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INFLUENCE DES SAISONS SUR LA PRODUCTION DE LA CHALEUR

Dans les régions où la température subit de grandes variations dans le cours de l’année, l’homme et. les vertébrés à sang chaud, lorsqu’ils ont une constitution appropriée au climat, ne laissent pas d’y vivre avec ce sentiment de bien-être et de force qui constitue la santé.

Tout ce que nous remarquons bien en nous-mêmes dans la diversité des saisons, c’est la différence des sensations qui résultent des changements dans les conditions extérieures. Si nous bornons là nos observations, nous ne trouvons rien d’étonnant dans la facilité avec laquelle nous subissons l’influence des saisons opposées; car il est de l’essence de notre être d’éprouver une variété de sensations compatibles avec la longue durée de la vie; et, si elle dépendait d’un degré déterminé de température, elle serait aussi passagère que cette température même. Tl est donc de toute nécessité que nous puissions nous accommoder de températures diverses. Si, dans les commencements d’une saison, nous éprouvons une impression désagréable de la

chaleur et du froid, elle s’efface bientôt, et nous l’attribuons à une propriété de la sensibilité en vertu de la(lnpHe les affections vives s’émoussent par la répétition même de l’impression. C’est ce que nous appelons l’effet de l’habitude. Ainsi, le sentiment et la réflexion concourent à nous persuader, lorsque nous jouissons d’une santé parfaite, que nous n’éprouvons d’autre changement essentiel’ flans le cours des saisons, que dans le degré de notre sensibilité. Ainsi rien de plus naturel que de penser que nous avons tout expliqué lorsque nous disons que nous supportons les diverses températures des saisons, hors les cas extrêmes, toujours nuisibles à l’économie, parce que nous nous y accoutumons; et d’autant mieux lorsqu’on passe, comme dans les climats tempérés, par des nuances insensibles aux limites opposées de chaleur et de froid, condition la plus favorable aux effets de l’habitude.

Cependant il est un phénomène relatif h l’état du corps, pendant les diverses saisons, qu’on ne saurait expliquer par l’habitude, parce que c’est un état physique qui doit dépendre d’autres conditions physiques dans l’économie, quelle que soit leur cause première. C’est la température du corps dans le cours de l’année. Avant qu’il y eût des moyens exacts pour la déterminer, on n’ignorait pas qu’elle est très haute en hiver, et bien supérieure h celle des corps environnants; mais on devait croire qu’elle s’élevait successivement avec la ch a-

leur extérieure pour revenir ensuite avec le déclin de l’année à son point de départ.

Aussi n’v eut-il aucun phénomène de chaleur découvert par l’application du thermomètre qui excitât plus d’étonnement que la constance de la température de l’homme et des animaux des classes supérieures. L’explication en resta longtemps hypothétique, jusqu’à ce qu’on eut découvert un nouvel ordre de faits. Dès qu’on reconnut dans la formation des vapeurs une cause physique de refroidissement, on se servit de ce principe pour se rendre compte de cette uniformité de la chaleur animale. La transpiration devient plus grande à mesure que la chaleur de l’air s’accroît; la formation plus abondante de vapeurs enlève plus de chaleur au corps; et de la compensation entre cette source de refroidissement et l’élévation de la chaleur extérieure pouvait résulter l’égalité de la température du corps^

Cette cause influe sans doute pour tempérer la chaleur; nous en donnerons les preuves fondées sur l'expérience dans un autre endroit de cet ouvrage; mais elle est insuffisante; et, sans nous arrêter ici à la démontrer par des faits relatifs à la transpiration, nous ferons voir qu’il y a un autre élément très important qui entre dans la solution de la question.

En attribuant à la transpiration le pouvoir de régler la température, on suppose nécessairement que la production ou développement de chaleur reste la même dans les diverses saisons. Mes premières

recherches sur la chaleur animale Ven ont fait douter. Dès que j’eus constaté que la faculté de pi oduire la chaleur différait beaucoup par le progrès de l’âge, depuis l’enfance jusqu’à l’àge adulte, je devais être conduit à penser que d’autres causes pourraient y amener de grands changements, surtout la succession des saisons, dont j’avais étudié les effets sur la constitution des vertébrés à sang froid.

On a vu, dans la première partie de cet ouvrage, que les expériences que j’ai faites à ce sujet avaient rempli cette attente.

D’après ces faits et d’autres que nous avons rapportés, voici comment nous présenterons l’influence des saisons considérées sous le rapport de leur température, en faisant abstraction des effets (le la vaporisation, que nous exposerons ailleurs.

Nous distinguerons à cet égard deux classes d’individus chez l’homme et les animaux à sang chaud: ceux dont la constitution est parfaitement en harmonie avec le climat, et ceux auxquels il ne convient pas. Les premiers subissent des changements en rapport avec la saison, qui leur permettent le libre usage de leurs facultés, et cette jouissance de la vie qui constitue la santé. A mesure que la température s’abaisse, leur source intérieure de chaleur augmente. Elle s’accroît successivement et atteint son maximum en hiver; elle décline ensuite avec l’élévation et la, durée de la chaleur extérieure. Voici donc un nouvel élément qui doit entrer dans

l'explication de l’égalité de température (lu corps. Considérons-le ci part, comme si cette cause seule suffisait pour produire cet effet. La température du corps dépendra de la chaleur produite et de la chaleur communiquée. Leur proportion respective pourra varier sans que la température (lu corps varie. Il y aura ainsi compensation entre la chaleur qui vient du dehors et celle qui se développe à l’intérieur; l’excès de l’une suppléera au défaut de l’autre. Mais l’économie n’acquiert cette faculté de s’accommoder à la température extérieure qu’avec la marche lente et progressive des saisons: du moins elle ne l’acquiert au plus haut degré que par ce moyen.

Si en été il survenait un froid subit aussi vif que celui que nous pouvons supporter en hiver, le corps serait, pour ainsi dire, pris au dépourvu, la faculté de produire de la chaleur étant alors réduite à son moindre degré, celle qui est enlevée ne serait plus suffisamment réparée. A cet égard, nous différons nous-mêmes en été et en hiver de la même manière, mais à un moindre degré, que les jeunes animaux à sang chaud différent des adultes. Si les premiers résistent moins au froid, c’est qu’ils ne peuvent pas développer autant de chaleur. Chez eux, cette faculté s’accroît sous l’influence d’une température douce, par les progrès de l’organisation; chez les adultes1, par l’impression ménagée du froid dans des degrés et des durées appropriés à leur être.

De même, lorsque la constitution de l’hiver est

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extuieuie, à moins qu’elle ne soit excessive influe

peu sur la faculté de produire de la chaleur; elle

tinue à se développer avec abondance; il faut

pour a diminuer sans nuire à la santé, que la cha-

ui. de 1 air s’élève lentement et se soutienne longtemps. °

Ces changements n’ont pas lieu chez tous les individus du même pays. H en est qui ne sont pas appropriés à cette grande étendue de variations dans la température extérieure. Le froid qu’ils peuvent supporter sans inconvénient est beaucoup moindre, parce qu’ils n’ont pas les mêmes ressour-

ces pour réparer les pertes de chaleur. Au-dessous de cette limite, le froid produit sur eux un effet inverse de celui que nous avons décrit plus haut: au lieu d’augmenter la production de chaleur, il la diminue. Le type de ces constitutions se trouve chez les jeunes animaux à sang chaud et les mammifères hibernants. Us en présentent les caractères d’une manière plus marquée; mais les nuances chez les autres individus, soit parmi les autres animaux h sang chaud, soit parmi les hommes, pour être plus faibles, n’en sont pas moins de même nature.

Lorsqu’on ne considère dans les mammifères hibernants que la faculté qu’ils ont de s’engourdir, un intervalle immense semble les séparer des autres animaux de leur classe; mais lorsqu’on les en-

visage sous le rapport de la fonction qui nous occupe, et qui paraît intimement liée avec cette disposition, on passe, pour ainsi dire, par une gradation insensible aux mammifères qui en paraissent les plus éloignés. Nous avons fait voir que les espèces hibernantes occupaient les derniers rangs dans l’échelle de production de chaleur, parmi les animaux à sang chaud adultes. Nous les avons confondues dans un même groupe sans distinction entre elles, parce que toutes sont susceptibles de présenter des phénomènes communs, un abaissement semblable de température, une léthargie profonde et prolongée. Mais les mêmes circonstances ne les produisent pas au même degré chez toutes, et l’inégalité des effets d’une même température extérieure sur celle de leur corps fait découvrir, chez les diverses espèces, des différences considérables dans la faculté de produire de la chaleur. Aux deux extrémités se trouvent d’une part les chauves-souris, d’autre part les marmottes, en me bornant à l’énumération que j’ai donnée des animaux de cette tribu.

De toutes ces espèces, les chauves-souris se refroidissent le plus facilement; elles diffèrent même beaucoup des espèces qui les suivent immédiatement, et un intervalle considérable les sépare des marmottes.

Il y a, parmi les mammifères adultes qui ne passent pas l’hiver dans l’engourdissement, des espèces très voisines de ce groupe par le peu de cha-

leur qu’elles produisent : les souris sont de ce nombre. J’ai été surpris, en les exposant à un froid modéré en laver, de l’abaissement de température qu’elles éprouvaient; ce qui m’a expliqué l’utilité d’une habitude très singulière. Elles font des nids en tout temps, non seulement pour leurs petits, mais pour elles-mêmes. On sait que, dans des cages étroites, elles ne multiplient pas. J’en gardai ainsi de différents sexes et de différents âges, et je les voyais, dans des saisons oii je n’aurais pas soupçonné qu’elles eussent besoin de plus de chaleur, se former artistement des nids, comme ceux des oiseaux. Je plaçais exprès dans leur voisinage des brins de paille et des tissus de coton, qu’elles tiraient à elles à travers les barreaux de la cage, pour s’en servir de la sorte. On voit, par l’observation précédente, qu’elles cherchent à conserver le peu de chaleur qu’elles développent, chaleur nécessaire à leur conservation; car, exposées à l’air, souvent elles périssent par un froid qui nous paraîtrait modéré. En prenant leur domicile chez l’homme, elles n’ty trouvent pas seulement l’avantage d’une nourriture plus abondante, mais aussi la facilité de se mieux garantir du froid, ce qui ne leur est pas moins salutaire.

Ce fait nous conduit à reconnaître le groupe d’animaux à sang chaud adultes non hibernants qui renferment les espèces les moins propres à développer de la chaleur par l’abaissement graduel de la température extérieure; ce sont celles pour la

plupart qhi se pratiquent des demeures souterraines, qui habitent les cavernes, les fentes et les creux des rochers, les trous dans les murs et dans les arbres. Sans doute d’autres causes déterminent aussi le choix de ces retraites: la nécessité d’éviter les surprises et de trouver un refuge, d’amasser des provisions pour les temps de disette; et, si quelquefois ces demeures ne sont choisies que pour servir de magasins ou d’asile, elles servent aussi d’abri contre le froid, que le plus grand nombre de ces espèces ne saurait braver impunément. Cela est surtout évident chez celles qui prennent le soin de garnir leur habitation des substances les plus propres à retenir la chaleur.

Il y a une pareille distinction à établir entre les constitutions des hommes qui habitent le même climat: les uns, et c’est le plus grand nombre, éprouvent un effet salutaire de l’abaissement graduel de la température; ils subissent des modifications correspondantes à celles des animaux h sang chaud adultes qui acquièrent successivement la faculté d’affronter les rigueurs de l’hiver, non parce qu’ils s’endurcissent au froid, en raison de leur sensibilité qui s’émousse, mais parce que leur foyer de chaleur devient plus actif.

D’autres individus parmi les hommes sont semblables à l’autre tribu dont la constitution n’éprouve pas cette influence bienfaisante du froid. N’ayant pas les mêmes ressources en eux-mêmes pour subvenir à la perte de chaleur qu’ils subis-

sent en hiver, il faut qu’ils aient recours, comme les espèces dont j’ai parlé, à des moyens auxiliaires, pour se soustraire à l’impression nuisible de la saison. Il y en a qui se réchauffent difficilement, lors même que le froid est tempéré; ils ont besoin d’élever davantage la chaleur des appartements. Cette classe est plus nombreuse qu’on ne croitelle ne se borne pas aux personnes frileuses, car l’influence nuisible du froid ne se fait pas toujours reconnaître par la sensation pénible h laquelle nous donnons le même nom; celle-ci peut être remplacée par des sensations bien différentes : par divers états de malaise, de douleur, de souffrance et d’incommodité autres que la sensation particulière que nous éprouvons généralement par un temps froid, et qui nous fait distinguer la cause qui la produit. L’absence de cette sensation spécifique nous fait prendre le change sur la cause, et faute de la reconnaître nous manquons le remède.

Pour que l’intensité de ces effets augmente, il n’est pas nécessaire que la température descende au-dessous du degré qui a commencé à les produire; il suffit qu’elle s’y soutienne. Nous avons fait voir, dans le paragraphe précédent, par des expériences sur de jeunes animaux à sang chaud, que l’application passagère du froid agit sur des constitutions de cette espèce, en diminuant la faculté de produire de la chaleur, et que cette influence s’étend au delà du temps du refroidissement. Lors donc que l’exposition au froid est pro-

longée, les effets de chaque partie du temps s’ajoutent à ceux des parties qui les suivent. Ainsi les individus de cette classe, par la seule durée d’un même degré de froid, subissent une diminution successive dans leur faculté de produire de la chaleur.

Cette observation s’applique à un phénomène très remarquable que présentent les mammifères hibernants. Pallas nous apprend, dans son excellent ouvrage sur de nouvelles espèces de l’ordre des loirs,1 que, la température extérieure restant la même, l’engourdissement de ces animaux allait en augmentant avec la durée du froid. M. de Saissy a fait la même remarque; j’ai eu l’occasion de la vérifier: mais cet effet n’est pas illimité. Il en est de même de l’influence salutaire du froid sur les constitutions appropriées au climat. La persistance d’un même degré de température peut accroître leur faculté de produire la chaleur, mais cet accroissement est nécessairement borné.

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