V. — Inauguration de l’Institut colonial marseillais
(24 novembre 1907)
L’après-midi de ce même jour, eut lieu l’inauguration solennelle de l’Institut Colonial Marseillais. La façade de l’immeuble, rueNoailles n°5, disparaissait sous les drapeaux, et des plantes vertes, disposées avec art autour de l’entrée, rehaussaient l’éclat de cette décoration.
(1) Rappelons ici que le 3 juin dernier, sur le désir manifesté par M. J. Charles-Roux, M. Gazelle, trésorier du Comité, remettait à l’Institut Colonial Marseillais, à titre de don, le reliquat de la souscription se montant à la somme de 3.572 fr. 15.
Dès 2 h. 1 / 2, de nombreux invités affluaient, parmi lesquels se retrouvait l’élite de notre ville, déjà réunie le matin en l’honneur de M. Charles-Roux. Une élégante marquise s’élevait sur la porte du Musée commercial du rez-de-chaussée, où M. Paul Desbief, président de l’Institut Colonial et de la Chambre de Commerce, recevait, entouré des membres du Bureau. Après une visite de cet intéressant Musée et de la salle contiguë des Cours coloniaux, le cortège monta au premier étage où il fit le tour de la belle salle du Musée colonial. Il se rendit ensuite au deuxième étage, afin de tenir une séance solennelle dans la grande salle de la Société de Géographie, qui inaugurait en même temps ses nouveaux locaux.
Sur l’estrade dressée à cet effet avaient pris place autour de M. Desbief : M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône ; M. Ponsinet, chefdu Service colonial, représentant le Ministre des Colonies; M. Combes, directeur de l’École supérieure de Commerce, représentant le Ministre du Commerce ; M. Rossi, conseiller municipal, représentant M. le Maire de Marseille ; M. E. Delibes, président de la Société de Géographie ; M. Peytral, sénateur, ancien ministre ; M. Charles-Roux, président d’honneur de l’Institut colonial et de la Société de Géographie ; M. le général Du Moriez, gouverneur militaire ; M. Chanson, président du Tribunal civil ; M. le Dr Heckel, vice-président de l’Institut colonial et directeur du Musée colonial ; M. Pénissat, administrateur en chef de la Marine ; le colonel Camper, commandant du 14R de ligne ; M. le docteurQueirel, directeur de l’École de Médecine; M. Rondel, juge au Tribunal de Commerce ; M. Estier, ancien président du Conseil général ; les membres des bureaux de l’Institut colonial, de la Chambre de Commerce et de la Société de Géographie.
M. le Président Desbief, en ouvrant la séance, prononça le discours suivant :
Messieurs,
Nous avions espéré que M. le Ministre des Colonies pourrait nous faire le très grand honneur de venir présider la cérémonie à laquelle nous vous avons conviés; mais, en raison des travaux parlementaires, il n’a pu se rendre à notre invitation.
Désireux cependant de donner une preuve de l’intérêt qu’il porte à l’Institut Colonial Marseillais, M. le Ministre des Colonies a bien voulu désigner pour le représenter M. Ponsinet, chef du Service colonial, qui, depuis son arrivée à Marseille, a su conquérir l’estime et la sympathie de tous ceux qui l’approchent.
Plus particulièrement que d’autres, peut-être, nous avons été à même d’apprécier son dévouement à la cause coloniale, puisque, malgré les obligations que lui imposent des fonctions absorbantes, il a accepté un siège de vice-président dans notre Conseil d’Administration et que, dès la première heure, il a été un de nos plus fermes soutiens.
Aussi, nul choix ne pouvait nous être plus agréable.
De son côté, M. le Ministre du Commerce, empêché pour les mêmes motifs, a délégué M. Combes, directeur de notre Ecole supérieure de Commerce.
Par sa situation dans l’enseignement, par sa connaissance approfondie des questions qui touchent à l’avenir de nos colonies, par l’impulsion epi’il a su imprimer à la section coloniale de l’École, M. Combes était qualifié pour remplir la mission qui lui a été confiée, et nous ne saurions trop nous applaudir de le voir au milieu de nous.
Je salue M. le sénateur Peytral, ancien ministre des Finances, ancien vice-président du Sénat, qui abien voulu marquer une fois encore sa sollicitude éclairée pour les intérêts de notre département, qu’il a toujours défendus, depuis son entrée au Parlement, avec autant de compétence que d’autorité et de dévouement.
Je suis certain d’interpréter fidèlement le sentiment unanime, en disant combien nous lui sommes reconnaissants de ce liant témoignage de sympathie.
Messieurs,
Au nom du Conseil d’Administration de l’Institut colonial, je
tous remercie d’avoir répondu à notre appel, et je suis tout particulièrement heureux de vous souhaiter la bienvenue dans cette belle salle de la Société de Géographie, où nous recevons nousmêmes une si gracieuse hospitalité
Lorsque la Chambre de Commerce a formé le dessein de synthétiser, en une œuvre durable, les enseignements découlant de notre belle Exposition coloniale, elle a pensé que la Société de Géographie qui, depuis 187(5, avait si largement contribué par ses publications, par ses conférences, par la constitution d’une riche bibliothèque, à la diffusion des notions coloniales, devait avoir sa place auprès de l’institution projetée.
Acceptant l’offre qui lui était faite de lui céder un des étages de l’immeuble que l’on se proposait d’aménager, la Société de Géographie s’est installée dans un local digne d’elle, digne de son passé, digne des services qu’elle rend au pays.
Mais son éminent président, M. Ernest Delibes, pour affirmer la solidarité qui doit exister entre tous ceux qui poursuivent un but d’intérêt général, a bien voulu, sur notre demande, nous assurer, comme vice-président de notre Conseil d’Administration, une collaboration qui nous est précieuse à tous égards.
Et ce n’est pas sans une légitime fierté que nous voyons s’associer à nos travaux, nous guider de ses conseils, le Maître vénéré dont la haute érudition s’est manifestée tout récemment encore, dans la présidence de la Commission des Publications et Notices de l’Exposition coloniale.
Qu’il nous permette de lui adresser, ici, l’expression de nos sentiments de respectueuse admiration et de profonde reconnaissance.
Messieurs,
L’ « Institut Colonial Marseillais » a plus d’un an d’existence, et s’il n’a pas été inauguré officiellement à une époque plus rapprochée de celle de sa fondation, c’est que des circonstances indépendantes de la volonté du Conseil d’Administration ne font pas permis.
Vous estimerez avec nous qu’on ne saurait le regretter, puisque nous avons ainsi la bonne fortune de pouvoir vous
entretenir, non pas des espérances plus ou moins justifiées que fait toujours concevoir l’éclosion d’une œuvre nouvelle, mais des résultats déjà obtenus par une organisation en pleine activité.
Notre Institution est — comme l’on sait — fille de l’Exposition coloniale de 1906, et il peut paraître intéressant d’en préciser les origines.
Tout a été dit, semble-t-il, sur celte belle Exposition qui a mis si brillamment en lumière, dans un harmonieux ensemble, la puissance coloniale de la France, en même temps que la remarquable vitalité de Marseille.
Mais il n’est pas trop tard, sans doute, pour rappeler avec quelle conviction, quelle ardeur, quelle ténacité, les promoteurs de l’entreprise en ont poursuivi la réalisation, et avec quel empressement Colonies, Ville de Marseille, Conseil général et Chambre de Commerce ont offert leur concours moral et matériel.
Il n’est pas trop tard non plus pour répéter que, si toutes les difficultés ont été vaincues, c’est grâce à la vaillance de tous ces hommes de grand mérite qui, sous une habile et ferme direction, ont assuré le succès.
Et la reconnaissance de Marseille s’est encore atfirmée, il y a quelques heures, à l’égard de M. Charles-Roux, en une manifestation enthousiaste à laquelle nous nous sommes cordialement associés au nom de l’Institut colonial.
Nous nous en voudrions de ne pas rendre de nouveau justice a la haute compétence de ces Commissaires généraux et Administrateurs coloniaux, qui n’avaient rien négligé pour fournir aux visiteurs, sous une forme attrayante, les éléments d’information propres à leur laire connaître la situation exacte de nos Colonies, leur climat, leurs ressources, leurs besoins, les mœurs de leurs habitants.
Il nous a été ainsi donné d’apprécier tout ce qui a été dépensé en initiative hardie, en labeur opiniâtre, par nos explorateurs, nos colons, nos commerçants, nos armateurs et nos industriels pour mettre en valeur nos possessions d’oulre-mer, et aussi de nous incliner une fois de plus devant le courage, l’abnégation,
1 héroïsme de notre Armée et de notre Marine, dont nous sommes si heureux de saluer, ici, les chefs respectés.
A côté des superbes édifices où resplendissait l’œuvre magnifique accomplie dans nos colonies, se dressait le Palais de l’Exportation.
Là, groupés autour de la Chambre de Commerce, les exposants de la région offraient à l’admiration des visiteurs l’imposant tableau de l’épanouissement économique de notre chère cité, dont la production industrielle dépasse annuellement un milliard de francs.
La curieuse et si instructive exposition des corps gras a été la démonstration la plus frappante qui ait été faite des progrès scientifiques réalisés dans cette industrie spéciale, qui fait tant d honneur a l’esprit d’initiative des Marseillais ; comme la délicieuse exposition de l’Art provençal était la glorification du génie artistique de notre antique Provence.
Au cours de cette grandiose manifestation de notre activité nationale, qui a pris fin dans une véritable apothéose, on ne pouvait se défendre d’un sentiment de regret à la pensée que tous ces beaux palais tomberaient sous le pic des démolisseurs, que ces innombrables collections seraient dispersées aux quatre vents, que les allées ombreuses feraient place à un champ nu et aride, et qu’il ne resterait plus, de toutes ces merveilles, qu’un souvenir, souvenir exquis, il est vrai, souvenir ineffaçable.
Il incombait à ceux qui ont le souci du bien-être de notre population, comme du développement des relations commerciales de notre grand port avec nos colonies, de songer au lendemain et de sauvegarder les fruits de si remarquables travaux.
Cette préocupalion devait être commune à la Municipalité et à la Chambre de Commerce.
C’est pourquoi M. le Maire voulut conserver le Parc du Rond- Point avec son Grand Palais, où pourraient être tenues des expositions de produits coloniaux ou métropolitains.
Le Parc deviendrait ainsi un beau jardin public et une annexe de 1 Institut colonial, et nous ne saurions trop nous applaudir que le premier magistrat de la cité et le Conseil municipal aient surmonté tous les obstacles pour faire aboutir ce projet.
De son côté, la Chambre de Commerce ne pouvait oublier que, fondée en 1591) par le Conseil communal d’alors « pour rétablir — disait la délibération — les relations si riches et si prospères
autrefois que la ville de Marseille entretenait avec tous les pays du monde », elle n’avait cessé au cours des siècles écoulés d’encourager commerçants et industriels à rechercher des débouchés toujours plus étendus, toujours plus lointains.
Ses archives témoignent du rôle prépondérant qu’elle a joué pendant le xvnc et le xvme siècles dans la protection des intérêts français à l’étranger.
C’est elle qui désignait, dirigeait et rétribuait les consuls dans les Échelles du Levant et sur la côte septentrionale d’Afrique.
C’est elle qui armait ou affrétait à l’État des vaisseaux de guerre, pour protéger les navires marchands contre les attaques si souvent renouvelées des pirates qui infestaient la Méditerranée.
C’est elle enfin qui faisait entendre sa voix autorisée pour obtenir toutes les mesures qui pouvaient contribuer à accroître la prospérité du commerce, ou pour combattre celles qui étaient de nature à en entraver l’essor.
Dissoute en 1791, reconstituée en 1802,1a Chambre de Commerce — nous devons le dire à l’honneur de nos devanciers — s'est toujours conformée depuis celte époque, dans la sphère plus restreinte assignée à son activité, aux traditions glorieuses qui lui avaient été léguées par des hommes de coeur, dont tous les actes étaient dictés par le dévouement au bien public.
Toujours fidèle aux principes de la liberté commerciale dont l’application en 1860, lors de la conclusion des traités de commerce, fut si féconde en résultats, la Chambre de Commerce s’est appliquée à faciliter par tous les moyens en son pouvoir l’échange et la circulation des produits.
Agrandissement de nos ports, amélioration de l’outillage maritime, réduction des tarifs de transport, elle n’a rien négligé dans cet ordre d’idées, et il n’a pas dépendu d’elle dans bien des cas que le but proposé ne fût plus rapidement atteint.
Et l’on trouve dans la conception du projet d’établissement du Canal du Rhône — aujourd’hui en voie d’exécution — une preuve de plus de celte préoccupation constante de mettre notre port en état de lutter victorieusement contre ses concurrents étrangers, pour reconquérir la place qu’il occupait naguère dans l’Europe occidentale.
Comment pouvait-elle, dès lors, ne pas se réjouir de l’extension
prise par notre domaine extérieur dans le dernier tiers du siècle passé ?
Aussi accorda-t-elle, sans hésiter, son patronage au Musée colonial fondé en 1893 par l’initiateur même de l’enseignement colonial en France, par M. le Dr Heckel.
Et, sous son inspiration, elle créa en 1898 et en 1900 des Cours coloniaux, dont il a conservé la direction.
Son passé faisait donc à la Chambre de Commerce une obligation, non seulement de participer aussi étroitement qu’elle l’a fait, soit par sa contribution financière, soit par le concours de tous ses membres, à l’Exposition coloniale de 1906 ; mais encore de prendre les mesures utiles pour en perpétuer les leçons.
C’est ainsi que prit naissance l’idée de réorganiser et de développer l’Institut colonial déjà existant.
Le Musée colonial était trop à l'étroit dans l'hôtel du Service colonial, situé au boulevard des Dames, et, en raison de son éloignement, n’était pas visité comme il méritait de l’être.
Quant aux Cours coloniaux, auxquels d’éminents professeurs de l’Université d’Aix-Marseille consacraient leur merveilleux talent, ils étaient tenus dans une salle du deuxième étage du Palais de la Bourse et, par suite des difficultés d’accès, ils ne s'adressaient qu'à un nombre restreint d’auditeurs.
C’est dire qu’au point de vue de la diffusion des notions coloniales, le résultat n’était en rapport ni avec l’effort tenté, ni avec les sacrifices consentis.
Pour remédier à une situation si regrettable, il fallait grouper dans un local situé au centre de la ville le Musée colonial, les cours coloniaux et créer aussi un Musée commercial.
En outre, un étage de l'immeuble qui serait loué devait être réservé à la Société de Géographie.
Toutefois, la Chambre de Commerce n’avait nullement l’intention de faire de l’organisation projetée une branche de ses services.
Elle voulait fonder une Institution indépendante, qu’elle subventionnerait largement, mais qui, avec une administration autonome, aurait le caractère d’un établissement d’utilité publique.
Dans deux réunions, tenues le 12 mai et le 19 juillet, et aux-
quelles assistaient MM. les Commissaires généraux de l'Exposition, des administrateurs coloniaux, des membres de l’Université, des représentants de la plupart des syndicats locaux, ainsi que des notabilités commerciales, industrielles et maritimes, le principe fut admis de la création projetée.
Une Commission de propagande — à l’activité de laquelle nous nous plaisons a rendre hommage — fut nommée, qui recueillit très rapidement de nombreuses adhésions.
L accueil fait pai 1 opinion a notre initiative, et les conseils qui nous furent prodigués, par M. Charles -Roux en particulier, dissipèrent les dernières hésitations.
Une Association déclarée conformément aux dispositions de la loi du 1er juillet 1901 était fondée le 30 juillet, dans une assemblée d’adhérents dont M. Mastier, préfet des Bouches-du- Rhône, avait bien voulu accepter la présidence, tenant à donner une preuve de plus de l’intérêt qu’il porte à tout ce qui touche à la prospérité de notre département.
Nous sommes heureux de saisir l’occasion qui nous est offerte de lui renouveler l’expression de nos sentiments de gratitude.
Placée sous le haut patronage de M. le Ministre des Colonies et sous la présidence d’honneur des autorités coloniales, administratives, militaires, universitaires et des notabilités commerciales de la région, notre institution a pu, dès le berceau, compter sur les plus puissants appuis.
Cest avec une très vive satisfaction que nous rappelons ici que M. le Président de la République, dans le discours qu’il a prononcé au banquet qui lui était offert au Palais de la Bourse, le 16 septembie 1906, a bien voulu donner à notre initiative sa haute approbation.
Cette consécration de nos efforts, dont nous conservons le reconnaissant souvenir, constituait pour nous le plus précieux des encouragements.
Déjà, M. Roume, gouverneur général de l’Afrique occidentale, en appienant la ciéalion de 1 Institut, nous avait informés par dépêche qu’il nous attribuait une allocation de 5.000 francs pour l’année 1907.
Puis, M. Beau, gouverneur général de l’Indo-Chine ; le Conseil général des Bouches-du-Rhône; le Conseil municipal de Mar-
seille, nous accordaient des subventions qui, jointes à celle de la Chambre de Commerce et aux généreuses souscriptions de nos membres-fondateurs, donateurs et adhérents, permettaient d’envisager l’avenir avec confiance.
A tous ceux qui nous ont témoigné l’intérêt qu’ils portaient à notre entreprise, nous disons encore une fois : Merci .
Nous venons de vous faire connaître, Messieurs, la genèse de l’Institut Colonial Marseillais ; il nous reste maintenant à vous fournir quelques indications en ce qui concerne son fonctionnement.
Tout d’abord, le Conseil d’ Administration nommé le 30 juillet avait à faire mettre en état 1 immeuble de la rue Noailles, pris à bail, et qui offrait, sur tous les locaux disponibles, cet avantage exceptionnel d’être situé au cœur même de la ville, sur une voie particulièrement fréquentée par les coloniaux et les étrangers traversant Marseille.
Le plan adopté consistait à placer au rez-de-chaussée — à portée du grand public — le Musée commercial et les Cours coloniaux ; au premier étage, le Musée scientifique de M. le docteur Heckel ; au deuxième étage, la Société de Géographie, avec une salle réservée aux coloniaux de passage; au troisième étage, le Syndicat des Exportateurs et les bureaux de l’Administration de l’Institut ; le quatrième étage étant destiné à être utilisé ultérieurement.
Un ascenseur devait relier entre elles toutes les parties de l’immeuble.
La visite rapide que vous venez de faire vous a permis Messieurs, de constater avec quel esprit de méthode et quelle intelligence des besoins des différents services le programme tracé a été rempli par nos habiles architectes : MM. Lieulier et Huol, sous la direction des membres de la Commission d’installation présidée par M. Lucien Estrine, qui avait déjà donné la mesure de ses rares qualités d’organisateur comme président du Grand Palais de l’Exposition coloniale.
Pendant que s’effectuaient les transformations nécessaires, M. Dufay, président de la Commission de propagande ; M. le docteur Heckel, président de la Commission du règlement inté-
rieur; M. Albert Armand, président de la Commission des finances, veillaient, avec le concours de dévoués collaborateurs, à l’accroissement du nombre de nos adhérents — aux opérations de transfert des collections mises si gracieusement à notre disposition par M. le Ministre des Colonies — à la direction des Cours coloniaux, et aussi à la bonne gestion des deniers de l’Association.
Enfin, M. Adrien Artaud, secrétaire du Conseil d’Administration, président du Syndicat des Exportateurs, s’était chargé de la lourde tâche de présider la Commission du Musée commercial et du Bureau de renseignements.
Sa compétence en matière économique et coloniale ; les patientes recherches dont il avait condensé les résultats, pour l’Exposition de la Chambre de Commerce, en de saisissants graphiques qui montraient le développement progressif de la fortune industrielle de Marseille ; sa remarquable étude sur la représentation des intérêts commerciaux français à l’étranger, le désignaient tout naturellement pour remplir ces délicates et importantes fonctions.
Le Musée commercial constituant, en effet, la partie originale de notre Institution, c’était de son organisation que pouvait dépendre l’efficacité de notre intervention sur le terrain colonial.
Mettre sous les yeux des visiteurs des types constamment renouvelés des produits métropolitains et coloniaux qui donnent lieu, ou qui peuvent donner lieu, à des échanges; éclairer soit l’acheteur, soit le vendeur, sur la possibilité de se procurer ou d’écouler une marchandise déterminée ; offrir aux Maisons d’armement, de banque, de commission, de transit, les moyens d’étendre leur clientèle par une publicité permanente ; répandre des connaissances générales sur nos colonies par des affiches, des tableaux, des inscriptions murales; tel était le but proposé.
II va sans dire que le produit nouvellement découvert, ou non entré encore dans la circulation, ne pouvait trouver place au Musée commercial, mais devait figurer au Musée d’Éludes de M. le docteur Heckel.
Comme l’a indiqué M. Artaud dans un rapport présenté le 1er octobre 1906 au Conseil d Administration, le Musée commer-
cial devait borner son ambition à servir de vestibule au Musée colonial et à la bibliothèque de la Société de Géographie.
On peut ajouter qu’il devait également attirer des auditeurs dans la salle des Cours coloniaux, à laquelle il donnerait accès, et que MM. les Professeurs trouveraient, dans la proximité des deux Musées, la facilité d’avoir à leur disposition des échantillons des produits faisant l’objet de leurs conférences.
Il ne suffisait pas cependant d’élaborer un projet, quelque bien conçu qu’il fût, il fallait surtout le mettre à exécution.
Grâce aux dispositions adoptées, grâce aux démarches faites, les exposants se sont présentés en grand nombre, et nous ne doutons pas qu’ils ne trouvent, dans l’accroissement du chiffre de leurs affaires, une large compensation au sacrifice qu’ils se sont imposés.
Nous les remercions bien vivement de nous avoir suivis dans la voie qui leur était ouverte, et d’avoir ainsi puissamment secondé nos efforts.
D’ailleurs, nos prévisions, en ce qui concerne l’attraction qu’exercerait sur le public cette Exposition spéciale, se sont pleinement réalisées.
Il ressort de pointages faits avec la plus scrupuleuse exactitude que le nombre quotidien des visiteurs, qui avait été de 495 dans la première semaine du mois d’août, s’est élevé graduellement jusqu’à 1500 pour la première semaine de novembre.
Nous laissons à ces chiffres toute leur éloquence.
Mais l’Institut s’est donné aussi la mission de rechercher et de transmettre à ses adhérents toutes les indications de nature à retenir leur attention, et, dans ce but, un bureau de renseignements a été organisé, qui se tient en rapports constants avec les gouverneurs généraux des colonies, l’Office colonial, l’Union coloniale française, l’Office National du commerce extérieur, les Chambres de Commerce et d’Agriculture des colonies, les membres correspondants de notre Institut, les agents que la Compagnie des Messageries Maritimes et la Compagnie Générale Transatlantique ont bien voulu inviter à se mettre en relations avec nous.
C’est ainsi que nous avons pu communiquer aux intéressés des documents très complets sur le trafic important qui existe
entre certains ports coloniaux et des ports de la Métropole ou de l’étranger.
Nous avons été également en mesure de répondre à des demandes de renseignements provenant de diverses villes de France sur des produits coloniaux, et aussi de signaler aux colonies un emploi avantageux de quelques-uns de leurs produits.
Nous ne citerons à ce sujet qu’un seul exemple.
Nous avons provoqué l’envoi d’échantillons de fibres indigènes qui pourraient remplacer le jute des Indes anglaises pour la fabrication des sacs, et, si les résultats des expériences qui se poursuivent dans une filature de notre ville sont satisfaisants, la France s’affranchira, en partie tout au moins, au grand profit de nos colonies, du lourd tribut qu’elle paie à l’étranger.
Notre champ d’action tendant à s’élargir tous les jours davantage, il nous a paru que le moment était venu de publier un Bulletin mensuel, trait d’union qui relierait l’Institut à ses adhérents et à ses correspondants.
Ce bulletin, l'Expansion Coloniale, dont le premier numéro vous a été remis tout à l’heure, est rédigé par un Comité présidé par M. Adrien Artaud et qui comprend MM. Masson, Ytier, Léotard, Moriceau et Giry.
Nul doute qu’entre des mains si expertes le Bulletin ne devienne un précieux instrument de propagande en faveur du développement matériel et moral de nos colonies.
Voilà, Messieurs, décrite à grands traits, l’œuvre que nous tentons d’accomplir et qui consacre l’union de la science et du commerce.
Cette union, sans laquelle toute entreprise commerciale ou industrielle est de nos jours vouée à l’insuccès, nous la souhaiterions plus étroite encore, et nous nous permettons de compter sur la bienveillance de M. le Recteur de l’Académie d’Aix et de M. le Doyen de la Faculté des Sciences pour resserrer, si c’est possible, les liens de cordialité qui se sont noués entre l’Institut et l’Université, grâce à la présence dans notre Conseil d’Administration de plusieurs de ses membres les plus distingués.
Je ne voudrais pas terminer sans renouveler ici mes plus sincères remerciements à tous mes collègues qui, par leur acti-
vité, par leur empressement à s’acquitter de leur mission, me rendent la tâche facile et agréable.
Je me fais aussi un plaisir de signaler le concours si efficace et si dévoué que nous donne à tous M. Moriceau, administrateur en chef des Colonies en retraite, qui fait bénéficier notre association des fruits d’une expérience acquise au cours d’une longue et laborieuse carrière.
J’ai encore un agréable devoir à remplir, celui de remercier, au nom du Conseil d’Administration tout entier, MM. les représentants de la Presse marseillaise et coloniale qui, par la publicité donnée si obligeamment à nos communications, nous ont aidés à obtenir le résultat poursuivi.
C’est en appelant sans cesse l’attention sur notre immense empire d’outre-mer, sur ses inépuisables ressources, sur les débouchés illimités ouverts à l’activité des nouvelles générations, que l’on y attirera les hommes et les capitaux qui, jusqu’ici, se sont montrés — il faut bien le reconnaître — trop timides les uns et les autres.
Et ce sera l’honneur de la République de n’avoir reculé devant aucun sacrifice, non pas seulement pour étendre notre domaine extérieur, mais surtout pour faire pénétrer les bienfaits de la civilisation chez les peuples placés sous notre protection.
Si, grâce à l’appui des Pouvoirs publics et des Corps constitués, si, grâce à la collaboration de tous les éléments qui concourent à l’accroissement de la prospérité nationale, l’avenir tient ses promesses, nous aurons tous conscience d’avoir servi utilement les intérêts du pays tout entier, en contribuant au rayonnement extérieur de l’influence française. »
Le discours de M. le président Desbief fut chaleureusement applaudi par l’assistance d’élite qui se pressait dans la salle, puis M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône, avec un grand bonheur d'expressions, félicita l’Institut Colonial Marseillais d’avoir assuré la survivance de l’Exposition et d’unir les hommes d’affaires et les hommes de science, sous les auspices de la Chambre de Commerce, pour la grandeur de la France coloniale.
M. Ponsinet, prenant ensuite la parole au nom du ministre des Colonies, rappela dans un discours brillant et précis que le Musée fondé en 1892 par M. le docteur Heckel, sous le patronage gouvernemental, avait engendré la création d’un Institut colonial, aujourd’hui complété et remplacé par l’institution due à l’initiative de la Chambre de Commerce. Il énuméra les services grandissants que rendrait cette organisation, avec le précieux concours de la Société de Géographie, et il exprima les vœux du Ministre des Colo“ nies pour sa prospérité, aussi utile au développement national qu’à l’essor de nos possessions.
M. Combes, dans une éloquente allocution, se déclara heureux de cette occasion solennelle de remercier la Chambre de Commerce de la section coloniale déjà créée à l’École supérieure de Commerce, et des cours coloniaux de l’Institut. Il montra l’avantage pour les élèves de trouver réunis à leurs cours le musée colonial, le musée commercial et la bibliothèque de la Société de Géographie. Au nom du Ministre du Commerce, M. Combes salua les hommes éminents auxquels étaient dus ces progrès, MM. Desbief, Heckel et Charles-Roux, et il constata que Marseille et les colonies tireraient une force nouvelle de l’Institut Colonial Marseillais pour leur expansion économique.
Le regretté M. Delibes prononça à son tour un discours applaudi, au nom de la Société de Géographie. Il remercia M. Desbief de l’avoir unie dans ce vaste hôtel à l’Institut Colonial, puis il évoqua les glorieuses annales de la Société depuis sa fondation en 1876, et notamment la brillante présidence de M. Charles-Roux. M. Delibes déclara que la Société de Géographie suivrait toujours ses nobles traditions, et il souhaita en terminant que ses successeurs puissent regarder le passé avec la même satisfaction et envisager l’avenir avec la môme confiance.
M. Rossi, conseiller municipal, au nom de M. le Maire de Marseille, se réjouit de la fondation de l’Institut Colonial
Marseillais et assura ses administrateurs du concours de la municipalité, concours qui ne ferait pas non plus défaut à la vaillante Société de Géographie ; il envoya ensuite un souvenir ému à nos compatriotes du corps expéditionnaire du Maroc, qui luttent pour la France et pour la civilisation.
Enfin M. Charles-Roux, en sa qualité de président de rUnion coloniale française à Paris, adressa de vibrantes félicitations à M. le docteur Heckel et remit à l’éminent savant la médaille d’or de cette grande association, frappée à l’effigie de Richelieu.
Les chaleureux applaudissements de l’assistance accueillirent cet hommage mérité, puis le cortège se reforma pour monter au troisième étage de l’immeuble, où un lunch avait été servi dans la salle du Conseil d’administration et où des toasts amicaux furent portés en l’honneur du nouvel Institut.
Ainsi prit fin cette cérémonie mémorable, brillante consécration d’une œuvre déjà prospère et dont les heureux effets sur les relations de la métropole avec la France d’outre-mer ne font que s’affirmer de jour en jour.
ANNEXES