‹ La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906Chapitre 85 sur 89 · C. — Laos · texte numérisé non relu

C. — Laos

Les principales productions du Laos consistent en riz, coton, tabac, bétel, canne à sucre, cannelle, noix d’arec, indigo, mûrier, ortie de Chine et cardamone. Les forêts renferment des essences très variées, notamment le teck, l’ébène, le châtaignier, le pin, le chêne, et donnent des sous-produits importants : résine, gomme laque, benjoin, curcuma, cire, caoutchouc, etc.

Quant aux richesses du sous-sol, elles sont encore imparfaitement connues, mais certainement très considérables, car on a relevé l’existence de mines d’or, d’argent, de cuivre, de fer, de plomb, d’étain, de charbon, de soufre, de salpêtre, et même de pierres précieuses et de saphirs dans le Haut-Mékong. Les gisements de cuivre et de fer sont très riches, et les derniers nommés sont l’objet d’une exploitation primitive de la part des indigènes, qui pratiquent également avec succès le lavage des sables aurifères.

Le Laos est beaucoup moins peuplé que les autres pays de l’Union indo-cliinoise, mais ses habitants sont industrieux. Ils s’occupent de l’élevage des bœufs, buffles, porcs et chevaux, exportent des cornes et des peaux, du labac et du coton, et fabriquent des ouvrages en vannerie, des lissus de coton et de soie, des sampots, etc. Malheureusement , comme nous le faisions remarquer plus haut, la plus grande partie du trafic du Laos (au moins les deux tiers) se fait avec le Siam par la rivière Moun, Oubon et Korat; la voie ferrée Ivorat-Bangkok (165 kilomètres de long) recueille ensuite les produits laotiens, attirés d’ailleurs vers le Siam par la franchise douanière et par les cours élevés du marché de Bangkok.

Les entreprises européennes au Laos sont rares. Quelques maisons de commerce de Vinh (Annam) y ont des succursales, mais les essais d’exploitation de mines ou de forêts n’ont pas donné jusqu’ici de résultats satisfaisants, en raison de la pénurie de la main-d’œuvre et des frais de transport.

D. — Annam

Les principales productions de l’Annam sont : le riz, le coton, le thé, le tabac, le bétel, la canne à sucre, la cannelle, le miel, la cire, le maïs, les noix de coco et d’arec, les ananas, l’indigo, le mûrier, les vers à soie, l’arachide, le sésame, la ramie. D’autre part, l’élevage des bœufs, des buffles et des porcs se pratique sur une large échelle, ainsi que la pêche, qui donne lieu à une exportation considérable de poissons salés.

Les forêts renferment en abondance des essences précieuses (bois d’aigle, de rose, de santal et d’ébène), des bois résineux, des bambous et des rotins; elles sont également riches en sous produits importants tels que cardamone, caoutchouc, benjoin, huiles à laquer, cunao, etc. Malheureusement le manque de moyens de transport et la présence des bêtes féroces en rendent l’exploitation difficile.

Il en est de même pour les nombreuses mines d’or, de plomb argentifère, de cuivre, de fer, de charbon, que recèlent les montagnes de la grande chaîne annamitique. Deux seulement sont exploitées par les Européens, les mines de charbon de Nong-Son

et les mines cl’or de Bong-Miu (province de Quang-Nam) ; quelques autres sont exploitées superficiellement par les indigènes. Mais, là encore, le défaut d’outillage économique constitue le grand obstacle à la mise en valeur méthodique de toutes ces richesses.

En dehors de la fabrication de la soie, que toutes les provinces produisent, et qui est une des grandes ressources de l’Empire, les industries indigènes sont très variées ; fabriques de nattes de jonc, de chapeaux de latanier, de papier, d’éventails ; meubles en rotins, coffrets et bahuts en bois précieux ; poteries, briqueteries, fours à chaux; distilleries, sucreries, pâtes alimentaires, huiles d’arachides et de coprahs, salines, poissons salés, etc. . . .

Les Européens, quoique moins nombreux qu’en Cochinchine et qu’au Tonkin, s’adonnent avec succès aux plantations de thés, de caféiers, de poivriers, de cannes à sucre, d’aréquiers, d’arbres à caoutchouc et de plantes textiles. Ils exploitent également les industries suivantes :

Scieries à vapeur et fabriques d’allumettes à Tanh-Hoa et à Vinh ;

Constructions métalliques à Tourane ;

Usine de chaux hydraulique à Hué ;

Usine à vapeur pour la filature, le moulinage et le tissage de la soie à Phu-Phong (province de Binh-Dinh) ;

Fabriques de cordages dans les provinces de Phu-Yen et de Binh-Dinh ;

Fabriques d’albumine à Hué et à Qui-Nhon ;

Fabrique de glace et de boissons gazeuses à Hué;

Distilleries d’alcool de riz à Qui-Nhon ;

Usines pour la préparation des salaisons et des saumures à Cam-Banh.

Quant au commerce, il est entre les mains des Chinois et des Européens ; ces derniers possèdent d’importants comptoirs à Vinh, Hué, Tourane, Qui-Nhon, Nha-Trang et Phan-Rang.

E. — Tonkin

Au Tonkin, la production de riz sert presque entièrement à nourrir une population dont la densité, dans certaines parties du delta du Fleuve Rouge, dépasse celle des régions les plus peuplées de l’Europe (1). Aussi l’exportation de cette denrée est-elle relativement faible lorsqu’on la compare à celle qui s’effectue par le port de Saigon.

En dehors du riz, dont on fait deux récoltes par an comme en Cochinchine, les principales productions du Tonkin sont : la soie, dont l’industrie est très répandue parmi les indigènes ; le coton (à courte soie), qui alimente de plus en plus les filatures du pays ; le café, le thé, le tabac, la canne à sucre ; la badiane, ou anis étoilé, qui se cultive surtout dans la province de Lang- Son ; le maïs ; le pavot à opium ; la ramie, le bambou, le jonc, le rotin, le latanier, l’arbre à papier, la laque, etc. (2).

Les Européens cultivent généralement le riz, le café, le thé, l’abaca ou chanvre de Manille et la ramie. On estime à plus de dix millions de francs le total des fonds qu’ils ont consacrés à ces plantations agricoles, parmi lesquelles seule la grande culture semble appelée à réussir.

Le commerce est très intense, et les indigènes manifestent un goût croissant pour nos produits manufacturés. Aussi des maisons importantes se sont-elles fondées dans les principaux centres, d’où leurs agents rayonnent dans les régions les plus reculées

Mais l’indice caractéristique de la prospérité du Tonkin réside essentiellement dans ses rapides progrès industriels, comme le

(1) Le delta du Tonkin compte une population de plus de quatre millions d’habitants pour une superficie d’environ 20.000 kilomètres carrés. Le plateau intermédiaire (40.000 kilomètres carrés) est en revanche très clairsemé comme habitants, ainsi que la région montagneuse (60.000 kilomètres carrés) qui est presque déserte.

(2) Il convient d’observer que les travaux d’hydraulique agricole réalisés depuis quelques années au Tonkin ont les plus heureux effets sur son développement économique, non seulement en permettant l’extension des rizières, mais encore en facilitant d’autres cultures ; c’est le cas notamment pour le mais, dont l’exportation en 1907 représente plus du double de celle de 1905 (16.000 tonnes en 1905, 4.000 en 1906, 33.000 en 1907).

montrent les renseignements suivants que nous empruntons au récent rapport de M. H. Meiffre, attaché commercial, sur « les industries du Tonkin en 1907 » :

Tableau d’ensemble :

Nombre d’établissements industriels . 85

Capitaux en francs . 41.750.000

Force en chevaux-vapeur . . . 10.318

Nombre d’employés européens . 236

Nombre d’ouvriers indigènes . 12.308

Trois filatures, établies h Haïphong, Hanoï et Nam-Dinh, produisent environ 3.000 tonnes de fdés de coton par an, avec un outillage de 60.000 broches et une force de 2.300 chevaux-vapeur; leur capital global est de 6 millions de francs.

Viennent ensuite :

Trois distilleries d’alcool, représentant 8 millions de capitaux et 270 chevaux de force ;

Six ateliers de construction (5 millions de capitaux, 950 chevaux) ;

Deux usines d’éclairage électrique (2 millions et demi de capitaux, 1 .780 chevaux) ;

Dix entreprises de Travaux publics (2 millions de capitaux, 300 chevaux) ;

Trois entreprises de transports sur les voies fluviales (2 millions de capitaux, 1.100 chevaux) ;

Une fabrique de ciment, établie à Haïphong au capital de 2 millions (850 chevaux de force) et dont le chiffre d’affaires avec les pays voisins est déjà considérable (exportation en 1906 : 15.430 tonnes valant 1.389.000 francs) ;

Trois ateliers d’équipements militaires (1 million et demi de capitaux) ;

Une huilerie-savonnerie, au capital de 1.200.000 francs (140 chevaux) ;

Six fabriques de céramique (1.200.000 francs de capitaux, 640 chevaux) ;

Cinq imprimeries (1.200.000 francs de capitaux, 100 chevaux) ;

Une fabrique d'allumettes, au capital de 1 million (110 chevaux) ;

Deux manufactures de tabacs (1 million de capitaux, 42 chevaux) ;

Une fabrique de pâte a papier, au capital de 750.000 francs (300 chevaux) ;

Une usine d'électricité (tramways), au capital de 700.000 francs (540 chevaux) ;

Une usine èlèvatoire pour la distribution des eaux, au capital de 600.000 francs (330 chevaux) ;

Une brasserie, au capital de 500.000 francs (45 chevaux) ;

Une filature de soie, au capital de 500.000 francs (15 chevaux) ;

Trois scieries (600.000 francs de capitaux, 65 chevaux);

Deux fabriques de glace (600.000 francs de capitaux, 200 chevaux) ;

Trois distilleries d’essences, une distillerie de liqueur, une teinturerie, deux fabriques de pousse-pousse, deux ateliers d'installations d'éclairage par l'acétylène, une fabrique d'explosifs, une usine de préparation du jute, une huilerie de ricin, une féculerie, une fabrique de Scliellack, sept tanneries et huit ateliers divers.

Cette longue énumération est assez éloquente par elle-même pour dispenser de tout commentaire ; elle atteste le développement industriel du Tonkin et l’avenir plein de promesses qui s’ouvre devant lui.

D’autre part, l’industrie minière est en train de prendre un magnifique essor. Depuis plusieurs années déjà, une puissante Société exploite les gisements de houille de Hongay (20.000 hectares de superficie), dont le rendement s’est élevé, en 1906, à 247.960 tonnes; cette Société occupe un personnel de 5.000 ouvriers, et possède une fabrique annexe de briquettes qui produit annuellement plus de 100.000 tonnes, un chemin de fer particulier, des appareils de levage et un appontement sur la baie d’Along. Mais à cette exploitation, la plus ancienne du Tonkin, sont venues s’en ajouter d’autres : les houillères de Kébao (25.000 hectares, 18.877 tonnes en 1906); de Dong-Trieu (1.190 hectares, 11.365 tonnes en 1905) ; de Yen-Bay (726 hectares, 7.058 tonnes en 1905) ; enfin la mine de lignite de Dong-Giao (pro-

vince de Ninh-Binh), qui appartient à un Annamite, et dont les 196 hectares ont produit 8.500 tonnes en 1905.

A côté du charbon, d’autres richesses du sous-sol tonkinois entrent en exploitation, notamment dans les provinces de Cao- Bang ( étain et wolfram), de Bac-An (or), de Thaï-Nguyen et de Tuyen-Quang (4.300 tonnes de zinc en 1907 contre 200 seulement en 1904). De nouveaux gisements sont chaque jour mis à découvert, et des usines s’élèvent pour le traitement sur place des minerais.

Bien que ses ressources agricoles soient loin d’être négligeables, le Tonkin semble donc appelé à devenir de plus en plus un pays de production industrielle et minière.

Tableau général du Commerce de l’Indo-Chine depuis 1897

(en milliers de francs)

(Statistiques du Ministère des Colonies).

Mouvement des principales importations et exportations de l’Indo-Chine en 1906

(Commerce spécial en milliers de francs)

(D’après les statistiques du Ministère des Colonies.)

Principales importations de l’Indo-Chine en 1906

(Commerce spécial en milliers de francs)

NATURE DES MARCHANDISES

Tissus de coton .

Ouvrages divers en métaux .

Fils de coton . . . .

Métaux autres que l’or .

Huiles minérales .

Vins .

Tissus de jute .

Riz en paille, paddy .

Tissus de soie .

Or .

Machines et mécaniques .

Farine de froment .

Papiers chinois .

Armes, poudres et munitions. . . .

Coton en laine .

Papiers autres que chinois .

Opium .

Thé de Chine .

Tabacs .

Noix d’arec .

Embarcations .

Sucre .

Peaux et pelleteries ouvrées .

Goudron de houille .

Espèces médicinales chinoises. . .

Vêtements et lingerie .

Produits chimiques .

Carrosserie .

Bière .

Parapluies de coton .

Eaux-de-vie .

Ciment . .

de France et des colonies françaises

de

T étranger

TOTAUX

Principales exportations de Plndo-Chine en 1906

(Commerce spécial en milliers de francs)

NATURE DES MARCHANDISES

Riz entier blanc .

» cargo .

» farines et poussières . ! . . .

» brisures .

» en paille, paddy .

Totaux du riz et de ses dérivés . .

Poissons secs, salés ou fumés.. . .

Poivre .

Caoutchouc .

Houille crue .

Peaux grandes, brutes .

» » préparées .

Soies grèges . .

Ouvrages de sparterie et de vannerie.

Coton .

Maïs .

Cannelle .

Tissus . . . .- .

Ciment . .

Bestiaux .

Tabacs préparés. . . . . . .

Ouvrages en métaux .

Gomme laque et stick laque ... .

Thé de l’Annam .

Dynamite . .

Zinc . .

Huiles d’anis ou de badiane .

Sucre brun de l’Annam .

Café .

Huiles à laquer .

pour

la France et

les colonies françaises

pour

l’étranger

TOTAUX

Commerce de l’Indo-Chine par Pays de provenance ou de destination en 1906

(Commerce spécial)

DÉSIGNATION

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