DES RÉVOLUTIONS GÉOLOGIQUES
Bn Palestine, au temps de Moïse, la datte et le raisin mù- 'ssaient. J^ons pouvons calculer en çatl^iwl vL^ li\x\\^ \^.Wvt
approximative de la température moyenne de cette contrée à celte époque. En effet, aujourd'hui la datte ne mûrit pas àCatane, où la température moyenne est de i8°. Il faut une température de 21", comme à Alger, pour qu elle mûrisse. La température moyenne ne pouvait donc pas être en Palestine inférieure à 21®. D'autre part, on cesse de cultiver la vigne dans les pays chauds, oîi la température moyenne dépasse 22°. En Perse, 25** représentent la limite la plus élevée, et on est obligé d'abriter les ceps contre les ardeurs du soleil. La température moyenne de la Palestine ne devait donc pas être supérieure à 22<» dans les temps bibliques. En admettant 21® et demi, on ne saurait être loin de la vérité. Or de nos jours, à Jérusalem, les observations donnent un plus de 21°- Donc, depuis plus de trois mille ans, le climat de la Palestine n'a pas été modifié d'une manière appréciable.
En France, le climat paraît avoir subi quelque changement. Autrefois on cultivait la vigne dans le Vivarais jusqu'à 600 mètres de hauteur ; maintenant le raisin n'y mûrit plus. Tout le monde sait combien le vin de Suresnes a dégénéré depuis l'époque oîi on le servait sur la table de l'empereur Julien, et nous avons encore un exemple du même genre dans k^ vins de Beauvais et d'Étampes, qui étaient estimés au temps de Philippe Auguste.
En Angleterre, la vigne était aussi cultivée dans certaines localités, et maintenant il faut l'abriter contre les vents froids.
Cesont la culture des terrains jadis en friche, le déboisement,
le dessèchement des étangs et des marais qui ont amené de telles modifications. Les plaines couvertes d'une végétation abondante, les forets condensent la vapeur d'eau atmosphérique, et nous savons que cette condensation est accompagnée d'un dé- ^'agement de chaleur. Dans un pays boisé, les sources sont abonfhntos ; leurs eaux se YvvsscmXAexvV. ^'^\^?^\^%VvwvQs, dans le*
taiigs ; elles entretiennent dans Tatmosphère une humidité déniaisante : en outre, les forêts servent d*abri contre les ents et diminuent leur violence. Quand la main de l'homme
supprimé tout cela, le chmat perd sa douceur ; la tempéature moyenne tend à devenir plus basse, en même temps lie les hivers sont plus froids et les étés plus chauds. Or, Bs plantes telles que la vigne ont surtout besoin d'un climat rès-doux ; pour qu'elles mûrissent, il faut que la chaleur de 'été se prolonge en automne, et que le changement de saison le se fasse pas sentir brusquement : la vapeur d*eau atmophérique est un régulateur indispensable.
Nous devons tirer de ces observations une conséquence rès-importante, relativement à l'influence de Faction solaire ît de la chaleur propre du noyau terrestre. Leur variation îst tout à fait inappréciable depuis la création de Thomme. Et pourtant la chaleur terrestre ne doit-elle pas se dissiper peu à peu par le rayonnement ? Suivant de Saussure etFourier, la chaleur que la terre perd en un siècle est capable de fondre une couche de glace de trois mètres d'épaisseur enveloppant la terre. Elle est mille fois moindre que la chaleur envoyée par le soleil à la terre dans le même temps. D'après cela, l'abaissement de température de la terre serait d'un degré en 57,600 siècles. Il est tout à fait impossible de caliiuler à quelle époque notre globe était une masse liquide incandescente, qui commençait à se solidifier à la surface.
L'histoire des changements qui ont eu lieu sur la terre fans ces temps incommensurables est écrite dans les nombreuses couches de terrains, qui sont superposées dans un. >rdre déterminé comme les feuillets d'un livre. La géologie est a science qui nous apprend à lire dans ce livre gigantesque, i reconnaître les animaux et les végétaux qui ont habité suc- ^ssivement les continents et les mers, les révolutions qui >nt fait surgir les montagnes, et qui oui î^ dvs^ç^^'à ^^woçifc^
TM U CHALEUR.
changé l'aspect de notre planète. Elle nous montre que, si le refroidissement du noyau centnil n'influe pas sensiblement sur la température moyenne de Fatmosphère, il produit une contraction lente, qui, à de longs intervalles de temps, amène des bouleTersements dans Fécorcc solide.
En admettant le chiffre que nous avons donné pour le refroidissement de la terre, et en supposant que Fécorce solide se contracte comme le verre, on trouve que le rayon terrestre, qui a plus de 6000 kilomètres, diminue d'un centième de millimètre par an. La diminution de volume qui résulterait d'une contraction cinq fois moindre encore serait de i kilomètre cube.
Or imaginez une sphère creuse remplie de liquides et de gaz, et présentant quelques fissures. Si cette sphère se contracte, la pression intérieure augmentera, et le fluide qu'elle renferme sortira par les fissures.
Telle est Fimage grossière de ce qui se passe de nos jours. Trois cents volcans sont répartis sur la terre , immenses fissures par lesquelles sort la lave incandescente, et s'élancent des mélanfçes de gaz, de cendres, de roches vitrifiées par le feu. Et toute la niasse éiuplive d'une année est mesurée justement par un cube de i kilomètre. Le résultat confirme donc ceux auxquels nous étio»' arrivés par d'autres considérations.
Mais là ne s'arréle pîis l'effet de la cOiitraction terrestre. \a noyau liquide, en se coutractant, laisse un vide entre sa surl'ace et celle de Fécorce solide. 11 peut donc être dans une tluctuation conlinucUc, céder, comme l'Océan, à Fattraclion de. la lune, avoir ses marées, ses vagues, ses tempêtes. Toutes les réactions chimiques imaginables peuvent s'opéier à la surface de cette mer de feu, et de là les détonations souterraines, les oscillations de la croûte solide, et les tremblements â(i ione, plus fréc\uouls dav\% k?» \6^\awç. écyiiatoriales, où
X vitesse de rotation diurne est la plus grande, et où Tacion lunaire se fait le plus fortement sentir. Enfin, Finé- ;alité d'épaisseur de Técorce en ses différents points ôcasionne un retrait inégal, et d'immenses fractures ont lieu e long des lignes de moindre résistance. Alors se fait un iffroyable bouleversement à la surface de la terre. Partout ►ù il y a une fracture, une partie de l'écorce s'enfonce, andis qu'une partie voisine s'élève ; une chaîne de monagnes surgit, et les volcans vomissent leurs matières enlammées tantôt au pied, tantôt au sommet des montagnes, à où les terrains ont été déchirés. D'après cette manière le voir, le retrait cause la fracture, les vides intérieurs fusent le mouvement de bascule, parce que la portion fracurée de l'écorce n'est plus soutenue, et l'éruption volcanique n'est que le résultat de celte dislocation, parce que la matière en fusion n'entre dans les fissures qu'après leur formation, sans y avoir contribué.
One pareille révolution change la distribution de l'Océan ; de nouveaux continents sortent du sein des mers, et d'autres 5K)nt recouverts par les eaux. Alors commence une nouvelle période de tranquillité, jusqu'à ce que le retrait contiimant, les mêmes phénomènes se reproduisent.
Les travaux de M. Élie de Beaumont et d'un grand nombre de géologues nous ont montré les traces de treize grandes révolutions, et l'ordre de leur succession; mais nous ne pouvons connaître les intervalles de temps qui les ont séparées ; nous savons seulement que ces intervalles sont iminenses. Ainsi les observations géologiques et les observations physiques concordent parfaitement pour nous prouver la lenteur du refroidissement de la terre. A ces preuves nous pouvons en ajouter une autre tirée des observations astrono- 'ïïiques.
La contraction de la terre doit avoir pour effet, si le soleil
n'éprouve aucun changement, d accélérer le mouvement de rotation diurne, et par conséquent d'augmenter la durée du jour. Or, d'après Laplace, cette durée n*a pas diminué de tVo' ^^ seconde depuis deux mille ans : cet effet est donc inappréciable.
La distribution de la chaleur solaire à la surface de la terre est au contraire soumise à des vicissitudes très-grandes. Il est probable que le soleil se refroidit aussi lentement que la terre, et que la quantité de chaleur qu'il envoie à notre planète est à peu près invariable ; mais à chaque révolution géologique cette chaleur rencontre d*autres continents cl d'autres mers, et les climats sont complètement changés. Parmi les changements de ce genre qui sont le plus rapprochés de la création de Thomme, nous avons un affaissement de toute la Suisse, dont les traces sont restées sur les flancs des Alpes et du Jura.
Le voyageur qui descend la vallée du Rhône peut contempler les rehques d'anciens glaciers jusqu'au lac de Genève. Ici les roches qui bordent la vallée sont creusées et présentent de profonds sillons ; là elles sont poUes et arrondies ; ailleui'^ elles sont rayées et cannelées. Partout leur aspect est celui des roches que nous voyons sur le bord des glaciers actuels, et que la glace travaille en ({uelque sorte sous nos yeux. Bien plus, au delà du lac de Genève, sur les pentes calcaires du Jura, se dressent des blocs du môme granit qui forme les sommets des Alpes, comme si ces blocs avaient clé détacliés de ces sommets et transportés au loin. Or, de nos jours, on observe sur les glaciers de semblables transports. En glissant lentement dans son lit escarpé, un glacier brise les rochers qui lui font obstacle et entraîne avec lui leurs débris. Ils sont accunuilés à l'entrée du glacier, là où la glace les a déposés en fondant, et forment les moraines. Tout semble indiquer que la vallée du Rhône (Hait autrefois un immense glacier
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doiil les moraines se formaient sm* les flancs du Jura. Des traces analogues sont rencontrées dans toute la Suisse , en Angleterre, au Liban, dans l'Amérique septentrionale. Il faut donc admettre qu'à une certaine époque ces contrées présentaient de gigantesques glaciers, et de là vient le nom d'époque glacière.
Faut -il, pour expliquer cette époque, imaginer un refroidissement passager, une diminution de Faction solaire, ou le passage de la terre à travers des régions du ciel excessivement fipoides? M. Tyndall a fait une remarque qui éclaircit heureusement la question. Les glaciers sont les condenseurs de l'Océan : pour qu'il y ait beaucoup de glace accumulée sur les montagnes, il faut qu'il y ait beaucoup de vapeurs formées 9 la surface des mers , et que par conséquent le soleil fournisse beaucoup de chaleur. Vouloir que les glaciers augmentent par suite de la suppression de cette chaleur, c'est vouloir augmenter dans un appareil distillatoire la quantité de liquide distillé, en diminuant le feu sous la chaudière. La chaleur solaire ne pouvait donc agir à l'époque glacière moins énergiquement qu'aujourd'hui. La seule chose qu'on puisse imaginer, c'est, comme dit M. Tyndall, une condensation perfectionnée. Et pour cela il suffisait que les montagnes lussent plus élevées que de nos jours; car nous savons qu'un point de la terre est d'autant plus froid que sa hauteur est plus grande. La Suisse et les contrées où Ton trouve les traces d'anciens glaciers ont donc subi un affaissement explicable |»ar le retrait de Técorce solide du globe, et devenues moins froides, elles ont cessé de retenir à l'état do glace les vapeurs atmosphériques. Aux neiges abondantes ont succédé des pluies, et le climat a été totalement changé.
Les vicissitudes du climat ont évidemment accompagné celles de la situation géographique des continents et des mers, '•là chaque révolution certaines espèces animales et végétales
ont disparu, ne pouvant plus trouver les conditions nécessaires à leur existence, tandis que de nouvelles mieux appropriées aux circonstances ont apparu. Nous trouvons dans les couches déposées sous les eaux à chaque ère géologique nouvelle, les débris de ces espèces aujourd'hui perdues, et nous pouvons les comparer aux espèces actuelles et connaître par cette comparaison les mœurs et le régime de ces êtres mystérieux. Par suite , nous pouvons deviner la distribution des cUmats , et bien que nos investigations ne nous conduisent qu'à de simples conjectures, celles-ci peuvent acquérir, avec le progrès de la science , un degré de plus en plus grand de probabilité. C'est ainsi qu'en reconstruisant la terre et ses habitants après chaque bouleversement, le géologue peut démontrer que la température a commencé par être uniforme sur toute la surface du globe, et que les climats se sont modifiés graduellement en devenant plus variés.
N'explique-t-on pas ce résultat avec la plus grande simplicité, .en admettant que la terre était primitivement liquide, et que le refroidissement a amené la solidification graduelle de sa surface? Tant que la croûte solide a eu très-peu d'épaisseur, la chaleur du noyau liquide était transmise à l'atmosphère par conductibilité, et l'influence des saisons était insensible : plus tard, quand l'épaisseur a été plus grande, cette influence s'est fait sentir. Chaque changement dans la quantité d'eau formant la mer, dans la constitution de l'atmosphère , dans l'élévation d'un continent , a dû amener un changement dans le climat. Depuis que Thomnie a été créé, il n'y a pas eu de révolution géologique comparable à celles qui ont précédé. 11 semble que l'état calorifique de la terre soit devenu stationnaire, comme si la croûte solide avait acquis assez d'épaisseur pour ne plus se rider et se fracturer comme par le passé, et pour intercepter complètement lu chaleur centrale.