‹ La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906Chapitre 84 sur 89 · A. — COCHINCHINE · texte numérisé non relu

A. — COCHINCHINE

Bien qu’elle se prête aux productions les plus diverses, on peut dire que la Cochinchine est un pays de monoculture, en raison de l’extension prise par la culture du riz dans les immenses plaines alluvionnaires du delta du Mékong. D’après les registres de l’impôt foncier, la superficie des rizières est d’environ 1.400.000 hectares, dont il faut déduire un déchet variable provenant des inondations, des ravages des rats et des jachères. Mais on ne doit pas oublier qu’il existe en Cochinchine (notamment dans la fameuse Plaine des Joncs) de vastes étendues de terrains encore incultes qui n’attendent que des capitaux et des bras pour se transformer à leur tour en rizières, et dont la surface n’est pas inférieure à 2 millions d’hectares.

Le tableau suivant fera ressortir clairement la part énorme prise par la Cochinchine dans les exportations de riz de l’Indo- Chine :

Exportations Exportations totales

de la Cochinchine de l’Indo-Chine

.. 638.000 tonnes

tonnes

Si l’on déduit de l’exportation totale de l’Indo-Chine les 6.000 ou 7.000 tonnes provenant de l’Annam, la différence entre les chiffres ci-dessus représente exactement la part du Tonkin. Il

(1) Cf. Eugène Jung, ancien vice-résident de France au Tonkin, L’Avenir économique de nos Colonies (1 vol. Flammarion 1908).

faut remarquer, en effet, que les sorties de riz du Cambodge, passant toutes par Saigon, se confondent avec celles de la Cochinchine.

Tandis que les riz exportés du Tonkin sont uniquement à destination de Hongkong et de la Chine, ceux de Cochinchine se répartissent de la manière suivante (année 1906) :

Hongkong . 163.500 tonnes

France . 155.000 »

Iles Philippines . 105.600 »

Indes néerlandaises . 69.100 »

Chine et Japon . 60.200 »

Angleterre . 40.000 »

Autres pays . 84.000 »

Total . 678.000 tonnes

En dehors du riz, les principales productions de la Cochinchine sont le poivre, la canne à sucre, le tabac, le maïs, la cire, le miel, l’indigo, le jute, le coton, la cardamone, le mûrier, la ramie, enfin des bois de diverses essences.

Les concessions agricoles européennes en Cochinchine sont au nombre d’une centaine environ. La plupart sont constituées par des rizières, les autres par des plantations de café, de poivre et de caoutchouc.

Les maisons de commerce sont nombreuses et s’occupent des grands produits d’importation et d’exportation, ainsi que de consignation et d’affrètement. En dehors d’elles, on rencontre en Cochinchine, dans les centres importants, la plupart des professions exigées par la civilisation moderne. Nous devons ajouter toutefois qu’une grande partie des transactions sont aux mains des Chinois.

Ceux-ci possèdent en outre, à Cliolon, six usines de décorticage mécanique du riz, sur dix existant dans le pays ; ils ont accaparé également la poterie émaillée, la briqueterie, la fabrication de la chaux et les principales distilleries et scieries à outillage primitif.

La part des Européens n’en reste pas moins très importante, à cause des grandes Sociétés, Banques et Compagnies établies ou

représentées en Cochinchine (1), et d’un certain nombre d’établissements industriels créés grâce à l’initiative de nos compatriotes : distillerie, fabrique de glace, scierie à vapeur, imprimerie-lithographie, carrosserie, fabriques de meubles, fabrique de conserves de fruits et savonnerie à Saigon ; distilleries et rizeries à Cholon; briqueterie à Vinh-Long ; fabrique de carreaux de ciment dans la province de Bien-Hoa, etc.

Ajoutons que Saigon comptait au 1er janvier 1907 une population totale de 49.348 habitants, dont 3.077 Français (troupes non comprises).

B. — Cambodge

En tête des productions se place naturellement le riz, qui est la principale culture du Cambodge comme de la Cochinchine, et dont la prédominance s’est encore accentuée depuis la réunion des provinces de Sisophon, Siemréap (Angkor) et Battambang, qui regorgent de cette céréale.

Viennent ensuite :

Le poivre blanc, avec trois millions de pieds en plein rapport qui fournissent la moitié du poivre exporté d’Indo-Chine ;

Le coton, planté par les indigènes sur les bords du Mékong, et dont la production s’est élevée ces dernières années à 150.000 piculs (2) ;

Le tabac, le bétel, la canne à sucre, la cannelle, le café, le cacao, l’indigo, le mûrier, l’ouate, l’ortie de Chine, l’abaca ou chanvre de Manille, etc.

Citons d’autre part l’élevage des bœufs et des buffles, et les pèches du Grand-Lac qui ne produisent pas moins de 250.000 piculs de poissons expédiés en Chine, en Cochinchine et à Singapour.

Les forêts contiennent de riches essences, telles que bois de rose, bois orangé, bois de teck, bois à résine et à vernis, donnant

(1) Banque de l’Indo-Chine, Compagnie des Messageries Maritimes, Compagnie des Messageries Fluviales, Compagnie Française des Tramways del’Indo- Chine, Société des Eaux et Electricité de lTndo-Chine, Société d’Electricité de Saigon, grandes Sociétés de construction, d’alimentation, etc.

(2) Le picul vaut 60 kilogrammes.

des sous-produits recherchés (gomme gutte, gomme laque, laque noire, etc,). L’exploitation des bois communs est également fructueuse, grâce au Mékong qui les transporte en Cochinchine.

Il existe enfin au Cambodge des mines de fer qui sont exploitées par les indigènes, des carrières de kaolin dans le Haut- Mékong, et quelques gisements de salpêtre et de schistes ardoisiers ; on trouve également des marbres de diverses couleurs dans la province de Pursat.

L’industrie indigène consiste surtout dans la confection de nattes et de chapeaux en jonc, de sampots, de tissus de soie et de coton, de fds d’ortie, etc.

Les Chinois possèdent une importante usine à égrener le coton à Ksach-Kandal, des fabriques de poteries près de Pnom-Penh et une distillerie à Kompong-Cham.

Les colons européens, au nombre d’une vingtaine, cultivent le café, le cacao et le colon. Enfin l’industrie européenne se compose d’une usine d’électricité, d’une usine à glace et d’une fabrique d eaux gazeuses et de sirops à Pnom-Penh, et d’une scierie à vapeur établie à Kratié pour débiter les bois du Cambodge et du Laos.

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