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Fig. 5. — Ces at'ux traces montrent l'influence du climat sur la variaudu iiiermique quotidienne (température buccale). Il s'agit de deux séries d'observations prises sur la mémo personne par M. Gresswell {Brit. med. Journ., 26 juillet 1884, p. 168, col. 2, tabl. E) r en 2, avec une température extérieure élevée, variant de + 25°, 6 à + 30°,6; en 1, avec une température extérieure assez basse variant de + 3° à + 7».
On voit que, d'une manière générale, la courbe est à peu près la même ; mais la température du corps est un peu plus élevée quand la température extérieure s'élève.
Dans toutes les courbes que nous donnons ici, le minimum est à la même heure, vers trois heures du matin ; le maximum est vers quatre heures de l'après-midi. C'est, en quelque sorte, une oscillation régulière (fig. 5) qui dépend d'autre chose, parait-il, que de l'exercice, d'autre chose que de l'alimentation, d'autre chose encore que de la température extérieure, puisque partout on retrouve la même courbe, m^e sous les climats les plus chauds.
Il me parait vraisemblable que cette oscillation quotidienne -dépend principalement de l'activité du système nerveux.
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE L'uOMME 69
Admettons — et nous en fournirons plus tard la démonstration — que le système nerveux préside aux actions chimiques de l'organisme; alors son excitation produira de la chaleur: son inactivité ralentira la calorification.
Il s'ensuivra que les périodes d'énergie et de faiblesse du système nerveux se traduiront par une production forte ou faible de chaleur ; et cela, indépendamment de toutes les autres conditions biologiques ou mésologiques : climat, alimentation, sommeil, activité musculaire.
L'énergie du système nerveux, voilà la cause de la production plus grande de chaleur au milieu delajonrnée. L'affaiblissement du système nerveux, voilà la cause de la production moins grande de chaleur, le soir, .a nuit ou le matin.
Il y a, pour ainsi dire, une sorte de fièvre normale qui commence le matin et qui finit le soir, et qui se traduit par une élévation thermique d'un degré environ. On pourrait aussi bien dire qu'il y a une sorte d'hypothermie normale, qui commence le soir et qui finit le malin.
Le rythme de cette oscillation quotidienne est d'une constance remarquable. Quelles que soient les latitudes, les températures extérieures, les habitudes d'alimentation, ce rythme est le même : il dépend en quelque sorte de la nature du système nerveux de l'homme, qui ne peut être constamment, dans une période de vingt-quatre heures, également surexcité, et qui doit se reposer après avoir été actif pendant quelques heures.
On comprend facilement que le milieu de la journée, trois ou <|uatre heures de l'après-midi, soit le moment de ce maximum d'activité nerveuse, car c'est alors que toutes les excitations, comme la lumière, le bruit, l'activité psychique, l'activité physique, sont à leur maximum. Alors le système nerveux, ainsi surexcité, produit son maximum de chaleur. Mais cet effort l'a opuisé ; aussi, à parlir (](' ce moment, la production de calorique diminue.
Admettons que la température normale soit de 37°; quand le système nerveux sera fatigué ou en repos, il produira un peu moins, 36", S, pendant la nuit et le matin; quand il sera excité, ou en activité, il produira un peu plus, et la température montera à 37",;).
Kn un mol, de môme qu'il y a pour la vie psychique un sommeil, c'est-à dire un repos du système nerveux, qui a lieu régulièrement une fois en vingt-(|uatre heures, de môme il y a, pour la vie organique, une sorte de sommeil normal, qui survient
toutes les vingt-quatre heures, qui commence à huit heures du soir environ, et qui finit vers huit heures du matin ; mais avec des dégradations lentes, aussi bien quand il commence que quand il finit.
Telle est, à mon sens, la seule explication qu'on puisse donner de la variation quotidienne, normale et constante, de la température humaine.
En tout cas, il faut retenir cette donnée fondamentale, des plus importantes pour le médecin, que, normalement, la température de l'homme doit varier au moins de 1° en vingt-quatre heures, et que cette variation peut atteindre 2°, sans être, pour cela, pathologique.
Plus on examine attentivement les causes qui font monter la température le soir et qui la font baisser la nuit et le matin, plus on trouve que la vraie raison est une exagération de l'activité nerveuse. Cependant des recherches récentes, dues à M. Maurel,. prétendent montrer que l'influence de l'alimentation (qu'on n'avait jamais méconnue évidemment) est plus importante que celle de l'activité organique. M. Maurel a cherché à prouver que trois causes au moins, l'alimentation, la lumière et les mouvements, agissent pour produire l'exacerbation vespérale de la température physiologique. D'après lui, l'influence de l'alimentation prédomine ; car, si l'on fait manger l'animal la nuit, et si on le fait jeûner pendant le jour, le maximum de la température s'observe le matin. Pour arriver à ce résultat, il faut continuer l'expérience pendant plusieurs jours ; une fois le résultat atteint, la température suit une marche à maximum matinal constant. De ses expériences, pour les traduire sous une forme plus saisissante, M. Maurel conclut que, étant donnée cette exacerbation thermique de i° environ, 5 à 6 dixièmes de degré doivent être rapportés à l'influence de l'alimentation, et le reste, par parties égales à peu près, à celle des mouvements et de la lumière. Ces deux dernières causes réunies ne contrebalancent pas l'influence de l'alimentation. Quant aux autres influences qui peuvent contribuer à l'augmentation vespérale de la température normale, l'activité psychique, par exemple, elles paraissent, d'après cet observateur, n'avoir qu'une action secondaire.
Assurément cette influence de l'alimentation n'est pas contestable. Mais, quelque réelle qu'elle soit, peut-être n'est-elle pas aussi grande qu'on est tenté de le croire, et qu'on pourrait l'admettre conformément aux observations de M. Maurel. Nous avons rappelé plus haut que chez les ouvriers boulangers, qui
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'uOMME 71
ti*a vaillent la nuit, le maximum de température a lieu vers le matin. Dans ce cas n'est-ce pas llnfluence de ractivité musculaire qui paraît prédominante? D'ailleurs, à étudier les courbes que nous avons de la température normale, le repas de midi seul élève la température. Le repas du soir ne semble pas exercer une action notable. Cette contradiction apparente ne tient-elle pas à ce que la digestion du premier repas se fait plus rapidement que celle du second; car, à ce moment de la journée, toutes les activités organiques s'exercent avec plus d'énergie. Au contraire, en général le repas du soir coïncide avec le repos musculaire et l'affaiblissement do l'activité nerveuse générale. L'influence de ces deux causes est si considérable qu'elles anniliilent l'élévation thermique qui devrait résulter du travail de la digestion.
Ainsi, quoique le repas du soir soit très souvent plus copieux que le déjeuner, cependant, un peu avant le dîner, la température commence à baisser, et elle baisse régulièrement à partir de ce moment, sans que la digestion du dîner empêche ou ralentisse cette courbe descendante.
Donc, l'influence des repas n'est ni très nette ni très considérable. C'est ce que montrent des expériences faites par Vintschgau et Dietl sur des chiens à fistule gastrique. Ils ont vu la température baisser d'abord de 0%o, trois heures après l'ingestion des aliments, puis remonter. Ainsi la température est de 39°, à midi; à ce moment il y a repas. A deux heures et demie elle est de 38%o ; à cinq heures elle est de 39°,5. Ce qui est particulier, c'est qu'un nouveau repas fait de nouveau baisser la température.
De plus, les recherches de Chossat sur les animaux soumis à l'inanition ont montré que la température ne baisse que les trois ou quatre premiers jours qui suivent la mise en expérience; puis, pendant douze ou quatorze jours, elle reste stationnaire. Dans les dernières vingt-quatre heures seulement, il se produit une descente rapide qui va jusqu'à 24°. Il semble donc que le sang contienne une certaine quantité de substances, qui, en dehors même de la nutrition régulière, peuvent être brûlées; ce n'est que quand cette réserve a disparu que survient une baisse thermique très rapide.
Et même, selon toute vraisemblance, ce n'est pas l'absence de matériaux combustibles qui fait baisser la température; c'est l'épuisement final du système nerveux, qui ne peut plus maintenir à leur taux normal la vie chimique des tissus.
I>oin' toutes ces raisons, les recherches de M. Maurel ne sont
pas concluantes. Malheureusement il est difficile de discuter des expériences qu'il n'a pas publiées dans le détail, mais qu'il a seulement présentées sous forme de conclusion.
Ainsi ce n'est pas du tout l'alimentation, mais bien l'activité organique générale qui est cause de l'exacerbation thermique vespérale.
L'expérience suivante démontre le fait de la manière la plus rigoureuse; elle est due à M. Jiirgensen, qui a fait jeûner pendant vingt-huit heures un de ses sujets en expérience et a pu au bout de ce long jeûne constater à peu près les mêmes températures que dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire la courbe ascendante normale de la journée, avec un maximum de 37°, 4 à sept heures du soir.
Le lendemain, après cinquante heures de diète, la température de la journée s'est élevée à 37°, 6.
Un repas trop copieux , et plus copieux que d'ordinaire , élève tant soit peu la température, produisant une sorte de fièvre de nutrition, plus ou moins passagère. Après un repas abondant, fait à une heure du matin, le sujet de M. Jurgensen avait 37°1, à trois heures du matin.
Fig. 6. — Variations de l'absorption d'oxygène aux divers moments de la journée. — D'après M. Frédéricq : Temj)éralure des animaux à sang chaud {Ai^chives de biologie, 1883, p. 731, flg. 6).
L'ordonnée horizontale indique les heures ; l'ordonnée verticale indique, en dixièmes de litre, la quantité d'oxygène consommée en quinze minutes (Homme de 82 kilogrammes).
R, R, moment des repas.
La mesure n'a pas été faite pendant la nuit. C'est seulement dans la journée, entre 8 heures du matin et 7 heures du soir.
Les repas agissent bien plus sur l'absorption d'oxygène et la production de GO'' que sur la tenjpérature. Après un repas
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'hOMME 73
abondant, l'excrétion de CO* est abondante, comme pendant le jeune, l'excrétion CO* est minima. La courbe suivante (fig. 22) montre, d'après M. Frédéricq, la proportion de l'oxygène absorbé aux divers moments de la journée. Le repas de huit heures et le repas de midi font monter l'absorption de l'air vital à un degré très manifeste (1).
Il ne faut pas confondre la production de chaleur avec la régulation de chaleur. Sans doute les repas font monter beaucoup la caloriflcation ; mais la température n'est pas absolument parallèle à la caloriflcation. Si le système nerveux a réglé l'organisme pour une température de 37°, la production a beau être très abondante, la température restera à 37°, car le système nerveux augmentera les déperditions, de telle sorte que c'est la température de 37° qui sera conservée par l'organisme.
Si la détermination du maximum de température est intéressante, celle de l'écart entre le maximum et le minimum ne l'est pas moins. Hunter avait déjà constaté qu'il y a entre l'état de veille et l'état de sommeil une différence de 0°,83. Cet écart est quelquefois considérable ; la moyenne est de 1°,5, d'après M. Jûrgensen. C'est aussi ce que j'ai trouvé sur moi-même d'après la température de l'urine, et c'est également ce que M. Gley a constaté.
Sur un enfant en bonne santé, M. Finlayson a vu dans l'espace de trois heures se produire un abaissement de 1°,8. — Si ces écarts considérables n'ont été notés que rarement, c'est qu'ils ont dû passer inaperç^us, puisque d'habitude on ne prend que des températures diurnes. Or les minima ne s'observent guère qu'à la fln de la imit. Aussi, quand on relève sa tenq)érature à ce moment, trouve-t-on des écarts beaucoup plus notables. C'est bien ce qu'a constaté M. Gley qui a plusieurs fois pris sa température à deux ou trois heures du matin avec un thermomètre irréprochable, gradué en vingt-cinquièmes de degrés. Il a lemarqué alors des températures de 36°, de 33°, 9, et même de 35°, 8 et de 3o°,65, tandis qu'il avait, dans l'après-midi, des maxima de 37»,2, 37»,3, 37°,4.
Nous donnons ici phisieurs graphiques qui indiquent les variations de la température normale dans une période de vingtquatre heures.
I\) Dans les reclierclie» que nous avons faites avec M. Hanriot, uous avons ôtudii'; ceUe influence des repas sur le» 6<;liançes respiratoires. Ce sont les aliments féculents qui font monter l'exhalation de CO''.
On voit combien toutes ces courbes sont identiques.' Dans ces trois graphiques, où il y a deux fois la température axillaire (fig. s'et 8) et une autre fois la température de l'urine (fig. 7), on verra que la variation quotidienne de la température normale est vraiment énorme.
Ce qui frappe surtout, ce sont ces chiffres de la température à quatre heures du matin: 36°,1 (Billet), 33°,65 (Gley), 36°,4,
Fig. 7. — Courbe quotidienne de la température de l'urine.
(Ch. Richet.)
Cette courbe indique la moyenne des mensurations que j'ai faites avec MM. Gley et^Rondeau sur la température de notre urine (avril 1884). La température n'a pas été prise de 9 heures du soir à 7 heures du matin.
Maximum : 37°, 35 à 4 heures du soir.
Minimum : 36'>,4 à 7 heures du matin et 9 heures du soir.
Écart maximum : 0°,95.
Les heures de repas, 7 heures du matin, 11 heures du matin et 7 heures du soir, .n'ont pas d'influence appréciable.
(Bârensprung, Jiirgensen, Ch. Richet), [chiffres auxquels les médecins ne sont pas habitués, et qui sont bien importants à connaître, au point de vue médical.
C'est pour cette raison que les moyennes données'par les médecins sont en général trop fortes. Pour un motif évident, les observateurs ont pris plutôt la température dans la journée que dans la nuit : par suite, ils sont arrivés à un chiffre plus fort que celui qui représenterait la moyenne normale dans les vingtquatre heures. C'est plutôt la moyenne de la température diurne que de la température de vingt-quatre heures qu'on a obtenue. Mais n'importe-t-il pas de tenir compte de l'abaissement
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'hOMME 75
considérable qui survient pendant la nuit et le matin (1)? Si l'écart est notable chez le môme individu, il l'est plus encore quand il s'agit d'individus différents, mais point aussi grand cependant qu'on pourrait le croire tout d'abord.
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Fig. 8, — Courbe quotidienne de la température axillaire
(Billet.) Maximum : 37°,4 à 3 heures'du soir.
Minimum : 36°, 1 à 3 heures du matin.
Écart maximum : 1°,3.
On voit que'l'énart est bien plus grand pour la température axillaire que pour la températurerectale (fig. 3).
En un mot, les variations quotidiennes d'un même individu sont bien plus importantes que les variations qui sont entre deux individus différents, observés aux mômes heures et dans les mômes conditions physiologiques.
On a cherché à prendre d'autres températures centrales que la température rectale. La plus simple à observer est évidemment la température buccale. Nous avons sur^ce point de nombreuses données :
D'après Davy, la température buccale est de 37°, 30
— Ogie, — 36°,91
— Stapff, — 36°,60
— Redard, — 37°,24
— Castille, — 37°,5
(1) M. Jaccotirl {Traité de palhoL, 7* édition, t. !"•, p. 9(1) dit que la température varie entre 37°, 2 et .'n".']. Cela n'est vrai que pour la température diurne; car la température noflurne descend plus bas, et, dans l'ensemble, les variations sont bien plus considérables.
D'après Bouvier, la température buccale est de 36°, &
— Mantegazza, — 37°, 44
— Casey, — 37°,44
— Leblond, — 37°,3
Fig. 9. — Courbe quotidienne de la température axillaire.
(Bàrensprung.) Mêmes remai'ques que pour la figure précédente.
Maximum : 31'',5 à 5 heures.
Minimum : 36»,3 à 3 heures du matin.
Écart maximum : 1°,2.
Sur cette courbe, on voit que, vers 10 heures du matin, il y a un certain abaissement de la température .
Sur toutes les courbes de température périphérique , cette même oscillation se retrouve.
Il n'est pas toujours facile de prendre exactement la température buccale. Par exemple, pour peu qu'on respire par la bouche, le courant d'air refroidit beaucoup le thermomètre. A supposer qu'on maintienne parfaitement, comme cela se doit pratiquer, l'instrument sous la langue, et qu'on ne respire que par le nez, suivant que le courant d'air inspiré sera plus ou moins fort, ne se produira-t-il pas des oscillations thermométriques susceptibles de tromper sur la température réelle de la bouche? N'y a-t-il pas encore une autre cause d'erreur dans la salivation plus ou moins abondante, la salive venant baigner plus ou moins l'instrument? En somme, la température buccale n'est pas une véritable température centrale.
Quelques auteurs, en particulier M. Mantegazza, ont proposé de mesurer la température du corps en prenant celle de l'urine, le thermomètre étant placé dans le jet môme du liquide. La
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE L HOMME 77-i
moyenne des 241 observations faites sur lui-même par le physiologiste italien est de 37°, 2. M. Byasson a insisté sur les avantages de cette méthode. On doit aussi à M. Œrtmann quelques observations analogues intéressantes. La température de Turine recueillie dans un vase, chauffé au préalable à 37° (ainsi d'ailleurs que Tavait recommandé M. Mantegazza), était exactement la même, en moyenne, que celle du rectum. MM. Gley, Rondeau et moi, nous avons pris sur nous cette même température dans des conditions identiques à celles de MM. ŒrtmannetMantegazza,. et nous avons trouvé de semblables résultats, c'est-à-dire les moyennes suivantes : 36°, 9 (Gley), 37°, 1 (Rondeau), 36°,9 (Richet). Évidemment ce n'est pas là un mauvais procédé. Il est clair que l'urine sort à la température même du corps. Mais on. demandera s'il est possible de placer le thermomètre dans le jet d'urine. Sans contredit, l'urine, dès son émission, se refroidit très vite; d'ailleurs, pourra-t-on maintenir très exactement dans le jet le thermomètre? C'est pour obvier à cet inconvénient et pour éviter ces causes d'erreurs que M. Mantegazza a imaginé de recueillir l'urine dans un vase chauffé à 37° ; mais le choix de cette température est quelque peu arbitraire ; et il peut arriver que la mesure de la température ne soit pas absolument exacte,, si l'urine sort à une température supérieure ou inférieure à ce chiffre de 37°. Quelle que soit la justesse de ces critiques, il n'en reste pas moins, croyons-nous, que ce procédé peut offrir dans l'expérimentation physiologique quelques avantages.
C'est la température axillaire qui est la moins centrale de toutes les températures, dites centrales, que l'on prend sur l'homme.
Tout a été dit et tout est connu sur les avantages, comme sur les inconvénients de ce procédé. On a pris d'innombrables mesures : nous n'insisterons donc pas sur les précautions minutieuses qui sont nécessaires pour qu'une mesure de température axillaire ait quelque valeur.
Nous allons donner seulement quelques-uns des chiffres moyens admis par les principaux auteurs.
Wunderlich 37°, 0
Hedard 37°, 0
Harcnsprung 36°, 97
Alvarenga (i, 37°,27
Peradon 37°, 40
(1) 200 observations. C'est une moyenne assez éleviC-e ; mais il faut remarquer qu'il s'agit d'observationg prises en Porlui-'al, c'est-à-dire dans un climat fort chaud.
Van Duyn (1) 37°,37
Bârensprung (2) 37°,8
(Ertmann 37°,2
Compton 36'»,4
Chisholm (3) 36%11
BiUroth (4) 37°,50
Roger (5) 37°,17
Lichtenfels (6) 36°,91
Frahlich (7) 36°,92
Davy 37%0
Lichtenfels 36%9 ,
BiUet 36°,67
Epery 37°, 1
En prenant la moyenne de toutes ces moyennes, on obtient le ■chiffre de 36°, 99, ou, pour simplifier, de 37°. C'est la moyenne admise, par exemple, par M. Beaunis (8), par M. Colin et par M. Béclard dans leurs traités de physiologie.
Mais ce qui montre bien que cette moyenne ne peut représenter la température réelle, ce sont les résultats des comparaisons qui ont été faites entre cette température axillaire et les températures plus centrales. Ainsi M. Bouvier a trouvé entre Faisselle et la bouche des différences en faveur de la température buccale de 0°,33 en moyenne. M. (Krtmann a trouvé entre la température axillaire et la température rectale des différences semblables :
(1) 288 observations prises sur des idiots ; cité par Seguin, Médical Thermometvy. New-Yorlt, 1876, p. 417.
(2) Observations prises sur divers individus. 43 observations prises sur luimême.
(3) 67 observations.
(4) 200 observations.
(3) Sur les enfants d'un jour à quatorze ans. ,(6) 129 observations.
(7) 161 observations.
(8) Nouveaux éléments de physiologie, 2= édition, p. 1068. — Les chiffres •donnés par M. Beaunis ne sont pas tout à fait exacts. Ainsi Toscillation normale est de plus de O»,.? puisqu'elle est au moins de 1" chez la plupart des individus. De même, le chiffre de 38o,28 pour l'utérus est exagéré. En dehors de l'état de contractions musculaires violentes, d'insolation, d'accouchement et de lièvre, jamais la température normale ne dépasse et n'atteint 38°.
Dans un livre récent : De la chaleur animale, Paris, 1883, p , 38, M. de Robert de Latour donne des chiffres qui ne méritent guère de confiance. Ainsi il admet que, dans l'aisselle, la température ne s'élève pas au-dessus de 37» (ce qui est une erreur manifeste), et qu'elle ne descend pas au-dessous de 36<',3. Il admet une moyenne de 36°, 7, qui est certainement trop faible. Quoique ses observations se comptent, dit-il, par milliers, elles ne laissent pas que d'être douteuses, car à quatre heures de Taprès-midi, chez des gens bien portants, toujours la température axillaire, bien mesurée avec un bon thermomètre, atteint et dépasse 37o4.
LA TEMPERATURE NORMALE DE L HOMME
soit une moyenne de 0°,2o en faveur de la température rectale ; M. Redard a constaté 37°,4 dans le rectum, 37'*,2 dans la bouche, et 37° sous l'aisselle, les trois températures étant relevées en même temps. Sur un malade, atteint d'ictère, c'est-à-dire d'une aflfection non fébrile ou à peine fébrile, Lorain a pris simultanément la température dans le rectum, dans la bouche et dans l'aisselle pendant huit jours. Alors que la moyenne de la température rectale a été de 37°, 6, celle de la température buccale n'a été que de 36°, 9, c'est-à-dire inférieure de 0°,7 ; la température axillaire n'a été que de 36", 76, c'est-à-dire inférieure de 0'',74 à la température rectale.
Relativement à cette question on trouve encore des données intéressantes dans une thèse de M. Gassot. Sur un homme robuste, cet observateur a constaté les températures suivantes qui résultent de la moyenne de cinq mensurations :
7 heures, matin. . . .
2 heures, après-midi .
9 heures, soir
Bouche.
Aisselle.
Différence pour la bouche.
Il y a donc eu une différence moyenne de 0",3 en faveur de la bouche.
Sur une jeune femme bien portante, M. Gassot a trouvé :
7 heures, matin. . .
2 heures, après-midi 0 heures, soir
Rectum.
Bouche.
Aisselle
Différence entre les températures
rectale . et buccale.
Les mômes différences se présentent chez les malades. Ainsi, en suivant pendant 11 jours la marche de la température axillaire et de la température rectale chez un varioleux, M. Gassot a constaté une différence moyenne de 0°,213 en faveur de la dernière. Dans un cas de fièvre typhoïde, en prenant la température matin et soir sous l'aisselle et dans le rectum pendant 37 jours, il a trouvé une différence moyenne de 0°,7o en faveur du rectum; le maximum de l'écart a été de 2", 2, le minimum de 0°,2; cet écart a donc été très variable. Dans un auti'e cas de fièvre typhoïde étudié à ce point de vue, pendant 25 jours il a constaté une différence moyenne de 0",74o.
Sur trois vieillards, âgés de 80, de 76 et de 73 ans, MM. Marcé et Ducamp ont trouvé dans 150 observations une différence moyenne de 0°,4o entre la température axillaire, et la température rectale : mais leurs chiffres sont faibles, 36°,32, dans l'aisselle le matin; 36°, 46 le soir; 38°, 80 dans le rectum le matin, et 36°, 95 le soir.
M. le professeur Forel, de Lausanne, voulant examiner et contrôler quelques-uns des résultats obtenus par MM. Lortet et Marcet dans leurs expériences sur la température pendant Fascension sur les montagnes, a fait une série d'intéressantesexpériences, très précises et très nombreuses, sur sa propre température, rectale, axillaire et buccale (1).
La température axillaire a été de 37°, 2 (maximum) à 36°, 12. (minimum) ; moyenne de 162 observations.
La température buccale a été de 9°, 2 supérieure à la température axillaire (5 expériences) et de 0°, 32 inférieure à la température rectale.
Dans 13 observations, la température rectale a étéde0°,52 supérieure à la température axillaire.
De très nombreuses expériences, faites sur la température du rectum, mesurée à 7 centimètres de profondeur, avec un thermomètre préalablement réchauffé, ont donné les résultats suivants, pour la courbe diurne :
Minuit .
2 heures
Midi . .
2 heures
En construisant cette courbe. M, Forel a pu donner une courbegénérale des plus intéressantes, qui coïncide fort bien avec les courbes données plus haut (fig. 3, p. 4 ; fig. 5, p. 6) : on y voit un maximum de 37°, 38 à 4 heures du soir, et un minimuni de 36°, 54 à 2 heures et demie du matin.
M. Forel a constaté que le jeûne, même prolongé, n'exerce pas. d'influence très notable.
En résumant ces données, nous voyons que l'écart entre' latempérature axillaire et la température rectale est :
(1) Bull, de la Soc. méd. de la Suisse romande,, déc. 1871, p. 386,. et 1871, p. 23-116. -,
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'uOMME 81
D'après Œrtmann, de 0°,2o
— Redard 0o,40
— Forel 0",52
— Lorain 0°,70
— Gassot 0°,70
c'est-à-dire en moyenne de 0",ol2. Si donc on admet pour la température axillaire le chiffre de 37°, il faut considérer la température rectale comme étant de 37°, 5 environ, chiffre qui ne s'écarte pas beaucoup, comme on voit, de celui qu'avait indiqué M. Jiirgensen.
II nous reste à considérer maintenant la température périphé- )-i(jue. C'est un point sur lequel les observations sont moins nombreuses. On trouve des données utiles dans la thèse de M. Leblond qui a pris sur lui-même dans de bonnes conditions un assez grand nombre d'observations. Le thermomètre était placé dans la paume de la main ; M. Leblond suivait en même temps la température de la main droite et celle de la main gauche. En prenant la moyenne de tous les chiffres qu'il a obtenus, on trouve pour la main droite 32°, 2, et pour la main gauche 33°, 3. Il faut noter que beaucoup des températures qui ont servi à éta- Idir cette moyenne ont été relevées, l'observateur restant immobile pendant plusieurs heures. Or l'immobilité détermine un abaissement de température souvent considérable ; nous avons déjà eu l'occasion de le dire, et les observations de M. Leblond confirment de la manière la plus précise nos expériences. — M. Leblond a remarqué aussi une différence constante entre les températures des deux mains, au détriment de la main droite, bien qu'au début de chaque expérience, la température fût la )némo de chaque côté. Il se demande s'il faut expliquer cette différence par la mise en jeu des muscles du côté droit, pour noter les résultats toutes les cinq minutes : on sait en effet que, lorsqu'un groupe de muscles se contracte, leur température augmente, comme aussi la température générale, tandis que celle de la peau et du tissu cellulaire voisin diminue. Mais il ne croit pas que cette explication soit exacte, car, dans ses expériences, il faisait toujours, autant que possible, des mouvements semblables à droite et à gauche, et il maintenait les extrémités antérieures dans la mémo altitude.
M. Couty a également fait des recherches intéressantes sur la température péripliériciuc. Il a conclu que les températures palmaires, prises pour types des températures périphériques
Cil. hUMET. G
sont très variables chez les individus, mais que chez le môme individu elles oscillent entre des limites relativement étroites, de sorte qu'il est assez facile de trouver une température moyenne, qui soit en quelque sorte personnelle. Cette température palmaire ne paraît pas être modifiée par des variations de plusieurs degrés dans la température du milieu ambiant, à moins que ces variations ne durent un temps assez long. La moyenne de chaque individu ne semble dépendre, ni de la constitution, ni du tempérament du sujet ; mais, d'après Couty, c'est le plus^ grand développement nerveux et intellectuel qui paraît agir principalement sur l'état de la température périphérique. Or, dans ce cas, elle oscille entre des chiffres plus élevés. Le travail digestif, le sommeil, la fatigue musculaire, c'est-à-dire d'autres facteurs nerveux, peuvent avoir aussi une influence momentanée sur la température palmaire. En résumé, d'après Couty, cette température dépendrait surtout des variations physiologiques du milieu intérieur sanguin, et plus spécialement du système nerveux.
Couty ne parle pas des grandes oscillations de température périphérique déterminées par l'immobilité : « A peine, dit-il, un individu ayant les extrémités chaudes les voit-il brusquement se refroidir sous l'influence d'un repos trop prolongé ou celle d'un simple courant d'air. )>
Il n'est peut-être pas aussi facile que le croyait M. Couty de fixer une moyenne individuelle ; d'autre part, cette moyenne est-elle vraiment plus élevée chez les individus intelligents ? Cette affirmation nous paraît des plus contestables. Les variations de la température périphérique doivent dépendre de tous les réflexes qui peuvent agir sur une des grandes fonctions organiques, de l'état des systèmes nerveux et sanguin, de la respiration, des mouvements ; elles doivent être particulièrement sous l'influence du système nerveux vasomoteur.
Ce qui tend à le prouver, ce sont les oscillations variables, observées par M. Leblond, alors que toutes les conditions des. expériences étaient les mêmes. Dans les expériences qu'il a faites le matin, par exemple, à jeun, la température n'étant influencée que par le système nerveux vaso-moteur, la courbe, un jour, dans un certain temps, descend d'une façon continue ; le lendemain, dans le même temps^ elle baisse, remonte et redescend brusquement. Pour expliquer ces phénomènes, on ne peut guère invoquer que le rôle des vaso-dilatateurs et des vaso-constricteurs, autrement dit l'influence du système nerveux central.
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE LHOMME 83
Il serait intéressant de déterminer la différence qu'il y a entre la température centrale et la température périphérique. Ce n'est pas chose facile, puisque cette dernière est très variable, et qu'elle oscille beaucoup plus et beaucoup plus rapidement que la première. Cette différence d'ailleurs est loin d'être constante. Dans les pays froids les températures centrales sont à peu de chose près les mêmes que dans les pays chauds, mais les températures périphériques sont bien plus basses, et l'écart est considérable. Au contraire, dans les pays chauds, l'égalité tend à s'établir. D'après M. Moty, à Biskra, la température de Faisselle et celle de la main sont identiques.
l-ig. 10. — Couibe nioyenue quotidiciiuc.
Cette courbe est la résultante des diverses courbes indiquées plus haut ; clle'reprcsenlo Ja moyenne et peut servir à établir une sorte de commune mesure entre les températures périphériques et centrales. C'est un type qu'on peut adopter comme très général.
Maximum : 37°, 35 à 4 heures du soir.
Minimum : 3(i°,4r) à 3 heures et 4 heures du malin.
Écart moyen : C/J.
M. Romer a indiqué la courbe quotidienne de la température périphériqu(! comparée à la température centrale ; la température périphérique étant mesurée dans la paume de la main. Les oscillations sont alors considérables, pouvant atteindre (>" en une journée. De G heures du matin à 0 iieures du malin, la lempéivilure péripliériffue baisse; puis elle se relève jusqu'à une heiu'e |)Our redescendre ensuite, et h '.) heures atteindre un minimum ; de 3 heures à 8 heures la température se relève de nouveau, et de 8 heures du soir, jusqu'à G lieures du
matin elle reste à peu près stalionnaire, quoiqu'elle ait une tendance à descendre.
M. Romer pense que l'abaissement de la température périphérique coïncide avec l'élévation de la température centrale, et réciproquement. Ainsi, alors que la température rectale est supérieure à la moyenne dans la journée, la température périphérique, dans la journée, est inférieure à la moyenne.
De tous ces chiffres, qui sont trop nombreux pour être facilement retenus, il faut déduire une moyenne générale, applicable autant que possible aux températures centrales, comme aux températures périphériques.
C'est ce que nous avons essayé de faire dans le graphique ci-joint, qui résume toutes les courbes précédentes, et qui est en quelque sorte la moyenne des moyennes (fig. 10).
On voit que le maximum est à 4 heures du soir 37°, 35, et le minimum à 3 heures et 4 heures du matin 36°,4S, avec un écart moyen de 0%9. Pendant huit heures, c'est-à-dire de midi à huit heures du soir, la température est au-dessus de 37°; de huit heures du soir à midi, la température est au-dessous de 37°. Mais le chiffre de 37° peut être regardé comme la moyenne totale normale. i