‹ La chaise de pailleChapitre 3 sur 9 · IB · texte numérisé non relu

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La pluie qui avait retenu notre moineau dans sa cage continua pendant plusieurs jours.

Cependant le pierrot attendit un matin le moment où on ouvrit la fenêtre pour aérer la cuisine et s"envola. Où alla-l-il ? Il alla se percher sur un arbre, puis sur un autre , passant son temps sous les feuilles et ne cherchant plus à retrouver Claudin. Il en voulait apparemment au bouvier, et il y avait de quoi. Comment son protecteur, son camarade, son sauveur avait-il pu permettre Tinstallalion de cet inconnu, uniquement parce qu'il était plus brillant et mieux élevé que lui? Evidemnient Claudin ne l'aimait plus. Il en voulait à madame Yvonne. Evidemment madame Yvonne l'avait oubhé. Volage fermière! volage bouvier 1

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Néanmoins, par un reste d'habitude, Crapouillet, qui chaque matin s'envolait et ne reparaissait plus à la ferme, rentrait chaque soir dans sa cage et y passait la nuit. Dormait-il? Oh 1 non. Quand un rayon de lune traversait la vitre, le pierrot, blotti dans son coin , levait sa paupière et regardait dormir le nouveau seigneur de sa croisée.

Claudin avait été, comme on le pense bien, le premier à remarquer la cage et le serin intronisés dans la maison par maître Clément. Malgré sa naïveté , le bouvier n'avait pas eu de peine à deviner qu'en faisant cela, le Parisien avait eu une mauvaise intention. Cependant il feignait de n'avoir rien vu. Il y aurait eu, à paraître souffrir de cela, quelque chose de puéril qui répugnait à la gravité du sentiment que le bouvier nourrissait pour sa marraine. Quoi qu'il en soit, nous croyons que le bouvier en souffrit. Sa gaieté , qui lui était revenue un moment, mais qui était le résultat d'une satisfaction de conscience plutôt que de cœur, disparut peu à peu et il redevint morose. L'attitude de madame Yvonne vis-àvis de lui n'était pas de nature d'ailleurs à léclairer sur ce que sa marraine éprouvait à son endroit. Tantôt le bouvier se croyait préféré, en se rappelant son triomphe, son acte de courage et le cri de sa marraine devant le danger quil avait couru. Tantôt il croyait le contraire en voyant les manières froides et réservées que madame Yvonne semblait avoir adoptées dans ses rapports avec lui. Le présent de maître Clément accepté par la fermière anéantit de nouveau ses espérances. Son rival avait élevé cage contre cage. Madame Yvonne, oubheuse

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çt légère, s claif amoiii'arlHM', du serin, (!t, f'étail inainlcnanl roisoau il(;s il(!s qui avait loutcs ses calories. Clau- (Jin le remarquait, il remarquait les disparitions de Crapouillet, et il voyait que madame Yvonne y faisait à jxMne attention. (Uaudin souffrit de tout cela. L'indifférence do sa marraine pour ce petit être , (jui après tout était devenu entre eux un lien commun, lui fut pénible. On s(\ récriera peut-être sur la sensibilité de notre héros. Bien des gens positifs trouveront qu'il n'y a pas là matière à souffrance. Qu'en savent-ils? Est-ce que les causes des souffrances sont scientifiquement classées ? Ou met son cœur où on peut , dans un chien ou dans un oiseau, quand on n'en a pas le placement plus haut. Qu'est-ce, quand cet oiseau a été apprivoisé par la femme qu'on voudrait avoir le droit d'aimer en même temps que par vous, quand on le possède à deux , quand on l'aime à deux et quand il vous aime tous deux? Se partager de l'amour, c'est presque s'aimer.

Il y a des amoureux exigeants qui se contentent difficilement et à qui il faut beaucoup de choses pour être heureux. Claudin n'était pas de ceux-là. Ce petit rien qui se composait des allées et venues d'un moineau de son épaule sur celle de sa bien-aimée contenait pour lui un monde de joies. 11 y avait dans ce simple coup d'aile un mystère intime qui le ravissait. C'était à la fois bien moins qu'un serrement de main, bien moins qu'un regard, bien moins qu'un mot, bien moins qu'un billet — et bien plus. Il y avait quelque chose de charmant et d'unique dans ce langage-là, c'était le silence ; il y avait dans ce lieaun j«

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ne sais quoi d'imperceptible pour tout le monde et d'inattaquable pour la malveillance en même temps que de sensible pour le cœur. Illusion sans doute, mais enfin notre bouvier avait fait un nid dans son âme à cette illusion.

La cage de maître Clément troubla tout cela. Ce roman d'amour bâti dans Fair, timide comme un vœu, tremblant comme un soupir, honteux comme une fraude, ailé comme un rêve, et qui avait attaché sa confidence au cou du seul être créé par Dieu pour franchir vite les distances, s'évanouit. Claudin n'espéra plus. Avait-il raison? avait-il tort? Si madame Yvonne devait l'aimer, elle l'aimerait malgré tout. Hélas ! vous ne savez donc pas que cela s'envole, l'illusion ! L'espérance n'est que le doute apprivoisé.

Un matin Claudin, en regardant la cage de Crapouillet, vit du sang aux barreaux, du côté qui faisait face à la cage du serin.

Le lendemain le bouvier se leva de bonne heure, pendant que la croisée était encore fermée. Crapouillet était immobile et la tête encore sous l'aile ; Claudin le prit et vit qu'il avait le bec tout ensanglanté, le tour des yeux déchiré et les paupières éraillées ; ce qui est chez les oiseaux un signe de chagrin. Crapouillet parut remercier du regard son ami, mais, dès que la fenêtre fut ouverte, il s'envola et ne revint que le soir.

Claudin se leva de meilleur matin encore ; il arriva sur la pointe du pied dans la salle à manger, il se cacha dans l'embrasure de la croisée, et, à la faible lueur du jour

CRAPOUILLET. ÎM

qui commençait à poindre, il vit lo moineau qui cherchait vainement à atteindre du bec son rival par les barreaux de sa cage, et qui, dans cette lutte, se déchirait la tête et laissait ses plumes et son sang aux nœuds du fil de fer.

Le bouvier ouvrit la fenêtre et le pierrot s'échappa comme la veille, bien que la pluie, qui durait depuis une quinzaine, couvrît au loin la campagne.

— Pauvre bête! se dit Claudin — tout en se dirigeant vers l'écurie pour atteler la charrette et porter ses légumes à la ville — il faudra quej'ôte sa cage delà.

D'Oulmes à Fontenay, il n'y a , si nous avons bonne mémoire, que cinq ou six lieues. On était un dimanche, et, comme c'est dimanche marché, il était dans les habitudes laborieuses du matinal Claudinde porter ce jour-là à la ville les produits de la ferme et de les vendre. Le dimanche donc, il attelait Jacquot à la charrette, donnait une belle botte de foin à la Grise pour qu'elle attendît patiemment son retour et ne s'ennuyât pas trop en son absence, puis il chargeait la charrette et partait. Il n'était jamais revenu à la ferme avant la brune.

En passant sur le vieux pont de l'Autise, qu'il lui fallait traverser, à trois lieues de la ferme, pour aller à Fontenay, Claudin fut elîrayé de la hauteur des eaux. Les pluies continuelles de ces derniers temps en avaient tel-

CHAl'Ol'lLLKT. 'JCA

lement haussé lo niveau (lu'ollos avaient atteint les dernières limites de réliagc et rasaient presque la voûte du pont. Claudin en conclut qu il aurait à rentrer de meilleure heure que de coutume s'il ne voulait pas trouver le passage coupé par les eaux. 11 était arrivé quelquefois à la rivière de sortir de son lit, mais il était rare quelle allât pluiî loin qu'une demi-lieue. C'était assez pour faire du tort au pays et pour rendre la route d'Oulmes impraticable du côté do la ville.

Claudin, tout en cheminant, calculait avec tristesse les dégâts qu'une inondation pouvait causer ; car Claudin était bon et pensait aux intérêts du pauvre monde. Heusement la ferme de madame Yvonne était trop loin de la rivière pour avoir rien à craindre, et le bouvier en vint bien vite à ne plus voir dans l'escapade imminente de la rivière qu'une bonne raison pour revenir bien vite au logis. Quoiqu'il souffrît près de madame Yvonne, il souffrait encore plus loin d'elle ; et puis (car Claudin songeait à tout) il voulait être de retour avant cet autre jaloux qui avait nom Crapouillet pour le voir venir de loin, enlever devant lui ses pénates et les transporter hors de la vue du serin.

Mais, malgré son impatience, Claudin fut forcé de rester au inarché plus longtemps qu'il ne l'eût voulu. Il fallut qu'il attendit que ses primeurs s'écoulassent dans les paniers des ménagères de la ville, et les bonnes femmes n'avaient pas, pour se presser d'acheter, les mêmes raisons que Claudin pour se presser de vendre. En outre Claudin apportait la nouvelle du grossissement de TAu-

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lise. Il fallut qu'il répondît à toutes les questions, calmât les inquiétudes et fournît matière aux commérages. Bref, quand il eut expédié ses provisions, le soleil allait se coucher. La pluie avait cessé ; le temps était clair. Claudin remonta dans sa charrette, fouetta Jacquot et partit. En arrivant à quelque distance du pont, il trouva la route envahie par Veau, et il fut forcé de faire un grand tour pour regagner le village.

Comme il entrait dans ce petit chemin creux à quelque distance duquel le lecteur a fait connaissance avec lui, il y a tout à l'heure six semaines, la nuit était tombée, la lune montait à rhorizon,et le bouvier craignait de ne pouvoir arriver à la ferme avant le coucher du moineau, quand une patte lui gratta familièrement^répaule. C'était Crapouillet, qui reprit aussitôt son vol et se mit à précéder la charrette. Il la conduisit ainsi jusqu'à l'écurie, y entra avec Claudin, et, quand Jacquot fut dételé, il alla se percher sur le râteher du second compartiment de récurie, occupé d'ordinaire par la Grise, en poussant un cri plus plaintif que de coutume. Claudin, étonné de ne pas entendre le hennissement dont la Grise saluait toujours son entrée dans l'écurie, passa dans le compartiment et le trouva vide. Le bouvier s'informa dans laferme. On lui dit que madame Yvonne était partie avec maître Clément sur la Grise pour le bal de Benêts, gros bourg situé à deux lieues dOulmes. Chudin tressailht. En même temps il vit, posé sur l'entablement de la porte cavahère de la ferme et se détachant sur a clarté du ciel, Crapouillet qui agitait vivement ses-deux ailes avec tous les efforts déses-

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pérés d'un oiseau qui voudrait faire signe à un homme de le suivre. Lui faisait-il signe en effet, oA Claudin vit-il ce signe? Peut-être bien, car il sortit aussitôt par la porte sur laquelle se tenait le pierrot. L'agitation du bouvier était extrême ; il avait un pressentiment sinistre. Il reprit précipitamment la route de Benêts, toujours précédé par ('rapouillot, qui voletait d'arbre en arbre devant lui, puis il gravit la colline qui domine le village du côté de l'Autise, et de là, à la faveur du clair de lune, il jeta un long regard sur la campagne et sur la rivière.

Cependant , à une heure de marche de la ferme , le sabot de la Grise battait de son trot robuste et régulier un chemin perdu dans l'ombre d'une double rangée d'ormes.

Claudin avait été parfaitement renseigné. La Grise avait en effet l'honneur de conduire au bal madame Yvonne et maître Clément, et ce n'était pas un poids trop fort pour la vigoureuse bete, bien que madame Yvonne, gracieusement assise sur son dos et étendant sa jambe fine jusque sur l'encolure de la Grise, gênât quelque peu les mouvements de la jument et la forçât parfois à courber la tête. Mais laGrise était bonne fille. Elle s'accommodait de tout. Qu'on fût un ou deux sur son dos, elle ne faisait pas l'addition. Elle avait l'allure aussi tranquille

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que l'humeur, ce qui ne l'empêchait pas d'être une brave et forte jument normande bien découplée, et, quoiqu'un pou ronde, très-capable de désarçonner son homme si on Teùt malmenée. Mais Claudin l'avait habituée à la douceur. Elle avait toute sa vie ignoré le fouet et l'éperon, Claudin ayant pour système do faire obéir les bêtes sans employer la violence et de les conduire avec la voix. Or la Grise avait l'ouïe fine. Elle entendait juste, bien et de loin ; et, au moment où nous la rejoignons, à en juger par l'agitation de son oreille haute, ouverte et dressée au vent dans la direction de la rivière, elle devait écouter avec une certaine inquiétude un vague murmure qui glissait par intervalles à l'horizon.

Pendant que nous sommes en train de faire l'éloge de la Grise, profitons du moment pour ajouter que ce n'est pas notre faute si elle porte ce nom tant soit peu banal. Notre antipathie pour tout ce qui sent le commun nous eût fait vivement souhaiter que son patron Claudin l'eût dotée d'un nom qui eût un peu moins couru les chemins, mais c'eût été manquer à la tradition. Dans toute ferme où il y a une jument grise, pommelée ou non, cette jument s'appelle invariablement la Grise. C'est sa robe qui la nomme. En Vendée et ailleurs, il y aune Grise dans toutes les écuries, comme il y a un Baveux, un Mortagne, un Mon-Valet, un Noblet dans toutes les étables.

Madame Yvonne était sur la selle, et maître Clément sur la croupe. Soit galanterie, soit calcul, il avait voulu céder à sa belle compagne la place la plus commode pour elle — et pour lui.

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La fermière occupait doue l'avant-train de la Grise, et le Parisien, quoique à T arrière-train, dirigeait la jument et étendait ses bras de chaque côté de madame Yvonne, de manière à tenir la bride et un peu la taille.

S'il eût été midi, et non huit heures du soir, nous vous aurions raconté la toilette de madame Yvonne. Mais au clair de lune, on distingue mal les choses, surtout quand il s'agit de toilette et que le moindre détail est important. La fermière allait au bal, c'est tout dire. C'est dire qu'elle était pour le moins aussi pimpante que le jour de sa fête. Une vaste cape brune couvrait d'ailleurs ses atours et ses charmes. Tout ce qu'on voyait de son visage, c'était le bout de son joli minois encapuchonné par crainte des rhumes et du vent. Tout ce qu'on voyait de son corps, c'était le contour de ses joUes jambes, qui, mal protégées par une jupe courte, semblaient à tort, selon nous, avoir moins peur du vent que son visage.

Nous pouvons certifier à nos lectrices que, si nous eussions pu la voir, nous leur aurions détaillé la toilette do madame Yvonne depuis la première épingle jusqu'à la dernière. Mais, encore une fois, il fait nuit, et nous le regrettons, bien que, sur ce point, nous ne soyons peut-être pas tout à fait de l'avis de maître Clément.

Quoi qu'il en soit, en dépit de l'obscurité, c'était ^Taiment un tableau fait pour tenter le pinceau d'un peintre que cette gracieuse paysanne assise sur un cheval de ferme, emmaillottée et légère comme un enfant, et ayant pour contre-fort la silhouette pittoresque du chapeau, du nez et des jambes de maître Clément. Le Parisien balan-

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çait ses longues bottes aux flancs de la ririsf- ( t ouvrait avec ses longs bras autour (l(^ la taille de madame Yvonne une parenthèse qui ne demandait qu'à se fermer. La lune, cet œil de la nuit qui voit tant de choses, avait de temps en temps la curiosité de regarder ce groupe champêtre du coin d'un nuage.

— Savez-vous bien, ma jolie prisonnière, lit le Parisien, qu'il faut que vous ayez furieusement confiance en moi pour vous T-tre aventurée ainsi dans la campagne, en pleine nuit, avec mon amour en croupe ?

— Et que voulez-vous que je craigne? N'êtes-vous pas un galant homme, monsieur Clément '?

— Je suis surtout un homme galant, dit le Parisien en filant la voix, ce qui était chez lui signe qu'il se sentait de l'esprit.

— Ça, vous ne me l'apprenez pas.

— Savez-vous bien que j'ai connu à Paris une femme du monde qui n'a jamais consenti à monter en fiacre avec moi?

— Bahl Et pourquoi donc?

— Parce qu'elle se doutait que je prendrais le fiacre à l'heure.

— Eh bien!... après?...

— Après ! . . . bon Dieu 1 Mais vous ne savez donc pas ce que c'est que de prendre un liacre à l'heure quand on est avec une femme ?

— Non.

— C'est qu'on veut courir la poste avec la femme. L'éclat de rire satisfait dont maître Clément accompa-

2«8 CKAPOUILLET.

gna cette saillie empêcha les deux causeurs d'entendre un sourd grondement qui parcourut le bord de la plame comme un tonnerre lointain. La Grise dressa plus que jamais ses oreilles.

Maître Clément, voulant appuyer son amoureux exorde d'un commencement d'hostilités, resserra assez ses bras autour de la taille de sa compagne pour qu'elle s'en aperçût et fît un mouvement.

— Ah ! monsieur Clément , dit-elle, vous allez être sage, n'est-ce pas? ou je ne danse pas avec vous de la soirée.

— C'est étonnant, reprit le Parisien, mais ce soir je me sens capable d'une foule de choses.

— De quoi donc?

— Mais... de vous embrasser, par exemple.

En ce moment la Grise souffla avec anxiété. Le grondement lointain paraissait s'être rapproché et résonna de nouveau dans la nuit.

— Entendez-vous ce bruit ? interrogea madame Yvonne en prêtant l'oreille et en se tournant à demi vers son compagnon.

— Oh 1 ce n'est rien, répondit le galant dont l'œil s'était extraordinairement allumé depuis quelques instants, c'est cette coureuse d'Autise qui s'est permis de sortir de son ht.

— Mais, dit la fermière, vous me faites peur. Il n'était pas question de (;a ce matin.

— Peurl ah bah! Nous n'allons pas de ce côté-là. D'ailleurs l'Autise ne déborde jamais bien loin,

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Le Parisien pressa de nouveau de ses bras la cape de la fermière.

— Monsieur démenti s'écria madame Yvoime, je vous en prie, restez tranquille 1

— l'n baiser! soupira le Parisien.

— Non, certes!

— Je vous aime tant !

— Si vous m'aimez, respectez-moi.

— Rien quuu seul et tout petit!

— Ecoutez, monsieur, dit madame Yvonne du ton le plus sérieux, je vois qu'il faut que nous ayons une explication. Je ne vous avais jamais vu me parler comme vous faites. Vous vous méprenez sur mon compte. J'ai été mariée deux ans et je n'ai jamais trompé mon mari. Aujourd'hui je suis veuve, maisj'ai des principes. Certes, je conçois qu'on m'aime, et je crois que vous m'aimez...

— Comme je n'ai jamais aimé aucune femme, foi de mauvais sujet 1

— Quittez ce ton, ou je descends de cheval !

— Vous ne descendrez que si je le veux bien, continua le Parisien en riant ; vous êtes ma prisonnière pour tout de bon, et vous n'avez pas la taille encore assez fine pour me gUsser entre les bras.

— Monsieur Clément, reprit la fermière gravement, vous ne m'aimez pas.

— Je vous adore.

— Les façons que vous avez maintenant seraient incouveuantes môme de la part d'un mari.

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— Aussi je ne veux pas l'être, par la sambleu ! s'écria notre Lovelace au grand pied.

A ce mot la fermière devint fort pâle.

— Monsieur, dit-elle, revenons à la ferme, s'il vous plaît. Je ne me sens pas bien.

— Aurai-je mon baiser?

Comme le Parisien se penchait plus tendrement que jamais vers madame Yvonne, celle-ci resta tout à coup muette d'effroi. La ligne extrême de l'horizon s'était brusquement frangée d'une nappe blanche, qui, bien que fort éloignée encore, scintillait visiblement aux rayons de la lune. En même temps la Grise souffla plus fort, et les arbres de la plaine se courbèrent sous une brise fraîche qui roulait dans l'espace le long tumulte d'une marée montante.

— Grand Dieul s'écria madame Yvonne, l'inondation !

Maître Clément, comme tous les petits propriétaires campagnards, était bon cavalier. Il regarda derrière lui et vit que la plaine était complètement Hbre du côté du village. Il connaissait parfaitement le pays, et il savait qu'il n'était jamais arrivé à TAutise de déborder assez pour se frayer une issue entre les coteaux qui la séparent d'Oulmes. Il savait donc qu'il pourrait, quand il le voudrait, tourner bride, et que la retraite était assurée. Le danger qui effrayait sa compagne le lit sourire, et, comme dans son trouble elle s'était rejetée en arrière, il lâcha la bride et l'embrassa.

Dans ce hrusque mouvement, il serra vivement U

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croupo de la jument ol la talonna involontairement. La Grise bondit sous cett(> violence nouvelle |)nuv elle, (ît, se sentant la bride lâehe, effarée de la venu(^ des eaux, elle partit au galop devant elle. Maître Clément ressaisit rapidement les rênes, mais d'une seule main, et il ralentit, quoique sans FarrCter, l'allure de la jument.

— Laissez-vous aller dans mes bras, ma belle, et no craignez rien, dit-il en pressant madame Yvonne sur sa poitrine avec sa main libre .

— Mais retournez donc vite chez nous ! s'écria la fermière, nous n'avons que le temps.

— Promettez-moi d'être à moi !

— Jamais !

— .Cette nuit même i je le veux! Prenez garde 1 vous êtes plus en mon pouvoir que vous ne croyez 1

Madame Yvonne essaya de s'emparer des brides, mais maître Clément les tenait serrées comme dans un étau.

— Mais vous nous perdez tous les deux, monsieur ! exclama la fermière. Dans un quart d'heure l'Autise sera ici I

Une inspiration de cinquième acte vint au Parisien. Il voulut profiter de la terreur de madame Yvonne, et, non sans avoir jeté un coup d'œil prudent derrière lui sur la route, il reprit d'une voix qui avait l'accent de Philippe dans le Vamj)ire :

— Je sais que je vous perds, mais je me perds avec vous. Ah! vous ignorez ce que c'est que l'amour d'un homme comme moi ! Je vous ai dit que ce soir j'étais capable de tout. Si vous ne voulez pas être à moi vivante,

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je vous aurai morte. Choisissez : le lit de l'Autise ou le mien !

Maître Clément débita cette tirade d'un trait et avec emphase, comme s'il eût eu, au Ueu de langue, un point d'exclamation dans la bouche.

— En vérité, s'écria la fermière indignée, vous jouez là, monsieur, une abominable et stupide comédie. Vous croyez m'etïrayer, mais je sais bien que vous ne forez pas ce que vous dites. Il n'y a pas longtemps que je vous ai vu en péril de mort, et je sais parfaitement que vous avez le bon sens de tenir à la vie. Ainsi, trêve de plaisanteries ! tournez bride. Il est temps encore !

Le Parisien, piqué au vif par le souvenir que rappelait madame Yvonne, saisit la fermière, et il allait se venger d'elle à sa manière, quand tout à coup il entendit derrière lui un formidable murmure, auquel se mêlaient les vibrations d'un tocsin lointain. La rivière, rclnme jusqu'alors par les ondulations du terrain, venait d'apparaître brusquement à l'autre bout de la route. Maître Clément se retourna, et, changeant brusquement de visage, il lâcha la bride dans la main de madame Yvonne en s' écriant :

— Il n'est plus temps !

Cette fois le drame était si évident et si menaçant, que le mélodrame perdait la tête.

La fermière ne répondit à ce cri de stupeur qu'en s'emparant vigoureusement de la bride. Maîtresse de sa monture, elle reprit son sang-froid, et elle eut un accès d'énergie toute féminine. Elle sentit que c'était elle qui

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était rhommo, en so voyant seule, devant un tel danger, avec ce misérable qui tout à rii<;ur(î lui prenait la taille, et qui maintenant se crainponiiail presque à la selle.

Madame Yvonne arrêta la Grise, [)uis lui fit faire volteface, et la jument, sous la direction de cette main bien connue, obéit docilement au mouvem(;nl.

Cependant la situation était des plus gi'avcs. UAutise derrière eux, devant eux TAutise. La nappe blanche, qui avait d'abord effrayé madame Yvonne , s'était insensiblement rapprochée et découpait maintenant sur l'obscurité du ciel une vaste marge liquide semée de loin en loin de touiîes d'arbres qui ressemblaient à des îlots noirs. Devant la Grise, à une distance encore inajipréciublc pour le regard au milieu de cette nuit, une seconde nappe d'eau bordait l'horizon, en s'élargissant avec rapidité sur la plaine. Le seul passage qui fût encore libre, c'était un des côtés de la campagne vers lequel les deux bras de l'inondation, divisés par un plateau plus élevé, semblaient s'allonger pour se rejoindre. S'ils se rejoignaient, c'en était fait de madame Yvonne, de maitiv Clément et delà Grise. Plus d'issue; l'eau partout; la plaine devenait un lac immense. Ajoutez à l'horreur des eaux l'horreur des ténèbres, l'horreur de l'astre livide qui sortait de temps en temps des nuées pour éclairer, aux deux extrémités de l'horizon, le fil sinistre de ce double croissant d'écume. On eût dit les deux lames d'argent d'une paire de ciseaux géante coupant au loin les arbres échevelés.

Madame Yvonne n'hésita pas. Elle lit quitter la route

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à la Grise , et la lança au galop par les champs en prenant la traverse , dans Fespoir de gagner de vitesse, s'il était possible, la marche et la réunion de la double marée de lAutise. La courageuse bête semblait comprendre sa courageuse maîtresse et vouloir réaliser cette espérance. Elle enjambait les fossés, sautait les haies, escaladait les murs des enclos et dévorait le terrain, excitée à la fois par la main de madame Yvonne et par le ballottement inerte et saccadé des jambes du Parisien, dont la peur de la mort avait brusquement fait la poupée d'un cadavre.

La sueur et l'écume couvraient le poitrail et le flanc de la Grise. Les oreilles baissées, les naseaux fumants, la crinière dressée, le cou tendu, elle rasait à peine le sol de son sabot. La belle fermière, haletante et pâle, la tête découverte, le sein souleyé et fouetté par les bonds de sa petite croix d'or, mais sohdement assise en "selle, lâchait toute bride, et ses bras blancs , battus par les manches de sa cape, caressaient de leur nudité délicate l'encolm'e épaisse de la jument. A voir cette mignonne créature, droite, ferme et intrépide sur ce cheval lancé à fond de train et ayant derrière elle la tigure anéantie et cram<. ponnée de maître Clément, on eût dit la bravoure enlevant Teffroi en croupe. Il y avait dans la course nocturne de ce cheval , fuyant avec cet homme et cette femme, devant l'immense linceul vivant qui les poursuivait, quelque chose d'inexprimable. Ce groupe, dont tout à r heure la lune dessinait le proiîl agreste sur le chemin , souffletait maintenant les arbres de son ombre

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emportée et vertigineuse. (les trois promeneurs trottant ensemble vers une guinguette de village avaient pris la silhouette frénétique d'un sauve-qui-pcut de spectres, et l'honnête cheval de labour était devenu Ihippogriiïe elfai'é d'une vision.

La Grise fit une bonne demi-lieue auisi.

Par bonheur le vont tomba. La vitesse; de la crue d\minua; mais la lune se voila, la nuit devint i)lus profonde, et madame Yvonne en fut réduite à suivre le progrès des eaux par leur bruit.

Malgré la rapidité de la jument, ce bruit se rapprochait sensiblement. La fermière Tentendait à sa droite , elle rentendailàsa gauche, elle l'entendait derrière elle. Un long et épais rideau de nuées couvrait la lune, et les ténèbres augmentaient à chaque minute. Madame Yvonne chercha à voir devant elle^,; impossible. Enfin le bruit se rapprocha tout à fait ; la fermière perdit tout espoir. Par un instinct de femme, elle ne voulut pas voir ce qui allait se passer ; elle ferma les yeux. Il y a des com'ages qui écrasent les forces humaines. Un vague frisson gla(;a la pauvre femme. Il lui sembla que le sentiment l'abandonnait , et elle se laissa emporter par la Grise en ramenant instinctivement encore ses petits pieds sous sa mantille. Cet évanouissement de sa volonté dura quelque temps. Par moments une goutte d'eau froide venait éclabousser le visage de la fermière.

Soudain le pas de la Grise devint un clapotement.

Madame Yvonne rouvrit les yeux et vit la sinistre réalité.

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Les deux nappes liquides n'en faisaient plus qu'une, et Teau montait. La jeune femme la sentit qui atteignait ses pieds. Elle frissonna et saisit la Grise par la crinière pour ne pas tomber. Bientôt, chose horrible, elle sentit les plis de sa cape se coller sur ses jambes comme le peignoir d'une baigneuse. Elle avait de l'eau jusqu'à la ceinture, et la Grise nageait.

Quant à maître Clément, il y avait longtemps déjà que ses jambes, serrées convulsivement aux flancs de la Grise, sondaient la profondeur de l'eau sous le ventre de la jument. Il regardait ce terrible spectacle d'un œil hagard.

Tout n'était pourtant pas encore perdu. La chute du vent avait calmé les eaux , et, par un nouveau bonheur, la Grise, au momentoù elle avait été rejointe par l'inondation , venait d'entrer dans une vaste lande unie et se terminant par le coteau derrière lequel Ouïmes était abrité. L'eau, ne rencontrant plus d'olistacle sur ce terrain, s'y était répandue sans violence comme dans un bassrn , et, tant que la Grise aurait la force de se maintenir à la surface , il y avait espoir de salut. Le terrible danger, c'était l'obscurité profonde de la plaine. Madame Yvonne leva les yeux au ciel. 11 était complètement couvert, et la lune ne devait pas reparaître de longtemps. Comment se diriger? où finissait ce désert liquide ? où retrouver la terre ferme ? Si madame Yvonne eût pu voir la colUne, elle aurait gouverné la Grise de ce côté. Elle la laissa se diriger toute seule. Mais la jument , épuisée de tant d'efforts et du poids qu'elle portait en nageant, cherchait en vain à recueillir dans l'espace un souffle

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d'air qui lui ai)portAl l'odeur de l'écurio. I/nau, en couvrant le sol , avait uoyô cotto pisto mystérieuse qui oriente rintellip;enco de Tanimal. La Grise lialelait, levait ses naseaux, drossait ses oreilles, écoutait, aspirait. La solitude partout, l'abandon partout, robscuritc partout. Çà et là des débris informes errants et flottants. Pas do barque, pas de secours. La Grise dérivait. Elle taisait évidemment fausse route, et s'éloignait du village au lieu de .s'en rapproclier, car madame Yvonne n'entendait même plus le tocsin. Pas d'autre bruit que celui de l'eau. Rien qu'un immense murmure oscillant dans la nuit, et auquel se mêlait par instants le battement d'ailes et le cri plaintif d'un petit oiseau sur[)rissans doute, lui aussi, par l'inondation , et qui volait en cercle au-dessus de la tête de madame Yvonne.

La Grise s'enfonçait de plus en plus. Ses forces l'abandonnaient. Madame Yvonne recommanda son âme à Dieu.

Tout à coup la jument dressa ses oreilles avec une vivacité extraordinaire et parut changer de route. Quel était ce bruit ([u'ello venait de surprendre? JN"était-ce pas une voix humaine? P(m à peu ce bruit se précisa, et madame Yvonne, frissonnante, crut entendre ce cri lointain et connue épuisé raser la surface des eaux :

— La Grise!

La Grise hennit.

La jument avait, comme par miracle, retrouvé ses forces. La fermière, et derrière elle maître Clément, (]ue cette subite espérance avait ranimé, écoutaient haletants

278 GRAPOUILLET.

d'émotion. Il se passa un quart d'heure. L'appel mystérieux ne se renouvelait pas. Madame Yvonne pensa qu'elle avait été dupe d'une illusion. La jument elleuième agitait ses oreilles avec inquiétude et nageait toujours, mais en se ralentissant. Maître Clément, glacé et livide de toutes les lividités à la fois , poussa un soupir qui ressemblait à son dernier. La fermière, silencieuse, porta sa croix d'or à ses lèvres.

— La Grise 1 répéta plus distinctement, mais avec plus d'effort encore, la même voix, qui s'était évidemment rapprochée.

En ce moment un clair rayon de lune perça les nuages et montra à madame Yvonne, à vingt brasses d'elle, fendant l'eau , pâle et ruisselante , la tête dun nageur , qui, à la vue de la jument, cria pour la troisième fois :

— La Grise !

— Claudinl exclama la fermière, c'est Claudin!

— C'est ce bon Claudinl s'écria maître Clément.

Un long et ineffable heniiissomont de joie fut la réponse de la Grise, qui fit force de jambes vers son maître, et presque aussitôt une main vigoureuse saisit la bride de la jument.

C'était en effet le bouvier. Quand il était parti de la ferme, il y avait déjà trop longtemps que madame Yvonne et maître Clément l'avaient quittée pour qu'il pût espérer les rejoindre. Il ignorait à quelle dislance du village ils pouvaient être; il savait seulement, — et c'était là ce qui l'avait épouvanté, — que l'Autise avait débordé, et que, pour peu qu'elle allât se mêler à la Sèvre, la crue serait

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oxtraordinairo ot couperait toute retraite sur le bourg. Les horreurs d'une telle situation s'étaient aussitôt présentées à son esprit. Madame Yvonne surprise parl'inondation, seule avec un homme incapable de la sauver, au milieu de la nuit, voilà ce qu'il avait vu. A peine était-il sur le coteau où nous l'avons laissé , qu'il avait tout de suite mesuré l'énormité et liraminence du péril. Il reconnut, à la marche de l'inondation , que l'Autise s'était en eiTet réunie à la Sèvre. Il tâcha d'entendre le trot de la Grise ; il colla son oreille contre terre , il n'entendit rien. Il courut au village donner l'éveil ; il fit sonner le tocsin, ii demanda une barque ; mais tous ces préparatifs demandaient du temps. Alors, désespéré, il était remonté surlacoUine. L'eau avait envahi la plaine. Enfin, à force de regarder , il avait aperçu , se dessinant sur la blancheur des eaux, une forine noire et confuse qui ne flottait pas, mais qui se mouvait et dépassait la ligne de la nappe hquide. Ce n'était pas un débris, ce n'était pas un tronc d'arbre, c'était quelque chose de vivant. Il appela; sa voix se perdit dans la nuit. Etait-ce la Grise? était-ce madame Yvonne? Si c'était elle!... Claudin se dit que morte ou vivante, elle était là, quelque part dans cet abîme d'ombre et d'eau, luttant peut-être, peut-être engloutie, mais qu'elle était là 1 Claudin était excellent nageur. Vivante , il pouvait la sauver ; morte, il mourrait avec elle, de la môme mort, dans la même tombe. Le péril était immense : la mort de l'homme qui oserait se jeter dans ce lac terrible , si bon nageur qu'il fût, était presque sûre; mais qu'importait à Claudin? Il lui

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'sembla que le cadavre de madame Yvonne appelait le sien. Il regarda encore. Toujours cette forme noire et animée dans les ténèbres! Alors, sans môme ôter ses vêtements, Tintrépide bouvier s'était jeté dans Teau, se dirigeant vers le point noir, tantôt le perdant de vue, tantôt le revoyant, appelant de temps en temps la Grise, puis écoutant et nageant toujours désespérément en levant au-dessus des eaux ses mains, qui tâtonnaient dans Tinondation!

Enfin, son cri rencontra le hennissement de la Grise; il put arriver jusqu'à la bride de la jument. Il savait où retrouver la terre ferme, et, tandis que d'une main il dirigeait la Grise , de l'autre il continuait de nager. Par moments, il relevait la tête du côté de la fermière, et il lui disait :

— Courage, marraine !

Pendant le trajet qui séparait encore la jument du coteau, la lune éclaira, à quelque distance devant la Grise et voletant au-dessus d'elle, l'oiseau dont madame Yvonne avait entendu le cri au moment où elle se croyait perdue, et qui, tout moineau qu'il était, avait peut-être bien joué, dans ce petit déluge, son petit rôle de colombe.

XYI

Justement, comme pour justifier cette ressemblance ambitieuse, l'inondation atteignait alors son plus haut point et commençait à décroître.

La Grise toucha terre et sortit de Teau. Madame Yvonne, anéantie par tant d'émotions, s'évanouit, et elle serait tombée dans les bras de maître Clément, si Claudin ne l'eût soutenue sur la Grise tout en renversant do la croupe son indigne rival. Le Parisien, en se sentant sur le plancher des vaches de son village, eut une telle joie que, malgré le coup de poing de Claudin, il voulut l'env brasser :

— Ah! Claudin, s'écria-t-il, encore toi qui me sauves la vie!

— T'ar-dessus le marché, cette fois-ci! répondit le bouvier.

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Et il accompagna cette réponse d'un tel regard, que maître Clément, quoique à moitié perclus de froid, de peur et de honte, retrouva pourtant ses jambes pour s'esquiver, et ne s'arrêta que dans son lit. •

Claudin, resté seul avec madame Yvonne, fut un moment le sauveur le plus embarrassé du monde. Ils étaient tous deux ruisselants d'eau. Le village était encore assez loin; laisser madame Yvonne évanouie . sans secours jusque-là, c'était impossible. Le bouvier fit la seule chose qu'il y eût à faire. Bien qu'il n'eût jamais osé effleurer, même du bout du doigt, la robe de sa marraine , il la souleva de la selle comme une plume, et l'emporta dans ses bras, en courant, jusqu'à une maisonnette, moins éloignée que le village , dont il voyait briller la lumière à travers les arbres. La Grise le suivit et arriva en même temps que lui devant la porte de la chaumière. ' Claudin fut admirablement reçu par la pauvre famille qui l'habitait. Dans ces heures de danger public, toutes les portes sont ouvertes. En outre, madame Yvonne était connue et aimée dans tout le pays , à cause du bien qu'elle faisait et parce que, sans elle et sans sa ferme , il y aurait eu bien des cheminées dans le voisinage qui n'auraient jamais connu la fumée de la poule au pot. On alla chercher dans la chambre de la grand' mère une bouteille d'eau do Cologne couverte de poussière , et qui était leslée cachetée depuis trente ans ; on la déboucha; on la fit respirer à la fermière dont on frotta les tempes; puis, quand madame Yvonne fut revenue à elle, on alluma un grand feu de fagots et d'ajoncs secs,

CRAPOUILLET. 'ZHH

et on ouvrit lo vioux coffro point ((ui contonait les nippes; laHraruriHorc donna sa cape, la fille donna sa robe, la petite lillo donna ses souliers neufs, et madame Yvonne, malgré sa pâleur, ne laissa pas de sourire de plaisir en voyant cet hommage rendu à ses pieds. Inutile do dire que Claudin reçut d'autres vêtements et un verre d'oaude-vie , et (}ue la Grise eut son picotin d'avoine et la seule couverture de récurio. Ces excellentes gens voulaient retenir la fermioro à coucher. On avait déjà préparé le lit, mais madame Yvonne refusa et demanda qu'on sellât la Grise, voulant rovemr bien vite à la ferme et rassurer son monde. Ajoutons que la fermière avait encore autre chose dans l'esprit.

Claudin , une lanterne à la main, aida sa marraine à se mettre en selle , et, C[uand elle y fut , il prit la Grise par la bride.

— Eh bien? qu'est-ce que tu fais? lui dit madame Yvonne. Monte donc!

— Où cela? balbutia le bouvier.

— Mais ici, donc! répondit madame Yvonne en tapant légèrement la croupe de la Grise.

— Derrière vous? oh non !

— Pourquoi?

— La place est prise.

— Tu vois bien qu'elle ne l'est plus.

— Oh si!

— Allons ! Claudin, monte 1 reprit la fermière ; ça fera plaisir à la Grise — et à moi.

En disant ce dernier mot, la veuve avait un accent si

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singulier que Claudin leva les yeux vers elle et crut voir qu'elle avait une larme sur la joue.

Un quart d'heure après , madame Yvonne , partie du village avec maître Clément, y rentrait avec Claudin.

Pendant la route , la belle veuve regarda avec des yeux mouillés de pleurs ces bons bras honnêtes qui , tout en l'entourant pour tenir la bride, n'osaient la presser, et ces mains tremblantes étendues devant elle. Alors, sans se retourner vers Claudin, muette, attendrie, émue d'une de ces émotions saintes qui inspirent l'âme, elle ôta de sa main mignonne son anneau de mariage et le passa au petit doigt du bouvier.

Claudin crut d'abord que sa marraine avait eu peur d'un faux pas de la Grise et cherchait un appui sur sa main. Mais il sentit qu'elle lui gUssait sa bague au doigt, et , comme il tremblait et qu'il était naïf , il ne comprit pas encore très-bien.

— Votre bras, Claudin, lui dit madame Yvonne , en descendant de cheval dans la cour de la ferme.

Le bouvier , que sa marraine avait toujours tutoyé et parfois rudoyé , resta interdit de cet accès de politesse. Alors madame Yvonne reprit :

— N'êtes-vous pas mon cavalier ?

Garçons et servantes , tout le monde était accouru à l'arrivée de madame Yvonne. On était dans une inquiétude mortelle sur son compte. Mais la fermière congédia tout le monde et donna à un des garçons Tordre de conduire la Grise à l'écurie. Claudin, que cela regardait ordinairement, se troubla de plus en plus. Il ne reconnaissait plus sa marraine. Il vit qu'il avait au petit doigt l'anneau de mariage de madame Yvonne , et nous ne

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savons ce qui se passa en lui , nous ne savons quelle révélation soudaine jaillit en même temps pour lui du silence et de l'attitude de madame Yvonne , mais ce petit doigt, ce petit doigt qui ne lui avait jamais rien dit, lui murmura alors quelque chose de si prodigieux , de si inattendu et de si céleste qu'il en fut épouvanté. Avait-il enfin compris ? Peut-être , car il se taisait et il chancelait.

Il conduisit, ou plutôt il suivit ainsi madame Yvonne jusqu'à la porte de sa chambre à coucher par l'escalier de la tourelle éclairée, comme au bon vieux temps, par une lampe à bec de cuivre pendue à la clef de voûte. Là il s'arrêta. Il regardait l'anneau de madame Yvonne, puis madame Yvonne, et il était blanc comme un linge. Pour un empire il ne serait pas allé plus loin. La chambre à coucher de sa marraine était pour lui un sanctuaire. Il n'en avait jamais vu que les fenêtres , les rideaux de percale blanche et la porte. Et encore ne les contemplait-il d'ordinaire qu'à la dérobée , tant cette chambre inconnue lui semblait je ne sais quoi de parfumé , de sacré , de silencieux et de pur. Jamais second étage n'a été trouvé plus inaccessible. C'était tout au plus si Claudin avait jamais osé rêver qu'il entrait là. Il eût craint que ce rêve de bouvier ne réveillât madame Yvonne avec ses sabots.

Brave Claudin ! Après tout , il était en cela , comme ■^spnt les amoureux jeunes et innocents, réellement épris. L'asile tiù dort la femme aimée sans espoir est tellement muré pour le désir que la pensée s'arrête au seuil.

CRAPOUILLET. 287

C'est là que tombent tous les voiles. Que de reflets mystérieux, que do poses ignorées flottent, pour ainsi dire, dans son ombre ! C'est là qu'est le miroir invisible quj voit tout, à qui le regard avoue ses péchés et le corps ses défauts. Oh 1 la chambre à coucher d'une jolie femme ! quel confessionnal I

— Mais ouvrez-moi donc! ditmadame Yvonne à Claudin. N'êtes-vous pas mon mari?

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Ce qu'ils se dirent, cette nuit-là, de choses tendres et douces, assis tous deux devant l'âtre de cette chambrette , ce que Claudin, ivre et fou de joie , balbutia de paroles émues, ce que madame Yvonne murmura de timides aveux, ce que le bord du fichu de la jolie fermière reçut de chastes baisers et ce qu'elle n'osa en rendre à son amant qui , quoi qu'elle en eût dit, n'était pas encore tout à fait son mari , il faudrait un volume pour le raconter. Il y a des féUcités sans bornes. Tous les enfantillages d'adoration de Claudin , les longs silences du bouvier et les longs regards de la fermière , l'extase et le ravissement du pauvre garçon, la douce et confiante sérénité de la charmante femme, comprenez tout cela, car nous ne vous le dirons pas. Notre conte n'eu finirait

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pas avec le bonheur de son héros. Madame Yvonne sentit qu'elle n'était plus coquette et Claudin no fit pas uuo seule faute de français dans la conjugaison du verbe aimer. On parlait, on se taisait , on se contemplait. On laissa un moment s'éteindre la bougie et l'on se vit encore. La fermière, un peu pâlotte, un peu faible, un peu malade , mais tout heureuse , n'avait plus que la fièvre de l'âme. Claudin lui demandait à chaque instant comment elle se trouvait , et elle répondait qu'elle se trouvait bien. Il voulut la laisser reposer, elle refusa. Il voulut se retirer , elle refusa. Ils se tenaient embrassés , puis tout à coup elle le repoussait, et il tremblait d'être encore si près d'elle. Tout prenait un charme inattendu pour eux et surtout pour le bouvier. Il ne pouvait se faire à ridée qu'il était bien dans cette chambre , et que toutes les choses qu'il voyait étaient à lui. Il ne savait pas au juste à quel titre il était là. Il avait voulu faire le feu lui-même, et il avait éprouvé un indicible bonheur à penser, tout en remuant le soufflet, qu'il était encore un peu en cela le serviteur de madame Yvonne. Quand la fermière lui demandait son flacon de sels, il n'osait pas l'aller prendre ou l'aller remettre sur la toilette de crainte de casser quelque chose, et il comprenait qu'il était encore un peu en cela le bouvier. Il appelait parfois madame YvonnB « ma marraine , » comme s'il eût été encore son fiUeul , et « ma femme » comme s'il eût été déjà son mari. Par instant , la fermière avait un brusque frisson , et il voulait aller chercher le médecin , mais madame Yvonne lui défendait de la quitter. Il ne se prononça pas un seul

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mot du danger auquel Claudin avait miraculeusement arraché sa bien-aimée, on ne parla même pas de maître Clément, la reconnaissance et l'amour étaient si profonds dans le cœur de la fermière, l'amour et le respect étaient tels dans le cœur de Claudin qu'il y avait des minutes où le trop-plein de ces deux cœurs ne débordait qu'en monosyllabes. Madame Yvonne se souvenait qu'elle s'était aperçu un jour qu'elle aimait Claudin, et elle s'en voulait du temps perdu. Pourtant , dans toute cette nuit d'ivresse, on ne se tutoya pas une seule fois. Quand le jour parut dans la chambre , madame Yvonne se jeta au cou de Claudin et s'écria :

— Comme tu es beau !

Claudin regagna son grenier avec le soleil levant dans le cœur.

En passant devant la cuisine , un souvenir brusque l'assaillit. Dans son bonheur, il avait oublié de retirer de la fenêtre la cage de Crapouillet. Il y courut et il y trouva le moineau couché sur son dos , les deux pattes tendues , les ailes allongées , les paupières fermées , le bec brisé , la tête en sang.

11 était mort.

Il n'est pas de livre, petit ou grand, ambitieux ou modeste, drame ou conte, qui n'ait deux mots à dire au lecteur en particulier. Il est d'usage de faire des préfaces et de prédisposer ainsi les lecteurs à l'ordre d'idées ou d'impressions dans lequel on veut qu'ils entrent. Il serait peut-être plus normal que l'auteur laissât l'idée ou l'impression se produire toute seule dans les esprits et qu'il ne parlât qu'après son livre. Ces quelques pages, écrites au coin d'une table , auraient certainement pu se passer de préface comme d'appendice, si l'auteur de Crapouillet ne croyait devoir demander un instant la parole pour un fait personnel à Crapouillet.

Deux mots donc.

Dans ce conte il y a une histoire, une histoire vraie, une histou-e qui s'est bel et bien passée, et qui aurait

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pu fournir la matière d'un fait-Paris très-convenable.

Evidemment le lecteur va penser que, s'il y a dans notre récit une chose ou un personnage qui ne soit pas de fantaisie, ce doit être ou le paysage, ou le village, ou la ferme, ou la fermière, ou le fils du notaire, et nous sommes convaincu, sans qu'il nous ait fait sa confidence, qu'il s'est plus d'une fois récrié sur les faits et gestes de Crapouillet.

Eh bien ! Ouïmes existe en effet en Vendée, et même il a l'honneur d'être marqué sur la carte de France ; mais nous ne l'avons pas vu et nous l'avons quelque peu imaginé. L'Autise coule en effet à trois lieues d'Oulmes; mais nous craignons bien d'être chatouillé d'un remords à l'endroit de la réahté de notre paysage, et de n'avoir pas peint les lieux d'après nature. Nous ne garantissons pas qu'il y ait près d'Oulmes un chemin creux bordé de saules et qu'il y ait près de l'Autise une ou plusieurs collines. Ce n'est, après tout, qu'un détail pour un conte qui voyage avec un oiseau et qui voit les choses d'un peu haut. Quant à madame Yvonne, quant à Claudin, quant à maître Clément, nous donnons notre parole d'honneur que ce sont des figures dont notre imagination a fait tous les frais. Il n'y a dans notre récit qu'un personnage historique, c'est Crapouillet.

Voici son histoire, que nous avons peut-être un peu embeUie, mais qui, on va le voir, avait un grand fond de réalité :

Vers la fin de l'année 1831, trois enfants, deux frères et une sœur, étaient assis dans un des parterres d'un

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jardin de la ruo Jean-Goujon. Le plus jeune avait doux ans, le second quatre ans, et l'aînée six ans. L'un creusa un petit trou dans la terre avec un couteau, l'autre prit deux morceaux de bois, les attacha transversalement avec un fil et en fit une croix grande comme un joujou. Puis la sœur déposa tristement dans le trou un pierrot mort. Un instant après, la cérémonie funèbre était terminée et la croix plantée sur la fosse. Il n'y manquait plus que cette épitaphe : Ci-gît Crapouillet. Qu'était-ce donc que Crapouillet?

Un matin de cet été-là, en se promenant dans les Champs-Elysées, le père de ces trois enfants vit tomber d'un arbre un moineau trop faible et trop jeune encore pour s'envoler. Au même moment, un chat de gouttière, — terreur d'un toit voisin, — se jeta sur le moineau, le saisit par l'aile, et il allait le traiter comme une souris, quand le promeneur apparut brusquement au miUeu de ce drame, fit fuir le traître, sauva l'orphelin, et, rentrant chez lui, rue Jean-Goujon, n" 9, le rapporta à ses enfants.

Vous entendez d'ici leurs cris de surprise à la vue du moineau, et leurs cris de compassion à la vue de son aile meurtrie. On le soigna, et, pour le soigner, tout le monde fut enfant, surtout le père.

On l'appela Crapouillet, par la raison que nous avons dite, parce qu'il était chétif et pauvre de mine, et qu'il se servait plus de ses pattes que de ses ailes. Bref, il était tel que nous l'avons peint. L'auteur de ces lignes ne l'a pas embelli ; dans tout son paysage, dans tout son

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village et dans tout son conte, il n'y a que ce pierrot qui ait posé.

Il devint, dans la maison de la me Jean-Goujon, aussi laid et aussi gentil qu'on l'a vu dans la ferme de madame Yvonne. Nous n'avons pas inventé la cage, nous n'avons pas inventé ses sorties et ses rentrées par la fenêtre, sa présence aux repas, ses stations sur l'épaule du maître de la maison ; nous n'en avons inventé ni les incidents ni les accidents, car jamais échine humaine ne fut plus crottée que cette épaule.

Et, pour préciser, voici comment les choses se passaient.

Le matin, le maître de la maison ouvrait la fenêtre, et, comme la cage n'était jamais fermée, Crapouillet s'envolait aussitôt et se jetait dans les immenses verdures des Champs-Elysées, où il passait toute sa journée, libre, mais ayant à la patte un fil invisible pour tout autre que pour Dieu. Le maître, de son côté, s'en allait rêver. A sept heures du soir, il rentrait chez lui. A cette heure-là, juste, un petit oiseau était posé sur la corniche de la maison d'en face, à l'endroit où est aujourd'hui le gymnase Amoroz. C'était Crapouillet qui attendait qu'on lui ouvrît la fenêtre du n'^ 9 pour venir dîner. C'est ce que faisait le maître du logis. Le pierrot entrait aussitôt, se perchait sur son épaule, y dînait, et quelquefois, hélas ! y digérait. Puis, son dîner fait, la croisée se rouvrait, il repartait et ne revenait qu'à la nuit coucher dans sa cage.

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Nous n'avons pas invente sa vie, nous n'avons pas non plus inventé sa mort.

Un sorin, introduit dans la maison, le rendit jaloux. Un matin, on le trouva mort dans sa cage de fil de fer, le bec ensanglanté. Il avait voulu atteindre son rival à travers les barreaux do sa prison. Les enfants le conduisirent à sa dernière demeure dans une plate-bande.

L'auteur de ces lignes est eelui qui, il y a vingt-sept ans, mit une croix sur la tombe de Crapouillct. Peutêtre trouvera-t-ou qu'il devait ce conte sentimental à sa mémoire. Crapouillet avait, on en conviendra, tout ce qu'il faut pour faire un pierrot de roman.

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