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LA REGELATION. — LES GLACIERS

Ayez dès morceaux de glace dans une assiette, et pressez ivec les mains deux de ces morceaux l'un contre l'autre, ils ^ souderont fortement. Pressez contre l'un d'eux un troiâème morceau, il se soudera à son tour, et ainsi de suite ; «^ous pourrez rassembler ainsi tous les morceaux en une bande •le glace, et donner à cette bande toutes les formes possibles, -■hacpie morceau de glace élait en fusion à sa surface; au ^int de jonction de deux morceaux, il y a regélation. C'est '• Faraday, en Angleterre, qui a appelé sur ce phénomène attention des savants, et M. Tyndall en a fait une élude com- ''ète dans ces dernières années. Nous lui devons l'expérience ^vante, qui présente de l'analogie avec la précédente.

On rem{)ht de petits fragments de glace un moule en buis ^g. 67), et on soumet ce moule à une forte pression ; on "tient un bloc de glace parfaitement continu et transparent, ÏUnt la forme de la cavité du moule. En prenant des moules •^nvenables, on peut façonner des lentilles, des sphères, des •^npes, des stalueUes de glace.

Il parait naturel de chercher l'explication de cette dermère expérience dans les elVets de la compression. Nous aToiu appris que la glace comprimée fond à une température inférieure à zéro ; par conséquent, si nous considérons deux froments de glace à zéro jiressés dans le moule, nous pouvons penser qu'au point de jonction il y a fusion, parce que la température de zéro est supérieure à celle à laquelle fond ta glm quand elle est comprimî-e ; l'eau provenant dr la fusion ni

Fiji. ST. — loolige d« U glMe.

doue ju-dessous de zéro; elle se répand dans les interstices des fragments, et, cessant d'y être comprimée, parce que I» fraijmonts ne transmettent |ias la pression également da» tous les sens, elle i-cdevîent solide ; la continuité est ainsi graduellement établie dans la masse. Les deux faits sur lesquels repose ce raisonnement sont vrais : l'eau à zéro Ibrtcini^' com{)rimée ne peut avoir l'état solide; l'eau au-dessous de zéro non comprimée ne peut avoir l'état liquide. Hais si ce» faits jouent un i-ôle dans la régulation qui s'opère au milieu du moule, ils ne peuvent guère être iuvoqui^ dans la pf^ miôre expérience, où la pressVoti à>.aA ei%wAa^"t\»is«i'*'

FUSION ET SOLIDIFiaTION. 205

ment pour assurer le contact ; cette pression était ëvinent incapable d'abaisser notablement la température de

ici une observation de M. Tyndall, qui nous donnera les causes principales de la regélation au simple contact. l un morceau de glace, contenant des cellules natu- > dans lesquelles on distinguait une partie liquide, et partie gazeuse qui se plaçait toujours au sommet de h

Fig. 68. — Cellule» de la glice.

e (fig. 68, A). En plongeant le morceau de glace dans chaude, et le regardant fondre attentivement, M. Tynit les cellules diminuer considérablement de volume, oment où leur enveloppe de glace fondait, et aban- T chacune une petite bulle d*air, laquelle montait îivement réduite à la surface de Teau chaude. Il faut ire de là que la partie liquide d'une cellule provient de •ion de la glace qui entourait primitivement la bulle par sa contraction, elle a laissé un vide, dans lequel itc bulle d'air est restée très-rai;éfiée.

ornent la fusion peut-elle être déterminée autour d'une l'air, sans que les parties environnantes cessent d'être s?

ir résoudre cette question, M. Tyndall exposa à un rès-vif un morceau de glace semblable au précédent : 'ile liquide des cellules se conge\a, el \^ \sv3î^fe ^^^x

diminua de volume, ce qui confirmait les raisonnements précédents. 11 plaça ensuite le morceau dans une chambre chaude et obscure : au bout de quelques heures, la partie liquide reparut dans les cellules. Donc la chaleur peut passer par conductibilité du dehors à Tintérieur de la glace, et tee fondre les parois des cellules.

Enfin, en exposant aux rayons de chaleui; du feu un morceau de glace préparé comme le précédent, M. Tyndall villa fusion s'opérer très-rapidement autour de chaque bulle d'air, et les parois des cellules prendre des formes dentelées, quelquefois très-belles dans les couches superficielles qui étaient rencontrées les premières par la chaleur rayonnante (fig. 68, B). Il ne put obtenir les mêmes elfets avec la chaleur rayonnante obscure. La fusion peut donc être aussi déterminée dans Tintérieur de la glace par le rayonnement de la chaleur lumineuse.

Nous conclurons de ces expériences que la chaleur peut pénétrer dans l'intérieur d'un bloc de glace, soit par conductibilité, soit par rayonnement, et déterminer la fusion au contact des bulles d'air emprisonnées dans la masse, eu laissant à l'état solide la glace environnante. Voici la raison de cette différence : les molécules situées dans d'autres molécules de glace sont moins libres dans leurs mouvements (jue celles qui sont au contact de l'air. Quand la chaleur arrive sur la surface extérieure du bloc de glace, une partie agit sur cette surface, et l'autre se propage jusqu'aux bulles d'air; c'est h\ seulement qu'elle produit son effet, exactement comme un choc exercé à l'extrémité d'une file de billes qui se touchent, lance la dernière bille située à l'autre extrémité, en laissant les billes intermédiaires en repos : chacune d'elles reçoit l'impulsion et la transmet à la bille suivante 5ans se déplacer, et la dernière seule entre en mouvement parce qu'elle ne rcncoulrc pas di o\isVa.d<i. ^^ ^'^^nmerale

fait observé par M. Tyndall d*une manière générale en disant que la fusion d*uii corps solide est plus aisée dans les parties superficielles et dans celles qui offrent des solutions de continuité, que dans celles qui sont tout à fait continues, comme si la température de fusion était moins élevée sur la surface du solide que dans son intérieur.

Appliquons cette remarque au phénomène de la regélatioQ. Nous mettons en contact deux morceaux de glace : les deux surfaces, maintenant unies, exercent Tune sur Tautre une action coercitive qui s'oppose à la continuation de la luâoD. Les molécules qu elles contiennent perdent leur liberté en cessant d'être superficielles et devenant intérieures ; leur attraction mutuelle rétablit l'état solide, et elles demeurent aoodées entre elles, tant qu'une chaleur suffisante ne les aura pas atteintes et portées à une certaine température supérieure à zéro. Les deux morceaux sont ainsi rassemblés en un seul bloc, et la fusion n'aura lieu en un point de la partie continue du bloc que quand la fusion aura atteint les parties voisines de ce point api'ès avoir commencé à la superficie.

L'enfant qui pétrit une boule de neige répète l'expérience de la regélation. Les flocons de neige deviennent de petits Suçons qui se soudent les uns aux autres ; la main les brise, ^ change de place ; ils se soudent de nouveau, et voilà <^ment cette neige légère et délicale devient un corps dur ^compacte, qui peut blesser l'enfant dans ses jeux.

Le voyageur qui visite les glaciers des Alpes rencontre ^ crevasse profonde : il amasse de la neige au bord du pré- ^^4iice; il en fait un pont, puis il monte sur cette édifice ^provisé, et s'avance lentement au-dessus de Tabime. lia '^ glacée fléchit sous son poids. Ici il y a rupture, là il y a Relation ; la masse comprimée devient rigide, et le passage P^ut s'efTcctuer sans danger.

208 LA eHALEUR.

Ârrêtoiis-iious un instant devant lé magnifique specti que nous présentent Jes neiges éternelles ; nous y troi rons l'exemple le plus grandiose des propriétés de la gl;

Au sommet des hautes montagnes, la Yapeur d'eau

l'atmosphère se condense en neige, et leur crête en est i

cesse recouverte. Tantôt les masses neigeuses descenden

avalanches le long des pentes, avec un bruit de tonnerre

remplissent les vallées; tantôt elles glissent lentemer

s'accumulent au bas des pentes, en se comprimant. 1

emprisonné dans les flocons de neige est peu à peu exp

et la masse durcit ; devenue plus dense, elle pèse forten

sur les rochers, sur le fond des vallées supérieures, et

cend graduellement vers les vallées inférieures. Mais s

elle atteint, en se réchauffant, la température de zéro

commence à fondre. La regélation est opérée à partir d

moment sur une immense étendue, parce que le fond d

vallée et les flancs de la mtontagne font obstacle au gli

ment de la glace. Sans cesse sollicitée par la pesanteur,

se rompt en surmontant les obstacles ; de larges et profon

crevasses transversales résultent de sa rupture; puis les b

en se rejoignant se soudent entre eux. D'autres crevasses s

produites à d'autres places ; c'est ainsi que le glacier ce

lentement dans la vallée avec une vitesse de 30 à 60 ce

mètres par jour, suivant la saison, entraînant çà et là

débris de rochers qui ont cédé à ses efforts. Arrivé assez 1

dans une région plus chaude, il fond à sa surface et d

ses profondeurs, et devient la source d'un lleuve. Un mou

ment incessant amène de nouvelles masses de glace qui f<

dent graduellement, tandis que plus haut la neige qui ton

fréquemment compense cette fusion. Le glacier est donc i

dessous de la ligne des neiges perpétuelles, et au-dessus

trouve le névéqm l'alimente.

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