MAI
JDIR.
JUILLET. AOUT. SEriËMBRE. OCTOBRE. NOVEMBRE. DÉCEMBRE.
18%7 18»,2 ir,»,8 ll«,5 7».0 T^O
On voit que le maximum a lieu en juillet, c'est-à-dire après le solstice d'été. Kn divisant par 12 la somme des moyennes mensuelles du tableau précédent, on a la température moyemie de Paris; on trouve i0**,8, qui est h peu près la moyenne mensuelle d'avril.
Ce nombre ne suffit pas pour caractériser l'action du soleil sur un \mi donné. Les températures extrêmes exercent la plus grande inlluence sur les animaux et les végétaux. Pour qu'une plante ne gèle pas ou pour qu'un fruit mûrisse, il ne faut pas (jue la température soit trop basse ou trop élevée. Mais on doit encore dans cette appréciation considérer un gnmd nnmhro d'observations, aCvn d'éliminer rinflnence des
causes accidentelles ; et c'est en comparant la température moyenne du mois le plus chaud à celle du mois le plus froid, qu'on détermine le climat d'un lieu. Le tableau précédent nous donne iS^yl et 2° pour Paris; la dif/érence est 16°, 7. Ce chiffre mesure le climat de Paris. Un tel climat est variable; caries températures absolues peuvent être accidentellement 58° au-dessus de zéro et 23° au dessous. De là des hivers et des étés exceptionnels que Ton ne saurait prévoir dans l'état actuel de la météorologie.
Nous nous occuperons maintenant des causes qui influent sur la température moyenne et sur le climat des diverses contrées de la terre.
A mesure qu'on mnrche de Téquateur vers le pôle, les rayons solaires tombent de plus en plus obliquement sur la sur&ce du globe. Par conséquent, leur action est graduellement moins intense, et la température moyenne va en diminuant. C'est ainsi qu'on atteint les régions polaires, où les vapeurs atmosphériques se condensent sans cesse en neige, et où la surface des mers est glacée. Des bancs énormes de glace, changeant chaque année de place, arrêtent les navigateurs, et rendent l'exploration de ces régions presque impossible. Nous avons vu le voyageur Kane triompher de ces difficultés dans une expédition mémorable au pôle boréal : malgré les efforts de Cook, Weddel, Dumont d'Urville, James Ross, nous manquons de données certaines sur les régions australes, mais tout porte à croire qu'il s'y trouve une vaste terre entourée de glaciers immenses qui en rendent l'accès inaccessible. Cette terre aurait un climat dont on se fait difficilement une idée et serait inhabitable.
La configuration des continents et les courants marins wnènent de grandes différences dans la distribution de la chaleur sur les deux hémisphères. Tandis que dans l'hémisplière boréal de vastes continents s'éleudeul Iv^^^-Vwcv^^x'èsV
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pôle; dans rhémisphère austral, au contraire, l'Afrique el l'Amérique sont terminées en pointes, et présentent une superficie beaucoup plus petite que celle des mers. L'extrémité méridionale de l'Amérique, celle qui se rapproche le plus du pôle austral, n'est pas plus éloignée de l'équatcur que le Danemark. Or la mer réfléchit à sa surface une plus grande quantité de rayons solaii'cs que les continents ; la chaleur absorbée par l'hémisphère austral doit être moindre que celle qui est absorbée par le nôtre. Aussi, à la pointe de l'Amérique, la température moyenne est-elle plus basse qu'en Danemark.
L'effet des mers consiste surtout à adoucir le climat, k vapeur d'eau, en se mêlant saus cesse à l'air atmosphérique, agit comme un vêtement qui préserve le sol d'un échauffement ou'd'un refroidissement trop grand. En outre, les courants marins répartissent sur les côtes la chaleur que la totalité de l'Océan reçoit du soleil, ou leur enlèvent une partie de celle que les continents ont absorbée pour la porter ailleurs. Aussi le climat le plus doux est-il celui des îles, où la différence entre la température moyenne du mois le plus chaud et celle du mois le plus froid n'est que d'un petit nombre de degrés et oîi il y a des étés peu chauds suivis d'hivers peu rigoureux. Un tel climat est appelé constant ; il se rencontre dans FAmérique méridionale, oîi s'élèvent les fougères en arbre et où les végétaux magnifiques de la zone torride s'étendent beaucoup plus loin.de l'éqnateur que dans l'hémisphère boréal. Avec la même température moyenne que celle de la France, les orchidées, aux formes variées et bizarres, la vanille, croissent dans ces contrées, tandis que:= chez nous les mêmes espèces sont les ornements de nos ser — res chaudes.
Nous trouvons encore en Angleterre un exemple très-frap — pant de J'influence de l'humidvlé suv le climat et sur la tem —
pérature moyenne. A Londres, cette température est de iO" environ. A Iikoutzk, capitale de la Sibérie, qui est à peu près à la même distance que Londres de l'équateur, la température moyenne est inférieure à zéro de deux dixièmes de degré. A Londres, la température moyenne du mois le plus froid est 5**, et celle du mois le plus chaud i 7**,8. A Irkoutzk, ces températures sont 19%5 au-dessous de zéro et 17<*,5 audessus. Les différences de ces températures extrêmes sont ainsi 14°,8 pour Londres et 57** pour Irkoutzk. Aussi celte dernière ville offre-t-elle le type d'un climat excessif.
Il est aisé d'expliquer cette énorme différence entre deux localités qui, par leur position sur la surface du globe par rapport au soleil, devraient recevoir la même quantité de chaleur.
Nous avons déjà signalé l'influence du Gulf-Stream sur le climat de l'Angleterre. Ce vaste courant marin apporte sur ses côtes de la chaleur prise au golfe du Mexique et dans les régions équatoriales de l'Atlantique. Les courants atmosphériques apportent dans la même direction de grandes quantités de vapeur d'eau qui proviennent de l'évaporation de l'Océan : cette vapeur, en se condensant sur l'Angleterre, dégage autant de chaleur qu'elle en avait pris pour se former dans la 20ne torride. Elle ressemble à un messager aérien qui puise- **ait la chaleur à sa source et la transporterait au loin. A Lon- ^ï*es le vent du sud-ouest souffle pendant neuf mois de * année, et chaque pluie qu'il amène est accompagnée d'un réchauffement bienfaisant: voilà pourquoi la température Moyenne est si douce. Quant aux grands froids et aux grandes chaleurs, l'atmosphère humide les empêche ; elle modère ^nété l'ardeur du soleil, en absorbant ses rayons, et elle conserve en hiver la chaleur terrestre, en s'opposant au rayonne- 'ïïent vers les espaces célestes.
11 y a donc au-dessus de l'Angleterre un véritable écran qui
abrite la terre, et si certaines plantes, telles que la vigne, ne peuvent y vivre faute d'une chaleur suffisante, tl*autres s'y trouvent qui ne pourraient supporter le froid de nos hivers. Dans le nord-est de TlrlanJe, d*après M. de Humboldt, le myrte végète avec la même force qu'en Portugal ; il y gèle à peine en hiver ; mais les chaleurs de Tété ne peuvent mûrir le raisin. Sur les côtes du Devonshire, les camélias passent l'hiver sans abri, en pleine terre, et on y voit des orangers en espalier donner des fruits *.
Les circonstances sont bien différentes à Irkoulzk. Trèséloigné de la mer, Tair est très-peu humide et ne préserve plus le sol. Les vents n'amènent dans cette contrée que des masses d*air sec, glacées par les régions polaires ou échauffées par les déserts de l'Asie centrale. En hiver, le lacBaïkal, voisin d'Irkoutzk, est gelé pendant longtemps, et on peut le franchir en traîneau de janvier en avril. M. le comte Henry Russell nous donne de très-curieux détails sur cette contrée, qu'il a traversée au mois de janvier. I^e lac, long de cent lieues et large de quinze, ressemblait à une mer pétrifiée sur toute son étendue. « On voyait le long des côtes, sur les \mo\^ des rochers et dans les ravins, des espèces d'éclaboussurcî?' solides qui prenaient parfois les proportions de cascades c'était Técume du lac qui, se brisant sur ces côtes pendant une temj)ôtc, avait été sans doute saisie et figée sur plac^ avant qu'elle eut eu le temps de retomber. » En se lançaim en traîneau sur cette plaine glacée, il semblait h notre vovî ^ geur qu'il partait en chaise de poste de la plage de Dieppe pour l'Amérique. Sous la couche de glace épaisse de deux o trois mètres on entendait des bruits étranges, et quelquefoS on sentait une secousse, comme si la glace et l'eau n'oussci^
* Eléments de physique terrestre et de météorologie par MM. Bf querol.
pas été en contact ; « les eaux captives se soulevaient du fond le leurs abîmes pour briser avec fureur les voûtes qui pesaient sur elles. » En été, au contraire, la température d'Ir- Loutzk se maintient souvent à SO** pendant plusieurs semailes, et les bateaux à vapeur sillonnent le lac Baïkal. Les vents lu sud causeraient des chaleurs bien plus fortes s'ils n'étaient rrêtés par les monts Altaï : les montagnes abritent la contrée outre le vent du désert.
L'élévation d'un lieu est une cause de refroidissement, j air, devenant moins dense à mesure qu'on s'élève, absorbe noins de chaleur et sa température doit décroître. C'est en îflel ce qui résulte des observations faites, soit dans les montagnes, soit dans les ascensions aérostatiques. Ainsi, au grand Saint-Bernard, la température moyenne est d'un degré. La loi de celte variation dépend d'une foule de circonstances, et nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail ni sur cette ({uestion, ni sur celle de la hauteur des neiges perpétuelles îui s'y rattache.
L'étude que nous venons de faire des causes générales qui léterminent la température moyenne et le climat des dilférenes parties du globe, suffit pour montrer sur quels principe? 'epose leur explication. Nous terminerons ce livre en consilérant les modificaiions que le temps a apportées à la distrimtion de la chaleur terrestre, depuis les temps historiques, et ■olles qui pourront survenir dans les âges futurs.
3. DES CHANGEMENTS Out LA DISTRIBUTION DE LA CHALEUR A SUBIS AVANT L'ÉPOQUE ACTUELLE.