‹ La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906Chapitre 69 sur 89 · III. — Chemins de fer · texte numérisé non relu

III. — Chemins de fer

Il existe maintenant en Afrique occidentale française cinq lignes principales, dont deux, celle de Dakar-Saint-Louis et celle du Dahomey, sont exploitées par des Compagnies concessionnaires, tandis que les trois autres, celles du Soudan, de la Guinée et de la Côte d’ivoire, sont au contraire exploitées en régie. Quant à la ligne Tliiès-Kayes, la partie construite n’est pas encore ouverte au trafic.

A. — Chemins de fer du Sénégal et du Soudan

1° Dakar-Saint-Louis. — La première ligne créée fut celle de Dakar à Saint-Louis, ouverte en 1885 et allant rejoindre, après un parcours de 264 kilomètres, le fleuve Sénégal, qui sert de voie d’accès jusqu’à Kayes. Cette ligne, qui dessert une partie du Baol, le Cayor et le Oualo, a multiplié dans la contrée qu’elle traverse la culture de l’arachide, de telle sorte que le chemin de fer suffît à peine au transport des précieuses graines au moment de la récolte.

2° Kayes-Niger. — Dès la création du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, on se préoccupa de réunir par une autre voie ferrée le Sénégal au Niger; mais, par suite du soulèvement des régions traversées, cette entreprise ne put être terminée que vingt ans plus tard. Le chemin de fer de Kayes au Niger ne fut en effet complètement livré à l’exploitation qu’à partir du

1er janvier 1905. Sa longueur totale, soit 555 kilomètres (y compris l'embranchement de Médine), peut se diviser en trois sections : de Rayes à Toukoto (241 kilom.) ; de Toukoto à Bamako, capitale actuelle du Haut-Sénégal et Niger (257 kilom.) ; enfin de Bamako à Koulikoro (57 kilom.). Cette dernière section, qui longe constamment le Niger, a été créée afin de réunir le bief supérieur du fleuve à son bief moyen, en évitant les chutes de Sotuba (1).

3° Thiès-Kayes. — Cependant, on s’était rendu compte dès le début des inconvénients que présentait le tronçon fluvial du Sénégal, navigable pendant quatre mois à peine de Kayes à Saint-Louis. La nécessité de mettre le Soudan en communication directe et régulière avec la côte suggéra l’idée d’une nouvelle voie ferrée reliant Kayes à Dakar. Une station de la ligne Dakar-Saint-Louis, la petite ville de Thiès, fut choisie comme point de raccordement de la ligne projetée, qui comprendra, lorsqu’elle sera terminée, un parcours total de 681 kilomètres. Actuellement, les tronçons Thiès-N'Gahaye(UO kilom.) et Kayes- Ambidédi (42 kilom.) sont seuls en construction, mais, s’il n’y a pas de retards dans la livraison du matériel, la ligne, qui est eu terrain plat et peu coûteuse, progressera très rapidement. Une centaine de kilomètres sont déjà construits, et M. Merlaud-Ponty,

(1) Voici quel a été le trafic du chemin de fer de Ka}res au Niger eu 1906, seconde année d’exploitation totale :

Produits exportés

Riz .

kilogr

Arachides .

Mil .

Caoutchouc .

Gomme .

Karité .

Peaux sèches .

Ivoire .

Produits divers .

Total .

dlogr.

Produits importés .

Total général .

kilogr.

le nouveau gouverneur de l’Afrique occidentale, compte les ouvrir prochainement à l’exploitation. La durée prévue par lui pour l’achèvement complet de la ligne est d’environ trois ans, sur la base de 18 kilomètres par mois.

B. — Chemin de fer de la Guinée

Les voies ferrées dont nous venons de parler ne donnent accès qu’au moyen Niger et dans le nord de la « boucle ». Pour rejoindre le Niger supérieur à son point navigable qui est Kouroussa (à 412 kilom. en amont de Bamako), on a choisi comme tête de ligne la capitale de la Guinée française, Conaknj. La longueur de ce chemin de fer, commencé en 1900, sera de 589 kilomètres.

Jusqu’à la fin de 1907, 220 kilomètres seulement étaient en exploitation, de Conakry à Soiiguéta ; mais le rail a maintenant dépassé le col de Koumi (kilom . 301), et un nouveau tronçon vient d’être inauguré récemment, reportant à Mamou, soit à 296 kilomètres de la côte, le terminus du trafic. Ajoutons qu’un décret du 21 janvier 1908 a autorisé l’ouverture des travaux de la dernière section (288 kilom.), comprise entre le col de Koumi et le Niger, et que les difficultés spéciales rencontrées jusqu’ici dans les deux premières sections ne se reproduiront pas dans la troisième, la voie ayant dépassé le massif montagneux du Fouta-Djallon.

La ligue atteindra probablement Kouroussa vers la fin de 1910 mais la Colonie compte ensuite la pousser, à l’aide de ses propres ressources, jusqu’à Kankan, marché très important situé sur le Milo (affluent du Niger), à 80 kilomètres environ de Kouroussa. D’autre part, une mission doit aller étudier prochainement sur le terrain un prolongement ultérieur du rail de Kankan à Sikasso ou à Bobo-Dioulasso, au nord de la Côte d’ivoire.

Outre qu’il facilitera puissamment l’exploitation du caoutchouc et de la gomme, principales productions de la colonie, le chemin de fer de la Guinée aura encore l’immense avantage de permettre la mise en valeur des gisements aurifères du Fouta-Djallon.

Page 1