j'y trouve la notice suivante : (( LOLLI ANTONIO. Un piatto pregevolissimo del museo Bonghi, nel quale è dipinto il Giudixio di P aride ^ ha fatto giungere sino a noi la notizia di questo pittore che vi ha notato il suo nome cosi :

(( Antonius Lollus a Castellis inventor.

« Dalla sua maniera di dipingere si puo argomentare che fiori nel secolo xvi. » Il n'est pas inutile de remarquer que le plat de la collection Bonghi est précisément celui qui se trouve aujourd'hui au musée de San Martino.

Ouvrons maintenant l'ouvrage de Vincenzo Bindi^ :

* Noti^iie storiche délie majoliche di Castelli. Napoli, 1857, in-8% p. loi.

- Le Majoliche di Castelli; 2® édition. Napoli, 1883, in-8'', p. 51.

<c LOLLI ANTONIO, egregio dipintore del XVI e xvii secolo : di lui si ammira nel Museo di S. Martino un Giudi%io di Paride, condotto con molta correzione di disegno. »

Je terminerai par Cherubini^ :

a LOLLI ANTONIO : dalla correzione del disegno, e dalla intera condotta délia pittura rappresentante il Giudixio di Paride si puocrederechecostui vivesse nel secolo xvi.»

Je crois que la preuve est suffisamment faite et que Lolli doit être maintenu à sa place, c'est-à-dire à cheval sur le xvi^ et le xvii^ siècle. Il n'est du reste peut-être pas inutile de faire remarquer que la plus ancienne pièce datée de Castelli ne remonte pas au delà de 15 16. Cest une plaque de faïence émaillée de blanc sur laquelle on lit :

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