VI. — Section Algérienne
Nous passons maintenant au groupe d’édifices qui se trouvait au sud-ouest du Grand Palais, à droite de l’Allée centrale.
La section la plus importante de ce groupe, avec celle de l’Afrique occidentale, était sans contredit la section algérienne. Située presque en face du Palais du Ministère des Colonies, elle couvrait une superficie d’environ 9.500 mètres carrés et comprenait cinq grands bâtiments ou pavillons construits par les soins de M. Albert Ballu, architecte. Son organisation était l’œuvre de M. Gérard, commissaire, et de M. Roger Martin, commissaire adjoint.
Citons d’abord le Palais principal dont le haut minaret s’apercevait facilement de tous les points de 1 Exposition. Après avoir franchi les marches d un large escaliei , le visiteur pénétrait dans une vaste cour décorée d’élégantes et fines colonnetles aux arcs lobés; au milieu se trouvait une fontaine et, dans un angle, un vieux figuier.
A gauche du palais se dressait le minaret, d’une hauteur de trente mètres, tandis que, surplombant la cour, une coupole centrale, d’un cachet très artistique, s’arrondissait à vingt-quatre mètres du sol. Deux longues ailes, divisées en plusieurs salles, étaient accotées à cette coupole, en arrière de laquelle s’étendait une annexe consacrée aux produits miniers; le commerce franco-marocain occupait à dioite une galerie terminée par une salle voûtée.
La première salle, après le porche à colonnettes de l’escalier de gauche , était consacrée aux céréales , farines et
semoules. Venaient ensuite : la salle de l’olivier, consacrée aux huiles cl’olive et à l’oléiculture en général ; la salle des vins , divisée en trois compartiments (Alger, Oran et Constantine) et munie d’originales bornes stéréoscopiques ; la salle des tabacs ; la salle de l’élevage, contenant de nombreux échantillons de peaux et de laines, ainsi que des tableaux de recensement du cheptel algérien ; enfin la salle des cultures industrielles , telles qu’alfa, crin végétal, etc.
Les expositions de produits contenues dans toutes ces salles, galeries ou rotondes étaient généralement l’œuvre des Syndicats et Comices agricoles des départements d’Algérie, où ces associations sont particulièrement florissantes et rendent de très grands services aux colons. Un grand nombre de graphiques et de cartes appendus aux murs complétaient ces instructives collections d’échantillons.
En revenant vers la façade principale, on visitait successivement \’ Exposition militaire et saharienne , Y Exposition commerciale franco-marocaine, la salle des œuvres d’assistance indigène, où se trouvaient exposés en détail les installations d’infirmeries et d’hôpitaux, les travaux des Sociétés de prévoyance et les services de l’enseignement et des propriétés indigènes, enfin la salledes services administratifs et des travaux publics ; on passait encore en revue quelques annexes consacrées aux fruits et primeurs, aux machines agricoles, aux ouvrages de céramique, aux marbres et aux exploitations minières de l’Algérie, pour aboutir finalement, après avoir traversé la salle de la colonisation, synthèse de la vie algérienne et résumé fidèle de l’œuvre considérable accomplie en Algérie depuis la conquête, à un vaste hall intérieur entouré de quatre longues salles, dont les colonnes géminées supportaient une élégante coupole : c’était Y Exposition des arts indigènes, c’est-à-dire la partie de la section certainement la plus pittoresque et la plus attrayante pour le public. Le musée de Mustapha l’avait décorée des plus beaux exemplaires de ses collections : armes anciennes finement ciselées, cuirs
repoussés et ouvrés, étoffes précieuses, bijoux, tapis, etc. On y voyait également des ateliers arabes, où des brodeuses indigènes travaillaient activement sous les yeux des visiteurs.
La visite du pavillon principal terminée, on rencontrait à droite une longue galerie où étaient disposées des loges, ou souks, occupées par des vendeurs indigènes, tandis qu’aux deux extrémités des salles en coupole abritaient une dégustation de vins d’Algérie. En face, un café maure offrait aux amateurs ses tasses minuscules servies par des indigènes. En arrière, le Pavillon des Ciments Atlas exposait toutes sortes de produits de cette industrie, notamment une cave algérienne avec vaisselle vinaire composée de cuves et d’amphores en sidero-ciment. Enfin, au fond de la Section, le Pavillon des Forêts d’Algérie jetait sa note colorée au milieu des blancheurs environnantes.
Ce pavillon, construit par M. Guiauchain, architecte, et aménagé par les soins de M. l’Inspecteur Boutilly, chef du Service Technique des Eaux et Forêts à Alger, mérite, malgré ses dimensions restreintes, une mention spéciale, tant à cause de son aspect général que des collections qu’il renfermait. De style mauresque, construit en bois naturels de tons variés, principalement en cèdre brun clair et en ce eucalvptus globulus » rouge foncé, rehausse d onyx et de lettres dorées, il réalisait un ensemble harmonieux de formes et de couleurs.
La première salle renfermait les échantillons des meilleures essences forestières de l’Algérie, notamment du cèdre et du pin d’Alep, avec des cartes indiquant leur répartition géographique. Au centre de la salle, un rochei artificiel gioupait dans des poses vivantes un certain nombre d’animaux représentant la faune de l’Algérie ; d’autres spécimens étaient éparpillés çà et là, les oiseaux sur des blanches de chêne-liège, les grands échassiers et les rapaces suspendus par des fils dans l’attitude du vol. La seconde salle était réservée presque entièrement aux lièges, matièie dont
l’Algérie est un des principaux pays producteurs. Enfin, un salon, éclairé en partie par deux superbes plaques d’onyx transparent, renfermait divers objets de fabrication locale, tels qu’instruments de musique indigènes, armes et bibelots kabyles, coffrets sculptés en cèdre et loupes de thuya verni. On y remarquait surtout une table formée d’une magnifique rondelle prise à un cèdre de 295 ans et mesurant 5m 40 de tour.
Une galerie extérieure continuait la collection des bois bruts et ouvrés, et, dans les allées du jardin entourant l’édifice, on avait disposé une tente arabe remplie de toutes sortes d’objets rustiques en bois, alfa ou palmier nain, fabriqués par les indigènes, ainsi qu’un moulin à blé de la région de Bouïra.