‹ La chaleur animale (volume 2)Chapitre 29 sur 33 · CALORIES · texte numérisé non relu

CALORIES

par unité

de surface

Disposant ces nombres d'après la nature du tégument, nous trouvons les chiffres suivants pour le nombre de calories produites par l'unité de surface :

LA CALORIMÉTRrE ET LA PRODUCTION DE CHALEUR

Peau nue.

Enfants.

Calories par unité de surface.

Animaftx à fourrure maigre.

Chiens 14,4

Animaux à fourrure épaisse.

Lapins de 3,100 grammes ....

^^Km

Chat 1,700

Cobayes 700

Oiseatix {tégument couvert de plumes).

Oies de 3,250 j

grammes. . . .

Canards 1,500

Pigeons 300

Moineaux 20

^amm

fi

Il semble donc que la taille soit la principale condition qui détermine le plus ou moins de production de chaleur. Les petits animaux dégagent à yolume égal beaucoup plus de calories que 4e gros animaux : à surface égale, la production est à peu prèî> U même, quand le tégument est identique.

Supposons un cheval, par exemple, pesant 525 kilogrammes, la surface de son corps sera, pour un rayon de 50, je suppose, -de 31,500. Il s'ensuivra que cette surface sera la même que la surface de 2,250 moineaux pesant 20 grammes ; par conséquent 43 kilogrammes de moineaux auront la même surface quo 225 kilogrammes de cheval ; il s'ensuit donc qu'un moineau, perdant par sa surface dix fois plus de chaleur qu*un cheval, doit avoir pour un même poids des actions chimiques (production de CO* et consommation de 0) quarante fois plus intenses. C'est ce qui a lieu en réalité, et toutes les expériences de Regnault et Reiset, de Petteukoffer et Voit, et d'autres divers auteurs» prouvent que. les petits animaux ont dçs actions chimiques infiniment plus, intenses que les gros.

Ch. Righet. ir>

^fiB, LA CHALEtin ANIUALE

Mais de nos cbifTres semble se dégager une autre influence encore, c'est celle de la nature du tégument.

des olscaax de lallle ditTÉrenle,

Sur rordonnéa Inférleare soot Indiquées les mïnuiM. Sur l'ordauiéo Intdmlc, les i^enUmèlres cubes Indiquent la quaatlM d'eau ikouJée. par ronsêquent la cbslnur iiganée. 1 cenlimèlre cube = 83 edories. Les poïnls qui ïnlerrompeat la courbe Indiquent les momenls où la mensuralioa a él£ falle.

I.es pigeons pesaient 3iS grammes en moyenne, et les moineaux iO ftrammes en mojenn«.

La courbe se rapport» à 1 kilaRrainme d'animal pour l'aie el le canard ; à 500 gramme» pour les plficons, et i î50 grammes pour les nioiucaui.

On TOll que la production de chaleur est absolument fonction de la taille, les oiscauï produisant, par kjlogranune, d'autant plus Ae chaleur qu'Us sont plus pellls.

I^ft enfmts, dont la peau est nue, produisent, par Funité de surface, plus de chaleur que les animaux pourvus d'une fourrure. La production de chaleur a été pour eux de 16,2 par Funité de Borface, alors qu'elle a été de 10, il, 12, li pour les autres

éUBt la peau, sans être nue, est cependant mal ]Mriat d0 vue de la fourrure, dégagent aussi plua de par l'imité de surface que les chats et les lapins, mais |W lap enfanta (14,5 au lieu de 16,S pour les enfants et IMirlMlipiiia).

■mÊfltlt m aiities animaux, on peut les ranger par ordre de lliPj^'fVW wtte particularité que les oiseaux, toutes conditions âjÉ||ii tMlfeon, semblent produire un peu plus de chaleur fjjljlll wawwiifftreg ; lapins, chats, cobayes (flg. li et 13).

poilA d0 vue de la soologio générale, ces faits ont une très

iH^Wtanee : d*abord on constate que la taille exerce

llJrfhimQe prépondérante sur la fonction physiologique des

. piM^ IMi bien curieux, et je dirai même presque imprévu, 4|i^9ilr h ^ntd point Fétondue de la surface extérieure du corps 4JMp !• qwntité des consommations chimiques des tissus 1 11 flUlIllA fpCmk muscle de cheval et un muscle d'oiseau aient la 4llpÉvftdité. Point. Le muselé d*oiseau, appartenant à un ani-

fi#t jMrtite taille, dégage dix fois plus de chaleur que le mus- 4i chevah V irii îtaB|iêrmture du corps semble aussi en rapport avec le ^IJlIlilBBient de chaleur et la nature du tégument. Les animaux %J|jiMÎ 9W -*- comme Fhomme par exemple, ou le singe — ne jllifMHIt pas avoir une température très élevée, car la perte de aérait trop forte ; la différence de la température orga- Imd donc à compenser Finfluence du tégument. Plus la tiMyêratiire élevée de Fanimal entraîne une radiation intense, j^lÏMl «0tt0 radiation est empêchée par un tégument protec-

■VPT*

. Ainsi des oiseaux, dont la température est de 42*, ne rayonnent pas plus que des lapins dont la température est de 40*". Si Fhomme, qui est à peau nue, avait 42% il rayonnerait beaucoup plus qu'un oiseau ; le rayonnement et les actions chimiques devraient être alors d'une énergie extrême.

Il y a donc dans la nature une sorte d'équilibre qui tend à s'établir entre la température propre do Fanimal et la force protectrice de son tégument. Plus la température est élevée, plus le

^g r-:... '^L : ' !.j^ cnALEi'R animale

tégument est protecteur, sans que l'on puisse dire si Vélévation

de la température propre est un effet ou une cause.

^ Comme ladé perdition vii en croissant à mesure que le corps

Wf

ss

HCmîs indloHtiinî qw pour les llçiires précédeDt es.

Lapin rssË, moyenne de trois cupi'rlcnRes-

Mplu nonnil, mu]renne de six expériences.

Pl|l(ioi)s de 3J0 grammes, mejeane de quatre «xpërlences.

Cnbayea de £35 firBoim^s, moïDDnc di: i^uitre expériences.

Cobayes de lia grammes moyenne de trois expériences.

Pomiespi/^eunauiles cobayes, la quantité deehiUeuresl rapporit^c

LA GÀLORIMÉTRIE ET LA PRODUCTION DE CHALEUR ââ9

d^ Fanimal devient plus petit, il s'eiisuit que les animaux à ssrng lOha^d ne. peuvent pas atteindre les dimensions extrêmement •petites de certains invertébrés. Parmi les mammifères, les souris sont Içsplus petits de tous et leur fourrure est une excellente prote'elîon. Encore leur poids est-il toujours de 15 à 20 grammes 4I.U minimum, et je ne sais si elles peuvent vivre dans les climats très, froids*. Les oiseaux sont parfois plus petits encpr^; Les oiseaux-mouches pèsent cependant 5 à 10 grammes au moins ; mais ils sont abondamment pourvus de plumes et ne vivent que dans de& climats tropicaux . -|

-lit ùY a guère que les petits animaux tout jeunes, dépourvus! dei fourrure au moment de leur naissance, qui réalisent un maemble de conditions défavorables au point de vue de la conforralion de la chaleur. Aussi périraient-ils promptement de Hq^, s*ils n'étaient, pour ainsi dire, couvés par la mère. C'est le: ftfjÇfxmeoX maternel qui supplée à Tinsuffisance de leur propre

Q^énd les conditions de déperdition calorique sont intenses^ aï^a ranimai doit être de forte taille. Ainsi les mammifères liiques sont toujours de dimensions considérables. Les ba-r i, les phoques, les morses, les lamantins, sont tous de ttèagrandes dimensions. Des animaux plus petits n'auraient pa^ . pu yivre ; car, dans l'eau, la perte de chaleur est énorme ; et ce n^ÈÉt que grâce à l'immensité de leur volume que les cétacés peuvent conserver dans les eaux glaciales une températm*e tîDisiiie de 37*".

j$e tous les animaux à sang chaud l'homme est celui dont la peau est le moins bien protégée. Alors le rayonnement est ibiense. Aussi a-t-il besoin, pour ne pas périr de froid, des téguments, artificiels que son industrie lui a permis de créer. Lliomme est fait pour vivre dans les climats tropicaux, et encore, même là, a-t-il besoin de se protéger, au moins pendant la nuit, - par quelques vêtements élémentaires.

La température exerce une influence importante sur la quantité de chaleur dégagée.

A première vue on auiait pu supposer que, conformément à la loi de Newton,, un animal dégage d'autant plus de chaleur que sa température, dépasse davantage le milieu ambiant.

230 u cHALEvn ANnuLe

M. d'Arsonval, dans une noie communîqHéc à la Société de biologie, avait fait remarquer que les animaux ne suivent pas régulièrement la loi de Newton, et qu'ils semblent dégager moins de chaleur àO° qu'à 10° de température eTtérîeure.

J'ai pu confirmer cetle obserralion importante, et môme, par de nombreuses expériences faites sur les lapins, établir la courbe qui (au moins chez le lapin) donnera l'influence de la température extérieure sur le rayonnement.

Par unité de surface, les ni:

luciLon de rholeur InRuence du lËgumcnl.

IX donnent un peu plus dr rtasleurquc li^s lapins et robayGs. moins que lee diiens et bien moins que les cnFants. Les variations de clûileur par unité de surface sont bien moindres que lesTsrislinns par unitf de pnids. Pour les enrauls. It aurait fallu reporter bien plus loin le «raphique; mais on ïoit qoe. même eof' '" ' des lapins de 3 knagnmmes, deseofimU de 10 kUognuumea donnent par tioltâ di bien plus de chaleur.

i de nirlace J

LA CALORIMÉTRie ET LA PRODUCTION DE CHALEUR 331

11 est Traisemblable — et les expériences sur les enfants tendent à le prouver — que cet optimum de température n'est pas le même chez les animaux divers.

Voici le résultat de mes expériences sur les lapins. Les chiffres représentent des moyennes.

(Tés.

Calories.

Degrés,

Calories.

fiS. .

^: . De ces moyennes — qui ne sont évidemment pas parfaites; ,ètt rinfluence du poids des lapins joue un rôle considérable, et MOB n'en avons pas tenu compte dans cette série — on peut :i|»^endant dégager une loi bien précise, que le graphique de la jlgliTe 15 démontre avec netteté : c'est que la production de chaleur varie énormément avec la température extérieure, et d'une manière toute différente de la loi de Newton. .> Si les animaux (à température constante) se comportaient éottune les objets inertes, ils rayonneraient d'autant plus que :it température extérieure est plus basse. Mais il n'en est pas ..«ibsi : quand il fait froid, ils diminuent leur rayonnement en IPjitrécissant leurs vaso-moteurs, de sorte que, quand la tempéipture monte de — 2* à -H 14", le rayonnement va aussi en augflumtant. Il y a donc une température qui correspond à une ndiation maxima de calorique ; elle est comprise entre 12% 13** et IV ; et, à partir de ce point, elle va graduellement en diminuant, conformément à la loi de Newton, à mesure que la température extérieure s'élève. Ces variations dans leur ensemble sont bien considérables, puisqu'elles vont presque de 1 à 5.

Ainsi, pour des températures extérieures de 12°, 13° et 14°, des lapins de 2**,500 dégagent environ 4,100 calories, alors qu'à des températures supérieures à 25°, ils ne dégagent que 1,660 calories.

Il y a là évidemment matière à d'intéressantes applications au

. pojol de v^e de la physiologie générale et de la nutrition. L'-ali- J mentation doit âtre absolument coqform^e à la températum ' extérieure. Comme la chaleur est duc à la combustion des

-piments, il- faut que l'ingestion des aliments se conforme à la dépense normale de calorique, et, par conséquent, il faut qu'il y ait une alimentation d'autant plus abondante que la déperdition de calorique est plus grande,

L'expérimentation physiologique donne donc cette indication hygiéidque simple et formelle : qu'il faut manger bien moins en été qu'en hiver. C'est un non-sens que de ne pas changer son régime alimentaire avec les conditions extérieures. Si les Européens sont si souvent malades dans les pays chauds, c'est qu'ils ne savent pas vivre comme les indigènes ; ils devraient se résigner à manger beaucoup moins que dans les pays froids.

^^Wk^

mam

Wm

iji

ni

Bl

FiB. 34.

' Courbe indiquant la quantin; de chaleur produile en une heure par un b suiTant la tsmpéralure eitérieure.

Por Tordonnée inrdricuro sont marquées les tempÉralures de — S' à + Sur l'ordannËe (al4rale sonl Indiquées les quanlil^s de rhaleur produ

répond S ii-.

Quant À ce paradoxe, qu'à une température de O^i^a animal dégage linpins de chateur qu'à une température de 12'*, je ne puis ,eocore me Texpliquer d'une manière bien satisfante : car Thypothèse .dçs .yaso-moteurs, la seule, je crois, qu'on puisse donner,, ne me suffit guère.

Il semble même que la température extérieure exerce son influence pendant un certain temps, comme si l'état d'activité du système nerveux, se réglant d'après la température, mettait un certain tenips à se placer en équilibre.

Cela e]^plîque peut-être comme quoi, pour résister au froid (c'est-à-dire perdre peu de chaleur), il vaut mieux sortir d'un appartement très chaud, à 20° par exemple, que d'une pièce à moitié froide, à 10°, je suppose. En effet, à 10°, il y a un maximum de production calorique, et, par conséquent, de déperdition. L'état du système nerveux se trouve ainsi fixé à un certain taux de chaleur pour quelque temps. Or, quand on se trouve exposé à un ^aiid froid, si te système nerveux est réglé pour rayonner à 10°, il lui jfaut du temps pour s'établir avec un rayonnement faible comme celui de 0° ; tandis que, s'il est réglé pour 20°, comme le rayonnement est à peu près le même qu'à 0°, il y a moins d'effort à faire, et on se refroidit moins.

D*autrçs aniniaux que les lapins ont aussi une production de caloricpie variant avec la température extérieure (1). Voici, à cet effet, les chiffres relatifs aux cobayes :

Pour des cobayes pesant entre 125 et loO grammes, nous avonsles quatre chiffres suivants :

Calories.

iio 12,780

Pour des cobayes pesant de 500 à 1000 grammes, nous avons :

Calories.

(1) Tout récemment, M. Desplats a publié {Journal de V.anatomie et de la phy- Mogie, 1886, p. 213-224) des expériences de caiorimétrie qui lui ont donné des ré9i9lta^t8 tout, à fait analogues aux miens. Il a trouvé pour les moineaux une production de 34,200 à 36,090 calories ; ce qui concorde d'une manière extrêmement

LA CHALEUR AIftMALE

Chez les enfants, cette même loi se Térifie de la manière la plus formelle. En les plaçant dans un vaste calorimètre, que j*ai fait construire à cet effet, j'ai obtenu les chiffres suivants, pour <les poids d*enfants compris entre 6 et 9 kilogrammes (i) :

Temoératare extérieure.

480 Moyenne de 2 190 — 3

Calorie».

4,53fi 4^484 4,218 3,702 4,090 3,135 2,689 2,622

On Toit l'influence considérable de la température exténeure sur la production de chaleur. De 18*» à 25°, le rayonnement calorique augmente de près du double.

Ainsi, pour les enfants comme pour les lapins et les cobayes, la production de chaleur est fonction de la température extérieure. Il est même probable, d'après les chiffres donnés ci-dessus et que des expériences ultérieures auront à confirmer, que Vop* timum de la température pour les enfants n'est pas à ii"" comme chez les lapins, mais vers 16* ou 18°. Toutefois, à cet égard, je fais les plus grandes réserves ; car je n'ai que peu d'éxpérIènÈes sur les chiffres calorimétriques correspondant à des températures basses. Peut-être aussi la présence des vêtements a-t-etle quelque influence sur cet optimum calorique.

On voit, en somme, qu'il y a là toute une série de faits qu'il serait intéressant de poursuivre, pour éclairer non seulement la physiologie générale, mais encore bien des questions touchant à l'hygiène et à la médecine (2).

satisfaisante avec mon chiffre de 36,000 calories. Pour des cobayes de 90 ^ihmes -en moyenne, il a eu 14,0(0 calories environ, et, pour des rats, de 120 grammes environ, 11,000 calories. Cela correspond aussi très bien aux chiffres de mes expé* riences donnés plus haut.

(1) Ce sont les premières observations de calorimétrie directe faites sur des enfants. M. Langlois les a développées et confirmées dans un travail remarquable.

(2) J'ai tenté dernièrement quelques expériences de calorimétrie, sur une marmotte, en dehors de son état d'hibernation. Mes expériences sur cet animal sont peu nombreuses et imparfaites ; car elle est devenue malade assez vite, et est morte avant que j'aie pu tenHiner ; mais il m'a semblé qu'elle ne présentait pas, comme les cobayes et les lapins, un optithum de température et qu'au contraire elle suivldt rigoureusement la loi de Newton. Toutefois je ne donne ce résultat que soui toutes ré&éltes, et Édmme provisoire.

LA GALORIMÉTRIE ET LA PRODUCnÔN DE GOALEUR S3$

Diverses conditions modifient aussi, quoique avec moins d'énergie, la quantité de chaleur que dégage un animal.

J'ai parlé précédemment des lapins rasés et j'ai montré que leur température était alors diminuée d'un demi-degré environ : ils mangent beaucoup plus que les autres, et néanmoins ils n'augmentent presque pas de poids.

Gomme on pouvait s'y attendre, leur radiation calorique est bien plus intense que celle des lapins intacts.

Quatre lapins normaux m'ayant donné 3,115 calories en moyenne, deux lapins rasés m'ont donné, en moyenne, dans des conditions identiques de température extérieure et de poids de Tanimalf 3,555 calories. Dans d'autres expériences, trois lapins rasés m'ont donné une moyenne de 4,620 calories, alors que des lapins de même poids, normaux, ne donnaient que 3,320 calories*

Si, au lieu de raser des lapins, on les enduit d'huile de lin ou de vernis, on observe encore une déperdition calorique plus abondante, et, comme l'ont constaté divers auteurs, on les voit se refiPDidir ïissez vite pour que la mort soit vraisemblablement attribuable au froid.

^expérience suivante en donnera un exemple :

Uû kpin, ayant une température de 39'»,6, est recouvert, à neuf heures, d'huile de lin. A deux heures sa température est à 36** t8* Malgré cet abaissement notable, il donne alors 4,570 calories. Le lendemain matin sa température est de 22'',8 ; il est mourant, et la rigidité cadavérique survient presque immédiatement.

Les lapins huilés diminuent rapidement de poids. Ainsi, pour en citer un exemple tout à fait remarquable, un lapin huUé le 8 décembre et pesant 3^«,270, pesait le 9 décembre 2*«,640 ; ce qui fait une diminution de poids de 630 grammes, c'est-à-dire de 49 pour 100 en vingt-quatre heures. Malgré cela, la quantité de chaleur produite a été considérable, soit de 5,560. calories, chiffre tout à fait anormal pour un lapin pesant plus de 3 kilogrammes. Dans une autre expérience, la perte en calories a été de 4,900 calories pour un lapin incomplètement enduit d'huile ; et, •dans une autre, de 4,650 calories.

Si Ton veut conserver des lapins couverts d'huile, il ne faut

23Ç LA CHALEl^R ANIMALE

pas enduire tout le poil ; car alors ils meurent rapidement. Il suffit de frotter d'huile quelques parties de leur corps. Quoique incomplètement enduits, ils perdent de leur poids, ou du moins ils n'augmentent pas, comme l'indiquent les chiffres suivants se rapportant à un lapin qui avait été à moitié frotté avec de l'huile :

Kilogr.

4 décembre .... 2,820

13 janvier. ..... 2,830

18 mars. ....:-. 2,81^

Sur un autre jeune lapin, pesant, le 13 février, i*'«,465, on fait incomplètement une imbrocatiôh d'huile qu'on renouvelle le 23 février. Le 14rmars, il pèse l''»,97Q, tandis qu'un lapin deja môme portée qui, le 13 février, pesait l'^,455, pesait le 14 mars, 2'^,270.

Ici encore, nous trouvons une relation entre la prodùctiou de chaleur et de poids. Les animaux qui perdent beaucoup de calorique, par suite d'une disposition spéciale de leur tégumept, ne peuvent pas augmenter de poids. Ils consomment vraîsenjblablementplus d'aliments, plus d'oxygène : leur d^iitrition est beaucoup plus active, alors que leur assimilation est inférieure à ce qu'elle est chez des animaux normaux.

J'ai étudié aussi l'influence des aspersions d'eau froide ^ur le tégument, et j'ai pu constater qu'un lapin mouillé ^ttrempé dans Teau froide, non seulement dégage plus de chaleur quand il est mouillé, mais encore, quand il a été séché, continue à en dégager des quantités plus considérables. Les choses se passent comme si, pour résister à la déperdition plu& grande de calorique, son système nerveux avait ordonné une production plus grande de chaleur qui se prolongé au delà du temps que dure la déperdition exagérée de calorique (1). ^ , ^

Un lapin ayant donné 3,690 calories a été mouillé, puis séché soigneusement; puis sa calorimétrie a été déterminée, et elle a été alors de 4,390. Un autre lapin, mouillé, puis séché^ a douné 4,480 calories.

La couleur du tégument a aussi une petite influence. .

; ^l) M. d'Arsonval a donné cette même expérience (Bulletin de lœ Société de biologie, 27 décembre 1884, p. 766). It rayait faite il y a longtemps, mais j'ignorais ses résultats, quand j'ai indiqué le même fait, dans la séance du 13 décembre f 881. C'est '. iine eiq[)ériencè importante et qui mérite assurément d'être répétée . r

LA CALORIMÉTRIE ET tA l^AODUCTÏON DE CHALEUR 237

iSuppôsons la chaleur produite par un kilog. de lapin blancs prise comme terme de comparaison et égale à 10(y*; et iûe-4 sùrons Simultanément son dégagement de chaleur avec le dégagement de chaleur de lapins gris ou noirs, nous trouvons :

Lapin gris 122

^ — noir 130

— gris 116

— noir 116

— noir 109

Ainsi, dans ces cinq expériences, les lapins blancs ont notablement moins dégagé de chaleur que les lapins gris ou les lapins noirs. Cela, du reste, pouvait être prévu a priori : car les objets blancs rayonnent moins que les objets noirs.

On a aussi remarqué que dans les pays froids le pelage des animaux est blanc, tandis qu'il est noir et coloré dans les pays chauds. Lé soleil, qui tend à développer le pigment, tend en même temps à faciliter le rayonnement calorique.

Quelques expériences ont aussi été faites sur Télectrisation.

J'ai molitré, dans des recherches antérieures (1), que les animaux électrisés, par exemple les chiens, augmentent énormément de température, et qu'on peut, dans ces conditions, la porter à 42*, 43* et même 45*. M. Rosenthal a objecté à ces expériences qu'il ne s'agissait probablement pas uniquement d'un accroissement de chaleur, mais aussi d'une moindre déperdition, par suite d'un spasme des vaso-constricteurs. Cette hypothèse est bien peu vraisemblable, car les animaux électrisés ont une respiration extrêmement fréquente, une haleine brûlante et la peau très chaude; ce qui ne concorde guère avec un amoindrissement dans le rayonnement calorique. Néanmoins il était indispensable de faire l'épreuve calorimétrique directe.

Voici le résultat de ces expériences :

Deux lapins normaux étaient placés simultanément chacun dans une des boules, et, comme ils étaient de poids égal et que la température extérieure était égale pour les deux, les conditions sont absolument comparables. Si l'on suppose la chaleur dégagée par le lapin normal égale à 100, la chaleur dégagée par le lapin électrisé a été de : 138 — 114 — 145 — 109 — 107 ;-131.

Par conséquent, moyenne de ces six expériences, la chaleur

i})-Bullettn de r Académie de médecine^ iBBi^n^H, , .

^hm lafm mtohiI éta»t 4e 400, la chaleur i'm I^N^ iktetnsé est de 124.

Eb dûffires arioriinétriqiief, la cbali^uf 4^§ii^ jmr i:m 9Sa lipinf siNTmaux a été de 3,400 ealories e« n^eyeimet, tiwlîg fue laehaleordes six lapins électrisés a été de 4,320 calories.

Ainsi réIeetriatiM dégage de la ebalrar, soit par combustion intra-musculaire, soit par stimulation du système neryeux. Il serait sans doute intéressant d'étu^r Tinfluence sur le dégagement de chaleur, nen plus des e^^citatMNis électriques faibles et répétées à de courts intervalles, mais des exrîlatUms électriques fortes et uniques.

J'ai essayé aussi de déterminer Tinfluence de €|uelques mbs*^ tances toxiqiies sur le dégagement de chaleur. U va saus dire q^e je donne ioi seulement quelques indications s(unm|iirei$, car les recherches à entreprendre dans ce sens sont presque innombrables, et elles seraient assurément très utiles au point de vue thérapeutique. U serait — et personne, je crois, n'en peut douter — de la plus haute importance de pouvoir préciser le rôle tUermogène ou antithermogène de telle ou telle subetance.

C'est surtout sur la cocaïne qu'ont porté mes expériences.

Huit expériences faites avec la cocaïne m'ont donaé, sur un même lapin pesant 3,200 grammes environ, une moyenne de 4,340 calories, alors que, chez les lapins de même poids, la radia* tien calorique, quand ils n'ont pas reçu d'injection sous-cutanée de cocaïne, est égale à 3,320 calories.

En même temps, ce lapin, qui pesait 3,320 grammes le premier jour, pesait le sixième jour 3,185 grammes, après avoir reçu pendant ces six jours, tous les jours, quelques centigrammes de chlorhydrate de cocaïne.

Je ferai aussi remarquer la diminution rapide du poids de l'animal. Quoique sur les lapins on voie souvent des oscillations de poids considérables, une diminution de 135 grammes en six jours est assez notable. On comprend bien la raison de cette diminution de poids. Si l'alcaloïde de la coca provoque une dénutrition active, il doit s'ensuivre, en même temps qu'une élévation de température, un certain amaigrissement, puisque c'est aux d^ensi des tissus que se. fait cette production de chaleur exagérée. La cocaïne est donc une substance qui donne la fièvre^ qi|i accélè|*e les fonctions chimiques des tissus par une stimulation du système nerveux. Elle agit comme la piqûre du cerveau, et, quoique le mécanisme so^ bien différent, i|u fond il s'agit —

toujours d*une stimulation du système nerveux, lequel accélère les fonctions chimiques.

Un chien qui, à Fétat Donnitf, wTsvmt donné 4,070 calories, m'a donné, apvêr injection de 8 centigrammes de cocaïne, 5,790 calories, chiffre tout à fait considérable, qui est en rapport avec l'élévation de sa température interne, laquelle était de 38'',9 avant Texpérience, et qui, une heure et demie après, était de Ai^'fi.

D'ailleurs, d'une manière générale et sans avoir de preuves absolument démonstratives pour établir une loi rigoureuse, il m'a toujours paru que la quantité de chaleur produite était en rapport avec la température organique. Autrement dit, quand une substance élève la température, elle élève en même temps la produetion de chaleur. Quand une substance abaisse la température, elle diminue la production de chaleur. La théorie des TOSO-moteurs et de leur influence sur la température et la production de chaleur est sans doute vraie dans ses lignes générales ; mais, dans la plupart des cas, ce qui détermine le plus ou moins de chaleur, ce n'est pas la grandeur de la déperdition, c'est la grandeur de la production thermique. La cocaïne, qui augmente la production, augmente la déperdition. On peut donc approximativement savoir, par la température interne, la quantité de chaleur produite, puisque, le plus souvent, quand la chaleur baisse, c'est que la quantité de chaleur produite diminue ; quand la température monte, la quantité de chaleur produite augmente en même temps que la radiation calorique.

J'ai essayé aussi l'action du chloroforme, non pas au point de Tue de ses effets après inhalation, mais après injection souseutanée de cette substance.

Les effets du chloroforme m'ont paru tout à fait différents sui- .vantladose. Il semble qu'à faible dose, injecté dans le nerf sciatique, le chloroforme produise une stimulation thermique. A forte dose, au contraire, le chloroforme, en même temps qu'il abaissa la température générale du corps, diminue la radiation calorique.

Nous retrouvons ici ce que nous avons dit à propos de la cocaïne, c'est que toutes les substances qui élèvent la température générale, augmentent aussi la déperdition calorique^ et inversement.

n est probable que c'est par une action sur le système nertenx, soit stimulante, soit paralysante, qu'agissent les substances toxiques. On verra dans le chapitre suivant quelle influence puissante exerce le système nerveux sur la production et le dégagement de chaleur..

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