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CHAPITRE IV

LA TEMPERATURE NORMALE DE L HOMME

La température de l'homme fait à peu près seule exception à la température moyenne des autres mammifères; c'est la plus basse des températures de tous les animaux à sang chaud. Elle est en moyenne, abstraction faite des nombreuses oscillations et variations, de 37°.

On pourrait croire à première vue qu'il est très aisé de déterminer cette moyenne, et que les chiffres ne manquent pas pour rétablir. Mais, en étudiant la question de plus près, on voit bien -que les principaux documents se rapportent à des températures de malades. Il y a peut-être dans la science plus de cinq cent mille températures de malades. Mais le nombre des mesures thermométriques rigoureuses, prises dans de bonnes conditions, et comparables entre elles, sur des gens bien portants, est relativement restreint.

Nous allons examiner en premier lieu quelle est la température normale de l'homme. Nous verrons ensuite sous quelles influences elle varie.

Un premier point se présente : c'est de savoir quelle différence existe entre la température axillaire, celle qu'on prend d'habitude chez l'homme, et la température rectale, la plus centrale que nous puissions mesurer.

Cherchons d'abord quelles sont les variations et quelles sont les limites extrêmes de la température rectale. Nous possédons sur ce point un travail très important, dû au professeur Théodore Jurgensen. M. Jùrgensen a pris la température rectale de trois individus sains, pendant trois jours, en laissant le thermomètre en place et en relevant la température toutes les cinq minutes. Il a obtenu ainsi des mesures en nombre très considérable.

De ses observations ressort un premier fait : c'est que, les sommes de toutes les températures relevées pendant vingt-quatre

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heures étant établies, on trouve un chiffre qui est constant. Par exemple, s'il y a à un moment pour un individu une température élevée, 38°, il survient à d'autres moments de la journée un abaissement tel qu'une sorte de compensaiion se produit, et que la moyenne générale reste sensiblement la môme. Aussi chaque individu a-t-il une certaine température, toujours à peu près la même, qui est la moyenne des températures variables : celui-ci, :n'',02; celui-là, 37", IG, etc. C'est pour ainsi dire son co^///<?<cvi^ thermique.

Le chiffre auquel conclut M. Jiirgensen comme moyenne de la température rectale est de o7°,87, variant entre 37", 27 et38%14. On a trouvé ce chiffre un peu élevé ; mais, quoique les observalions n'aient porté que sur un petit nombre de personnes, on peut v\\ admettre le résultat, étant donné en thèse générale que ce sont les chiffres ma.xima qui s'approchent le plus de la réalité, — à supposer, bien entendu, que le thermomètre dont on s'est servi n'ait rien de défectueux, ce qui semble être absolument le cas, dans les excellentes conditions où s'est placé M. Jûrgensen (1).

M. Wunderlicii, dont tous les médecins connaissent les belles o])servations sur la température des malades, adopte comme moyenne de la température rectale 37°, 35.

>I. Schœfer a trouvé, chez ti'ente-sept enfants nouveau-nés, une température moyenne de 37",8; et chez leurs mères unetempéraliu-e moyenne de 37", o. M. Redard donne comme moyenne de la température rectale 37", G5. D'après M. Jauger, la température rectale moyenne est de 37", 13. M. OErtmann ti'ouve pour lui-même une moyenne de 37", 19.

Quant aux chiffres de Boerhaave, Martins, Hunter, Prévost et Diunas (34° — 30", 5 — 37°, 0 — 39",0), ils ne nous paraissent pas présenter des garanties sufû.santes d'exactitude.

Avant d'établir la moyenne de ces diffénuits chiffres, nous présenterons deux remarrpies.

En premier lieu, la température d'un individu donné offi'e de telles oscillations, à l'état physiologique, (juc la moyenne des températures prises à divers moments du jour ne pourra être que tout à fait arhitraire. Chez un homme adulte, bien portant, suivant que cet liomme est à jeun ou ([u'il digère, suivant qu'il est en repos ou qu'il se livn; à (luelquc; travail, suivant qu'il est

Cl) M. Jiirt^'Miscti .1 <r;iillciirs f.iit r<;rn;u<|iier ;iv(;c raison «lUf, [dus un enfonce le tlieirnornetre, plus i.i li-niinTMluri' |i.ii;iit s'élever.

debout ou couché, suivant qu'il fait chaud ou qu'il fait froid, les variations thermiques sont de plus de 1°,5. Dès lors comment établir une moyenne qui donne l'idée exacte du phénomène réel? En réalité, les chiffres obtenus par l'observateur seront trop faibles ou trop forts, selon qu'il aura pris ses mesures le matin ou le soir, ou enfoncé plus ou moins profondément le thermomètre.

Néanmoins une moyenne générale est fort utile, à condition qu'on ne demande pas à une telle mesure ce qu'elle ne peut donner. Elle fournit un point fixe, une sorte d'axe autour duquel on voit osciller les variations physiologiques. C'est un point de repère très commode pour l'étude.

En second lieu, faudra-t-il attacher la même importance aux onze mille observations de M. Jiirgensen et aux cinq observations de M. OErtmann? Faudra-t-il considérer ces onze mille comme une seule observation et ces cinq comme une autre observation f

Nous pensons qu'il convient de procéder de cette manière, et voici pourquoi. A supposer qu'il y ait une cause d'erreur — que nous ne soupçonnons pas d'ailleurs — dans les mesures de M. Jiirgensen, les observations d'autres savants, qui n'auront pas commis cette erreur, se trouveront complètement annihilée» par les onze mille chiffres : de sorte que la moyenne de ll,00o, par exemple, ne différera presque pas de la moyenne de 11,000. Les deux méthodes, à tout prendre, ont leurs inconvénients ; mais il vaut mieux, croyons-nous, prendre la moyenne du chiffre moyen donné par chaque observateur, que de réunir toutes les observations et d'en tirer la moyenne numérique.

Soit donc le tableau suivant qui indique la température rectale, d'après différents observateurs :

Jiïrgensen 37°, 7

Wunderlich 37°,35

Jâger 37°, 13

OErtmann 37°, 19

Redard 37°, 63

Nous trouvons, comme moyenne générale, un chiffre de 37°,43..

Maintenant, ce qu'il faut examiner, et avec le plus grand soin,, c'est l'oscillation de la température chez un même individu normal, adulte, bien portant, dans le cours d'une journée de vingtquatre heures. Quoique bien des observations aient été faites par les physiologistes, on oublie en général que cette variation est tout à fait considérable et qu'elle est absolument régulière.

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Il est dune grande importance pour le médecin d'en connaître les conditions. Aussi donnerai-je des figures qui indiquent le phénomène graphiquement, c'est-à-dire mieux que tous les chiffres ou toutes les discussions du monde.

D'après les mesures de M. Jiirgensen (fig. 3), le maximum est vers quatre, cinq, six, sept heures du soir, et c'est aussi ce qu'ont constaté à peu près tous les observateurs.

Nous avons observé, en effet, le même maximum, à quatre heures, en prenant la température de lurine, ce qui revient à peu près à mesurer la température rectale.

De cette régularité constante de la courbe thermique il résulte que le minimum de la température se présente toujours à peu près à la même heure, vers trois, quatre ou cinq heures du matin.

Fig. 3. — Courbe.quoUdienne de la température rectale chez l'homme.

(JQrgensen.) Cette courbe est déterminée par les mesures très exactes de M. JQrgensen. Elle indique nettement les phases de roscillation quotidienne et peut servir de point de comparaisoa aux observations prises sur les malades.

Maximum : 37°, .5 à .5 heures, 6 heures, 7 heures du soir. Minimum : 36", 7 à i heures, 5 heures, 6 heures du matin. Écart maximum : 0°,8.

Sur celle figure, comme sur les suivantes, l'abscisse inférieure indique les heures à partir de 1 heure du matin. L'ordonnée latérale indique les températures. Les points indiquent les températures prises.

et le maximum vers trois, quatre ou cinq heures de l'aprèsmidi. Pendant la nuit, à partir du moment où l'on se couche jusqu'au réveil, la température s'abaisse; le matin, elle s'élève lentement. Cette élévation augmente après le repas et arrive au maAimum veis quatre heures, par suite de l'iiclivilé nerveuse

Ch. Uiciikt. .'j

qui se manifeste dans la journée. L'abaissement commence dans la soirée : malgré le repas du soir, il se prononce de plus en plus et va en augmentant jusqu'à trois heures du matin. — En somme, la température (profonde ou superficielle) varie entre 36° et 38". Que si l'on constate d'autres températures, dans nos climats du moins, l'organisme n'est plus tout à fait dans son état normal.

Telle est la marche générale. Cependant ces différences entre la température diurne et celle de la nuit sont quelquefois complètement renversées. Nous le savons par les médecins qui ont observé les boulangers, les mineurs, bref, les ouvriers qui travaillent la nuit. Chez ces ouvriers les périodes d'activité musculaire et de repos sont interverties. En rapport avec cette interversion se produit celle des maxima et des minima de la température. M. Debczynski (1) a, par exemple, étudié l'influence du travail de nuit, et il a vu le matin des températures de 37°,8, et le soir, au contraire, de 35°,3.

Ce fait ne peut évidemment pas tenir à un changement des conditions météorologiques habituelles. Ce sont les causes qui agissent le plus puissamment sur la température, l'activité musculaire et psychique, l'alimentation, etc., qui exercent leur influence à des moments autres qu'il n'est coutume. Conséquemment le maximum de température se produit à un autre moment. C'est qu'en effet ce sont là toutes conditions qui concourent pour aboutir au môme résultat, à savoir que la température est plus élevée dans la journée que le matin. Il en est de môme d'ailleurs dans toutes les maladies : toutes les courbes des fièvres présentent une exacerbation vespérale.

La température axillaire présente les mêmes variations que la température rectale.

Grâce à l'obligeance d'un de mes confrères du Havre, mon ami M. Gibert, j'ai pu consulter des courbes graphiques très intéressantes, indiquant des températures prises sur elle-même par une personne en bonne santé. La température axillaire a été notée plusieurs fois par jour, pendant huit jours de janvier et huit jours de février 1877.

La température maxima a été de 37°,90, et la température minima de 36°,60, avec un écart de 1",3 entre ces deux chiffres

(1) M. Jàger a confirmé le fait, et même, dans un cas il a pu constater un écart de 2o6, écart énorme entre le maximum et le minimum dans les 24 heures. Chez les boulangers travaillant la nuit dans une manutention miMiaire, sur onze personnes, il y a une interversion complète des courbes diurnes et nocturnes.

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extrêmes. Dans un espace de vingt-quatre heures, l'écart maximum a été de 36°,75 à ST^OO, soit de 1°,23. A deux heures du matin 36%7o; et à deux heures de l'après-midi 37", 90 (fig. 4).

Sur les 1-23 mesures prises, la moyenne a été de 37°, 23 pendant la journée, et de 36°,8o pendant la nuit. Ces deux chiffres concordent hien, encore qu'ils soient un peu trop forts, avec toutes les données des autres observateurs.

La moyenne générale a été de 36°,9o.

Une remarque importante est à faire au sujet du sommeil; car l'observateur dont il est question ici a noté avec soin les moments de la veille et du sommeil.

Le sommeil commençant à onze heures et finissant à sept heures du matin, on voit très bien que ce n'est pas le sommeil qui fait baisser la température, mais bien le moment du soinmeil, ce qui est tout différent. En un mot, la température commence à baisser bien avant que le sommeil ait commencé, le soir vers six heures, alors que l'individu est encore tout à fait réveillé.

fjg. 4. —Courbes des leinpératures axillaires prises au Jlavre par M. X..., en février et, en janvier 1877. — La température extérieure a été pendant cette période : maximum + lii": minimum — 2'.

Les r:hiffres qui ont servi à construire cette courbe sont déduits de la moyenne de plus 4c quatre observations.

Ainsi, pour prendre un exemple, dans une période de vinglquatre heures, nous trouvons:

3 licures (lu matin 30°, 7

i;éveil à 7 heures.

7 heures du matin 37°, 0

i heure du soir 37°, 4

A partir de H heures, sommeil.

3 heures du matin 36°, 7

Par conséquent, avant de s'endormir, quand arrive le soii\ déjà alors on se refroidit. Ni l'exercice musculaire, ni la digestion, n'empêchent cette variation de se produire, et le refroidissement périodique, qui commence avant le sommeil et qui va en diminuant à partir de cinq ou six heures du matin, est indépendant du sommeil.

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