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IV. — Buste de M. Jules Charles-Roux

Quant au Comité Jules Charles-Roux, l’ampleur prise par la souscription publique dont MM. Lucien Estrine et Adrien Artaud, vice-président et membre de la Chambre de Commerce, avaient été les promoteurs, ne lui permit pas de faire

coïncider la date des deux cérémonies. Le caractère véritablement populaire de cette souscription s’affirma, en effet, tant par le nombre inusité des adhérents (4.813) que par le montant des sommes recueillies, qui atteignit le chiffre imposant de 27.800 francs. Sur la proposition de M. le président Desbief, notre Compagnie, tout particulièrement désireuse de s’associer à cette manifestation de sympathie vis-àvis d’un de ses anciens membres, s’était inscrite dès le 20 novembre 1906 pour une somme de 500 francs.

Investi des pleins pouvoirs des souscripteurs, le Comité Jules Charles-Roux ne tarda pas à fixer son choix sur un buste en marbre blanc à l’effigie de l’éminent commissaire général, buste dont l’exécution fut confiée au réputé sculpteur Denys Puecli, membre de l’Institut. Le socle, également en marbre blanc, était l’œuvre du jeune maître marseillais Auguste Carli; il comprenait une stèle avec quatre panneaux décoratifs en demi-relief représentant quatre des principaux Palais de l’Exposition ; à droite du socle s’érigeait la statue de Marseille tenant en main un trident symbolique, et, à gauche, un Arabe accroupi, fusil au poing, se tenait aux aguets. Une guirlande et des attributs divers complétaient cette belle œuvre, qui fut remise solennellement par le Comité à M. Jules Charles-Roux, le dimanche 24 novembre 1907, à dix heures du matin. L’élite du monde commercial, industriel, maritime, politique, scientifique ou artistique, était présente aux Salons Pain, et c’est devant une assistance choisie que M. Lucien Estrine, président du Comité Charles-Roux et vice-président de la Chambre de Commerce, prenant le premier la parole, prononça le brillant discours suivant ;

Monsieur le Commissaire Général,

Il y a un an, presqu’à pareille époque, le rideau de clôture s’abaissait sur le merveilleux spectacle, dont huit mois de plaisir, sans cesse renouvelé, n’avaient pu affaiblir le charme et l'intérêt.

Vous fermiez alors l’Exposition coloniale, et les acclamations de près de cent mille personnes, réunies ce jour-là dans le Parc du Prado pour assister au dernier tableau de celle colossale et admirable féerie, faisaient prévoir quels souvenirs émus et quels regrets elle laisserait après elle. Un an s’est écoulé. Ces souvenirs et ces regrets sont restés toujours aussi vifs, et l’année 1906, l’année de l’Exposition coloniale, restera entre toutes mémorable dans les fastes de Marseille.

L'unanimité des sentiments de reconnaissance publique qui, de toutes parts, allaient à l’organisateur de cette manifestation sans précédent, à celui qui avait été l’âme dirigeante, qui avait personnifié ce gigantesque effort et si largement contribué à son succès, se traduisit alors par l’irrésistible élan qui donna naissance à notre Comité. En quelques jours, nous avions recueilli une somme de 27.000 francs destinée à vous offrir, Monsieur le Commissaire général, un témoignage durable de la gratitude populaire.

C’est à dessein que j’emploie ce mot, car, plus que nous, vous avez été profondément touclié en voyant que le capital par nous réuni a été presque tout entier constitué au moyen de souscriptions plus que modestes, infimes même, de sorte que le nombre des souscripteurs, plus que le montant des souscriptions, donne à ce mouvement un exceptionnel caractère de manifestation publique. Et si nous n’avions décidé d’arrêter la souscription après dépassement d’une somme déterminée, peut-on dire quel chiffre nous aurions enregistré?

Investi des pleins pouvoirs des souscripteurs, notre Comité a fixé son choix sur le souvenir qu’il vous prie, au nom de tous, d’accepter aujourd’hui. La collaboration des deux éminents sculpteurs qui ont bien voulu joindre leurs signatu res aux nôtres nous permet d’espérer, Monsieur le Commissaire général, qu’il revêt la forme la plus capable d’agréer à l’artiste avisé et délicat et à l’homme de grand cœur que vous êtes. Ce beau marbre, comme 1 ’cilbns lapis, la pierre blanche des anciens, marquera la date dont vous avez si heureusement gravé l’inoubliable souvenir dans l’esprit de tous.

Permeltez-moi de souhaiter en votre nom la bienvenue à M. Puech, membre de l’Institut, un des deux artistes à qui nous

devons le chef-d’œuvre que vous allez admirer dans quelques instants. Je ne veux pas faire ici de lui un éloge qui m’entraînerait trop loin ; qu’il me soit simplement permis de rappeler que c’est la Sirène, de M. Puecli, qui fut offerte à l’amiral Avellan, le jour où Toulon, après Cronstadt, vint nous apprendre que la France n’était plus isolée. Quant à M. Carli, il est trop des nôtres pour dire tout ce que nos cœurs en pensent.

Un livre d’or, que nous regrettons de ne pouvoir vous remettre à celle cérémonie, vous donnera les noms des 4.813 souscripteurs.

Les différents emplois des deniers recueillis laissent un solde que nous utiliserons sur vos conseils éclairés et d’accord avec les intentions des adhérents.

Mon embarras serait grand à dire tous les mérites qui, déjà, avant cette heure d’apogée, vous avaient désigné comme digne d’un particulier témoignage de gratitude de vos concitoyens ; mais il suffit de repasser l’histoire de ces quarante dernières années, pour retrouver partout la trace des services dont ils doivent vous savoir gré.

En effet, depuis le jour, — c’était en 1865 — où la Chambre de Commerce de Marseille vous confia une mission d’études en Egypte, votre nom n'a cessé d’être mêlé, avec bonneur d’abord, avec éclat ensuite, à toutes les tentatives, à toutes les initiatives, à tous les travaux dont la réussite devait donner plus de lustre ou plus de prospérité à notre ville.

Enfant de ce vieux Marseille, pour qui votre piété filiale se montre toujours tendrement indulgente, vous avez jalousement conservé les généreuses traditions des grandes familles marseillaises de qui vous tenez.

Etudiant à Paris, vous y gardiez intact le double culte du pays et de la ville natale.

En 1869, dans les notes, pleines de pittoresque intérêt, que vous envoyiez à la Chambre de Commerce sur l’inauguration du Canal de Suez, vos observations s’orientaient visiblement dans le sens du plus grand bien de Marseille. Jamais, et c’est votre plus grand honneur, vous ne vous êtes démenti dans la suite.

Quelques années plus tard, c’est comme membre alors de cette Chambre de Commerce que, mûri par la pratique des affaires,

vous donnez la mesure de ce que le pays peut attendre de vous. Vous avez écrit vous-même que si la Commune est l’école primaire où l’on apprend les éléments de l’administration d’un pays, les entreprises et les questions d’ordre international, apanage de la Chambre de Commerce, sont la meilleure école susceptible de faire comprendre les hautes notions économiques qui règlent les rapports des peuples.

Le cadre de vos conceptions s’y est élargi, et lorsque vous avez abordé la vie politique en entrant à l’Hotel de ville, vous apportiez dans l’étude des questions municipales une clairvoyance, un bon sens, un esprit pratique, dont l’écho dépassa rapidement l’enceinte de l’Assemblée communale. Nul ne fut surpris de vous y voir appelé aux premières places. Vos exposés de la situation financière de la Ville, vos rapports sur les questions les plus importantes : Facultés, abattoirs, assainissement, canal de Marseille au Rhône, elc., ont laissé à la Mairie le lumineux sillon de votre incessant labeur. Il en fut de même au Conseil général, et lorsque, en 1889, les suffrages de vos concitoyens vous envoyaient à la Chambre des Députés, les grands intérêts publics n’eurent pas de gardien plus vigilant, de défenseur plus passionné.

Ce fut toujours, pour nous, une joie et un réconfort que la double lutte que vous avez si bravement soutenue contre l’apathie d’une catégorie de nos concitoyens trop ouvertement indifférente au bien général, et contre le parti-pris aveugle de certains autres. Vous leur avez prouvé, aux uns et aux autres, que l'avenir du pays dépendait précisément des questions dont ils n’avaient cure. Vous avez cherché — et vous y avez parfois réussi — à faire pénétrer dans les masses celte vérité qu’un peuple vit d’affaires, dans la conception élevée du mot.

Ne séparant pas, dans vos préoccupations publiques, la Petite Patrie de la Grande, vous n’avez jamais perdu une occasion de faire entendre la voix de Marseille dans toutes les questions qui intéressent la prospérité générale du pays, à laquelle Marseille contribue dans des proportions exceptionnelles. Ne représente-t-elle pas, pour ne citer qu’un exemple, le tiers du mouvement maritime national? Cela, vous l’avez dit éloquemment à la tribune et dans les grandes Commissions dont vous faisiez

partie, en même temps que vous affirmiez avec tant de raison que rimporlance industrielle de Marseille ne le cédait en rien à son importance commerciale et maritime, et que l’on devait d’autres égards à une cité qui a toujours été et qui entend rester le principal appoint de la fortune économique de la France. Et vos déclarations empreintes d’un patriotisme ardent et communicatif ont à diverses reprises, en de solennelles circonstances, rappelé au pays que Marseille, souvent méconnue mais toujours profondément éprise de liberté, demeure sans découragement, sans faiblesse, en dépit des crises passagères ou des épreuves momentanées, fidèle à ses origines, aux glorieuses traditions de son passé et de sa vieille devise : Aciibus immensis fiilget urbs massiliensis.

Dans le même ordre d’idées, vous avez défendu avec une pareille ardeur et une égale compétence la cause des ports de mer, ces grandes portes par où entrent et sortent les principaux éléments de la richesse publique, et, considérant à juste titre notre marine marchande comme la première de nos industries» vous avez réclamé pour elle le traitement que justifiait la prépondérance de son rôle.

Faut-il rappeler votre intervention dans les discussions des tarifs douaniers, votre lutte acharnée contre une politique économique étroite et anémiante, et la part que vous avez prise à la défense de l’entrée en franchise des graines oléagineuses, un des produits auxquels Marseille est redevable d’une partie de sa prospérité depuis qu’en 1832 le premier sac de sésame entra en France et fut consigné à notre Chambre de Commerce comme « marchandise inconnue ».

Si les votes parlementaires ne consacrèrent pas toujours les grandes vérités que vous défendiez, votre parole, du moins, fut toujours écoutée avec une respectueuse déférence par les Députés de tous les partis : et si les jeux incertains des combinaisons ministérielles ne vous avaient pas trouvé insensible, vous auriez (avec quels avantages pour nous) occupé la place qui vous était due dans le Conseil du Gouvernement. D’ailleurs, dans l’esprit de nombre de vos collègues, n’étiez-vous pas considéré comme le ministre in pcirtibas, le défenseur véritable, sinon attitré, du commerce national ? Aussi, que de regrets provoqua votre retraite, lorsque vous avez quitté le Parlement.

Entre temps, vos rares mais laborieux loisirs s’exercaient dans le même sentiment, vers le même but, quoique par des moyens parallèles.

Lart et la littérature avaient en vous un disciple fervent, qui les considérait, non seulement comme un délassement personnel, mais aussi comme un moyen efficace de relèvement populaire et de saine démocratisation.

Les belles expositions, la brillante série de conférences où Mistral, Coppée, Tliiers et de Lesseps furent vos hôtes ; les auditions musicales qui nous valurent d’entendre Rubinstein et d’assister à l’éclosion du génie naissant des grands maîtres actuels ; les éditions d’art qu’il facilita, valurent, sous votre présidence, au Cercle Artistique, un renom envié de dilettantisme éclectique et avisé.

L’Académie de Marseille, où votre discours de réception nous offrit du « Salon de Compagnie » de nos grand’mères un croquis d exquise sentimentalité, s’honorait de vous compter parmi ses membres les plus zélés, longtemps avant que vous n’ayez doté sa bibliothèque de ces ouvrages si savamment documentés et si somptueusement présentés : Souvenirs du Passé et Le Costume en Provence , monuments bien dignes des deux cultes, objets de votre constante fidélité, auxquels vous les avez pieusement dédiés : Marseille et la Provence.

Qui donc, mieux que vous, pouvait réaliser ce rêve grandiose, mais combien compliqué et délicat, d’une Exposition coloniale à Marseille, que nous avions conçu avec vous ? Aussi, lorsque M. le Président de la République eut placé sous votre direction l’exécution de ce projet, sa réussite ne fit plus de doute. Bientôt se propagea la confiance que vos amis avaient eue dans la bonne étoile qui sourit à vos destinées, et mieux encore dans l’expérience consommée et la connaissance approfondie des affaires coloniales, dont vous aviez donné, en 1900, les preuves manifestes.

Ce n’est pas devant cet auditoire qu’il faut rappeler ce que fut celte Exposition dont l’organisation avait eu, à ses débuts, à triompher de l’indifférence gouailleuse des uns, du mauvais vouloir non dissimulé de quelques autres. Paris, qui nous fit d’abord fort grise mine, toujours parce qu’aux yeux des provin-1

ciaux qui peuplent la capitale rien ne compte qui ne sorte de son giron, Paris, dis-je, dut reconnaître cet incomparable effort et en louanger, officiellement même, la magnifique ordonnance.

Mais ce que, seuls, vos collaborateurs peuvent louer, et louer sans réserve, c’est la part personnelle que vous avez prise à cet inoubliable succès, l’esprit de méthode qui a présidé à sa préparation. les initiatives hardies et quasi journalières qui assurèrent la bonne marche de cette entreprise, les conseils et les encouragements que vous ne ménagiez pas autour de vous, prêchant d’exemple, vous intéressant à tous et à tout, veillant aux moindres détails, car, en pareille matière, rien de petit en apparence n’est négligeable, et les causes les plus minimes peuvent produire les plus fâcheux effets. Aussi, pas une ombre à ce riant tableau, pas une note discordante, grâce aux habitudes d’ordre, de discipline, de tenue, de propreté rigoureuses que vous aviez introduites à l’Exposition.

A ce sujet et avant de terminer, laissez-moi rappeler un menu propos assez piquant, cueilli dans cette allée des robes blanches, où chaque jour se groupaient toutes les grâces et toutes les élégances. Deux garçonnets de douze ans devisaient. L’un d’eux, machinalement froissa et jeta à terre un prospectus qu’on lui avait remis dans quelque pavillon voisin. Alors son camarade, se récriant: «Ramasse vite ça! si M. Charles-Roux te voyait! » Et le petit bonhomme reprit le papier pour s’en défaire seulement à la corbeille voisine. Comme quoi des habitudes et des mœurs meilleures peuvent rapidement, sous une impulsion autorisée, s’implanter dans les milieux qui passaient pour réfractaires.

Je ne veux point insister sur les résultats économiques de cette manifestation sans précédent. La fondation de l’Institut Colonial Marseillais, qui reste sa survivance, et l’accroissement des affaires dont se félicitent nos colonies, les ont attestés et les attesteront chaque jour davantage. D’autres pourront dire avec plus d’autorité et d’éloquence vos mérites ; mais je ne crois pas que vous puissiez jamais vous trouver dans un milieu où les sympathies soient plus vives, où plus de cœurs vibrent à l’unisson du vôtre, où plus d’amis se réjouissent des liens de reconnaissante affection qui les unissent à vous.

En leur nom, je vous fais remise de ce buste, hommage de

bons Marseillais connus et inconnus de vous, mais unanimes dans l’expression des sentiments que je viens d’essayer d’interpréter. Il rappellera à vos entants et à vos petits-enfants tout ce que doit notre cité au bon citoyen à qui tous décernent le titre glorieux de Grand Marseillais ». ( Applaudissements vifs et prolongés ),.

Le voile qui recouvrait le buste, entouré de verdure, de M. Charles-Ronx ayant été retiré, l’assistance put alors admirer la belle œuvre, très ressemblante, du maître sculpteur Puech, de l’Institut, présent à la cérémonie, ainsi que la superbe stèle également de marbre blanc due au ciseau de l’artiste marseillais Carli.

Ap rès M. Estrine, président du Comité, M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône, rendit hommage à son tour à l’ancien commissaire général de la magnifique Exposition qui avait consacré Marseille comme métropole coloniale, et remercia le Comité de l’avoir associé à cette fête marseillaise.

M. Baret, ancien maire de Marseille, représentant le Conseil général des Bouches-du-Rhône, évoqua l’ancienne collaboration de M. Charles-Roux, qui fut son adjoint à l’Hôtel de Ville et son collègue au Conseil général, et constata les grands services qu’il avait rendus dans toutes les fonctions qu’il avait occupées. Il observa combien le succès récompensait justement M. Charles-Roux dans les divers domaines où il portait son action, et il le félicita de voir, encore dans la force de l’âge, ses concitoyens lui rendre pleine justice.

M. Paul Desbief, président de la Chambre de Commerce et de l’Institut Colonial, prit ensuite la parole dans les termes suivants :

Monsieur le Commissaire Général,

C’est avec un sentiment de joie bien sincère que je viens, au

nom de la Chambre de Commerce, m’associer à l’hommage de gratitude qui vous est rendu si justement par vos concitoyens.

Notre Compagnie, vous le savez, est jalouse de conserver le souvenir de ceux de ses membres qui l’ont particulièrement illustrée, et c’est pourquoi elle vous revendique toujours comme un des siens, quel que soit le champ d’action où s’exerce votre prodigieuse et inlassable activité.

Sans retracer, en entier, une carrière dont chacune des brillantes étapes est marquée par une initiative heureuse ou un service signalé, qu’il me soit permis de rappeler, à mon tour» que dès 1865, comme vous sortiez à peine de l’adolescence, la Chambre de Commerce appréciant la précoce maturité de votre esprit, vous délégua avec son secrétaire-archiviste M. Berteaut, pour aller visiter les travaux de percement de l’Isthme de Suez.

Parti sur le « Saïd » le 29 mars 1865, vous rendiez compte de votre mission le 26 mai de la même année ; l’évènement est venu confirmer vos prévisions d’alors, et l’on ne saurait trop se féliciter que l’œuvre accomplie par la Grande Société — où vous occupez une des situations les plus élevées — ail pour résultat, en favorisant l’essor économique de l’Univers entier, d’aider au rapprochement des peuples.

Ap rès votre passage au Tribunal de Commerce, vous étiez élu, le 31 décembre 1880, membre de la Chambre de Commerce, et, pour définir le rôle que vous avez joué au sein de notre Compagnie pendant huit ans, je ne crois pouvoir mieux faire que de reproduire les paroles prononcées, à l’expiration de votre mandat, par le regretté président Cyprien Fabre, dans la séance du 21 février 1889 :

« Il n’est point difficile de faire l’éloge de M. Jules Charles- « Roux.

« Si je disais tout ce que je pense, vous pourriez accuser de « partialité la vieille amitié que je lui porte, et cependant je ne « serais que juste. Vous avez tous été témoins de cette vive intel- « ligence, de celle facilité de travail qui permet à notre collègue « de s’assimiler toutes les questions et de les bien défendre « après les avoir étudiées et connues.

« M. J. Charles-Roux ne s’est pas borné à représenter parmi « nous la grande et belle industrie qu’il connaît si bien ! Il a

« pieté son concours actif à notre Chambre dans les affaires « maritimes aussi bien que dans les questions industrielles. « Partisan convaincu du libre-écliange, il en a défendu les « droits dans maintes circonstances avec un talent et une « vigueur auxquels tous rendent justice. »

Mais, c’est comme député des Bouclies-du-Rhône que vous avez donné toute la mesure de vos hautes capacités.

Avec une éloquence, une habileté et une ténacité rares, vous avez toujours défendu et souvent fait triompher les intérêts de notre ville.

Et vous n’avez pas craint d’affronter des critiques injustifiées pour rester fidèle aux principes de la liberté commerciale, dont l’application pouvait seule, à vos yeux, assurer la prospérité du Pays.

Non content de lutter, sans trêve, dans les commissions, contre les partisans d’un protectionnisme intransigeant, de discuter à la tribune les questions les plus complexes avec une autorité incontestée; vous trouviez encore les loisirs nécessaires pour publier de remarquables études économiques, parmi lesquelles je citerai, notamment, celle que vous avez consacrée au Canal du Rhône et qui a contribué, autant que votre énergique intervention, à faire aboutir un projet dont l’exécution est pour Marseille d’un intérêt vital.

Aussi, notre Compagnie a-t-elle eu de fréquentes occasions de vous adresser ses remerciements.

Aujourd’hui encore, nous avons à vous louer hautement de n’avoir reculé ni devant les responsabilités, ni devant un labeur accablant, pour rendre un nouveau service à votre ville natale, en acceptant la lourde lâche d’organiser l’Exposition coloniale dont l’éclatant succès est venu récompenser vos efforts et ceux de vos vaillants collaborateurs.

La grande œuvre terminée, vous avez voulu en fixer pour toujours les précieux résultats, et vous avez accueilli avec empressement l’idée de transformer et de développer l’Institut colonial, fondé depuis plusieurs années déjà par le savant docteur Heckel.

Grâce à vos encouragements, le projet conçu par notre Compagnie a été réalisé.

C’est dire combien je suis heureux d’être, .'tout à la fois, l’interprète delà Chambre de Commerce et celui de l’Institut colonial, qui est fier de vous compter au nombre de ses présidents d’honneur, en vous apportant, Monsieur le Commissaire général, un nouveau et bien cordial témoignage d’estime, d’affectueuse sympathie et de profonde admiration. » (Applaudissements .)

M. Frédéric Bohn, vice-président de la Société de Géographie et membre de la Chambre de Commerce, rappela les douze années de remarquable présidence de M. Charles- Roux à la Société de Géographie, et l’éclat qu’il contribua à donnei à cette grande association. Il signala ses importants voyages, notamment aux isthmes de Suez et de Panama, et les ouvrages appréciés dans lesquels il consignait au retour ses impressions et le résultat de ses études. A la tête de la Compagnie Générale Transatlantique, M. Charles-Roux fait encore de la géographie, de la géographie à la fois pratique et patriotique, car ses navires sillonnent les mers d’Europe et d'Amérique, portant au loin le drapeau français. Enfin, notre belle Exposition coloniale elle-même n’a-t-elle pas été avant tout une magnifique leçon de choses d’ordre géographique? A tous ces titres, conclut M. Bohn, la Société de Géographie de Marseille est fière de réclamer M. Charles- Roux et de le proclamer comme un de ses membres les plus méritants et les plus dévoués.

M. le docteur Heckel, commissaire-général adjoint de 1 Exposition Coloniale, tint à son tour, au nom de tous ses collaborateurs, à féliciter le chef de la grandiose manifestation de 1906; il rappela les hautes qualités de M. Charles- Roux, qualités qui ont assuré la réussite complète de l’œuvre entiepiise et ouvert à Marseille, ainsi qu'à nos colonies, une ère nouvelle de prospérité.

M. de Montricher, président de l’Académie de Marseille, à laquelle appartient M. Charles-Roux, le complimenta enfin d avoir fait, dans sa merveilleuse activité, une part aux lettres

et aux arts, non seulement dans ses « Souvenirs du Passé », recueil de haute valeur esthétique qu’il eut la courtoisie de dédier à l’Académie, mais encore à l’Exposition Coloniale, où le culte de la petite patrie se retrouvait à la galerie de l’Art Provençal et au savoureux Mas de Santo-Estello.

En quelques paroles parties du cœur et visiblement imprégnées de l’émotion intense qui l’avait gagné, M. J. Charles- Roux remercia tous les amis connus et inconnus, qui, groupés autour de lui pour la plus grande gloire de Marseille, avaient assuré le succès de l’Exposition Coloniale, et qui avaient voulu aujourd’hui reconnaître les quelques services qu’en sa longue carrière publique il avait pu rendre à la cité phocéenne. Il dit que, toujours, il resterait fidèle à toutes les causes qui intéressent la prospérité de Marseille, et que sa seule ambition était de transmettre à ses enfants cet amour passionné du sol natal.

Une longue ovation accueillit ces paroles, puis M. Charles- Roux reçut les félicitations personnelles de chacun de ceux qu’avait réunis cette imposante cérémonie (1).

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