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laquelle respire un animal à sang chaud. A mesure qu’il y respire, il diminue la proportion d’oxygène, qu’il remplace, en tout et en partie, par de l’acide carbonique. Cette altération est successive, et, lorsqu’elle est arrivée à un certain terme, l’air n’est plus propre à l’entretien de la vie, et l’animal périt alors comme s’il était privé du contact de l’air. Il y reste encore un peu d’oxygène; mais la proportion en est trop petite pour entretenir la vie des animaux à sang chaud. Ce degré d’altération est mortel pour tous; si l’on y introduit un. mammifère ou un oiseau en santé et plein de vigueur, il succombe à peu près dans le même espace de temps que s’il était plongé sous l’ea/u. Tous les' animaux à sang chaud de même classe qui respirent dans une quantité limitée d’air, le portent, à peu de chose près, au même degré d’altération. Il existe, à la vérité, des différences, mais elles sont légères: nous les exposerons ailleurs; nous pouvons, pour le moment, en faire abstraction, et considérer la limite comme sensiblement la même pour tous.
Nous voyons, par cet exposé, que l’air qui sert à la respiration s’altère jusqu’à ce qu’il ne soit plus propre à l’entretien de la vie; dans ce sens il se consomme: c’est ainsi que nous exprimerons cet emploi de l’air; c’est sous ce rapport que nous allons l’envisager. Eeprenons l’expérience précédente. Nous avons dit que les animaux à sang chaud, dans leur état de santé et de vigueur, lors-
qu’ils sont renfermés dans une quantité limitée d’air, l’altèrent à peu près au même degré. L’espace de temps qu’ils y vivent est déterminé par la respiration, sujet qui mérite une attention spéciale. En comparant deux individus, on conçoit facilement que cette consommation peut ne pas dépendre uniquement de la proportion dans laquelle l’air est admis dans les poumons. Puisqu’il y a altération par le contact, on peut la supposer plus ou moins grande, suivant la constitution de l’individu, la quantité d’air respiré étant la même de part et d’autre.
J’ai établi cette comparaison entre des individus de même espèce, qui présentaient entre eux la plus grande égalité de volume, de mouvements respiratoires, et qui se ressemblaient, autant que possible, sous tous les autres rapports. Cette conformité se rencontre le plus souvent chez les animaux de petite espèce. Je plaçai des moineaux dans des vases de même forme et de même capacité, contenant chacun un litre d’air, renversés sur le mercure. Pour établir plus d’égalité dans les conditions, je faisais les expériences simultanément, pour qu’il n’y eût pas de différences dans la température, la pression, l’humidité de l’air, etc. Je notai l’époque de leur introduction et le moment de leur mort. Dans un grand nombre d’expériences j’ai constaté qu’ils diffèrent quelquefois beaucoup entre eux pour la durée de la vie dans la {même quantité d’air; que la plus courte et la plus lon-
gue durée pouvaient différer d’un tiers: cependant ils altèrent l’air à peu près au même degré, de sorte que la durée de la vie diffère principalement par la consommation plus ou moins rapide de l’oxygène.
Comme l’expérience se complique de la présence de l’acide carbonique, qui remplace en tout ou en partie l’oxygène qui se consomme, on pourrait attribuer à l’action de ce gaz, variable suivant la sensibilité des individus, une différence dans les mouvements respiratoires, qui influerait sur la vitesse avec laquelle ils consomment l’air, et diminuerait ainsi les durées respectives de leur vie. La présence de ce gaz influe incontestablement sur les mouvements respiratoires; mais je me suis assuré que les différences que nous avons rapportées, dans la consommation plus ou moins rapide de l’air, sont indépendantes de cette cause. Elles avaient lieu lors même qu’eu changeant le procédé, j’employais les moyens nécessaires pour absorber l’acide carbonique à mesure qu’il se formait.
Si maintenant on se rappelle l’attention qu’on a portée au choix des animaux, pour qu’il y eût entre eux la plus grande parité, dans le volume du corps et les mouvements de la poitrine, il faudra admettre d’autres causes dépendantes des constitutions individuelles, qui influent sur la consommation plus ou moins rapide de l’air. En effet, la capacité de la poitrine, et les mouvements respiratoires sont des conditions physiques qui règlent la
quantité d’air qui se met en contact avec les poumons dans un temps donné. La quantité et la nature du sang, etc., sont des conditions physiologiques qui déterminent les altérations chimiques; celles-ci peuvent avoir lieu dans de plus ou moins grandes proportions, suivant la constitution de l’individu; en sorte que deux animaux de même espèce et de mêmes dimensions qui, dans des temps égaux, respirent la même quantité d’air, pourront i le consommer dans des proportions différentes, i Ce fait nous présente un nouveau point de vue jsous lequel nous allons considérer les rapports de d’air avec l’économie animale.
[: Puisque la nature de la constitution influe sur la rapidité avec laquelle l’air se consomme, nous allons étudier les changements de cette espèce qui surviennent chez le même individu par les progrès de l’âge.
| Avant d’exposer les recherches que j’ai faites à ce sujet, sur lequel nous manquions de connaissances positives, voyons ce que l’on pourrait présumer d’après les caractères sensibles qui distinguent la jeunesse de l’âge adulte. Dans la. jeunesse tout paraît tendre au développement et à l’accroissement du corps. La digestion est plus prompte, les besoins sont plus pressants et plus répétés, les réparations plus rapides, et lorsque l’on considère la nécessité de l’air pour l’entretien de la vie, on peut supposer que la consommation de ce fluide est relativement plus grande dans le premier âge.
On serait d’autant plus porté à le croire que la' rapidité des mouvements respiratoires semble indiquer un plus grand besoin de ce iluide.
Mais toutes ces considérations ne peuvent nous dispenser d’avoir recours à l’expérience pour vérifier cette conjecture. Nous connaissons si peu les conditions qui influent sur la consommation d’air, <pie nos raisonnements sur cette matière pourraient facilement nous induire eu erreur.
En établissant une comparaison entre les jeunes animaux et les adultes qui respirent dans une quantité limitées d’air, il y a plusieurs précautions à prendre pour parvenir à des résultats utiles. Il faut éviter de comparer ceux chez, qui l’àge amène une grande différence de volume. Comme les dimensions du corps influent sur les quantités d air inspirées, et que, toutes choses égales d’ailleurs, plus on inspire d’air, plus on en consomme, il faut, autant que possible, réduire cette cause de complication. Dans la comparaison des âges, il s’agit de déterminer l’influence qui dérive de la constitution et non de la différence de volume. Mais, comme l’accroissement du corps et les changements de la constitution sont inséparables pendant une certaine période de la vie, il convient de choisir des espèces dont la structure varie le moins par les progrès de l’âge, et chez lesquelles les autres différences sont plus prononcées: les corrections a faire en raison du volume entraîneront moins d’erreurs. Les espèces qui ont servi aux expérience^
précédentes réunissent ces avantages. Pour simpliiïer encore le parallèle, lorsqu’on fait respirer des individus de différents âges dans une quantité donnée d’air, il faut supprimer l’acide carbonique à mesure qu’il se forme.
L’expérience a été faite dans des vases contenant un litre d’air, renversés sur une dissolution de potasse caustique, capable d’absorber l’acide carbonique. L’animal y était placé sur un diaphragme de gaze. J’ai employé des jeunes moineaux qui paraissaient âgés de huit ou dix jours: leur volume était de 2 cent., et celui des adultes de 4 cent. 2. Cette différence dans les dimensions pouvait seule suffire pour que la même quantité d’air fût consommée plus vite par les plus grands, et il ne devait pas paraître extraordinaire qu’ils mourussent plus tôt. La durée moyenne de la vie fut de 1 h. £0 m. 52 s.; mais les jeunes moineaux prolongèrent leur existence (l’une manière si disproportionnée que je ne pus le voir isans étonnement: ils vécurent, terme moyen, 14 h. 49 m. 40 s.
On reconnaît de suite que le rapport de leur volume que je viens d’indiquer ne correspond pas à la différence dans la durée de la vie. Dans les derniers temps de l’expérience, lorsqu’ils ont altéré l’air au point qu’il ne sert plus à l’entretien de la vie, supposons qu’ils vivent encore ce qu’ils peuvent vivre quand ils sont privés d’air. Nous avons vu dans le chapitre précédent sur l’asphyxie que ce temps est plus long pour les jeunes que pour
les adultes. Mais le maximum pour cette espèce, d’après les expériences que j’ai rapportées, est de sept minutes. Il est évident qu’en tenant compte de toutes ces différences, et en faisant les corrections qu’elles exigent, les jeunes moineaux ont vécu beaucoup plus longtemps dans la môme quantité d’air, et que par conséquent leur consommation d’air est relativement moindre.
Quelle est la modification de l’économie animale dépendante de l’âge qui est en rapport avec cette différence dans la consommation à* l’air? La différence la plus saillante dgjns la constitution des jeunes animaux et des adultes consiste, comme nous l’avons fait voir précédemment, dans leur production de chaleur. C’est dans les premiers temps de la vie que les animaux à sang chaud en développent le moins : aussi est-ce à cette époque que nous voyons que les jeunes oiseaux ont consommé l’air si lentement.
Pour vérifier ce rapport dans les circonstances les plus propres à nous donner un résultat satisfaisant, j’ai continué mes recherches sur la même espèce à des âges plus rapprochés. Leur accroissement est si rapide qu’à peine commencent-ils à manger seuls qu’ils ne diffèrent guère des adultes dans les dimensions du corps. Leur température se soutient alors à l’air libre: c’est lorsqu’ils sont arrivés à cette époque que je les ai comparés aux adultes. Cinq de ces jeunes animaux, placés dans un litre d’air, sur un diaphragme de gaze, au-dessus
d’une forte solution de potasse caustique, j ont vécu, terme moyen, 2 11. 39 m., et les adultes, dans les mêmes circonstances, seulement 1 h. 32 m. Il n’y a pas ici de compensation à faire, pour le volume ni pour la différence, dans la durée de la vie, après que l’air est devenu impropre à la respiration. Ces conditions sont égales de part et d’autre, ou trop peu différentes pour qu’il faille en tenir compte; mais elles diffèrent essentiellement dans la production de chaleur, et nous voyons que ces jeunes oiseaux, qui en produisent beaucoup moins, consomment l’air plus lentement.
H résulte de ces deux séries d’expériences que les individus de cette espèce, considérés à trois époques de la vie, ont progressivement consommé plus d’air à mesure qu’ils développent plus de chaleur, en tenant compte des différences de volume et des mouvements respiratoires.
J’ai étendu ces recherches aux mammifères, en suivant un procédé différent: je n’indiquerai que le résultat. J’ai placé sur le mercure, dans des vases contenant la même quantité d’air, de petits chiens de un ou deux jours, et des cochons d’Inde âgés d’environ quinze jours. Je retirai les chiens au bout de quatre heures cinquante-neuf minutes, et les cochons d’Inde après une heure quarante-deux minutes. Par l’analyse de l’air, je trouvai que le terme moyen des quantités d’oxvgène consommé était sensiblement le même. En ne considérant que la différence de volume, la consommation d’air
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par les jeunes chiens aurait dû être plus rapide, parce qu’ils étaient plus grands; mais, lorsqu’on se se rappelle que nous avons établi précédemment que les jeunes chiens, à leur naissance, produisent beaucoup moins de chaleur que les cochons d’Inde, l’on voit ici se reproduire le même rapport que nous avons déterminé entre les moineaux de différents ûges, dont la consommation d’air s’accroît avec la production de chaleur.
Ce résultat de la. comparaison de la respiration à différentes époques de la vie, depuis les premiers temps jusqu’à l’âge adulte, est différent de l’opinion qu’on aurait pu se faire, d’après la considération de la vitesse des mouvements respiratoires, de la circulation et de l’activité de la nutrition. Il diffère, en effet, de l’opinion générale. On se fondait aussi sur la supposition que, dans la jeunesse, le développement de chaleur est plus grand; mais, comme j’ai fait voir que le contraire a lieu, la consommation d’air, relativement moindre dans la jeunesse que dans l’âge adulte, n’a plus rien d’étrange. Ce fait rentre, au contraire, dans l’ordre connu. N’est-ce pas le même rapport qu’on a observé depuis longtemps entre les vertébrés à sang froid, et les animaux à sang chaud? N’en est-il pas de même de la comparaison des mammifères et des oiseaux? Les poissons et les reptiles, animaux à sang froid, ne consomment-ils pas beaucoup moins d’air que les autres classes des vertébrés, animaux dont la chaleur est très élevée? Et, parmi ceux-ci, n a-
t on pas reconnu que les mammifères, en général, développent moins de chaleur que les oiseaux, et qu’ils consomment moins d’air? Ainsi, les faits que j’ai présentés relativement à la respiration des jeunes animaux, bien loin d’être des exceptions, sont, au contraire, parfaitement conformes à la règle générale. J’observerai de plus que mes recherches sur cette fonction et celles que j’ai faites sur la chaleur des jeunes animaux, se confirment réciproquement.