‹ La chaleur animaleChapitre 17 sur 23 · DE L’ASPHYXIE · texte numérisé non relu

DE L’ASPHYXIE

Nous avons vu, dans la première partie, que Le Gallois avait entrepris ses expériences sur l’asphyxie des animaux à sang chaud nouveau-nés, pour déterminer le temps qu’un fœtus humain à terme,

séparé <le sa mère, peut vivre sans respirer. Cependant, il ne fit aucune application à l’homme de ses nombreuses recherches; c’est donc au lecteur à en faire, et, d’après les résultats de ces expériences, il sera porté à. croire qu’un enfant nouveau-né, privé du contact de l’air, vivrait environ une demi-heure.

Mais nous avons fait voir précédemment que les mammifères à leur naissance diffèrent beaucoup entre eux par la durée de la vie dans l’asphyxie, et se divisent, sous ce rapport, en deux groupes, les uns vivant à peu près une demi-heure, les autres un bien plus court espace de temps, dont les limites, dans les expériences que j’ai faites, sont de cinq h onze minutes. Le Gallois avait bien reconnu que le jeune cochon d’Inde ne vivait que peu de temps lorsqu’on le privait d’air; mais il ne nous donne aucun moyen de juger approximativement de la durée de la vie, en pareil cas, d’un enfant né à terme. A en juger par sa faiblesse et par la longue durée de cet état, il semblerait se rapprocher du genre de vitalité des jeunes chiens, des chats et des lapins, qui sont les espèces qui peuvent se passer le plus longtemps de la présence de l’air; et l’on conclurait, par analogie, que l’enfant nouveau-né vivrait de même sans respirer environ une demi-heure. On serait d’autant plus porté à le croire, que le cochon d’Inde, qui vit si peu de temps lorsqu’il est privé d’air, naît avec la faculté de marcher et de pourvoir à sa subsistance;

ce qui le rapproche singulièrement de l’adulte.

Mais ce caractère induirait en erreur. Nous avons fait connaître, par des observations multipliées, le rapport suivant lequel les jeunes mammifères ont la faculté de vivre plus ou moins longtemps sans respirer. Ce mode de vitalité est intimement lié à la faculté de produire de la chaleur. C’est ici le cas de rappeler la division que nous avons établie à cet égard entre les jeunes mammifères : 1° ceux qui produisent si peu de chaleur qu’ils n’ont pour ainsi dire, pas de température propre ; 2° ceux qui en produisent assez pour conserver une température élevée, lorsque l’air n’est pas trop froid. Les premiers vivent le plus longtemps dans l’asphvxie; les autres un court espace de temps. Le caractère extérieur qui sert à rapporter une espèce à l’un ou l’autre groupe, consiste, comme nous l’avons remarqué, dans l’état des yeux. Or, l’enfant naît les yeux ouverts, et nous avons confirmé, par une multitude de preuves, qu’il appartient au groupe de ceux qui produisent le plus de chaleur. Il s’ensuit qu’il vivra aussi beaucoup moins de temps que les premiers lorsqu’il est privé du contact de l’air. Ce n’est qu’approximativement que nous pouvons juger de cette durée. Dans les expériences que j’ai faites sur les jeunes mammifères qui naissent les yeux ouverts, elle a été de cinq à onze minutes.

Lorsque nous parlons de la durée de la vie dans

l’asphyxie, il est important de se rappeler que nous

n’en jugeons que par les signes extérieurs qui se manifestent durant l’expérience. Ces signes consistent en des mouvements volontaires ou involontaires. Lorsque l’animal ne donne plus de mouvements spontanés, on cherche à. en exciter en le pinçant. Dès que ce moyen est sans effet, on cesse l’expérience. Il existe encore des mouvements intérieurs: le cœur continue à battre; mais, comme on ne peut exciter des mouvements apparents, et que l’animal n’en exécute pas spontanément, il est alors dans l’état de mort apparente. Je ne traiterai pas ici de la durée de cet état, ni des conditions qui la déterminent; c’est un ordre de phénomènes à part, et qui exige des recherches particulières, que nous réservons pour une autre occasion. Nous ne nous occuperons que des signes de vie qui se manifestent à l’extérieur durant l’asphyxie; et pour donner une idée précise des conditions dans lesquelles les observations sont faites, nous dirons qu’elles ont rapport îl la privation d’air par submersion dans l’eau.

Que l’eau soit aérée ou non, les résultats sont absolument les mêmes sur les mammifères. Les phénomènes qu’ils présentent sont bien différents suivant l’époque de l’expérience; il importe de les distinguer. Dans les premiers moments, ces mouvements sont variés, multipliés, continus et évidemment volontaires: les animaux cherchent à se soustraire h la situation pénible où ils sont; mais bientôt les mouvements volontaires cessent; il est

évident qu’il y a alors perte de connaissance. Jusqu’à cette époque la bouche reste fermée, ou ne s’ouvre qu’accidentellement. Ensuite un autre ordre de phénomènes a lieu: l’animal ayant perdu connaissance, les mouvements deviennent involontaires: d’abord suspendus pendant un court intervalle, ils s’exécutent ensuite d’une manière automatique, avec une certaine régularité dans leur nature et leur retour. Toutes les parties du corps y participent : la bouche s’ouvre largement, la poitrine se dilate, le tronc se fléchit en avant, les membres se rapprochent, les muscles se relâchent aussitôt, et le corps redevient immobile. Ces mouvements se reproduisent à peu près de la môme manière jusque vers la fin de l’expérience. Alors le tronc cesse peu à peu de se fléchir, les membres de se rapprocher, la poitrine de se dilater, au moins d’une manière bien sensible; mais la bouche continue à s’entr’ouvrir par intervalle, moins largement, à la vérité. Ce genre de mouvement est celui qui subsiste le plus longtemps. Il y en a quelquefois d’irréguliers qui consistent en une torsion du tronc; mais ils sont rares, et ne se présentent pas dans tous les cas. J’ai dit que les mouvements réguliers dont je viens de parler tendaient à se reproduire à des intervalles égaux. Ils se renouvellent ordinairement dans l’espace d’une ou deux minutes dans presque toute la durée de l’expérience. Vers la fin l’intervalle est plus grand; il est de trois ou quatre minutes. Le genre de mouvements est le

même, qu’ils soient spontanés ou excités en pinçant l’animal.

C’est une chose remarquable que les mouvements volontaires soient toujours de courte durée, même chez les individus qui vivent le plus longtemps, lorsqu’ils sont asphyxiés. Ainsi, les chiens, les chats, les lapins, etc., nouveau-nés, quoiqu’ils puissent, en pareil cas, vivre une demi-heure, cessent de se mouvoir volontairement, et perdent connaissance ordinairement au bout de trois ou quatre minutes. C’est une observation que j’ai bien souvent répétée, et qui a toujours fixé mon attention.

Ainsi, Buffon s’est trompé dans ses expériences sur la submersion des petits chiens, lorsqu’il croit qu’ils n’ont pas souffert du manque de respiration pendant une demi-heure. Comme ils étaient plongés dans du lait, il n’a pu voir les phénomènes qu’ils présentaient. Ce célèbre naturaliste a été induit en erreur par la facilité avec laquelle les petits chiens se sont rétablis. C’est que les mouvements involontaires n’ayant pas cessé, la respiration a eu lieu de suite dans l’air; cependant l’un des individus qui avaient subi trois fois cette épreuve mourut, non immédiatement après l’expérience, mais le même jour.

Il faut remarquer ici que les petits chiens peuvent donner des signes de vie pendant plus d’une demi-heure, lorsqu’ils sont submergés. J’en ai vu vivre sous l’eau pendant 0 h. 54 m. ; mais ce cas est rare. Si on les laissait dans l’eau jusqu’au mo-

ment où ils ne donnent plus de mouvements, soit d’eux-mêmes, soit en les excitant, ils ne se rétabliraient plus par l’exposition ù l’air; du moins je n’ai jamais eu l’occasion de l’observer ni sur eux ni sur d’autres espèces de mammifères. Je ne fais cette observation qu’en passant; car elle se rapporte ù la possibilité de rappeler à la vie après la mort apparente; sujet que je ne me suis pas proposé de traiter ici. Je me contenterai d’observer que l’homme est dans une des conditions les plus favorables pour que l’exposition à l’air le ranime. Xous en parlerons ailleurs.

Par la description que j’ai donnée des phénomènes de la vie pendant la submersion, on jugera facilement si le moyen proposé par Buffon, dans le passage suivant, peut atteindre le but qu’il s’était proposé par la répétition de ce genre d’épreuves.

« Je n’ai pas suivi, dit-il, ces expériences plus loin; mais j’en ai assez vu pour être persuadé que la respiration n’est pas aussi absolument nécessaire ù l’animal nouveau-né qu’à l’adulte, et qu’il serait peut-être possible, en s’y prenant avec précaution, d’empêcher de cette façon le trou ovale de se fermer, et de faire par ce moyen, d’excellents plongeurs et des espèces d’animaux amphibies, qui vivraient également dans l’air et dans l’eau. »

Supposons que la répétition fréquente des submersions, ù dater de la naissance, puisse conserver à l’adulte le même genre de vitalité qu’il avait dans l’enfance, par lequel il peut vivre un assez

» espace de temps sans respirer, il faut cepen-

' " 1 P0M etre b,,D PlonSe“r> avoir l’usage des sens et des mouvements volontaires; or, nous avons vu que les mammifères nouveau-nés perdent ordinairement connaissance en trois ou quatre minutes, et

qu ils ont peu d'avantages à cet égard sur les adultes.

Je me suis souvent informé, aux écoles de natation de Paris, du temps que les meilleurs plongeurs peuvent passer sous l’eau; j’ai appris que la plus long espace est de trois minutes; encore y a-til peu d’hommes en état de plonger aussi longtemps.

Quant h l’enfant, nous avons vu qu’à, cause de sa grande production de chaleur, il est dans la classe de ceux qui, à leur naissance, ne vivraient que peu de temps lorsqu’ils sont submergés dans l’eau, en faisant même abstraction de la différence des mouvements volontaires et involontaires.

La chaleur, qu’elle soit produite ou qu’elle vienne du dehors, a des effets semblables sur ce mode de vitalité.

11 n’est pas de caractère physiologique qui distingue plus éminemment les vertébrés h sang froid des animaux à sang chaud que la grande différence de la durée de leur vie lorsqu’ils sont privés d’air; mais ce caractère dépend moins de leur nature que des conditions dans lesquelles ils sont placés. Nous avons vu que des batraciens peuvent vivre deux ou trois jours dans de l’eau privée d’air; mais dans quelles circonstances? Cette longue du-

rée de la vie dépend de deux conditions extérieures : 1° que l’eau dans laquelle ils sont plongés soit à zéro, ou peu au-dessus de ce terme ; 2° que la température de l’air ait été, longtemps avant l’expérience, à un degré à peu près semblable, pou?* que la constitution de ces animaux ait éprouvé une modification dépendante de cette longue durée du froid.

Mais, si l’on fait la même expérience en été, dans de l’eau à 20°, ils ne vivent qu’environ une heure, un peu plus un peu moins, suivant l’intensité de la chaleur précédente. Nous voyons déjà qu’ils ne diffèrent guère de quelques individus, parmi les animaux à sang chaud nouveau-nés, tels que de petits chiens qui peuvent vivre comme je l’ai observé ci-dessus, jusqu’à 0 h. 54 m., dans de l’eau également à 20°. Maintenant, si au lieu de ce degré, on porte l’eau à la température de 40°, terme moyen de celle des animaux à sang chaud, les batraciens qu’on y plonge ne vivent pas plus longtemps que les mammifères adultes. Il en est de même des poissons, surtout de ceux des petites espèces; et la différence pour les autres n’est que de quelques minutes. Les lézards gris dans les mêmes conditions ont vécu à peu près 0 h. 6 m. On voit par là que la chaleur, soit produite, soit extérieure, exerce une influence semblable sur la durée de la vie dans l’asphyxie.

Relativement à l’influence du froid, il çst évident que nous ne pouvons pas ob^enihlfles résul-

tats aussi marqués dans les expériences comparatives sur les animaux à sang chaud et les vertèbres a sang froid. D’abord, les mammifères et les oiseaux, quel que soit leur âge, ne supportent pas un aussi grand abaissement de leur température que les reptiles et les poissons; en second lieu, dans le cas d’un abaissement égal de température, les animaux à sang chaud ne peuvent pas, en général, persister longtemps dans cet état: condition la plus importante pour prolonger la durée de la vie dans 1 asphyxie. C’est sous ce rapport que les vertébrés â sang froid diffèrent considérablement des animaux â sang chaud. Cependant s’il était, parmi les mammifères ou les oiseaux, quelques espèces susceptibles de présenter les deux phénomènes suivants: 1° de subir un grand abaissement de température; 2° de vivre longtemps dans cet état sous 1 influence d’un air froid, il faudrait conclure, des rapports établis plus haut, que ces animaux à sang chaud se rapprocheraient beaucoup des reptiles et des poissons, par la faculté de vivre longtemps sans le contact de l’air. Or, nous savons qu’il existe de pareilles espèces : les mammifères hibernants. Il est facile de prévoir quelle sera à peu près la du- , rée de leur vie, lorsqu’ils sont privés d’air par submersion dans l’eau en été. Rappelons-nous que, dans cette saison, ils ont une chaleur élevée, semblable à celle de beaucoup d’autres mammifères, et de plus, qu’ils ont été soumis à l’influence de cette chaleur pendant toute la durée précédente

de la belle saison. Ils seront donc dans des conditions qui déterminent la plus courte durée de la vie dans l’asphyxie.

J’ai asphyxié dans de l’eau à 20° des chauvessouris, à une époque où elles n’étaient pas engourdies: elles ne vécurent que de quatre à cinq minutes. Changeons maintenant les conditions de l’expérience : qu’une espèce quelconque d’animaux hibernants ait subi le plus grand abaissement de température dont elle est susceptible; qu’elle ait vécu longtemps dans cet état sous l’influence d’un air froid, il est facile de prévoir que, participant alors de la manière de vivre des vertébrés à sang froid en hiver, elle présentera des phénomènes analogues dans la durée de la vie, lorsqu’elle sera privée d’air. Spallanzani nous fournit des faits intéressants qui font voir la justesse de cette vue. Il plaça, dans un récipient contenant de l’acide carbonique, à la température — 12°, une marmotte profondément engourdie, et par conséquent dans les conditions que nous avons exposées plus haut. Fdle n’y donnait aucun signe de malaise pendant toute la durée de l’expérience. Spallanzani la retira au bout de 4 h., sans qu’elle eût paru souffrir de cette épreuve; et certes, elle y aurait vécu plus longtemps si on l’avait laissée dans le gaz. Remarquons, en outre, que ce gaz est très délétère; qu’il n’agit pas seulement en privant l’animal du contact de l’air atmosphérique, mais aussi par une propriété qui tend à éteindre la vie, quoique

quelques physiologistes aient pensé, d’après certains résultats d’expériences, qu’il n’est pas plus délétère que l’azote et l’hydrogène.

Les faits que je viens d’exposer prouvent évidemment que la température agit de la même manière sur* tous les vertébrés pour augmenter ou diminuer la durée de la vie dans l’asphyxie. L’échelle de température à laquelle ces observations se rapportent est de 0° à 40° centigrades. LL est remarquable qu’h la limite supérieure il y ait si peu de différence dans le temps que les animaux peuvent vivre sans respirer. Ce n’est qu’à, des degrés inférieurs, que ces différences deviennent plus marquées, suivant les espèces, et d’autant plus que l’on approche davantage de la limite inférieure.

J’ai dit que ces différences dépendaient principalement des deux conditions : du degré d’abaissement de température que les espèces peuvent supporter, et du temps pendant lequel elles peuvent persister dans cet état sous l’influence d’un air

froid. ! , v . ' ii * I i

Le lecteur pensera peut-être que je rapporte toutes les variétés dans la durée de la vie, lorsque les animaux sont privés de la respiration, aux seules causes que je viens d’indiquer; mais rien, ne serait plus contraire à l’esprit de ces recherches. Dans les phénomènes de la vie, les causes qui les produisent et qui déterminent leur- mesure sont toujours très compliquées. Il me suffit d’avoir démontré que la température exerce, sur ce

phénomène de la vie, une influence commune à tous les vertébrés, et d’avoir déterminé le sens dans lequel elle agit. D’autres causes, sans doute, comme celles qui dépendent de l’organisation, etc., concourent à modifler la durée de la vie, lorsque les anima.nY sont privés d’air; mais la recherche de toutes ces causes,' en supposant qu’on puisse, les déterminer, n’entre pas dans le plan de cet ouvrage.

Dans le cas où un vertébré est entièrement privé du contact de l’air, quelles sont les principales fonctions qui s’exercent dans ce mode d’existence, et quelle est leur influence? On sait que l’air atmosphérique, en agissant sur les organes respiratoires, donne au sang une qualité particulière que l’on reconnaît à sa couleur vermeille, et qu’ou désigne ordinairement sous le nom de sang artériel. Le sang privé de cette influence de. l’air prend une couleur sombre; à cause de cette nuance, on l’a souvent appelé sang noir. Nous ne le distinguons avec d’autres physiologiste que sous le nom de sang veineux.

Lorsqu’on intercepte entièrement les rapports de l’air avec l’économie, comme dans la submersion, la. circulation continue; mais le sang qui circule perd sa qualité artérielle, et devient bientôt du sang veineux. Une autre fonction principale s’exerce en même temps : celle du système nerveux. Je ne m’occuperai que de celles que je viens de nommer, puisqu’on est généralement d’accord pour

— il; —

regarder les autres comme leur étant subordonnées. Il s agit de savoir si la circulation du sang devenu veineux contribue à l’entretien de la vie. On a vu dans le premier chapitre de cet ouvrage que cette question est décidée relativement aux reptiles. On Peut se rappeler que je m’en suis assuré de la manière suivante: j’ai supprimé la circulation sur un certain nombre de batraciens, en excisant le cœur et le bulbe de l’aorte; j’ai laissé intacts d’autres individus de même espèce; je plaçai les uns et les autres dans de l’eau non aérée à la même température. La différence dans la durée de la vie était considérable, les salamandres dont la circulation était supprimée ne vivant que sept à huit heures, celles chez qui la circulation subsistait vivant trois fois plus longtemps.

La circulation du sang veineux contribue-t-elle h prolonger la vie des animaux à sang chaud lorsqu’ils sont asphyxiés? Cela est évident pour les jeunes mammifères. J’ai fait sur des chats des expériences analogues aux précédentes sur les reptiles. Les individus dont la circulation était supprimée par l’excision du cœur, et submergés dans de l’eau ne vivaient en général qu’un quart d’heure; d’autres que je laissais dans leur intégrité, plongés dans de l’eau à la même température, donnaient des signes de vie pendant environ une demi-heure.

On ne verrait pas facilement dans des expériences sur des animaux à sang chaud adultes l’influence de la circulation du sang veineux, parce

que la privation d’air cause si promptement la mort apparente, qu’il est inutile de chercher à déterminer les petites différences qui, d’ailleurs, pourraient ne pas être sensibles; mais on ne saurait douter que la circulation du sang veineux ne contribue h entretenir la vie de ces animaux après la cessation des mouvements extérieurs, et durant cet état que nous désignons sous le nom de « mort apparente ».

Ces observations nous conduisent à examiner la fonction sur laquelle la température agit, suivant son degré, pour prolonger ou abréger la vie durant l’asphyxie.

On conçoit que la température, dans l’échelle de 0° à 40°, puisse agir directement ou indirectement, nïmporte lequel, sur les mouvements du cœur des animaux asphyxiés. Comme nous avons prouvé que la circulation contribue puissamment à prolonger Ig, vie des animaux qui vivent longtemps privés d’air; il s’ensuit que les différents degrés de vitesse du cœur peuvent influer diversement sur la durée de la vie. Il est de fait que la vitesse des mouvements du cœur est très différente chez les animaux plongés sous l’eau, suivant le degré de température de ce liquide. Chez les reptiles comme chez les jeunes mammifères, ils sont le plus lents à 0° et très précipités à 40°.

Nous supposerons que la vitesse du cœur qui convient le plus pour prolonger la vie des animaux asphyxiés est celle qui est déterminée par la tem-

pérature à laquelle ils vivent le plus longtemps, et nous nous demanderons si cette même température n’a pas une action spéciale sur le système nerveux pour favoriser ses fonctions. Je m’en suis assuré de la manière suivante : Vers la fin du mois de décembre la température précédente ayant été très froide, le cœur fut enlevé à huit grenouilles. On en plaça quatre dans de l’eau à 20° et quatre autres dans de l’eau à la température de la glace fondante. Les individus de la première série vécurent l’un dans l’autre une heure trois minutes, ceux de la seconde huit heures cinquante-cinq minutes. La température agit donc sur les grenouilles dont la circulation est supprimée et qui sont, pour ainsi dire, réduites à la seule action du système nerveux, de la même manière que sur celles dont la circulation est en pleine action. J’ai excisé le cœur à trois chats nouveau-nés: j’ai mis l’un dans de l’eau à 20°, un autre dans de l’eau à 40° et le troisième dans de l’eau à 0°. Le premier vécut 0 h. 13 m. 30 s.; le second 0 h. 7., et le troisième 0 h. o m.; or, ces animaux ne vivaient que par le système nerveux et musculaire; et si l’on compare le résultat de ces expériences à celles que j’ai rapportées ailleurs, relativement à des individus de même espèce dont la circulation n’était pas supprimée et qui étaient placés dans les mêbnes conditions, on verra que la température a exercé sur les uns et les autres une influence analogue. En effet, c’est dans de l’eau à 20° qu’ils ont

vécu le plus longtemps, beaucoup moins à 40°; enfin la plus courte durée était à 0°. La température, dans les limites indiquées, exerce donc une influence directe sur la vitalité du système nerveux.

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