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La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906

La Chambre de Commerce de Marseille tient à vous présenter le résumé de ses efforts pour le succès de la brillante Exposition coloniale de 1906 que vous êtes venu clôturer en personne, et elle saisit avec empressement cette occasion de vous rappeler, ainsi qu'ci ses ressortissants, combien cette manifestation de la puissance d’expansion de la France cadrait avec ses préoccupations constantes.

Notre Compagnie ne peut en effet oublier, Monsieur le Ministre, son passé maritime et colonial. Ses archives contiennent l’histoire même de la colonisation française depuis les Croisades et montrent son rôle actif dans ce mouvement ininterrompu qui porta pendant plusieurs siècles l’expansion nationale à un si haut degré de gloire et de grandeur. Soucieuse des intérêts de toute nature qui s’attachent à cette expansion et consciente de la tache que lui assignent ses traditions, elle s’ esl de tout temps préoccupée d’accroître la part de Marseille dans le trafic colonial, et elle a notamment fondé en 1898 et en 1900 des cours coloniaux appelés à vulgariser les notions utiles au développement de nos possessions d'outre-mer. C est dire que le projet d’une Exposition coloniale dans notre ville ne pouvait la laisser indifférente, et, de fait, elle se consacra tout entière à la réussite d’une œuvre, éphémère sans doute, mais dont l influence et le rayonnement ne sont heureusement pas près de disparait i e.

L’idée directrice des promoteurs de l’Exposition de 1906 n’étaitelle pas en effet de présenter au public une synthèse harmonieuse et vivante des éléments épars de notre vaste empire colonial, en traduisant sous ses yeux, d’une manière tangible, les efforts opiniâtres et successifs de la Métropole pour conquérir au-delà des mers de nouveaux champs d’action et livrer à des souffles plus larges les plis du drapeau tricolore ? Aujourd’hui, grâce aux sacrifices consentis, la France est devenue la seconde puissance coloniale du monde. A la place du domaine primitif dont il ne lui restait en 1815 que quelques lambeaux, elle a su en reconstituer un autre plus vaste, dont la superficie dépasse — nous sommes heureux de le constater — six millions de kilomètres carrés, tandis que sa population globale est évaluée à une cinquantaine de millions d’habitants. L’activité commerciale de ce magnifique ensemble de possessions atteignait en 1906 (Algérie et Tunisie comprises ) le chiffre imposant de 1 .727 .157 .000 francs d'échanges extérieurs, dont 945.937 .000 francs d’importations et 781 .220 .000 francs d’exportation (1), tandis que, pour la première fois, la part de la Métropole dans ce mouvement dépassait un milliard de francs.

Mais l’intérêt de notre Exposition ne fut pas seulement de mettre en pleine lumière, par ses échantillons et ses graphiques, l’essor économique de la France d'outre-mer. Elle eut encore une portée plus haute en ce sens quelle montra d’une manière éclatante les progrès accomplis par les indigènes placés sous notre tutelle dans la voie du bien-être physique et de l’amélioration sociale.

Nous n'aurions garde d’oublier, Monsieur le Ministre, que votre Administration a de tout temps secondé l’initiative de nos explorateurs, de nos colons et de nos négociants , et qu’elle partage avec eux le fardeau — et l’honneur — de la mission civilisatrice qui leur incombe.

Nous sommes donc persuadés que vous ne jugerez pas indigne de votre attention le récit de la collaboration de notre Compagnie et de

(1) Chiffres des Douanes coloniales.

ses membres pris individuellement à la grande œuvre qui présenta au pays aussi bien qu'aux étrangers les splendides résultats de la politique coloniale française. Vous venez d'ailleurs. Monsieur le Ministre, d'utiliser de courtes vacances à la visite d'une des parties les plus intéressantes de notre domaine colonial, donnant ainsi une nouvelle preuve de votre sollicitude pour le développement et la prospérité de nos possessions. Ce nous est une raison de plus d'espérer que la participation de la Chambre de Commerce de Marseille à la belle manifestation de 1906 rencontrera votre haute approbation.

Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, l'assurance de nos sentiments respectueux.

Le Président de de la Chambre de Commerce,

Paul DESBIEF.

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