‹ La chaleur animaleChapitre 19 sur 23 · DE L’ACTION COMBINÉE DE L’AIR ET DE LA TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

DE L’ACTION COMBINÉE DE L’AIR ET DE LA TEMPÉRATURE

11 est facile, chez certains animaux, de faire varier leur rapport avec l’air, dans une grande étendue, sans qu’ils cessent de vivre, pourvu qu’on les place dans des conditions convenables. On peut en profiter pour étudier l’influence que la température exerce sur la vie dans les cas où l’on, fait varier l’étendue de la respiration. J’ai présenté, dans la première partie de cet ouvrage, plusieurs faits sur lesquels la connaissance de ce rapport peut être fondée. Je les rappellerai succinctement.

et j’en ajouterai plusieurs autres, afin que l’on puisse juger de la généralité de cette relation.

Nous avons constaté que plusieurs espèces de batraciens, telles que la grenouille, le crapaud et la salamandre, peuvent vivre sous l’eau, aux dépens de l’air contenu dans ce liquide, et que l’air agit uniquement sur la peau. Il n’.y a donc plus de respiration pulmonaire; l’animal est réduit à. la respiration cutanée, encore cette fonction est-elle a son minimum, puisque l’air contenu dans l’eau s’y trouve en très petite proportion. L’air, en ce cas, ne peut avoir qu’une faible action vivifiante. Elle suffit cependant pour entretenir la vie de l’animal, tant que la température de l’eau se trouve entre 0° et 10°; mais, si la température du liquide s’élève au delà de ce terme, tandis que les animaux restent dans la même condition de respiration bornée, la plupart périssent. Pour remédier aux effets délétères de cette faible clialeur, il faut 'étendre les rapports avec l’air; son action vivifiante sera augmentée, et la vie sera conservée. Ces animaux ne peuvent étendre leurs rapports avec l’air qu’en montant à la surface pour exercer la respiration pulmonaire. C’est par ce moyen qu’ils entretiennent l’équilibre entre les effets de la chaleur et l’influence de l’air. Lorsqu’ils vivent en liberté dans les eaux des marais, des étangs et des petites rivières, ils peuvent se tenir sous la surface tant que la température ne s’élève pas au-dessus de 10°, comme il arrive ordinairement en automne, en hi-

ver et an commencement dn printemps; mais, pour peu qu’elle dépasse ce terme1, ils sont dans la nécessité de monter pour puiser de l’air dans l’atmosphère. Avant reçu cette influence vivifiante par un surcroît de respiration, ils sont en état de séjourner de nouveau sous l’eau, et d’autant plus longtemps que la température est moins élevée audessus de 10°; mais, à mesure que la chaleur augmente, la durée de leur séjour sous l’eau diminue; ils sont successivement obligés de remonter plus fréquemment à la surface, jusqu’à ce qu'il vienne une époque où ils ne peuvent presque plus se passer de la respiration pulmonaire.

Il est un autre mode de respiration auquel ils sont forcés de recourir dans les plus fortes chaleurs de l’été. Alors la respiration pulmonaire, aidée de la respiration cutanée dans l’eau, ne suffit plus pour contrebalancer l’effet de cette haute température. H faut qu’ils sortent de l’eau pour mettre la peau en rapport avec l’air ide l’atmosphère, dont l’action est plus vive sur cet organe que celle de l’air dissous dans l’eau. Par cette augmentation de la respiration cutanée, ils sont en état de supporter ce haut degré de chaleur: s’ils n’avaient pas cette ressource, ils périraient en grand nombre. Ce que je viens de dire est une conséquence nécessaire du rapport entre les effets de la chaleur et de l’air. L’été dernier, remarquable par la durée et l’intensité de la chaleur, a fourni l’occasion de vérifier cette conséquence. M. Bosc m’a rapporté

loO

un fait qui confirme ce que j’avais avancé à ce sujet. Il a un bassin, dans une (le ses pépinières, dont les bords sont trop escarpés pour que les grenouilles puissent en sortir. Dans le fort de l'été dernier, ces animaux, ne pouvant recourir à ce moyen pour étendre leur respiration, périssaient en grand nombre. Il est évident qu’en exposant la. peau à l’air, ils ont l’avantage de se refroidir par évaporation, comme nous le verrons ailleurs; mais de plus, l’accroissement de la respiration cutanée par le contact de l’atmosphère est un moyen puissant de contrebalancer les effets de la chaleur.

Les effets combinés de la température et de l’air sont les mêmes sur les poissons. Nous en avons donné la preuve fondée sur l’expérience. Nous allons en faire l’application à ce qui se passe dans la nature. Les poissons, en hiver, peuvent vivre sous l’eau sans venir respirer à la surface ; mais diverses espèces, à mesure que la température s’élève au printemps et en été, sont dans la nécessité, suivant leur susceptibilité pour la chaleur, d’étendre leurs rapports avec l’air en venant fréquemment respirer celui de l’atmosphère. Comme c’est là ordinairement la limite de leur respiration, si la chaleur de la saison devient très forte, elle en fait périr un grand nombre. Mais les espèces qui souffrent moins de la perte par évaporation dans l’air trouvent le moyen de supporter cette chaleur, en exposant, pour un temps, la peau et les branchies à l’action vivifiante de l’air: c’est ce que l’on voit quelquefois

chez certaines espèces, qui se tiennent à l'ombre en grande partie hors de l’eau, sur des tiges et des feuilles de nénuphar, ou qui quittent leur élément pour se jeter sur les bords. Ils sont alors entièrement exposés à l’action de l’atmosphère, et y respirent comme des animaux terrestres.

Les faits précédents sont compliqués d’un changement de milieu dont l’influence, à température égale, peut être très différente sur l’économie, et qui l’est en effet, indépendamment du résultat de l’évaporation dans l’air; mais on verra, par les expériences suivantes, dans lesquelles cette complication n’existe pas, que cette action n’est qu’accessoire. ' r :

Des batraciens peuvent vivre dans l’air, en supprimant l’action des poumons. J’ai exposé ailleurs les détails de ces faits. Il suffit de rappeler que des grenouilles privées de poumons ont vécu longtemps à l’air par la seule respiration cutanée, lorsqu’on prend les précautions nécessaires pour entretenir leur humidité. Elles vivent ainsi en hiver et dans les temps où la température est basse; mais, si l’on supprime de la même manière l’action des poumons en été, elles meurent presque aussi promptement que si on les privait entièrement du contact de l’air par submersion dans l’eau. L’action vivifiante de l’atmosphère sur la peau est trop faible pour contrebalancer l’effet délétère de la chaleur de l’été. Remarquez cependant qu’elles ont alors le secours d’une plus forte évaporation par transpira-

tion pour les refroidir; mais cet avantage est trop faible. Il faudrait qu’elles pussent étendre leurs rapports avec Pair par le moyen des poumons pour supporter cette haute température.

On reconnaît la même relation entre les effets combinés de la chaleur et de l’air, en variant les moyens de borner la respiration. Une enveloppe solide mais poreuse diminue l’étendue du contact de l’air. Des batraciens ont vécu un temps considérable enfouis dans du plâtre. Ces expériences ont été faites en hiver. Us supportent alors cette respiration bornée, parce que la température est faible. Il n’en est pas de même en été: je les ai vu périr lalors dans les mêmes enveloppes, presque aussi promptement que s’ils avaient été plongés sous l’eau.

Si, à cette époque, au lieu de plâtre on se sert de sable, comme il admet plus d’air, ils peuvent y vivre beaucoup plus longtemps.

On ne saurait douter que ce rapport de la chaleur et de la respiration ne s’étende aux animaux â sang chaud. Une observation de Le Gallois nous fournit la preuve qu’il a lieu chez de jeunes mammifères. La section de la huitième paire produit, ent;re autres phénomènes, une diminution considérable dans l’ouverture de la glotte; elle est telle chez les chiens nouveau-nés ou âgés d’un on deux jours, qu’il entre très peu d’air dans les poumons; et cette quantité est si petite que, lorsqu’on fait l’expérience dans les circonstances ordinaires, l’animal périt aussi promptement que s’il était entiè-

rement privé d’air; il vit environ une demi-heure. Mais si l’on fait la même opération sur des individus de môme espèce et de même âge, engourdis par le froid, ils peuvent vivre toute une journée. Dans le cas précédent, le peu d’air qu’ils respirent ne saurait balancer l’effet de la chaleur; mais, dans l’engourdissement par le froid, la même quantité d’air suffit pour prolonger considérablement la vie.

,, Nous avons dit que ce principe devait être général: nous allons en faire l’application à l’âge adulte, et particulièrement à l’homme. Un individu

test asphyxié par la trop grande quantité d’acide carbonique dans l’air qu’il respire; les battements du pouls ne sont plus sensibles; on ne voit point de mouvements respiratoires: cependant sa chaleur est encore élevée. Comment doit-on agir, d’après ce que nous avons exposé précédemment, pour le rappeler â la vie? Quoiqu’on ne voie plus de mouvements respiratoires, cependant tous les rapports avec l’air ne sont pas supprimés. L’air est en contact avec la peau, sur laquelle il exerce une action vivifiante; il l’est aussi avec les poumons, dans lesquels il se renouvelle par les agitations qui ont toujours lieu dans l’atmosphère, et par la chaleur du corps qui le raréfie. Le coeur continue à battre, et entretient un certain degré de circulation, quoiqu’on ne l’aperçoive pas aux battements du pouls. La chaleur du corps est trop élevée pour que le faible degré de respiration produise sur l’économie tout l’effet dont il est suscep-

1 ible. Il faut donc la réduire; soustraire l’individu à l’atmosphère délétère; le dépouiller de ses vêtements pour que l’air ait une action plus étendue sur da peau; l’exposer ainsi au froid, quand même ce serait en hiver; lui jeter de l’eau froide à la figure, jusqu’à ce que les mouvements respiratoires reparaissent. C’est précisément la méthode consacrée par la pratique pour ranimer un homme en pareil cas. Ce qui a été exposé plus haut nous en fait voir la raison. On voit de même que si, au lieu du froid, on appliquait la chaleur d’une manière soutenue, ce serait un des moyens les plus efficaces pour éteindre la vie. Cette conséquence est également confirmée par l’expérience.

Dans les défaillances subites plus ou moins fortes, lorsque le pouls est faible ou imperceptible, les mouvements respiratoires ralentis ou peu étendus, l’usage des sens et des mouvements volontaires suspendu, les personnes les plus étrangères à la médecine savent qu’il faut employer des méthodes de réfrigération, telles que l’exposition à l’air, la ventilation, l’aspersion avec de l’eau froide; et l’efficacité de cette méthode s’explique par le principe exposé plus haut.

De même dans des accès violents d’asthme, lorsque l’étendue de la respiration est diminuée au point que le malade éprouve de la suffocation, il recherche le froid, même dans les temps les plus rigoureux; il ouvre les fenêtres, respire un air glacial, et se trouve soulagé.

Page 1