CHAPITRE VIII
Tous les tissus de Torganisme, quels qu'ils soient, sont le siège d'actions chimiques ; par conséquent, ils produisent de la cha leur: mais ils n'en produisent pas tous des quantités égales, car les combustions chimiques des divers tissus ne sont pas également intenses.
Nous allons en premier lieu déterminer l'activité thermique du tissu musculaire.
Mais tout d'abord il s'agit de savoir quels sont les rapports pondéraux des divers tissus entre eux, et quelle part revient au système musculaire dans le poids total de l'organisme.
Je ne rapporte pas les nombreux chiffres des auteurs anciens. J'aime mieux donner ceux de M. Liebig, qui a fait sur des cadavres humains l'exacte détermination des proportions pondérales des tissus de l'organisme.
Voici quelle a été, chez deux individus, la composition pondérale du corps, le poids total étant, je suppose, égal à 100.
N° 1, N» 2. Moyenne.
Sqnolotte 20,8 d8,2 19,4
Muscles 41,4 42,2 41, H
Peau <".,:! .^,;i 5,8
Graisse 11,0 14,4 12,7
Viscères iH,'-* 13,1 14,3
Sang et évaporulioii î>,2 6,0 5,9
Voici maintenant, dans le détail, le poids des viscères :
Cerveau 2,7 2,0 2,3
Moelle 0,4 0,2 0,3
Foie 3,(; 2,9 3,0
Ot'ur 0,8 9,0 0,7
N° 1 N" 2 Moyenne
Langue 0,1 0,1 0,1
Vaisseaux 0,5 0,3 0,3
Estomac, intestins et organes
génitaux 4,7 3,8 4,3
Poumons et larynx 2,7 2,2 2,4
Rate 0,2 0,5 0,4
Prenons, pour effectuer nos calculs, le poids moyen résultant de ces deux observations, nous avons :
Muscles. ... 41,8
Mais il y a, dans la peau, une proportion notable de muscles à fibres lisses, que nous pouvons évaluer à un sixième environ, ce qui fait :
Peau. ... 1,0
De plus, dans les viscères, il y a en l'ait de muscles :
Cœur 0,7
Langue. ... 0,1
' En outre, dans l'estomac, l'intestin et les organes génitaux, il est une proportion de tissu musculaire qu'on peut facilement évaluer à la moitié du poids total, soit :
Intestins et estomac. ... 2,8
Dans le poumon, le larynx, les vaisseaux et la rate, la proportion de tissu musculaire représente à peu près le tiers du poids total, ce qui fait :
Poumons, rate et vaisseaux .... 2,1
Le total du tissu musculaire représente donc 47,8, le poids du corps étant 100.
Ce qui, en chiffres ronds, et avec une assez grande approximation, peut être indiqué par le nombre 48.
Ainsi le poids des muscles équivaut à 48 pour 100 du poids total du corps.
Mais ce n'est pas tout que de connaître les proportions pondérales des tissus ; il faudrait encore mesurer leur activité chi-
mique, activité qui peut s'apprécier par la quantité de CO' produite par ces tissus.
Malheureusement il est impossible, par suite des difficultés expérimentales, de mesurer directement la quantité de CO^ produite par tels ou tels tissus pendant la vie de l'animal. On est forcé de faire des expériences avec ces tissus, encore vivants, mais soustraits à la circulation, et placés dans des milieux gazeux qu'on dose avant et après l'expérience. C'est ce que Spallanzani, et plus tard d'autres auteurs, en particulier Pau Bert, ont étudié sous le nom de i^espiration èUmentaire.
Pour comparer ces tissus au point de vue de la fonction chimique, voici une expérience de Paul Bert :
C02 produit
par kiloeramine
et par heure.
Muscles .... 568
Cerveau .... 438
Reins 256 )
Rate 134 > ensemble, moyenne, 193
Testicule . . . 275 )
Os 81
Pour le sang, d'après M. Regnard, à 25°, la consommation dO a été (par kilogramme et par heure) de 40 centimètres cubes," alors que, pour la viande fraîche, la production de CO^ a été aux mômes températures de 129 centimètres cubes, ce qui permet de supposer que, le muscle produisant 100 grammes de CO*, une même quantité de sang produira Hl grammes.
Les expériences de Spallanzani ont montré que l'activité (pou l'absorption de l'oxygène) était la suivante :
Cerveau 18,8
Graisse 6,0
En ramenant à l'unité l'activité du muscle nous avons la série suivante :
Muscles 1,0
Cerveau 0,75
Viscères 0,35
Squelette 0,15
Sang 0,30
Graisse ..•••. 0,25
Ces chiffres nous indiquent tant bien que mal l'activité chimique relative, et par conséquent l'activité thermique des divers tissus. Nous allons les rapporter au poids centésimal des tissus du corps, et nous aurons :
Muscles .... = 47,8
Cerveau .... 2,3 X 0,75 = 1,725
Viscères .... 19,3 X 0,35 = 3,603
Sang 5,9 X 0,3 =: 1,77
Graisse 12,7 X 0,25 = 3,165
Squelette. . . . 19,4 X 0,16 = 2,91
Ce qui fait, en chiffres ronds, et en forçant les chiffres autres que les chiffres se rapportant aux muscles, la proportion centésimale suivante, qui exprime la quantité de CO-^ excrété par les divers tissus.
Muscles 77,0
Cerveau 3,0
Viscères 6,5
Sang 3,0
Graisse 5,5
Squelette. ... 5,0
Autrement dit, les muscles de l'organisme contribuent pour plus des trois quarts à l'activité chimique (et par conséquent thermique) de l'organisme (1).
C'est là un fait fondamental, et qu'il faut bien avoir présent à l'esprit, chaque fois qu'on étudie les variations de la chaleur animale.
Ce fait peut s'exprimer d'une manière encore un peu différente : un homme bien portant excrète, par kilogramme et par heure, d'après les chiffres donnés précédemment, environ Os''oO de CO^; ce qui fait par jour, pour un homme adulte de 70 kilogrammes, 840 grammes de CO^ .
Or ces 840 grammes sont, pour les trois quarts, produits par les tissus musculaires, de sorte que les muscles du corps excrètent en vingt-quatre heures 630 grammes de C0^ alors que les autres tissus n'excrètent dans leur totalité que 210 grammes.
Ce n'est pas tout encore: les muscles contractés produisent beaucoup plus de CO^ que les muscles en repos, de sorte que
(1) On remarquera qu'il serait presque aussi juste de dire les quatre cinquièmes; les muscles sont toujours en activité ; et nos cliifl'res sont plutôt inférieurs que supérieurs à la consommation réelle des muscles.
lexcrétion de C0^ qui est de 630 grammes pendant le repos des muscles, peut alleindre 1000, 1^00 et 1500 grammes, quand Taclivité musculaire est extrême.
Or la contraction musculaire est sous la dépendance immédiate du système nerveux, qui tient sous sa dépendance le plus ou moins grand dégagement d'acide carbonique, et conséquemment la plus ou moins grande quantité de chaleur.
De là ces deux lois, que je formule avant d'en développer la démonstration et les conséquences, lois qui peuvent se résumer ainsi:
i" Le système musculaire est V appareil chimique producteur de la majeure partie de la chaleur animale.
2" Le système nerveux, qui règle Vactivitè du système musculaire., rèrj il par son intermédiaire la, plus ou moins grande quajitité de chaleur produite dans Vorganisme.
Voici les faits sur lesquels se base la démonstration (1) :
i° Un muscle contracté dégage plus de chaleur (produit plus de C 0-, consomme plus d'O) qu'un muscle au repos.
2° Un muscle au repos, mais relié aux centres nerveux par les nerfs moteurs, autrement dit en état de tonicité, dégage plus de ciialeur qu'un muscle complètement relâché et séparé des centres nerveux.
3» La chaleur produite (et le CO^ dégagé) par un animal en activité est plus grande que celle du même animal en repos.
4° Cette chaleur est produite dans l'intimité de la fibre musculaire mém(^ indépeudamment du sang et du renouvellement du sang par lalimentalion.
Les faits sur lesquels ces diverses lois sont fondées sont extrêmement nombreux. Relativement aux deux premières, je n'entrerai que dans peu de détails; car, après de nombreux auteurs, dans mes leçons sur la Physiologie des muscles et des nei is, j'y ai déjà, semble-t-il, suffisamment insisté.
V' Un muscle contracté a des actions chimiques, et par conséquent thermiques, plus actives qiiun muscle relâché,
Claude Bernard a établi que le sang veineux du muscle au repos contient plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que le sang du muscle contracté.
(\) i'iû IrajUr la f|U(rKlioii avec liiauconp de (](H;iils «l.iiis mes Lrr.ons sur /a pfii/itio/of/ie des musi/es el desnerfa, ji. 312-417; mais le point de vue ([uc j'examine ici est tre» did'érent.
M. Zuntz, par la méthode des circulations artificielles a constaté cette même relation.
Minot, Sczelkow, M. Helmholtz, ont, par une série d'expériences diverses, établi que la contraction change la constitution chimique du muscle. Elle diminue Toxygène du sang, augmente l'acide carbonique produit, en môme temps qu'elle augmente la somme des substances intra-musculaires solubles dans l'alcool.
En même temps que cette augmentation dans l'activité chimique, il y a, par l'effet de ces actions interstitielles, élévation de a température. Becquerel etBreschet (1835), M. Helmholtz, puis, avec une précision remarquable, M. Heidenhain , ont indiqué cette élévation thermique consécutive à chaque contraction.
Ainsi, par l'expérience faite directement sur des muscles isolés, on arrive très nettement à constater que chaque contraction musculaire correspond :
1° A une absorption plus grande d'oxygène ;
2° A une production plus grande d'acide carbonique ;
3° A une transformation pl:is complète des matières albuminoïdes en matières extractives ;
4° A un dégagement de chaleur.
Autrement dit encore : l'élément organique cellule musculaire est le siège d'actions chimiques qu'une incitation du système nerveux peut accélérer. C'est le meilleur exemple qu'on puisse donner de l'influence du système nerveux sur les phénomènes, nutritifs. Qu'il y ait ou non secousse musculaire et raccourcissement des fibres du muscle, cela nous importe assez peu pour le moment. Nous voyons seulement que le système nerveux a cette puissance de faire dégager à la cellule des actions chimiques, et par conséquent thermiques, plus intenses.
La seconde loi est corrélative de la première, dont elle n"est guère qu'une modification.
2° Un muscle au repos., mais relié aux centres nerveux par les nerfs moteurs y autrement dit en état de tonicité, dégage plus de chaleur qu'un muscle paralysé et séparé des centres nerveux.
- Cette loi, qui résulte des expériences de Claude Bernard, de M. Ludwig, de M. Heidenhain, de M. Sczelkow, montre que ce n'est pas seulement par l'effet musculaire que le système nerveux agit sur les actions chimiques et thermiques de la fibre musculaire. Même alors que le muscle est relâché ou paraît tel,
— et, en réalité, il n'est pas complètement relâché, puisqu'il est en état de tonus — il y a encore des incitations nerveuses qui augmentent son activité chimique.
En somme, que ce soit tonus ou contraction, le nerf transmet à la cellule vivante une vibration quelconque, une stimulation quelconque, qui fait que, dans cette cellule musculaire, selon le stimulus nerveux, les actions chimiques sont plus ou moins fortes ; très fortes quand le nerf l'excite beaucoup; moyennes, quand elle est en relation avec le nerf non excité ; très faibles, quand elle est soustraite complètement à tout influx nerveux.
Si nous insistons à ce point sur cette influence chimique et thermique des nerfs sur la fibre musculaire, c'est qu'il y a une grande importance à établir, d'une manière incontestable, l'action des nerfs sur la vie chimique cellulaire. Le muscle, à cet égard, ne diS'ère pas des autres cellules ; le fait du raccourcissement ne change rien aux termes du problème, et ce que nous voyons pour les muscles s'applique certainement aux autres tissus. Pour les autres tissus, cellules glandulaires, cellules conjonctives, etc., quoique la démonstration soit plus difficile et qu'elle n'ait pas encore été faite avec la même rigueur, il n'est pas douteux que l'influence du système nerveux soit analogue, et que l'excitation nerveuse provoque dans toutes les cellules vivantes des actions thermiques plus intenses.
Je le répète : montrer que le système nerveux agit sur les muscles, de sorte qu'ils produisent alors plus de chaleur, c'est par cela môme démontrer qu'il peut agir aussi sur les autres tissus de la même manière, et leur faire produire aussi plus de chaleur. De là l'importance extrême de cette démonstration.
La troisième loi est encore un corollaire de la première. On peut la formuler ainsi :
^° La clialeur 'produite par un animal en activité inusculaire est plus grande que celle que dégaç/e un animal au repos. En même temps les actions chimiques sont plus intenses.
Cette loi n'est donc que la conséquence de la première. Seulement, dans le premier cas, on ne considère que des muscles isolés et des actions chimiques limitées, tandis que, dans le second cas, c'est la totalisation., pour ainsi dire, de ces influences.
A cet égard, les expériences des physiologistes sont très nombreuses.
D'après MM. Pettenkofler et Voit, le C0« expiré, étant de 69o grammes pendant le repos, a été de 1187 grammes pendant le travail musculaire, et, dans une autre expérience, de 1285 gr. D'après M. Mcade Smith, un liomme adulte produit par minute :
Dormant 0,32 de CO^
Assis 0,63 —
Marchant. i,lo —
Marchant plus vite ... 1,63 —
Lassaigne a trouvé qu'un cheval au repos exhale 172 litres de CO2 par heures, mais, après une course, cette exhalation est d'environ 363 litres. M. Vierordt a observé sur lui-môme une exhalation d'acide carbonique augmentant de 0='=,03 par minute après un exercice prolongé. Les abeilles en mouvement fournissent, d'après Newport et Dutrochet, 27 fois plus de CO^ que pendant le repos. Les marmottes, en état d'hibernation, produisent, d'après Regnault et Reiset, 0°'",037 de CO" par kilogramme et par heure, alors qu'éveillées elles produisent 15'",312 par kilogramme et par heure.
D'ailleurs, le fondateur de la chimie avait déjà, dans ses expériences avec Séguin, établi que le travail musculaire fait exhaler une bien plus grande quantité d'acide carbonique.
A cette activité chimique plus grande correspond un dégagement de chaleur plus considérable.
Hunter savait déjà qu'un homme endormi a une température d'un demi-degré au-dessous de celle qu'il a étant éveillé, et cette différence est probablement encore au-dessous de la réalité.
Nous avons vu, en effet, que l'oscillation individuelle est de 1°,3 dans la plupart des cas (1°,3, d'après Jurgensen). Davy, Obernier, Hirn, Baerensprung, Donnai, Stapff et bien d'autres ont montré qu'un exercice, même modéré, élève toujours la température.
Ainsi le système nerveux, par les mouvements généraux qu'il provoque, est le régulateur de la température et des actions chimiques. Excité, il commande des actions musculaires qui augmentent la production de GO" et le dégagement de chaleur.
J'ai cherché à reproduire expérimentalement cette hyperthermie par contraction musculaire en excitant le système musculaire général d'un animal vivant, en produisant ce que j'ai appelé le tétanos électrique.
Avant moi, M. Leyden avait fait deux ou trois expériences analogues, pour établir que, dans le tétanos généralisé pathologique, c'est la contraction musculaire qui détermine l'ascension thermique. On sait que chez certains tétaniques la température est parfois extrêmement élevée. M. Wunderlich, qui a, le premier,
LES MUSCLES ET LA PRODUCTION DE LA CHALEUR loo
insisté sur ce symptôme, a pu même constater une fois une température de 44°, 75.
J'ai cherché à pousser phis loin l'expérience, et j'ai pu arriver ainsi à quelques résultais très nets (1).
Afin de préciser les idées, je donne d'abord l'exemple d'une ascension de la température par l'excitation électrique chez un chien (2) ;
Température.
1 heure oO minutes. . . . 39o,8 Début de rélectrisation. 1 — :i2 — . . . . 400,0 1 — :j3 — . . . . 400,6
i Nombre des respirations par minute, 60.
1 — :iS — . . . . 410,1
2 heures .... 41», 3 2 — 01 — . . . . 410,4 2 — 02 — .... 410,6 2 04 — .... 420,0 2 — Oi) — .... 420,1
( Nombre 2 — 08 — .... 420,4 ] des respirations
( par minute, 70.
i Nombre des respirations par minute, 240.
M. Rosenlhal a objecté à ces expériences que ce n'est pas seulement la contraction musculaire qui fait monter la température, m.'iis encore le rétrécissement des capillaires de la périphérie, rétrécissement qui donne lieu à une moindre déperdition de clialeur, et, peut-être, par consécpient, à ime augmentation (Nî la clialeur propre. Mais cette objection n'est vraiment pas très puis-
(1; On trouNcra jiliis loin des Inicés <|iii iiMii<)ii(iiit Ires iiutleiiient, relie r.ipiile awreiiKioii tlii.Tmi<iii<; »ou» riiiUueiice des (îoiitracUoiis musculaires i|ue iintvoiiue l'i-lfclrifiti-,
(2) L'cTjx'Tifiicc ne réussit pas aussi Iticn sur le lapin (pie sur le rliien. Sur le lapin l'aseension tliermirpie est passagère, et le» énormes liypertliermies <pie l'on voit chez le chien ne peuvent pas être produites.
lo6
santé, car une moindre déperdition, due à un effet vaso-moteur, ne pourrait évidemment pas déterminer ces énormes ascensions de température, de 3°,5, en une demi-heure.
En outre, les chiens ainsi électrisés et réchauffés par leur propre contraction, au lieu d'avoir la peau froide, comme ce serait le cas, si réellement la déperdition par la périphérie était moindre, ont la peau brûlante ; leur haleine est ardente ; leur respiration, précipitée; ils perdent, et par la peau et par les poumons, une très grande quantité de chaleur. Donc c'est bien à la contraction musculaire qu'est due l'élévation thermique ; et, comme un très grand nombre d'expériences rétablissent,'^c'est uniquement le grand dégagement chimique se faisant pendant
Fig. 17. — Tétanos électrique.
Courbes thermiques du même chien électrisé. a, 1'° électrisation.
P, 2= — le même jour, avec un courant plus fort.
— même courant.
£, Électrisation du deuxième jour, —
6, — du troisième jour, —
Sur cette figure, comme sur les suivantes, l'ordonnée inférieure marque les temps (ici évalués en minutes) ; l'ordonnée latérale gauche marque les degrés de la température.
On voit que l'ascension thermique est presque constamment la même, sauf en a' oii le courant électi'ique était plus faible. La 4« excitation S, faite le même jour, est suivie d'une ascension tout aussi rapide qu'ont été la 2» et la 3". C'est donc l'intensité de l'excitation, plutôt que la fatigue du muscle, qui détermine la rapidité de la courbe.
LES MUSCLES ET LA PRODUCTION DE LA CHALEUR lo"
la contraction musculaire, qui est l'origine de cette hyperther-
raie.
Par cette méthode de lexcitation électrique, on arrive à produire facilement sur un chien toutes les températures comprises entre 39^ et 4o\ On peut ainsi faire des études fructueuses, et relativement faciles, sur les effets de la chaleur, et approfondir linfluence que la chaleur exerce sur le rythme respiratoire. On détermine alors avec précision quelle est la température immédiatement mortelle ou la température mortelle à plus longue échéance (1).
Mais nous n'avons pas actuellement à étudier ces faits, puisque c'està un autre moment que nous aurons à analyser Faction de la chaleur sur l'organisme.
Fig. 18. — Tétanos élertritiuc.
Trois chiens différents élccli-is(;s par un courant électrique de mônic iiUcnsilr,
A, Chien à jeun depuis quarante-huit heures.
B, Chien e» pleine digr^stion, fortement élecirisé déjà la veille de l'expérience, c' Chien en pleine digestion, non éleetrisé la veille.
Les minutes à l'ordonnée horizontale. — Sur l'ordonnée verticale sont les températures. On voit que l'ascension ne varie pas, quoique l'état de l'alimentation soit bien différent, et
quoique l'état des muscles, qui chez le chien B étaient épuisés par une éleclrisation
antérieure, ne soit pas comparable.
Chez tous les trois l'électrisation commence en E.
(1) C'est ce que vient <le faire M. nalllère dans une thèse int.'re8sante(Paris, 1888).
Bornons-nous à examiner dans quelles conditions se fait cette production de chaleur par la contraction du muscle.
Comme dans toute action chimique de cet ordre, il y a évidemment là un phénomène de combustion, une absorption d'oxygène et un dégagement d'acide carbonique. Cette combustion porte-t-elle, soit sur les éléments du sang, soit sur les substances alimentaires introduites dans le sang, soit, enfin, sur la fibre anusculaire elle-même ?
S'il est vrai que ce soit le sang lui-môme qui brûle dans la fibre musculaire, il s'ensuivrait qu'une hémorragie diminuerait énormément les oxydations intra-musculaires. Or Thémorragie est sans influence bien appréciable, pour peu que le système nerveux ait conservé une excitabilité suffisante.
Voici une expérience qui le prouve bien nettement.
A une chienne de 12 kilogrammes environ, on fait Télectrisation générale du corps.
A 3 heures
minutes. .
Alors on retire parla carotide 204 grammes de sang.
A 3 heures 14 minutes. . . 41o,l 3 — 30 — . . . 39°,9 3 — 33 — . . . 40°,1
A ce moment l'électrisation est reprise.
leures
34 minutes
On voit par cette simple expérience que la température s'est, comme auparavant, rapidement élevée après la soustraction
LES MUSCLES ET LA rRODUCTION DE LA CUALEIR
d'une notable quantité de sang, et que la plus ou moins grande quantité de sang contenu dans l'organisme n'a pas modifié la courbe Ibermique.
J'ai fait encore d'autres expériences qui parlent dans le même sens ; mais je ne les rapporte pas ici, car elles ne prouveraient rien de plus.
Ki:. 19. — Ti'taiios électrique.
Cûuibcs tlie/miques de trois chiens différeiils (!'loetris('^s.
Les temps sont évalués on minutes. — Les degrés sont sur l'ordonnée verticale. Li- même courant électrique est appliqué aux trois chiens.
a, Cliicn venant de mander.
ji, Ciiien à jeun depuis quatre fois vingt-quai rc heures.
Y, Clijcnne (épagncule) venant de manger.
On voit que l'étal de jeûne exerce une influence nulle. — Ce sont les dilïérences individuelles, peul-r/lrc de sexe, ])eut-ètrc de race, qui font que rasccnsion est |ilus ou moins rapide, toutes conditions égales d'ailleurs du côté de l'intensité de l'excitait.
Qu'on se rappelle, d'ailleurs, ce qui se passe cbez des animaux qui ont perdu beaucoup de sang. Tant que le système nerveux a conservé son activité et son intégrité fonctionnelles (action sur la respiration, les batlemcnts dti cretir, la pression artérielle), c'est à j)eine si après une énorme bémorragie on voit survenir un abaissement de quelques dixièmes de degré. Toujours cet abaissement est dil à rinsiiffisanc<î du système nerveux excitateur, et non a un df-faul des combustions iiit(!i-stilielles.
Ainsi la cause des comhiislions musculaires n'est pas dans le sang, mais dans la fil)re musculaire elle-même, f/esl là un fait que
l'inefflcacité de l'hémorragie à abaisser l'hyperthermie du tétanos électrique tend à prouver, aussi bien que l'expérimentation directe.
Par d'autres expériences encore on peut prouver que la vie du muscle ne dépend pas du courant sanguin, et que la cellule musculaire vit, meurt et même se répare, indépendamment de toute circulation .
Voici à cet égard une expérience que j'ai faite sur le muscle de la pince de l'écrevisse. Si Ton prend une pince d'écrevisse, et qu'on la sépare du corps, puis qu'on l'excite par des courants électriques forts, rythmés à un par seconde, et assez longtemps pour que le muscle ne donne plus de contractions, on l'aura épuisée. Mais si, sans qae le muscle soit irrigué par du sang oxygéné, sans qu'il puisse par conséquent retrouver les principes nutritifs et réparateurs, on lui laisse quelques instants de repos, le muscle retrouvera son excitabilité, et, si le repos est de quelques minutes, l'excitabilité reparaîtra et sera même presque aussi grande qu'au début.
Ce fait, que j'ai constaté très souvent, de la réparation spontanée d'un muscle épuisé, détaché du corps, et qui n'est pas irrigué par du sang ou un autre liquide nutritif, me parait être bien important à signaler. Il indique à quel point sont peu avancées nos connaissances sur la cause première de la contraction des muscles. En tout cas, cela prouve la puissante individualité de la libre musculaire, qui trouve en elle-même les principes chimiques nécessaires à la réparation après la fatigue.
Le sang nous apparaît donc, non comme la cause, mais comme le véhicule des combustions. Le CO^ produit est excrété par le sang. La chaleur produite localement est généralisée par le sang qui la dissémine dans toutes les régions de l'organisme. Il régularise la déperdition aussi bien que la production de calorique, de manière que toutes les parties du corps aient à peu près toujours la même température. Voilà le rôle du sang, rôle considérable, mais qui n'est rien moins que celui d'un comburant ou d'un combustible. C'est en dehors de lui, sans lui, que se passent les combustions.
Rappelons-nous que, sur le cadavre, alors qu'il n'y a plus trace de circulation, il y a encore production de chaleur, et production quelquefois considérable. Là, le sang n'exerce aucune influence, et la combustion se fait dans la substance même des tissus.
Donc, pour nous résumer, quand le muscle contracté produit
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de la chaleur, c'est la fibre musculaire qui la produit ; ce n'est pas le sang contenu dans la fibre musculaire.
On aurait pu encore supposer que les aliments, après leur transformation dans le tube digestif et leur pénétration dans ]e sang, sont les substances chimiques qui, ayant pénétré la fibre musculaire, lui permettent, dans sa contraction, de dégager de la chaleur. Il n'en est rien. En effet, dans une de mes expériences, j'ai pu déterminer les mêmes effets thermiques par l'électrisation d'un chien qui avait été privé d'aliments pendant une semaine. La courbe d'ascension a été aussi rapide après une semaine d'inanition qu'auparavant.
Donc, ni le sang ni les aliments ne contiennent les substances dont la combustion produit de la chaleur et une contraction musculaire ; ces substances sont exclusivement dans la fibre musculaire elle-même^ et, pour peu que celle-ci ait son intégrité, la combustion s'y fait avec une énergie suffisante.
Nous arrivons par cette méthode du tétanos électrique aux mêmes résultats que de nombreux autears ont obtenus par des expériences diverses ; à savoir que l'élément anatomique vit dans. un certain milieu intérieur, qui est le sang, renouvelé incessamment par l'alimentation. Mais ce n'est pas le sang qui brûle, et, pourvu que l'élément anatomique soit vivant et bien vivant, la qualité et la quantité du sang ne font rien aux phénomènes chimiques intra-cellulaires.
De même que les animaux, soit soumis à l'inanition, soit hémorragies, continuent à produire de la chaleur, de môme encore font les animaux soumis à une lente asphyxie. Dès que l'oxygène est en quantité suffisante pour entretenir la vie, il y en a assez, pour entretenir la chaleur animale. A l'état normal nous vivons avec un grand excès d'oxygène, un grand excès de sang, un grand excès d'aliments qui ont pénétré dans le sang. Ces proportions sont évidemment nécessaires pour maintenir d'une manière permanente la vitalité et la bonne santé de l'organisme ; mais elles sont inutiles pour qu'à un moment donné tel ou tel tissu vive et dégage de la chaleur. C'est en eux-mêmes que les tissus puisent les matériaux de leurs combustions. La fibre musculaire vit et se nourrit dans le sang ; mais c'est sa substance môme qu'elle brûle dans sa combustion propre.
Que l'on place un animal dans un milieu riche en oxygène,^ môme dans l'oxygène pur, ou dans un milieu pauvre en oxygène ; qu'il ait beaucoup de sang, ou peu de sang; s'il vit, s'il respire tant bien que mal, si l'intégrité du système nerveux est suffisante,,
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