C. — Chemin de fer de la Côte d'ivoire
A la Côte d’ivoire, les études de la Mission Houdaille en 1898 démontrèrent la possibilité d’établir une voie ferrée de pénétra-
lion et de franchir la forêt équatoriale au point appelé le « Triangle du Baoulé ».
La ligne en question part d’Abidjan, sur la lagune Ebrié, en face du village de Petit-Bassani (actuellement Port-Bouët), où l’on devait creuser un chenal destiné à mettre la voie ferrée en relation directe avec la mer (1) ; elle pique dans le Nord, se dirige à travers la forêt vers la rivière N’Zi qu’elle traverse, puis se poursuit à la faveur d’une trouée naturelle dans la direction du pays de Kong et du Niger. Katiola, à la limite sud du cercle de Kong, avait été choisi par M. Roume comme terminus provisoire de la ligne, qui aurait de la sorte un développement approximatif de 350 à 400 kilomètres. Toutefois, bien que sa direction définitive soit encore incertaine, il est vraisemblable qu’elle sera continuée jusqu’à Kong, afin de mettre pleinement en valeur la région riche et peuplée qui se trouve au-delà de la forêt. On prévoit même son extension future jusqu’à Sikasso ou Bobo-Dioulasso , où elle rejoindrait la ligne de la Guinée prolongée et desservirait, concurremment avec elle, le cœur de la boucle du Niger.
Les travaux ont commencé en novembre 1903, et la première section, d’Abidjan à Ery-Macouguié et à YAgnèby (82 kilom.), est ouverte à l’exploitation depuis 1907. Actuellement, la deuxième section est terminée, et la voie vient de franchir le N’Zi (kilom. 180). Aussi un décret du 17 juillet 1908 a-t-il autorisé l’ouverture des travaux de la troisième section, comprise entre les kilomètres 180 et 255. Le chemin de fer aura donc bientôt dépassé la forêt, dont l’épaisseur est d’environ 300 kilomètres, et l’on arrêtera sans doute à ce moment sa direction définitive.
11 est à peine besoin d’insister sur la richesse et la fertilité de la côte d’ivoire. En dehors des productions agricoles ordinaires, le café vient naturellement, et la forêt recèle en abondance l’acajou, le kolatier, le palmier à huile et la liane à caoutchouc .
(1) Les essais de percement de la bande de sable qui sépare la lagune de 1 Océan ont malheureusement échoué jusqu’ici, car, à mesure qu’on creuse le canal, la barre le comble. Il est probable dans ces conditions qu’on sera amené à abandonner Abidjan comme tête de ligne, et à choisir un autre point de la côte.
L’or enfin se trouve partout, toutes les rivières en contiennent, mais seul le chemin de fer peut permettre l’exploitation méthodique de toutes ces richesses.
D. — Chemin de fer du Dahomey.
Au Dahomey, c’est une maison marseillaise des plus connues, la maison Mante frères et Borelli de Régis aîné, installée depuis longtemps à Cotonou, qui demanda, dès 1897, la concession d’un chemin de fer de pénétration au Dahomey. Cette première demande n’aboutit pas, mais, trois ans plus lard, à la suite des études de la mission Guyon, les pourparlers furent repris avec M. Georges Borelli, ancien vice-président de la Chambre de Commerce de Marseille et l’un des chefs de la maison précitée. Un décret intervint le 26 juin 1900, accordant à M Georges Borelli, pour soixante-quinze ans, la concession ferme du chemin de fer entre Cotonou et Tchaourou, avec embranchement sur Ouidali, ainsi qu’un droit de préférence pendant vingt-cinq ans pour la concession du prolongement entre Tchaourou et le Niger. Mais, en exécution d’une des clauses de la convention, une Société anonyme, autorisée par arrêté du 7 juin 1901, ne tarda pas à se substituer à M. Borelli sous le nom de « Compagnie française de chemins de fer au Dahomey ». Plus tard, un nouvel accord, en date du 24 août 1904, fut conclu entre le Gouvernement général de l’Afrique occidentale et la Compagnie. En vertu de cet accord, la Colonie du Dahomey a remboursé à la Compagnie tous les travaux de superstructure précédemment effectués par elle, et a assumé les frais de continuation du réseau, dont elle est devenue ainsi l’unique propriétaire. Le rôle de la Compagnie française de chemins de fer au Dahomey se borne donc aujourd’hui à celui d’une Compagnie fermière.
La ligne part de Cotonou, suit la côte pendant 25 kilomètres environ, puis, arrivée à Paliou , bifurque pour s’enfoncer dans l’intérieur des terres, tandis qu’un embranchement de 33 kilomètres, prolongeant la partie côtière, dessert Ouidah et Segborouc (sur le lac Ahémé). La ligne principale, suivant un tracé presque perpendiculaire au littoral, se dirige sur Allada, Abomey et Paouignan (kil. 194). De là, elle s’infléchit à l’Est vers Agoua -