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CHAPITRE IV

MARSEILLE-INDUSTRIEL

A la veille de l’Exposition Universelle de 1900, M. Georges Borelli, ancien vice-président de la Chambre de Commerce, avait résumé dans une intéressante synthèse les progrès de Marseille industriel et colonial (1). La Chambre, comme nous l’indiquions précédemment, jugea qu’un travail analogue s’imposait à l’occasion de notre Exposition Coloniale, et confia à M. Adrien Artaud, l’un de ses Membres, le soin de dresser une statistique générale du mouvement industriel et commercial marseillais.

Le rapport très documenté de M. Artaud fut présenté à la séance delà Chambre du 3 juillet 1906, et fit l’objet d’une brochure qui figurait dans l’Exposition de la Chambre de Commerce ; un gigantesque disque d’ensemble et plusieurs graphiques heureusement conçus résumaient aux yeux des visiteurs les résultats de l’enquête poursuivie parM. Artaud auprès de nos industriels et de nos négociants. Il nous semble opportun, maintenant que nous avons passé en revue les divers monuments qui formaient en quelque sorte une garde d’honneur autour du Grand Palais de l’Exportation, de reproduire ici le remarquable travail de M. Adrien Artaud

(1) Compte-rendu de la situation industrielle et commerciale de la circonscription de Marseille en 1899, page 220 et suiv.

ainsi que les graphiques qui l’illustraient. La prospérité de Marseille est si intimément liée à celle de nos Colonies que nous pouvons à bon droit en former le motif central de notre étude sur la belle manifestation de 1906.

Nous devons toutefois faire remarquer que l’enquête de M. Artaud n’a pu qu’amorcer le travail relatif aux applications industrielles de l’électricité. Cette utilisation des conquêtes de la science moderne, née d’hier, révolutionne déjà les méthodes de travail, envahit toutes les branches de l’activité, met au service de la métallurgie des températures inconnues jusqu’à ce jour et fournit à chaque industrie l’énergie dont elle a besoin sous la forme qui lui convient. Marseille est devenue pour sa part depuis quelques années un centre considérable de production et d’emploi d’énergie électrique. Pour ne citer qu’un exemple, son réseau de tramways marchant à l’électricité, d’un développement actuel de 137 kilomètres, a transporté l’an dernier 87.071.377 voyageurs et réalisé une recette brute de 9 millions de francs au tarif presque uniforme de 0 fr. 10 par place. D’autre part, notre ville compte à cette heure trois grandes Compagnies ou Sociétés d’Electricité, dont le concours permet à nos usines d’utiliser désormais comme force motrice l’électricité au lieu de la vapeur. Il y a donc de ce côté un grand développement à donner à l’enquête industrielle, et la manifestation actuelle facilitera certainement cette étude en lui fournissant les moyens d’établir un inventaire complet. Les Palais coloniaux sont en effet remplacés aujourd’hui dans le parc du Rond-Point par une Exposition Internationale des Applications de l’Electricité, qui présente le plus grand intérêt pour le commerce et l’industrie (1). Cette Exposition a d’ailleurs à sa tête les personnalités les plus autorisées, puisque ses Commissaires généraux sont MM. H.

(1) Rappelons à ce propos que dans sa séance du 15 octobre 1907, tenue sous la présidence de M. Paul Desbief, président, la Chambre de Commerce de Marseille a souscrit une somme de 100.000 francs pour la formation du

Dubs, directeur du Réseau marseillais de la Compagnie Générale Française de Tramways, et G. Cordier, administrateur-délégué de la Société d’Energie Electrique du Littoral Méditerranéen, et que le Président de son Comité Général de Propagande à Paris est M. Noblemaire, directeur général honoraire de la Compagnie P.-L.-M. Ajoutons enfin que le Conseil Supérieur de l’Exposition d’Electricité, présidé par M. le Maire de Marseille, a pour vice-présidents M. le Président du Conseil général et M. le Président de la Chambre de Commerce.

RAPPORT de M. Adrien ARTAUD

Messieurs,

Au cours de la séance du 14 avril 1905, et sur la proposition de notre Président, vous avez bien voulu me charger de travailler à une statistique générale du mouvement commercial et industriel marseillais.

Vous avez pensé qu’il était souhaitable de dresser, autant que faire se pourrait, le bilan de l’activité marseillaise, en ajoutant aux importations et aux exportations, dont nous fournissons chaque année les chiffres, le détail et la valeur des transformations que subissent à Marseille les marchandises importées, soit pour leur consommation sur place, soit pour leur exportation.

11 serait en effet utile de savoir ce que notre travail ajoute de valeur à ces marchandises que nous apportons souvent nousmêmes à Marseille par nos navires, que nous manutentionnons sur les quais ou en gare, que nous véhiculons en magasin ou à l’usine, que nous mettons en œuvre en des immeubles et à l’aide de machines dont l’usure est lente, ce qui permet de

fonds de garantie de l'Exposition d Eleetricité. La Ville et le Conseil Général ont voté chacun une somme égale, l’autre moitié de la garantie financière devant être fournie par la contribution des Sociétés d’Eleetrieité.

n’incorporer an prix de revient qu’un amortissement et en utilisant du charbon ainsi que du travail humain dont le coût entier doit être compris dans la transformation de la matière première en produit fabriqué. La présentation du produit fabriqué exige des emballages qui résultent eux-mêmes de véritables industries, nécessitant une importation de matière première et l’intervention des mêmes agents que la production de l’objet, que les emballages serviront plus tard à envelopper et à protéger.

Il serait intéressant de noter aussi le rôle du simple transi^ dans un port comme le nôtre et de chiffrer ce qu’il représente de rémunérations pour les manutentions à l’arrivée, au départ et entre ces deux points extrêmes de leur passage à Marseille.

Le commerce qui porte souvent sur des objets que ne voit pas leur acheteur : le commerce de commission, doit aussi jouer son rôle dans cette nomenclature des sources de prospérité de notre ville.

Toutes ces affaires exigent le concours de nombreux intermédiaires, courtiers, représentants, placiers, et donnent lieu à des encaissements, à des paiements, à des déplacements de capitaux qui constituent le commerce de banque. Les risques de toute nature se prévoient et se couvrent en alimentant l’industrie des assureurs.

Il ne serait également pas sans intérêt de chiffrer ce que gagne le fisc a celte activité qui absorbe des timbres de lettres de voiture, de connaissements, de polices d’assurances, d’effets de commerce, de quittances, timbres de dimension et timbres postes ; qui ne peut s’exercer sans entraîner des patentes, des licences, des droits d’enregistrement, de mutation et sans élever la valeur locative des immeubles d’une façon très avantageuse pour le Trésor. Le compte est fait des droits de douane que perçoit la principauté de Marseille, mais le total de ce qui précède reste à faire.

Enfin 1 agglomération qui se livre à ce travail ne peut exister sans que ses besoins, sa propre consommation ne donnent lieu à des industries fort intéressantes de transports individuels ou en commun, d alimentation, d’enseignement, de logement et même de distraction.

Je n’énumère tout cela, Messieurs, que pour mettre à profit cette occasion de voir si j’ai bien saisi la pensée de la Chambre et celle de notre Président, mais il faut du temps pour rassembler les éléments de ce travail et vous avez pensé qu’il était utile de faire au moins une tentative avant d’aborder l’œuvre d’ensemble.

C’est pour cela que j’ai été chargé, à l’occasion de l’Exposition Coloniale, de coopérer à l’exposition de la Chambre de Commerce préparée parM. Estrine, membre du bureau, et de dresser le tableau le plus complet possible de l’activité industrielle de Marseille en 1905, c’est-à-dire à la veille de cette grande manifestation de notre activité.

Vous teniez à montrer aux visiteurs de l’Exposition Coloniale l’importance et la variété de nos industries et les litres que nous avons, de ce chef, à toute la sollicitude des pouvoirs et des entreprises de transport qui peuvent aider au développement de cette activité en la favorisant et auprès de qui la démonstration des résultats obtenus plaidera notre cause.

C’est de cette enquête que j’ai à vous rendre compte.

Je me suis reporté au très beau et très complet travail fait sur le même sujet par M. Georges Borelli, alors membre-secrétaire de notre Compagnie, en vue de l’Exposition de 1900 et dont le résultat figure au Compte rendu de la situation commerciale et industrielle de la circonscription de Marseille en 1899 , pages 220 et 221 .

Ce travail montrait la progression de nos industries au cours du xixe siècle. Il partait de 1830 et allait jusqu’à 1900, il enregistrait les chiffres suivants comme développement de l’industrie dans le ressort de la Chambre de Commerce :

En 1830 . F. 117.359.225

Le relevé fait cette année comporte plus d’industries que précédemment, parce qu’il s’en est créé de nombreuses dans ces derniers temps et parce que certaines ont acquis dans la même période un degré d’importance qui les appelait à y figurer.

Nous avons eu la satisfaction d’enregistrer ainsi pour 1905 le chiffre suggestif de 1 milliard 037.473.594 francs.

Cette rapide progression prouve quelle initiative distingue l’activité marseillaise et permet d’apprécier ce qu’elle ferait, si elle obtenait de la part des pouvoirs l’attention dont elle est digne à tant de titres.

Voici le tableau de 1900 mis au point (1).

Nous y joignons le tableau plus détaillé qui donne en outre pour les industries existant en 1905 le tonnage, le nombre d’ouvriers et la date de la création des usines, toutes les fois que ces renseignements ont pu être obtenus (2).

Vous désiriez que cette enquête ne se résumât pas uniquement en un tableau de difficile lecture et que ses résultats fussent présentés au public en un graphique aussi saisissant que possible.

M. Estime, chargé d’organiser l’exposition déjà Chambre de Commerce, a tout de suite trouvé le moyen d’y comprendre ce graphique qui, grâce à ses conseils, a pu être dressé et dans l’établissement duquel nous nous sommes efforcés de rencontrer vos vues (3).

Il affecte la forme d’un disque divisé par des cercles concentriques correspondant aux périodes des précédents inventaires. Les industries y sont représentées par des traits auxquels nous avons donné le nom de fleuves, pour bénéficier des dénominations de sources, de cours et d’emboucliures qui facilitent la description.

La source est placée â un point correspondant à la date de création et un cercle concentrique supplémentaire a été établi à ce point.

(1) Tableau n° 1, p. 118-119.

(2) Tableau n« 2, p. 120-121.

(3) Tableau n° 3 (graphique hors texte).

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