DES MODIFICATIONS DE LA RESPIBATION SUIVANT LES ESPÈCES, L’AGE, ETC
Si les animaux peuvent différer beaucoup entre eux dans la durée de la vie, lorsque le contact de Pair est supprimé, ils ne diffèrent pas moins dans leurs rapports avec l’air de la respiration. Cet aliment de la vie n’est pas consommé par tous dans la même proportion, il s’en faut de beaucoup. Nous en avons donné plusieurs exemples dans la première partie de cet ouvrage, où nous avons traité des animaux à sang chaud; mais la comparaison de ces vertébrés avec d’autres dont la respiration est aérienne, présente des différences beaucoup plus considérables. Choisissons-les à peu près de même volume et à l’époque où les vertébrés à sang froid jouissent de toute leur activité.
Qu’une grenouille soit placée sur un diaphragme à claire-voie, dans une cloche renfermant (un
litre d’air, au-dessus (l’une forte dissolution de potasse pure, pour absorber l’acide carbonique provenant de l’altération de l’air par la respiration; qu’on en fasse (le même avec un bruant de même volume: celui-ci y vivra environ une heure; la grenouille de trois à quatre jours. Cette grande différence dans la durée de la vie ne dépend pas ici de ce que la grenouille, après avoir consommé tout l’air qui peut servir à la respiration, est en état de vivre longtemps sans exercer cette fonction. Elle y respire continuellement tant que l’air est respirable, et succombe bientôt lorsqu’il cesse de l’être. On a vu que ces animaux, privés du contact de l’air en été, ne sauraient vivre plus d’une ou deux heures. La grande différence dans la durée de la vie ne dépend pas non plus de ce que la grenouille peut tirer un plus grand parti de cet air, en le dépouillant de ses dernières particules d’oxygène. Lorsqu’on fait l’expérience comme je viens de l’indiquer, en absorbant l’acide carbonique, au fur et à mesure qu’il se forme, l’oiseau a la faculté de consommer une plus grande quantité d’oxygène. Il en reste si peu à la fin de l’expérience, quand l'air n’est plus propre à l’entretien de la vie, que les proportions différent peu dans l’un et l’autre cas. Je n’entre pas dans les détails: tout ce qui est relatif à l’analyse de l’air respiré est réservé pour un autre ouvrage.
L’énorme disproportion entre la durée de la vie du reptile et de l’oiseau, dans des quantités égales
d’aii*, tient essentiellement à la vitesse respective avec laquelle ils consomment l’air: cela est reconnu; mais il convient de fixer l’attention sui quelques-unes des conditions de cette différence.
11 en est qui sont évidentes. A ne considérer que les poumons, il est manifeste que la surface en contact avec l’air est plus étendue chez l’oiseau, non par la différence du volume ide ces organes, mais parce que les cellules en sont plus multipliées. L’etendue et la fréquence des mouvements respiratoires sont un indice qu’il entre plus d’air dans les poumons des oiseaux. Voilà des conditions qui doivent contribuer à leur donner la faculté de consommer plus d’air dans un temps donné: de plus, on voit que leurs poumons contiennent beaucoup plus de sang. Or, c’est principalement au sang qu’on attribue la puissance d’altérer l’air. Toutes ces conditions en faveur des oiseaux se réduisent à la multiplication du contact de l’air: elles peuvent être regardées comme des données physiques, puisqu’elles consistent dans des rapports de quantité; mais il en est sans doute d’une autre nature qui ne sont pas d’une moindre importance. Si le sang a une grande influence par sa quantité, n’en aura-t-il pas aussi par sa qualité? Il suffit de comparer par la simple inspection le sang de la grenouille et de l’oiseau: on reconnaît de suite que le sang (lu reptile est plus aqueux. De cette seule différence il doit en résulter une dans les rapports du sang avec l’air; car personne n’est disposé à rapporter l'altération
de l’air à la partie aqueuse du sang, mais à la substance animale qui le caractérise. Or, elle est en moindre proportion dans l’espèce, où il y a le plus d’eau, le sang du reptile; mais il y a plus, et cette différence est tout à fait fondamentale. Le sang, observé ü la vue simple, ne présente pas l’aspect de l’organisation; mais on a reconnu depuis longtemps, à l’aide du microscope, que la matière solide consiste en corpuscules de forme régulière. D’après les dernières recherches faites en Angleterre par Sir Edward Home, et récemment à Genève par MM. Prévost et Dumas, ces particules sont constamment composées d’un sphéroïde incolore, et d’nne enveloppe colorée en rouge. Quoique la forme de ces globules soit elliptique chez: le reptile et l’oiseau, ils sont de dimensions très différentes, et beaucoup plus grandes chez la grenouille que chez l’oiseau. MM. Prévost et Dumas, dans leur excellent travail sur le sang, en ont donné la mesure.
Ainsi, la qualité du sang dans ces deux espèces diffère essentiellement par le nombre et les dimensions des globules.
Je n’ai fait cette comparaison que pour faire sentir que la grandeur des surfaces en rapport avec l’air, la fréquence et l’étendue des mouvements, la quantité de sang qui passe par les poumons, ne sont pas les seules causes qui doivent influer sur la consommation d’air.
Ici la. différence dans la nature du sang est si
grande, qu’elle ne doit pas moins influer que sa quantité sur le phénomène qui nous occupe. P autres causes y contribuent sans doute; mais il serait prématuré de chercher maintenant à entrer
plus avant dans ce sujet.
Les mêmes conditions d’organisation qui, chez la grenouille, rendent la consommation d’air beaucoup plus lente que chez l’oiseau, se reproduisent , dans tous les reptiles et les poissons.
Les mammifères se rapprochent beaucoup des oiseaux par la quantité d’air qu’ils consomment. Cette différence dans l’étendue de la respiration établit une distinction remarquable entre les vertébrés, et en forme deux groupes, l’un renfermant les reptiles et les poissons, l’autre les mammifères et les oiseaux.
Cette division est encore fondée sur un autre caractère non moins important qui a fait donner aux uns la dénomination de vertébrés à sang froid, aux autres celle de vertébrés à sang chaud. On a reconnu par là qu’il devait y avoir une liaison entre la production de chaleur et la consommation d’air, quels que soient d’ailleurs les liens qui unissent ces deux fonctions; de plus on a observé un rapport semblable entre les mammifères ët les oiseaux. A ces faits, connus depuis longtemps, j’en ai ajouté deux autres relatifs aux modifications de l’àge et à l’influence des saisons.
Ayant constaté que les mammifères qui naissent les yeux fermés et les oiseaux qui éclosent
sans plumes se rapprochent 'beaucoup, dans les premiers temps de la vie, des vertébrés à sang froid, par les phénomènes de chaleur animale, j’ai été porté, par l’analogie, à penser qu’il en serait de même de leur consommation relative d’air. L’expérience a confirmé cette opinion et m’a fait reconnaître que le développement de la chaleur chez les mammifères et les oiseaux en général, va en augmentant avec la consommation d’air, depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte.
Ensuite ils subissent des variations dans l’une et l’autre fonction, suivant l’influence des saisons. Les individus qui, par l’abaissement successif de la température extérieure, acquièrent la faculté de produire plus (le chaleur, subissent en même temps un changement de constitution qui leur fait consommer plus d’air. Il faut se rappeler qu’il ne s’agit pas d’un effet provenant d’une différence dans la vitesse des mouvements respiratoires ni dans les variations de la densité de l’air, mais d’une modification intime de l’économie, quelle qu’en soit la nature. Le contraire a lieu par l’élévation lente et progressive de la température extérieure, diminution dans la production de chaleur et dans la consommation d’air.
Ces observations ne sont applicables qu’aux individus qui, parmi les animaux à sang chaud et les hommes, supportent bien les vicissitudes de chaleur et de froid, dans les saisons opposées de l’été et de l’hiver. Les autres individus que nous
avons désignés comme n’étant pas appropriés au climat, parce que leur production de chaleur diminue par l’influence de la saison froide, pourraient présenter le phénomène inverse relativement à la respiration. Cela est vrai, du moins pour ceux que nous avons regardés comme l’extrême de ce tempérament, les mammifères hibernants. M. de Saissy a comparé la respiration de la marmotte, du hérisson, du lérot et de la chauve-souris dans l’état de veille, aux mois d’août et de novembre. Us ont consommé moins d’air à cette dernière époque.