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à une grande profondeur; en 1547 la peste revint à Marseille et y fit de nombreuses victimes, mais, dit l'historien Ruffi, en guise de consolation, « on fit un si bon ménage qu'on ne dépensa que dix mille et cinq cents écus. » En 1559, les pirates qui tenaient la mer, s'emparèrent de quatre grands vaisseaux, chargés de marchandises appartenant au commerce de Marseille ; en 1562. dans la crainte de laisser pénétrer la nouvelle religion dans leur ville, les Marseillais massacrent un certain nombre de hugenots, ce qui occasionne des troubles. En 1581, la peste enlève 30,000 habitants. En 1585, le consul Louis de la Motte-Dariez, accusé d'avoir voulu livrer la ville au sieur de Vins, chef des ligueurs, est condamné à mort et pendu sur la place du Palais de justice. Dix ans après, le viguier Louis d'Aix et le consul Charles de Cazeaulx, qui s'étaient fait continuer dans leurs charges annuelles, en violation des statuts municipaux, s'y maintenaient par tous les moyens. La population tremblait devant eux et n'osait pas les renverser. Après avoir épuisé les finances de la ville, ils eurent recours à un procédé révolutionnaire pour remplir la caisse municipale. Douze habitants, choisi parmi les plus riches, furent jetés en prison où ils demeurèrent jusqu'àce que leurs familles eussentpayépour eux une forte rançon. On sait comment Marseille fut enfin délivrée du joug terrible qui l'oppressait : Cazaulx fut tué par un des quatre lieutenant nommé Libertat.
Le calme s' étant rétabli, la municipalité songea à ranimer le commerce qui avait été presque entièrement abandonné pendant ces temps malheureux.
Honoré de Montolieu, premier consul, assembla le conseil et lui communiqua les plaintes qu'il avait reçues sur l'état
du commerce : « Il m'a été remonstré, dit-il, de la part- des négociants, que ceste ville souloit estre l'une des plus florissantes du royaume et principalement par le moyen du négoce et traffique de toutes nations, qui y abordoient ordinairement en très grand nombre, et que, à présent, on voit le dit négoce et commerce discontinué et réduit presque en totale ruyne. » Après mûre délibération, le conseil vota, sur la proposition du même consul, la création d'une commission spéciale : « Seront d'ors en là, esleus, commis et députés, annuellement, quatre des négociants de la ville, apparents, dignes, suffisants et solvables, qui seront nommés par messieurs les consuls en l'assemblée et avec l'advis d'un bon nombre des plus notables aux marchands et négociants de la ville, pour et afin [1er et prendre garde particulièrement aux affaires ont concerner le négoce, commerce et traffique, tant lire remettre en son premier état et splendeur, que aintenir deffendre et garder de toutes avanies, repréncussions, sallagement impositions indues et autres
aux voies et moyens, le Conseil ouvre aux députés erce un crédit annuel de 1,200 écus, qu'ils se procuimposant, avec la permission du roi, les marchanraison de tant par balle, selon la valeur et qualités (marchandises) ou bien autrement, comme par les tés sera advisé. »
îût 1617, il fut adjoint aux quatre députés du commit assistants», conseillers ou adjoints, qui étaient :s et prenaient part aux délibérations du Bureau, quand nce des affaires exigeait leur concours.
Enfin, le 13 novembre 1650, le conseil rédigea et vota un règlement définitif, dont nous transcrivons ci-après les principales dispositions :
i° La Chambre sera composée des trois consuls, de quatre députés et de huit conseillers ; elle sera renouvelée par moitié chaque année; c'est-à-dire, que, tous les ans, deux députés et quatre conseillers sortiront de charge.
2° Ne pourront faire partie de la même Chambre, le père et le fils, le beau-père et le gendre, les frères et les beaux-frères.
j° Cette Chambre connaîtra de toutes les affaires concernant le commerce, recevra les plaintes des marchands, capitaines de navires et autres; pourvoira aux abus des Echelles du Levant et aux impositions qu'elle jugera nécessaire d'établir : ses délibérations seront exécutées par autorité de justice et de Messieurs les consuls, elle sera présidée par les consuls, et, en leur absence, par les députés.
4 La bourse (la caisse) du commerce, sera séparée de celle de la maison commune, et, a cet effet, il sera établi un trésorier et un contrôleur choisis parmi les membres de la Chambre.
5° Elle s'assemblera deux fois par semaine, et ne pourra délibérer que lorsque les membres présents seront au nombre de sept au moins ; en cas de partage des votes, la décision appartiendra aux consuls.
6° La Chambre aura un secrétaire pour écrire sa correspondance, tenir les registres de ses délibérations, et avoir la garde de ses archives.
7 Les registres, papiers et documents du commerce seront conservés au siège même de la Chambre, dans des armoires
fermant à deux clés, dont Tune sera remise au plus ancien député et l'autre au secrétaire.
Ainsi fut constituée, d'une manière définitive, la Chambre de commerce, qui, dès ce moment, fut séparée de la communauté, « sans que Tune pût jamais répondre des faits et de l'administration de l'autre ».
De 1599 à 1650, la commission chargée de la direction des affaires commerciales, fut désignés sous le nom de Bureau du Commerce; mais à partir du règlement de 1650, cette commission s'étant assemblée dans une Chambre de l'Hôtel de Ville qui lui fut spécialement affectée, on commença à appeler l'institution elle-même la Chambre (1).
Dans sa séance du 20 novembre 1652, la Chambre de Commerce s'occupa d'une question qui devait faire l'objet de sa constante sollicitude. Antoine d'Albertas, député du commerce (2), prenant la parole, fit connaître à l'Assemblée que « le corps de la Loge » (3), c'est-à-dire les principaux négociants de Marseille, lui avaient exposé qu'ils attendaient une quantité considérable de marchandises, et notamment le produit de la récolte de soie de Seyde et des autres Echelles
(1) « Bureau tenu, pour les affaires du commerce, dans la Clximbre de V Hôtel de Ville. » (20 novembre 1652). « Bureau tenu dans la Otambre de Commerce de l'Hôtel de Ville de Marseille. » (22 janvier 1650). Voilà évidemment l'origine de l'institution des Chambres de commerce qui furent créées dans les autres ports vers le commencement du siècle suivant.
(2) Les membres de la Chambre de Commerce, qui étaient les délégués des négociants, furent désignés sous le nom de députés. La Chambre était présidée par les consuls, mais les députés prenaient l'initiative des questions traitées .
(3) La Loge (aujourd'hui la Bourse) était le lieu de réunion des négociants. Le rez-de-chaussée de l'Hôtel de Ville formait une vaste salle, ayant six larges portes donnant accès sur le port. Les négociants s'y assemblaient et l'appelaient la Loge.
du Levant, et que les barques sur lesquelles ces marchandises avaient été chargées étaient en péril, ne pouvant aborder sur les côtes de Provence, à cause des courses constantes des corsaires Mayorquins. Ils se disaient prêts à faire les frais d'armement d'une galère qui, pendant deux ou trois mois, tiendrait la mer et protégerait les navigateurs contre les attaques des pirates.
L'Assemblée accueillit favorablement cette proposition et donna mission aux députés du commerce de traiter avec un capitaine nommé Bègue, qui s'engagea, moyennant 4.000 livres par mois, à armer une galère royale et à la mettre à la disposition de la Chambre dans un très bref délai. L'affaire fut conclue sans retard et la convention signée le 1 1 décembre
Pendant que la Chambre de Commerce traitait avec le capitaine François de Bègue, le cardinal Mazarin, informé des démarches faites par les Marseillais auprès du général des galères, écrivit aux consuls pour leur offrir la galère de la reine :
« La Reyne, par une bonté particulière qu'elle a pour la ville de Marseille, a désiré que sa galère fust employée préférablement à toutes les autres à faciliter vostre commerce, et, pour cet effet, elle a commandé à M. de Vauvré, conformément aux ordres du Roy, de se rendre à sa charge, croyant que vous en seriez d'autant mieux servi quand une personne qui a l'honneur d'estre à elle, et qui est bien informée de l'affection qu'elle a pour vous, auroit cette commission.
« Je suis très-aise en mon particulier quelle soit tombée
entre les mains d'un de mes amis, et je vous advoue que, si je pouvois contribuer quelque chose à la seureté de la coste, l'intérest qu'il y a pour cet employsuffiroit pour m'y obliger quand je n'y serois porté d'ailleurs, comme je suis par une forte passion pour tous les advantages de Messieurs de Marseille, qui me seront toujours extrêmement chers.
a Cependant je demeure, Messieurs, vostre très-affectionné à vous faire service. — Le Cardinal Mazariny.
(Paris, 2 avril 1 65 î). »
Le lendemain, 3 avril 1653, la reine Anne d'Autriche écrivait elle-même aux « Députés du commerce de la ville de le » : qu'ayant appris qu'ils avaient besoin d'une galère ciliter leur commerce, elle a mis à leur disposition ■e et a ordonné au Sieur de Vauvré, qui en est le ie, a de se mettre en mer et de veiller à la sûreté des : côtes de Provence. »
1, le roi « avise les Messieurs du commerce de Marque la galère de la Reine, sa très-honorée Dame et . été mise à leur disposition, mais qu'il ne sont pas de s'en servir, et qu'ils n'en paieront l'entretien nt qu'elle leur sera utile (2 mai 165 3).
Chambre de Commerce se rendant à ces pressantes landations traite avec M. de Vauvré, le 28 février 1654, location delà galère La Reine, qui « gardera les côtes ovence. »
imps n'est pas encore venu où le pouvoir royal, au prier les consuls et les députés du commerce d'accepprotégés, les imposera et ne laissera, en quelque sorte,
aucune initiative au commerce Marseillais. Les annales de la Chambre nous font assister aux premiers essais de cette centralisation àoutrance. Colbert et ses successeurs, animés des meilleures intentions, voudront protéger le commerce. Ils se feront rendre compte de ses besoins, puis ils donneront des conseils qui deviendront des ordres, et enfin ils dirigeront de Paris toutes les affaires qui auraient demandé à être traitées sur place. Il est vrai que les députés du commerce luttèrent avec énergie et persévérance. Ils se créèrent une grande force en prenant à leur charge les dépenses des Echelles. Ils payaient le traitement des ambassades et celui des consuls; Ils faisaient les frais de tous les cadeaux que les autorités musulmanes exigeaient pour permettre de faciliter les transactionscommerciales dans un pays où tout s'achetait, même le droit de traiter une affaire.
Cependant, l'argent n'arrangeait pas toutes choses, quoiqu'il fût un puissant auxiliaire, et la Chambre de Commerce était parfois obligée d'intervenir dans les questions délicates. Dans ce cas, les négociants ne négligeaient rien pour aplanir les difficultés qu'ils n'avaient pas provoquées. Le 7 janvier 1655, la Chambre reçut d'un marchand anglais une plainte très vive. Il disait que le commandant de la forteresse de Port-Cros (une des îles d'Hy ère),. s'était emparé d'une frégate anglaise, après lui avoir envoyé quelques mousquctades au moment où elle s'avançait pour aborder à terre, et qu'il avait tué ou blessé deux officiers de ce vaisseau, L'affaire fut jugée très grave par l'Assemblée, parce que on était avisé de l'arrivée de 27 vaisseaux de guerre anglais dans la rade de Livourne, et que, par représaille, ils ne tarderaient pas à attaquer les
vaisseaux français. Le premier consul, qui assistait à la réunion, émit l'avis qu'il fallait députer un des membres de la Chambre à l'Evêque d'Orange qui était le seul homme ayant quelque autorité au nom du roi dans la place de Toulon (i). Il prierait ce prélat, qui venait d'être nommé intendant de la marine par Mazarin, de faire mettre en liberté l'équipage du vaisseau anglais, afin qu'il fût bien établi que les Marseillais avaient fait tout ce qui dépendait d'eux pour réparer l'injure faite au pavillon anglais. La Chambre confia cette mission à M. de Candolle, député du commerce. Tout fait supposerqu'il réussit pleinement, car on n'entendit plus parler de la plainte du marchand anglais.
députés du commerce entretenaient une correspondes active avec l'ambassadeur de France en Turquie, ités par les consuls des Echelles et par les négocianls êmes, ils intervenaient dans tous les conflits et supît l'ambassadeur d'user de son influence auprès du ou de ses pachas pour protéger notre commerce, gouverneur de Seyde, Ali Oga, avait fort maltraité les lis établis dans cette Echelle. Sur la demande des :s, l'ambassadeur allait obtenir une entière satisfaction châtiment exemplaire de ce gouverneur, qui lui avait Dmis par le vizir, lorsque ce haut personnage fut tué : ois en vérité, écrivait-il le 22 mars 1655, qu'il m'aurait >arole ; mais, depuis dix jours, il a perdu non seulement
ie Feroni, religieux de Saint-Dominique, prottgé du cardinal de été nommé évéquu d'Orange en 1647 et intendant de la marine 1655, {Essai sur les èuâjms d'Orange, p. ij8.)
sa charge, mais la vie, ayant été fait mourir par ordre du Grand Seigneur (i). »
Cependant, les pirates devenaient de plus en plus hardis et faisaient des courses jusque sur nos côtes. Les barques qui transportaient les marchandises destinées à la foire de Beaucaire étaient souvent attaquées et pillées. Sur la demande des négociants, qui offraient de payer les frais d'armement, la Chambre traita avec M. Jacques de Clapiers, seigneur de Collongues, capitaine d'une des galères du roi : il fut convenu que cet officier protégerait la navigation des barques se rendant à Beaucaire ou en revenant, moyennant une indemnité de 4,500 livres et en outre et par dessus les prises qu'il pourrait faire contre tous lescorsairesennemisdel'Etat(i 3 juillet 1655).
Mais, s'ils demandaient parfois le concours de la marine royale, les capitaines marseillais savaient au besoin défendre eux-mêmes, et avec une rare énergie, les marchandises qui leur étaient confiées.
Tel fut le capitaine Rozan, dont il est fait mention en ces termes dans une délibération de la Chambre de Commerce du 23 septembre :
« Des corsaires maïorquins ont saisi, près de l'embouchure du Rhône, quatre barques chargées de blé. L'ennemi a emmené les trois premières et a mis cinq hommes dans la quatrième, commandée par le patron Rozan, des Martigues, à qui on n'a laissé qu'un seul de ses mariniers. Rozan et son compagnon, n'écoutant que leur courage, se précipitent sur les Maïorquins
(1) Lettre de M. de La Haye, baron de Vantelay, ambassadeur à Constantinople. (Arch. de la Ch. de Comm., Série A A, art. 145.)
et les jettent à la mer; trois périssent dans cette lutte suprême, le quatrième entraîne avec lui au fond de la mer le marinier de Rozan, et le cinquième, fils du capitaine maïorquin, se sauve à la nage dans l'espoir d'atteindre le corsaire. Le patron Rozan, débarrassé des pirates, mais seul et sans autre secours que le gouvernail, parvient cependant à ramener sa barque et son chargement de blé à Marseille.
« La Chambre, considérant que cette action est très généreuse, et pour convier les capitaines et patrons de barques a faire de pareils actes, en semblable rencontre, a décidé qu'il y a lieu de décerner une récompense au patron Rozan et lui vote, à cet effet, une gratification de 30 livres, s
Précédemment, la Chambre avait accordé une indemnité à la veuve d'un capitaine qui avait été tué en défendant les marchandises de ses armateurs. « Vincenti, avec son vaisseau chargé de marchandises, lisons-nous dans une délibération du 18 février de cette année, venant d'Alexandrie, fut attaqué par trois vaisseaux anglais ; il se défendit si valeureusement, qu'il obligea lesdits corsaires à s'éloigner ; mais, comme il continuait sa route, il fut rencontré par une escadre de corsaires qui, après trois abordages, parvinrent à s'emparer du navire. Pendant le cours de la bataille, Vincenti et son fils furent tués; en sorte que le bateau et son chargement furent pris et l'équipage mis en esclavage.
« Et d'autant que, si ledit capitaine avait vécu, les corsaires n'auraient pas eu cet avantage, il serait nécessaire, pour conserver la mémoire d'une si généreuse action à la postérité, de récompenser sa veuve. En conséquence, la Chambre lui vote une gratification de 300 livres. »
troubles politiques de la Fronde uvoirs publics, l'anarchie régnait r et se faisait même sentir sur la lue une sortedechampde bataille.
>le du reste, qu'il fallait combattre » capitaines marins s'étaient fait ; ils étaient devenus de véritables ■aîner sur une mauvaise pente, tes s voisins les Toulonnais, et réciirgnaient même pas leurs conciibérations du Conseil communal sieur de La Londe, capitaine de la les actes de piraterie consistant à [uaient sur la côte pour l'alimen-
anseil communal de Toulon perinq galères qui se trouvaient dans îemis de l'Etat, « afin de pourvoir mce de leurs équipages, sous la lises capturées à des amis seraient s. » Ce qui prouve que l'on s'atta-
ait, en 1656, un fait de piraterie . Une chaloupe, armée dans leur e venant d'Arles et chargée de blé
dauls militaires, par le D* Gustave Lambert, p. 104.
Les corsaires toulonnais avaient à leur actif un fait de piraterie autrement grave. Le 7 janvier 1656, il fut donné avis à la Chambre de Commerce que le sieur La Champinière, commandant une barque armée en course à Toulon, « ayant rencontré le vaisseau commandé par Barthélémy Lombardon, de Marseille, sur le cap Corse venant de Seyde, chargé de soies, cotons et autres marchandises, d'une valeur d'environ deux cent mille livres (1), il l'aurait pris et emmené au Golfe-Juan. » Aussitôt, deux députés se rendent auprès de l'amiral qui résidait en ce moment aux Martigues (2) et lui demandent d'ordonner la restitution du vaisseau saisi par M. La Champinière. L'amiral répondit qu'il ferait instruire l'affaire par le lieutenant de l'amirauté à Toulon.
Répondant à une nouvelle députation, la première étant restée sans effet, l'amiral déclare qu'il ne veut pas s'occuper de cette affaire. La Chambre délibéra sur la résolution à prendre. « Et attendu que l'action commise par le sieur La Champinière n'était point une prise faite contre les ennemis de l'État, mais un pur vol contre les sujets du roi, » il fut décidé que l'affaire serait portée devant le Parlement, en même temps qu'on enverrait une députation à Paris, pour porter plainte au Roi et à ses Ministres de l'attentat commis contre la liberté du commerce, et pour détruire les fausses impressions que les corsaires pouvaient leur avoir données.
(1) Les armateurs marseillais étaient MM. Claude Bellot, Jean Viguier, Jean de L... et Benoit Rollandin.
(2) Cet amiral, qui n'est pas nommé, devait être PEvêque d'Orange, que Mazarin avait créé intendant de la marine, ou le duc de Mercœur, qui était seigneur des Martigues.
Cependant l'Evêque de Marseille, se joignant à une troisième députation, se rendit aux Martigues auprès de l'amiral, mais il ne put rien obtenir, « attendu, disait l'Evêque, qui rendait compte de sa démarche, que les armateurs sont les domestiques de l'amiral, » et qu'il exige pour eux une indemnité de 900,000 livres, et que, dans tous les cas, il fallait en venir à une transaction amiable; il ajoutait que le Parlement lui-même ordonnât-il la restitution du vaisseau marseillais, l'amiral s'y opposerait formellement. Il fallut entrer à composition; les négociants marseillais se déclarèrent prêts à faire des sacrifices, et l'affaire fut sans doute accommodée, puisqu'il n'en est plus question dans les annales de la Chambre.
Telles étaient les difficultés contre lesquelles la Chambre de Commerce avait à lutter chaque jour pour maintenir les droits des négociants et la liberté du commerce.
La sollicitude des députés du commerce commençait à porter des fruits, lorsque surgit un conflit violent entre la municipalité et le pouvoir royal, qui eut recours aux mesures les plus rigoureuses pour réprimer la désobéissance d'une partie de la population. Il faut remonter aux origines du conflit pour en comprendre toute la gravité.
En vertu des chapitres de paix, consentis par Charles I er d'Anjou, en 1257, et respectés par les comtes de Provence et les rois de France, leurs successeurs, la commune de Marseille était en possession du droit d'élire ses magistrats municipaux. Or, Louis XIV crut devoir, en 1658, suspendre ce droit d'élection et nommer lui-même les consuls de Marseille, sur la simple désignation de leurs prédécesseurs.
Cette atteinte, portée au plus précieux privilège de la Com-
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spubliques: a Lesécheicessions et cérémonies ;t ornement de parade ; consuls, mais ils maniu gouverfreur-viguier, i Ville et assister aux
pale laissait cependant îillais, au point de vue anfiant la direction des les plus honorables et ait qu'eux seul étaient ustre et la richesse, qui ide réputation, illeurs d'occuper le pre- :er qu'au second, acceplatriotique qui leur était
ait cessé de fonctionner de ses travaux dès que aie fut en mesure elle-
ivins et les députés du >6o, il était composé :
s Gardane ; de lassesïuis Boutassi et Louis )u conseillers : Etienne Antoine Robolly, Jean
Le premier échevin fait connaître à l'Assemblée « qu'il a plu au roi, par des lettres patentes données à Marseille, d'ordonner le rétablissement de la Chambre du Commerce, qui avait été supprimée parle Conseil de Ville, le 27 octobre dernier, et que MM. Louis Boutassi et Louis Napollon, ont été élus députés de commerce, en même temps que la Chambre a été remplie des personnes des sieurs Estienne Audiffret, Baptiste Franchiscou, Jean-Antoine Robolly, Nicolas de Lourmes, Honoré Rigord, Balthazar Bellerot, Jean Manitlhîer et Antoine Dupuy, pour, avec lesdits échevins, traiter des occurentes affaires du dit commerce, suivant les règlements (1) ».
A peine la Chambre de Commerce était-elle installée, qu'elle eut a régler une des affaires les plus importantes, intéressant ses relations avec les Etats barbaresques. Il s'agissait du Bastion de France, qui, depuis sa créationen 1561, n'avait pas cessé de donner lieu à des confflhs avec les pachas de Tunis, de Bône et les Beys d'Alger.
L'histoirede ce bastion est aussi racontée dans la Correspondance des Deys d 7 Alger avec la Cour de France, publiée par M. Eugène Plantet : « Le bastion de France fut fondé, en 1561, sur la côte de l'Algérie, près de là frontière Tunisienne, par un négociant corse établi à Marseille, Thomas deLenche, associé à Carlin Didier. Ces derniers avaient obtenu du sultan Selim II, moyennant certaines redevances, le droit d'exploitation des places, ports et havres situés sur la côte de Mers-el-Kbarezou La Calle, du Collo, du Cap Rose, de Bône
(1) Arch. de la Ch. de Comm., Série BB, art. 1, Reg. des délibérations.
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et de quelques autres, du dp Roux et la rivière de Seybat, avee la permission d'y élever des forts, batteries et établissements, et la reconnaissance du privilège exclusif, qui nous appartenait alors, de la pêche du corail dans l'étendue de cette même côte. Thomas de Lenche fit de mauvaises affaires et dut céder sa charge de commandant du nouvel établissement à son parent, le sieur deMoissac. L'établissemenc commercial commençait à prospérer, en 1604, lorsque les taxes de Bône, vinrent le détruire de fond en comble. »
Le bastion fut reconstruit à la suite du traité conclu, le 19 septembre 1628, entre la France et les Algériens, en vertu duquel, le capitaine Sanson, nommé, d'un commun accord, gouverneur de cet établissement, fut autorisé à y élever de nouvelles constructions. Thomas Piquet, de Lyon, était gouverneur du Bastion, lorsqu'il l'abandonna, laissant un déficit de 300,000 livres et enlevant 80 indigènes, qu'il alla vendre à Livourne, aux galères de Toscane. Dans une lettre datée de Livourne, 20 novembre 1658, il explique sa situation aux députés du commerce :
La Chambre de Commerce, après une longue discussion, fut obligée de rembourser la somme de 2000 piastres, qui avait été employée à racheter les Turcs et les maures, que Piquet avait cru pouvoir vendre. (Délibération du 30 octobre 1660.)
L'année suivante, la Chambre qui avait su concilier tous les intérêts et acquérir les sympathies du Pacha d'Alger, en reçut une lettre remplie de promesses bienveillantes.
établissement étant de porter les lumières de l'Evangile en ces pays éloignés), envers Elle qui y contribue si fortement en faisant une avance d'un million d'or et se chargeant de toute la perte, en cas qu'il s'en trouvât dans le commencement, et envers le public qui y rencontrera ses commodités ; en sorte que vous prendrez part à la gloire et à l'utilité, en vous intéressant dans cette Compagnie» suivant vos facultés. En mon particulier, étant si bien persuadé de tous ses avantages, je ne saurais m'empécher de vous en conjurer instamment (x). »
Ojaelle splendide réclame ! et comme ce grand ministre savait toucher toutes les cordes sensibles pour appeler les fonds ! Aujourd'hui même, après plus de deux siècles d'expérience, on ne dirait pas mieux.
Ce qui touchait particulièrement la Chambre de Commerce de Marseille dans toute cette correspondance, c'était la promesse faite par le Souverain et par son Ministre de protéger le commerce en général. Elle était trop absorbée, en ce moment, par les difficultés de l'administration des Échelles et la défense des nationaux qui y étaient établis, pour songer à créer des relations sérieuses avec la Compagnie des Indes.
Le 6 décembre 1665, leconsul de France, à Smyrne, M. A Dupuy, signale à la Chambre la rude concurrence des agents Génois dans le Levant : « Vous apprendrez que le seigneur Doraso, marquis de Gênes, qui estoit à la suite de l'ambassadeur de l'Empire à la Porte, a capitulé de la part de sa République avec le Grand Seigneur ; lequel lui a permis d'établir un résident à Constantinople et un consul aux Echelles du
(1) Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, par Pierre Clément, t. II, p. 428.
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leurs marchandises, sans payer auc qu'ils y aient fait. »
Il ne pouvait être fait de plus gr merce, et si ces intelligentes et g l'édit royal n'avaient pas été atténu nouveaux impôts, qui ne tardèrent Marseille eût été assurément le Mais, dès le mois d'avril 1669, le r qui rétablissait, sous une autre fo pour nous indemniser, disait-il, de suppression des droits qui se lev; ville de Marseille, Nous avons orc que les droits seigneuriaux des poi sans distinction de personnes. »
Ce n'était pas tout : pour payer Levant, pour acquitter la pension que touchait l'ambassadeur à Cor bourser les engagistes des droits roi ordonna aux députés du Comn
Jusqu'à l'extinction de cet emp moins on rétablit le droit dit de navires français ou étrangers, faisa à leur entrée, soit à Marseille, soit
La liberté du Commerce reçut Cependant, la concession obtenu»
merce de Marseille était encore c<
(1) Ce droit de quotité ou colite, dont o ances et fut perçu jusqu'à la Révolution di
ence dans l'essor que nos prédécesseurs ivement commercial de leur port, qui , le premier de la Méditerranée, merce, qui aimait avec passion la liberté ■e pour les négociants étrangers comme ux-mêmes, s'opposait formellement à ifs à Marseille, et ne pouvait tolérer la tissaient vouloir faire à leur comptoir, 'o, M. de Saint-Jacques, député du coml' Assemblée que la Chambre a reçu des gociants, sur la résidence en cette ville :e qui est contre les édits «ordonnances ni leur défendent de résider en cette s et ne leur permettent d'y négocier ires, et leur imposent de porter la marprétexte de certaine commission qu'ils du roi, ils se sont introduits, sans que s du commerce aient été ouïs en leurs
les échevins à soumettre les plaintes ir ncore agitée dans la séance du 22 avril
expose qu'il arrive journellement à y viennent habiter, ce qui est contraire ices et aux statuts de la ville, étant ;arde à ces abus, puisque ce sont des nbre décide que l'on écrira au roi pour hasser les Juifs de la ville, après qu'ils i jours portés par les statuts, »
comptait sans doute sur la générosité de la Chambre de commerce de Marseille, sur celle de la Nation (i) qui disposait de certaines ressources.
M. de Nointel, ambassadeur à Cônstantinople écrivait, le 20 janvier i672,auxdéputés du Commerce, qu'il avait besoin de quelques avances de fonds pour lui permettre d'attendre le paiement de son traitement. « Depuis quelque temps il n'est point payé de la cour et ne vit que sur la pension de Marseille qui est de 16000 livres ; » mais il ne dit pas qu'il avait déjà emprunté une somme considérable aux négociants de Smyrne. Le consul de .cette Echelle, M. Du Puy, s'en plaignait dansune lettre du n février 1677. « L'ambassadeur, disait-il, qui fait des dépenses folles, a requis la Nation de lui envoyer 19,000 piastres, et, comme celle-ci hésitait, il a usé de violence à l'égard du consul, des députés et des marchands de l'Echelle, qu'il a tenté de faire arrêter et conduire à Cônstantinople par des janissaires ; il a, de plus, fait lever les voiles de tous les navires ; mais l'attitude très ferme du consul et la prudence du cadi, chargé d'exécuter le commandement obtenu par l'ambassadeur, ont empêché ce scandale. Une partie de la somme exigée a été payée, b
Les députés de la Nation, en rendant compte de ce conflit, font remarquer que M. de Nointel n'a pas seulement dépensé des sommes exagérées dans son voyage à la Terre-Sainte, mais aussi pour exécuter des réparations magnifiques à son palais, et donner des fêtes inutiles, des réjouissances et des comédies qui lui ont coûté jusqu'à deux et trois mille piastres. (Lettre signée par tous les députés et divers autres marchands.)
(1) Voir, k I'Apfendice , la noie relative à l'origine de cette expression,
ibassadeur aimait troplefaste.il ne pouvait être du lolbert, qui n'admettait que les dépenses nécessaires, iplacé par le marquis de Guilleraque, secrétaire du u roi, ancien premier président de la Cour des Guyenne. A son arrivée à Marseille, le i4août 1679, I ambassadeur est complimenté et harangué par me, assesseur, en présence de MM. les échevins et [u commerce, qui son allés le recevoir à la Porte moment de son départ pour Constantinople, le ie de son embarquement (2 septembre 1679), les lu commerce lui font remettre un présent du prix res, 10 s., consistant en « dindons, poules, poulets, :, rossoli, moutons, confitures et vin ».
imbre de Commerce, qui distribuait volontiers des savait aussi s'imposer des sacrifices considérables, ï'agissait de protéger la navigation sans cesse entravée ates. Elle offrit, en 1681, de contribuer pour une me aux frais d'armement d'une escadre. Le marquis lay, leur répondit le 14 avril : « Avant de prendre ion de faire armer la nouvelle escadre, pour laquelle consenti de contribuer pour la dépense, jusques à '. escus, et pour laquelle il faudra que vous donniez uarante mil escus, Sa Majesté, qui cherche à le commerce d'une contribution si considérable, a ttendre jusqu'à la fin de l'année, à faire armer cette tant persuadée que celle commandée par le sieur ,qui doitpartir incessammentdeToulon.empêchera ent les corsaires de Tripoly de faire des prises qu'elle sera en mer. » Le marquis de Seignelay
donne ensuite quelques détails sur la vente des nég a J'envoye, au sieur Brodait copie du compte que le cr de Tincourt m'a envoyé, de la vente des négresses qui sur les deux prises turques, qui ont été faites l'année d par le sieur Duquesne, et comme il paraît, par ce compt reste entre ses mains la somme de 5,954 livres, jedonr au sieur Brodart de vous faire remettre cette somme, rendre complète la restitution des prises faites sur 1 Coron. »
La Chambre de Commerce était obligée d'interven tous les conflit soulevés par les pirateries des corsî tous les pays. Elle fit, en 1681, de vains efforts poui une rupture avec les Algériens, qui devait aboutir au 1 de notre consul le Père Le Vacher (1).
Un navire de guerre français avait capturé, sur un \ espagnol, sept Turcs, qui s'étaient échappés des d'Espagne et rentraient à Alger. Ces Turcs avaient été ; envoyés à Marseille et placés sur les galères, où ils n vaillamment. Maïs le dey, le divan et les janissain Puissances », selon l'expression de notre consul, s émues de ce procédé ; elles prétendaient qu'en vertu < tés, les Algériens comme les Français qui n'étaient turés les armes à la main, même sur des navires ei devaient être restitués ou échangés. Le consul d'Alge geait cette opinion, et insistait pour obtenir la mise er des Turcs.
(1) Voir La correspondance du Vire Le Vacher, consul de France à Alger, avons publiée dans le Rfcutil des Documents inédits. Mélanges, t. IV, p.
Six mois après, ces malheureux étaient encore sur les galères. /Le père Le Vacher écrivant, le 8 juin 1679, aux députés du Commerce, se plaignait de ce que, malgré Tordre du roi, qu'eux-mêmes lui avaient fait connaître, on n'avait pas renvoyé les Turcs réclamés par le dey. « Vous m'avisâtes, leur disait-il, qu'il avait plu au roy, de remettre en liberté sept Turcs ou Mores de cette ville, injustement détenus sur les galères à Marseille. », « Il y a urgence, ajoutait-il, à prendre une détermination; le dey et le divan sont tellement irrités qu'ils songent à une rupture avec la France. Ils ont déclaré que, si, dans deux mois, on ne leur a pas donné satisfaction au sujet de ces Turcs, ils considéreront ce retard comme une marque manifeste et indubitable de rupture. »
Les députés du Commerce, vivement intéressés au maintien de la paix, firent les plus instantes démarches auprès de Colbert, pour obtenir le renvoi des Turcs. Le ministre voulut bien s'occuper de cette réclamation. Il envoya Duquesne à Alger, pour s'entendre avec le dey et le divan. Duquesne partit, en effet ; mais la petite escadre qu'il commandait ne put pas aborder, à cause du mauvais temps, et dut rentrer en France, sans avoir rempli la mission dont il était chargé. Le Père Le Vacher rappelle ces circonstances dans une lettre adressée aux échevins, le 20 novembre 1680, et déclare qu'il faut en finir à tout prix.
Cependant, plusieurs mois s'écoulent encore sans amener aucune solution. Les Turcs rament toujours sur les galères du roi, et notre consul, tourmenté par les dures réclamations « des Puissances », n'a pu obtenir un nouveau sursis qu'en les comblant de cadeaux. Or, il a fait tous les frais de cette
négociation, et ses avances ne lui ont pas m boursées.
Enfin, sur les très vives instances de la Chan merce, le roi a envoyé des députés, qui, plus hei premiers, ont pu débarquer à Alger. Le consa Marseillais, le 8 mai 1681, que ces députés ont mission et qu'ils rentrent en France ; il les p auprès de Colbert, pour que l'échange proposé s ment ratifié .
Cependant les négociations traînent en loi n'est que le 1 2 juillet, que le dey reçoit l'avis ofii consul hollandais, de la signature du traité d'éc le 17 octobre, cette nouvelle n'a pas été confirmi est persuadé que le roi de France ne veut p Turcs, si impatiemment attendus. Ce qui l'exasp ces malheureux, qui s'attendaient à chaque ii délivrés, continuent à naviguer et qu'ils vienne se mettre en route pour un long voyage, a '.
Mores, écrit le Père Le Vacher, se plaignent n< de leur détention, mais spécialement de ce que, : plu au roi de leur concéder la liberté, on les a faire un nouveau voyage à la galère. »
Le divan, après avoir entendu la lecture adressées par les esclaves turcs à leurs pareni tiennent, paraît-il, à la milice des janissaires, r entendre parler de délai ; il vote, à l'unanimité, consul de France; mais, sur les observations d appuyées par le dey, on se borne à poser Yultima a Si, dans deux mois, les Turcs ne sont pas rer
passera en France, pour porter au roi l'avis de la la paix. »
ut mauvaise conseillère, et le matin, 18 octobre, multueusement assemblé, décida qu'il fallait comhostilités le jour même, sans attendre les effets tum, dont le roi de France ne ferait évidemment -e Père Le Vacher rend compte immédiatement de violente aux échevins de Marseille:
îissances, leur écrit-il, ont, ce matin, fait assembler xtraordinairement, y ayant convoqué, outre les |ui s'y trouvent habituellement, tous les rays ou ;t les officiers et janissaires : m'y ayant aussi fait il a fallu me porter, à cause que mes indispositions mettent pas de cheminer ; lesdites Puissances :senté de nouvelles plaintes, que leur ont faites ui sont en France, de ce que, depuis qu'il a plu ;ur concéder la liberté, on les a contraints de faire îs à la galère, ce que le divan ayant entendu a, îs dites Puissances, d'un mutuel consentement, upture, l'ont tous acclamée et proclamée d'une x, en ma présence. »
ires algériens, sans perdre un jour, se sont mis ite des navires français, et, deux semaines après, nbre l68r, le Père Le Vacher fait connaître aux : Marseille que six prises ont déjà été faites ; que i ou passagers ont été pris, et que les marchandises Alger par les pirates, s'élèvent à une valeur de
JS.
cembre, il leur annonce que les prises se succé-
dent d'une manière effrayante. On compte les esclaves français par centaines toutes les semaines. Vingt navires, dont le chargement total est évalué à 600,000 livres, viennent d'entrer dans le port. « Outre ces prises, ajoute-t-il, un petit bastiment du roy, sur lequel était M. de Beaujeu, gentilhomme envoyé en mission sur les costes d'Italie, a été enlevé par le général des galères ; ce gentilhomme a été vendu 30,000 livres. »
Vers la fin du mois de janvier 1682, le consul donne avis aux échevins que les corsaires se montrent plus prudents ; ils craignent de rencontrer les vaisseaux français : « Les derniers navires partis d'Alger, dit-il, sont très mal armés, les soldats n'ayant pas voulu s'embarquer dans l'appréhension de rencontrer des vaisseaux français. »
Enfin, Duquesne arrive devant Alger; il bombarde la ville, du 30 août au 3 septembre, et y cause les plus grands ravages. Le 4, le Père Le Vacher, envoyé en parlementaire, vient le supplier, au nom du divan assemblé, de suspendre le bombardement. Duquesne répond qu'il n'a pas mandat pour traiter de la paix, mais seulement pour châtier les corsaires. A peine le parlementaire est-il descendu à terre que le feu recommence. Le lendemain, nouveau message porté par le Père Le Vacher et même réponse de Duquesne ; cependant, il promet de cesser le bombardement si on lui rend les quatre cents esclaves français qui sont dans les bagnes d'Alger. Le dey et le divan étaient sur le point d'accepter ces conditions, lorsqu'une sédition éclata dans la ville et les força à continuer les hostilités contre les Français.
Le mauvais temps, qui survint pendant la nuit, obligea
ner, en ne laissant devant Alger que queliloquerle port.
:at de ce premier bombardement, dont le istatait l'insuccès avec le plus vif regret, ;ssée aux échevins de Marseille, le 30 janavez appris, leur disait-il, le peu de satissanceset les Turcs de ce pays ont donné ît le fracas extraordinaire que mon dit : a causé en cette ville, par les bombardes I y a jetées nuitamment, à diverses fois, r en, jeté par terre quelques mosquées, ou boutiques, sous les ruines desquelles miles sont mortes et se sont en même levelies. a
her déplore ensuite cette nouvelle expé- ; les lignes de sa lettre (la dernière qu'il :s du commerce), combien lui paraissait :ique de Colbert, qui n'avait songé qu'à :ns, sans tenir compte des quatre cents ait à la merci des janissaires. Le malheu- .it pressentir le sort qui lui était réservé. rés, lorsque Duquesne revint bombarder mière victime immolée par les corsaires, a bouche d'un canon et lancèrent ses memadre française... Un grand nombre d'autres cette mort cruelle.
, il est vrai, par la destruction d'une notable tfais tout ce fracas, pour nous servir de heureux consul, n'aboutit qu'à un traité de
paix, qui ne devait pas être mieux observé que les précédents, qui le fut moins encore, parce que Ton avait redoublé la haine de ces barbares contre les chrétiens, en ruinant leur belle Djezaïr, dont ils étaient si fiers.
En présence d'un pareil résultat, on se demande s'il n'eût pas mieux valu éviter cette guerre en restituant les sept Turcs, si instamment, et, il faut bien le dire, si justement réclamés par les Algériens ? Mais Colbert avait, comme tous les grands hommes, de grandes faiblesses et ce fut pour satisfaire une de ses faiblesses, sa passion pour les détails et son orgueil d'armateur, qu'il mit tous les torts du côté de la France, dans une circonstance où les intérêts de notre commerce et la vie d'un nombre considérable de Français se trouvaient en péril, et c'est ainsi qu'une petite cause produisit de grands désastres.
Pendant que les événements tenaient en émoi les Marseillais, la Chambre de Commerce se vit obligée d'emprunter 250,000 livres « pour l'affaire de Chio » Un arrêt du Conseil d'Etat autorisa cet emprunt, sur lequel les archives ne fournissent que des renseignements sommaires. Le plus explicite est contenu dans un registre : « comprenant huit cahiers des comptes des sommes dues et exigées pour raison des 250,000 livres de l'affaire des coups de canon tirés à Scio par le marquis Duquesne sur les vaisseaux Tripolitains. »
Ce registre ne renferme aucun autre renseignement sur l'attaque intempestive des vaisseaux turcs par l'amiral Duquesne. Il y est dit seulement qu'il fallut faire un présent au Grand Seigneur et dédommager la ville de Scio.
Il était d'usage, à cette époque, lorsque le Commerce
paraissait subir un arrêt dans son expansion, de s'en prendre aux juifs. La Chambre de Commerce ne sut pas résister à ce préjugé et, sans produire aucune preuve à l'appui des accusations portées contre les juifs, elle demanda leur expulsion de Marseille dans un mémoire que nous reproduisons ci-après :
« En 1484, un édit expulsa les juifs du royaume. — Cet édit ne fut exécuté qu'en 1501, sous Louis XII. Quelques uns d'entr'eux se firent chrétiens et les autres se retirèrent en pays étranger. — Depuis lors, aucun juif n'a osé s'établir à Marseille, à la réserve d'un nommé Villeréal, lequel, sous prétexte d'une lettre de cachet qui lui permet de venir négocier à Marseille avec sa famille, y a pris une maison et y a attiré plusieurs familles de juifs qui font une synagogue dans cette maison.
ce Les juifs sont des gens de mauvaises mœurs. La tromperie et l'usure sont toujours en usage parmi eux, et ils ne doivent pas être mêlés ni confondus parmi les chrétiens, particulièrement dans une grande ville comme Marseille, où la pauvreté du plus grand nombre des habitants leur donne lieu de corrompre leurs mœurs, et d'exercer l'usure sans aucune règle.
« Le commerce ne peut pas durer avec ces sortes de gens, qui sont capables de le ruiner dans peu de temps : i° par la raison qu'on vient de dire de leurs usures ; 2 parce qu'ils achètent les marchandises déprédées, ayant correspondance dans tous les lieux de la Barbarie et autres endroits où il y a des corsaires, et les ayant à vil prix, les vendent moins que ne peuvent faire les marchands qui les font venir du Levant et par des voies légitimes. Il n'y a pas longtemps que des
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marchands de Marseille trouvèrent dans les Infirmeries des marchandises venues de Barbarie, pour le compte des juifs, lesquelles leur avaient été prises et portaient encore leurs marques. De quoi il y eut procès; 3 ils donnent incessamment des avis aux corsaires de toutes les voiles qui partent de Marseille, et leur facilitent les moyens de les aller surprendre.
« Enfin, il est visible que les juifs sont la ruine du négoce parmi des chrétiens et des gens qui veulent négocier dans la bonne foi. C'est par cette raison qu'ils ont été chassés de France, et que le temps de leur résidence a été réduit à huit jours, par arrêt du Parlement de Provence du 9 novembre 1647, confirmé par arrêt du Conseil du 16 avril 1648, qui ordonne de les faire sortir. »
A la suite de ce mémoire, Colbert fit rendre par le roi l'ordonnance suivante :
« Sa Majesté, ayant jugé du bien de son service de ne pas permettre un plus long séjour aux juifs, qui se sont établis â Marseille ; Elle leur ordonne de sortir incessamment, nonseulement de ladite ville, mais même de son royaume, pour aller où bon leur semblera, à peine de désobéissance. Enjoint Sa Majesté au sieur de Pilles, gouverneur de la ville de Marseille, de tenir la main à l'exécution du présent ordre . Fait à Saint-Cloud, le 2 mai 1682. Signé Louis, et plus bas, Colbert. »
Les ambassadeurs de France correspondaient constamment avec les députés du commerce, et n'hésitaient pas à leur confier toutes sortes de missions. M. de Guillerague leur écrivait de Constantinople, le 15 janvier 1683, pour les inviter à faire
arrêter un religieux, dont il ne faisait pas connaître le crime : « La sacrée congrégation m'a prié, leur disait-il, par trois différentes lettres, de faire embarquer le père Bernardin, cordelier très scandaleux, d'une vie infâme, insolent à l'égard delà nation, et que j'ay soubçonné avec beaucoup d'apparence estre la cause de la demande qu'une misérable femme fit impudemment incontinent après la mort du feu sieur Greasques. — J'espère que ce religieux indigne, qui est à Tenedo pour y acheter du vin, entrera peut-être dans le vaisseau du capitaine Marin pour visiter le père provincial, qui y est embarqué par l'ordre de son général. Je vous prie de donner ordre, en cas que le père Bernardin arrive à Marseille, de le faire bien garder à l'infirmerie et de le faire conduire entre les mains du supérieur du couvent de son ordre, auquel j'écris, et auquel vous recommanderez, s'il vous plaît, de tenir le père Bernardin dans une prison jusques à ce que l'on trouve une bonne occasion de l'envoyer à Rome par mer; je payerai exactement la dépense qu'il faudra faire. Il est du service de Dieu et de celuy du roy que ce misérable soit puni. »
La Chambre vote, le 6 avril 1684, un présent pour le commis du Ministre :
II a été exposé que c'était la coutume de faire un présent d'environ trente pistoles en nippes à la personne qui était employée, sous Ms' le marquis de Seignelay, aux affaires du commerce, en considération de ses bons offices, que le commerce peut recevoir de la protection de cette personne; qu'on en a usé de cette manière par le passé à l'égard de M. de Bélinzani. et, comme depuis quelques mois, M. Morel a été
établi à la place du sieur de délibérer si l'on ne doit pas c
« Sur quoi la Chambre a cher quelques nippes propre d'environ trente piastres é (Fol. 21.)
Vers la fin de la môme anr vota un nouveau présent pou d'or » et en marge du procès taire a inscrit le détail du pré
« Ledit présent s'est élevi vane boutiffe piquée, deux ji deux trousses, deux pelotes petits carreaux, le tout mis toile grossière, adressée à M.
à Paris, a (Fol. 59.)
L'intendant de Provence, seillepour s'entendre avec 1; Commerce, sur les question l'usage, il est bien aise de nt cernent.
Sur sa demande, la Chaml dépense. Le 14 janvier 1685 payer un traitement annuel intendant de justice, polio considération de la dépense ( affaires du commerce, et de 1 met de faire son séjour en c<
à Aix, où il tient aussi maison et famille
e-Marie de Pontac de Guilleragues annonce mari et fait connaître qu'elle le remplace « Je ne doute pas que vous n'ayez appris perte que j'ay faite de mon mari, et vous, :ur très affectionné pour vos intérêts... Je îi dépendra de moy pour servir la nation ie S. M. aye pourveu à cette ambassade, le .nt donné ordre au caïmacan et aux autres aconoistre et d'avoir pour ma personne, ma e qui est sous la protection de la France, la ation et la mesme exactitude dans l'obserns commandements et de tout ceux que mon présentement, comme s'il était encore en [68;).
;st nommé ambassadeur à Constantinople en de M. de Guillerargues ; les députés du ont lui fournir, quand il ira s'embarquer à ■enseignements complets sur l'état du eom- ■ont, en outre, lui signaler les abus commis , afin qu'il puisse y porter remède, (12
port de Marseille était un objet de constante part du Gouvernement. Sous les Comtes de dres successifs avaient mis cette dépense à la inicipalité. Plus tard, la Chambre de Com- :hargée et un arrêt du Conseil d'Etat du i prescrivit de prélever, chaque année, 25. 000
livres pour le « curage du port» sur l'ensemble de ses revenus. Par une ordonnance royale du 21 octobre de la même année, il fut décidé que les Français ne pourraient se rendre dans le Levant et s'y établir qu'après y avoir été autorisés par la Chambre de Commerce de Marseille. En exécution de cette ordonnance, les députés du Commerce firent afficher l'avis suivant : <r Les personnes qui voudront aller s'établir dans les Echelles du Levant sont averties, de la part de Messieurs les échevins et députés du commerce, de se présenter à l'avance aux bureaux de la Chambre de Commerce, qui se tiennent ordinairement le jeudi pour y requérir l'acte de leur réception, aux termes de l'ordonnance du roi, du 21 octobre 1685, sans attendre l'extrémité du départ des voiles, sur lesquelles ils voudront s'embarquer. »
Confirmation de l'ordonnance du 21 octobre 1685 et indication des formalités à remplir pour obtenir l'autorisation de se rendre dans les Echelles. Les émigrants devront avoir au moins 25 ans et produire à cet effet « leurs extraits baptistaires » (3 novembre 1700).
Le budget de la Chambre devait être très riche, si on en juge par l'appel qui était fait constamment à sa caisse pour payer toutes sortes de dépenses. Dans la séance du 8 novembre 1685, l'un des députés expose à la Chambre que la d lle Fagot, maîtresse de l'hôtel de Malte, en cette ville, où était logé M& r l'évêque de Maredin, chargé des dépêches du roi de Perse, pour aller en cour, demande à la Chambre de Commerce la somme de 1305 livres «pour la dépense du dit seigneur évêque et de sa suite, pendant le temps qu'il est resté dans sa maison, savoir : 900 livres pour l'ordinaire du
ivêque, son aumônier et deux valets, depuis le 'au 29 septembre de la présente année, faisant ison de 18 livres par jour, et 405 livres pour ■e, contenant 90 repas des personnes que le lue a conviées à manger avec lui, à raison de js par tête de chaque convié, prétendant, ladite got, d'avoir donné le principal appartement de seigneur évêque et de l'avoir traité toujours en qui entraîne les plus grands frais. Mais comme échevins et députés du commerce n'ont jamais inaissance de cette dépense, en ce qui est de es que font ordinairement ceux qui logent au laite, ni donné nulle sorte d'ordre à la dite agot, pour sortir des régies ordinaires de sa s échevins et députés lui auraient fait connaître vaient lui payer que ce à quoi reviendrait le pied de l'ordinaire et du courant ; ce qui l'aurait Iresser à Ms r Morant, intendant de justice, et de plainte.
, la Chambre, sous le bon plaisir du seigneur lélibéré de réduire le compte de ladite demoiant pour l'ordinaire que pour l'extraordinaire, ; ses prétentions contre le Commerce, à la somres, dont il lui sera expédié mandat, dès que t aura rendu son ordonnance d'approbation. »
nouvelle dépense à la charge de la Chambre, pontanée et qui pouvait être rangée parmi les lisqu'elle avait pour objet d'acquérir les faveurs
du Directeur général du commerce: « L Thomas Estienne, aurait remontré qu' donner quelque témoignage de gratitud à M. de Lagni, Directeur général du < marquis de Seignelay, pour tous les b au commerce et, particulièrement, pou du conseil du 15 août 1685, concernan Ponent, et même pour en attirer ei continuation, dans toutes les affaires q quelles le commerce est intéressé.
« Sur quoi la Chambre délibérant, présent au dit sieur de Lagni, en to choses de cette nature, de la valeur d'e (Fol. 2 4 J.)
La Chambre donnait volontiers ass moyen le plus sûr de rester en bons monde. Mais si elle regardait de trop \ consuls ou des ambassadeurs, ceux-ci M. deGirardin, ambassadeur à Constî députés du commerce, le 11 octobre 1
a. Vous devez vous mettre l'esprit tant pour le présent que pour l'aver que, si je ne suis pas en état d'ordonr feront pour l'intérêt général du commt point sortir de ma bourse, vos affaires < tement. »
L'année suivante, les rapports sont < l'ambassadeur ne veut plus correspond commerce : « Comme les manières di
:e de Marseille, écrit-il à M. Lebret, :e, me conviennent trop peu pour enndance régulière avec eux, parce que, ompliments, je n'ai trouvé jusqu'à pré- ■s, que des pointillés et de la chicane ; oint envoyé par le roi en Levant pour juridiction, je ne pouvais mieux faire vous. » Le principal sujet du différend, ssadeur et les députés du commerce, se narquis de Seygnelay, propriétaire de ; avait affermés sous la condition de ne les. charges; mais les députés du coaliser aux consuls le paiement des grati-
drogmans, qu'ils faisaient payer sur la est-à-dire par les négociants établis dans
— Or, les consuls s'étaient plaints à s soutenait contre les prétentions de la
Alger, fait connaître, le 23 avril 1687, imerce, que les courses des pirates algéet qu'il faut s'attendre à des hostilités
luent leurs courses. Les autorités Algéent pas, et tous les jours, de nouvelles
à Alger. Du reste, il est question d'une la paix. « Depuis 10 jours, le dey a fait zuliêres à sa maison, avec les principaux 1. La résolution de la rupture de la paix
cinq jours. Le pacha a fort contribué
chose que j'avais disputée avec lui et qu'il ne vouqu'il fût dît en France, qu'il m'eût demandé pour pour avoir plus de facilité avec un autre qu'avec
e Lomaca, de la Compagnie de Jésus, remercie avec les députés du commerce, qui ont bien voulu, malgré iltés du moment, provoquées par la guerre, affecter ime considérable à la construction de l'église des àSmyrne: « Si le zèle héroïque, écrit-il le 31 jani, que vous avez témoigné pour le Roy de la terre, oussé à faire de si considérables présents à notre inmonarque, pour combattre et dompter les ennemis :, la piété solide que vous avez pour Dieu vous a l lui bâtir des temples dans le pays des infidèles et, louable conduite, vous avez également immortalisé e et dans le ciel et sur la terre. J'ai cru, Messieurs, ; ne trouveriez pas mauvais que je fisse poser la pre- ;rre de la nouvelle église à votre nom, et que sur le tel, ayant mis d'un côté les armes du roi, je fisse e l'autre, en droite ligne, celles de votre illustre ville, 3ur servir d'un monument éternel de votre véritable à toute la postérité. »
pûtes du commerce allouèrent, les années suivantes, ^entions dé 4,000 livres, d la même Compagnie^ construction de leur maison annexée à l'église de
party de vous prier de vouloir bien faire exécuter vous-mêmes le mémoire ci-joint. Je ferai seulement de mon côté les avances les plus pressées, comme frais de la confirmation des traités et autres. C'est une chimère de croire pouvoir se dispenser à Alger de donner. Ce sont des usages établis que les grands et les petits observent et sont obligés d'observer. Si vous ne pouvez. Messieurs, vous résoudre à le comprendre, vous me ferez le plaisir de solliciter ma révocation. Je ne puis voiries affaires prendre un mauvais chemin entre mes mains. »
La correspondance des ambassadeurs et des agents consulaires avec la Chambre de commerce est extrêmement intéressante, mais il faudrait des volumes pour la résumer convenablement et en tirer des enseignements utiles. On ne compren-. drait pas cet échange si fréquent et si important de dépêches et de mémoires, si on oubliait que toute affaire aboutit généralement à une dépense et que les députés du commerce, avec un dévouement sans égal, finissaient toujours par trouver les fonds qui leur étaient demandés.
M. de Ferriol, ambassadeur à Constantinople, après avoir raconté qu'il lui est arrivé o un événement considérable » le jour où le Grand Seigneur l'a reçu en audience solennelle (i), informe la Chambre de commerce qu'il a fait des avances pour installer un consul à Jérusalem : a Le roy voulant avoir un consul à Jérusalem, j'ai dû envoyer un barat, des commande-
(t) Mal instruit des usages de La Porte, malgré les sept campagnes qu'il aval faites avec les Turcs, M. de Ferriol avait mécontenté la Coût ottomane par s conduite pleine de morgue, et avait insulté le Grand Seigneur lui-même, en s présentant à son audience l'épée au côté.
ments, un drogman et un janissaire ; comme ces dépenses ne peuvent tomber sur l'Echelle, on en tirera une lettre de change sur la Chambre de commerce » (i cr février 1700).
On dirait vraiment, en lisant la correspondance du comte de Pontchartrain, qu'il a pris à tâche de se mêler de tous les détails du commerce avec le Levant et même de veiller aux mœurs des Européens qui vont s'y établir. Le 27 janvier 1700, c'est un£ ordonnance royale qui fixe le nombre et le jour du départ des bateaux destinés aux Echelles (1) ; le 17 février, ce sont des instructions pour faire expulser du Caire « les Français qui ont une conduite scandaleuse et pleine de toutes sortes de débauches. » Le roi a prescrit au consul du Caire de renvoyer en France toutes les personnes qui se coaduiront mal, en ayant soin de remettre au capitaine qui les ramènera un procès-verbal des faits constatés à leur charge. Les députés du commercé devront s'entendre avec le consul du Caire pour faire cesser le désordre ce dont ils sont en quelque sorte responsables, parce qu'ils ne se montrent pas assez scrupuleux dans le choix des émigrants, lesquels ne peuvent aller résider au Levant qu'avec leur autorisation. » Cette dernière observation laisse percer chez le ministre le regret de ne s'être pas réservé ces sortes d'autorisations.
(1) Cette ordonnance, qui détermine, dans le plus grand détail, le nombre des navires à affecter au commerce de chaque Echelle, et les jours de leur départ, assimile complètement la navigation marchande à la navigation de la marine royale, en ce sens que le commerce ne peut expédier un navire sans y avoir été autorisé par le règlement. G'est l'exemple le plus remarquable que Ton puisse citer de l'excès de la centralisation et de la passion de tout réglementer qui s'était emparé des ministres et du roi lui-même. Nous publions ce document in extenso dans TAppendice.
Le 31 mars, le ministre s'occupe des sentiments religieux non seulement des Français établis dans les Echelles, mais encore des Arméniens et des Grecs, des Syriens et des Coptes: « Sur l'avis, écrit-il aux Députés du commerce de Marseille, que le roi a eu que les Anglais fondaient à Oxford un collège pour y élever de jeunes enfants qu'ils tireraient du Levant, et les instruire dans la religion anglicane, Sa Majesté a estimé important, pour ne point laisser introduire l'hérésie parmi les nations à la conversion desquelles le nombre de missionnaires de ses sujets travaillent, de tirer douze enfants des familles les plus accréditées parmi les Arméniens, les Grecs, les Syriens et les Coptes, pour les faire eslever dans un cojlège du royaume, leur apprendre les principes de la vraye religion et les mettre en estât de la défendre dans leur nation, et d'empescher que ceux qui répasseront d'Angleterre y fassent aucun progrès. »
21 avril. — Quatre jeunes gens, grecs et arméniens, ont déjà été choisis par l'ambassadeur de Constantinople et vont arriver à Marseille : « Le roi a résolu de les faire élever dans le collège des jésuites à Paris, pour être plus certain, par l'attention que j'y aurai, dit M. de Pontchartrain, qu'ils y seront instruits de la manière qu'il convient pour tirer, dans la suite, l'utilité qu'on peut espérer de ces établissements. »
Le ministre ne dédaigne pas d'entrer dans les détails de la fabrication de la cire et ne désapprouve pas l'introduction d'une certaine fabrication dans cette opération. « La Compagnie royale de Saint-Dominique, écrit-il le 26 mai 1700, croit devoir mêler un quart de suif dans la cire qu'elle vend aux Espagnols ; le ministre invite les Députés du commerce à
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tés â la protection des navires marchands. Le commerce de Marseille paiera la moitié de la dépense, mais il aura la moitié des prises qui seront faites par ces deux vaisseaux. »
Les frégates du commerce et les deux vaisseaux escortent tous les navires marchands, mais ceux-ci, pressés d'arriver s'en éloignent constamment, ce qui provoque le 5 décembre, un ordre du roi très sévère : « Sa Majesté, informée que la plupart des capitaines de bâtiments qui composaient le dernier convoi, qui a passé au Levant, sous l'escorte de la frégate la Fortune, l'ont quittée à la sortie des Echelles, pour le désir de revenir plutôt que les autres, et de profiter, en s'exposant au risque d'être pris par les ennemis, de l'utilité qu'ils peuvent trouver dans un prompt retour, ce qui cause un préjudice très considérable à l'Etat, au commerce, par la perte des bâtiments, arrivée à quelques-uns, et par la mévente des marchandises et rend inutile la dépense qui se fait pour les escorter; Sa Majesté fait défense à tous capitaines de quitter l'escorte, sous peine d'être mis en prison pendant trois mois, et d'une amende de 400 livres. »
20 février 1704. — Le roi ne s'oppose pas à ce que l'on prenne en considération la proposition de M. Cortigny, pour l'établisse meut du commerce de Guinée aux Iles françaises d'Amérique, mais sous la condition de ne faire aucun commerce dans l'Amérique espagnole.
}0 août. — Les moindres détails du commerce étaient soumis à l'approbation du roi ; le Ministre dirigeait lui-même le mouvement du commerce maritime : « Sa Majesté a bien voulu que la ville de Marseille, entrât la première dans le tour qu'elle a résolu d'établir entre les principales villes maritimes
pour la traite de Guinée, et vous pouvez y destiner le vaisseau que vous me marquez s'être préparé pour cet effet ; mais il ne doit partir que dans le premier septembre, parce que c'est alors la saison la plus convenable pour ces sortes de voyages, et qu'il serait impossible à présent de fournir les matelots nécessaires pour en former l'équipage, étant à craindre qu'on en manque pour les vaisseaux du roi. »
Mais alors même qu'il ne s'agissait pas d'une nouvelle
navigation et d'un armement considérable, pour les simples
voyages dans le Levant, le ministre avait réglé « le tour » des
départs et le nombre des navires, il voulait être informé des
moindres accidents de la navigation, intervenant même dans
le détail des marchandises reçues ou expédiées. C'est l'objet
d'un nombre très considérable de lettres que nous n'analysons
pas ici, mais qui seront lues avec intérêt par les statisticiens.
21 mai 1704. — La Chambre de Commerce demande l'autorisation d'armer quatre nouvelles frégates. Le Ministre prendra les ordres du roi, mais il n'est pas disposé à approuver une pareille dépense ; il l'invite, en attendant la décision à intervenir, à envoyer une tartane dans les Echelles de Levant « pour avertir les capitaines des bateaux marchands de n'en point partir jusqu'à ce qu'ils aient une escorte. »
3 juillet 1704. — La Chambre a emprunté 180,000 livres sans en avertir M. Le Bret, intendant de Provence, M. le comte Pontchartrain demande des explications sur l'emploi de cette somme considérable.
13 août. — Le produit des emprunts a été employé à l'armement et au paiement du personnel de la frégate la For-
notre démêlé et de notre réconciliation. » Et, en effet, il lui a offert un grand miroir avec toutes ses bordures de glace et son chapiteau, du prix de 900 livres, et une grande pendule à sonnerie, de 450 livres. — Il s'est montré moins généreux pour Mehemed pacha ; il n'a dépensé, pour son cadeau personnel, que 1,050 livres, soit une pendule de 390 livres et une pièce d'étoffe d'or de France, des plus riches, du prix de 660 livres.
La Chambre fournit les fonds qui lui sont demandés et qui s'élèvent à 22.000 livres (1) ; mais d'autres charges plus lourdes viennent s'ajouter à ces dépenses extraordinaires.
Le 1 1 février, on lui réclame la moitié des dépenses faites pour l'armement et l'entretien des deux vaisseaux de guerre, le Trident et le Toulouse, spécialement affectés au commerce. Ces frais s'élèvent à la somme de 63 . 000 livres.
Le 3 juin, le Ministre met à sa charge une autre dépense :
Le capitaine Gaymard, de la Ciotat, avait à peine quitté la rade de Tripoly de Syrie, qu'il découvrit sur son bord un esclave qui s y était réfugié. Il le débarqua à Scio, mais le bey, sur la réclamation du propriétaire de l'esclave, demande qu'on lui paie au moins la somme qu'il a déboursée pour l'acheter, et fixe à 250 piastres l'indemnité due au réclamant. Le ministre invite la Chambre de Commerce à faire compter cette somme au propriétaire de l'esclave et à poursuivre le capitaine Gaymard pour en obtenir le remboursement.
Le Ministre s'occupait même du recrutement des domestiques pour le Levant : « Le consul de Chypres, écrit-il aux
(1) Lettre du Marquis de Torsy du 2 janvier 1706.
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î du commerce, m'expliquant le besoin qu'ont deux s de marchands de cette Echelle, nommées Payen et ; deux servantes françaises pour eslever leurs familles, lisserez à celles qu'on vous présentera la liberté de quer pour passer dans cette Ile,' après vous estre assurés conduite. »
in 1705. — Trois protestants français, Brouillet, Pillet froy, établis à Salé, sont dénoncés par le vice-consul s négociants; on les accuse de signaler aux Anglais ments qui partent de Cadix pour se rendre à Salé, ils se mettent en mesure de les enlever. Le roi informé lits, « interdit aux négociants de Marseille d'avoir :ommerce avec ces trois religionnaires, ni de leur aucune sorte de commission sous quelque prétexte soit.
sa séance du 10 septembre 1705, la Chambre de rce, informée des pertes souffertes à l'occasion des .ites tant par le vaisseau La Terle, que par les autres s Flessinguois. a délibéré, sous le bon plaisir et agré- : M6 r le comte de Pontchartrain, ministre et secrétaire l'accorder aux armateurs qui poursuivront et enlève- /aisseau La Perle, la somme de dix mille livres, et une tion proportionnée, à ceux qui enlèveront les autres s flessinguois, qui font la course dans ces mers. »
:ffaire des plus délicates, survenue à Alger, préoccupe it les députés du commerce. Un capitaine de La Ciotat, PierreMarin, s'est emparé d'un navire anglais, chargé compte d'un grand nombre de marchands algériens.
Les marchandises, détaillées dans un état joint à la letl consul, ont une grande valeur. Cette prise est i!lég. porte atteinte aux traités que la France doit respecter même, si elle veut en imposer l'exécution aux Algérie faut que le gouvernement fasse immédiatement rembt le prix de ce chargement, sauf son recours contre le ce français. Les réclamations du Dey et de la population on le consul :
« La somme est considérable, écrit-il ; le pays esi abîmé, l'affaire est criante, grands et petits, tousse rév contre un pareil procédé et une telle perte, et il n'y a d'extrémités que l'on ne puisse attendre, à moins d'un p remède. Je ne vous en dis pas davantage, vous compn
facilement le reste et quels sont vos intérêts On
tendra ici aucune raison qu'une prompte restitutio
effets ; voilà sur quoi vous devez 'tabler Lise;
attention et mûre délibération tout le contenu du p paquet, et songez que les moments sont précieux, qu'i qu'un remède, et qu'il ne faut pas le manquer ; il fau au-devant des malheurs. »
Le consul est très efFrayé, et il y a de quoi : des \ volés, des corsaires pillés, c'est si rare, que ces Algérie sont tous plus ou moins forbans, ne peuvent en rêve leur en faut une réparation prompte et éclatante.
La correspondance ne dit pas ce qu'il advint de cette affaire. Quelques mois après, M. Durand quittait Alge n'y plus revenir, Il confia l'intérim du consulat à M. df rambault, le 30 novembre 1705.
4 novembre. — La marine marchande a voulu se soi
à la gêne des escortes et vient de faire une perte sérieuse : « J'ay appris avec déplaisir, écrit lé Ministre, la perte que vous venez défaire parla prise de quatre vaisseaux de Marseille par deux corsaires flessinguois. J'ay prévu que vous tomberiez dans ces accidents lorsque vous avez demandé de n'être plus assujettis aux escortes. Il n'en est arrivé aucun pendant que vous les avez suivis. La plus grande partie du commerce des ennemis ne se fait plus autrement, et quand le roy vous donnerait une escadre entière il ne serait pas possible qu'elle empeschât, pendant qu'elle gardera quelque parage, que des vaisseaux, qui viennent séparément de divers endroits, ne fussent pris dans d'autres, »
Le Ministre prêtait une oreille attentive à toutes les propositions les plus singulières qui lui étaient faites, quand il croyait que le commerce pourrait en profiter. Mais il paraît qu'il n'était pas très scrupuleux sur les moyens à employer. Nous lisons, non sans étonnement, dans une dépêche du 7 avril 1706, qu'il ne serait pas fâché de voir les échevins et les députés du commerce se livrer à la traite des nègres : « Je vous renvoyé, disait-il, un placet des frères Dieudé et Guitton, qui demandent la permission d'employer un vaisseau, qui leur appartient, à la traite de Guinée, et de porter les nègres qu'ils prendront a la Martinique. Avant d'en rendre compte au roy, j'ai cru nécessaire de savoir de vous, suivant les propres intentions de Sa Majesté, si la communauté n'était pas disposée à entrer dans ce commerce, et si elle continue dans les mêmes sentiments où elle a paru ci-devant de le laisser aux particuliers . »
La Chambre de commerce et la Municipalité s'unirent -jj
pour repousser cette proposition (28 avril 1706) . 'À
Entre temps, et sans avoir l'air d y attacher de l'importance, ^
le Ministre suspend pendant deux mois le commerce maritime, ce Sa Majesté, écrit-il, étant informée qu'on aura un pressant besoin pour son service des bâtiments qui se trouvent dans les ports de Provence, et de tous les matelots et mariniers qui peuvent servir à en former les équipages, elle a ordonné que les ports de Provence et de Languedoc soient fermés pour les bateaux de pêche, pendant les mois de février et de mars prochains.»
Cette suspension étant finie, survient un ordre du roi qui interdit aux capitaines de quitter le port de Marseille sans escorte ; « Comme c'est au roi, dit le Ministre, à empescher que ses sujets exposent leurs fortunes trop légèrement, Sa Majesté veut que vous reteniez tous les bâtiments qui se destinent pour le Levant, et pour l'Archipel, jusqu'à ce qu'Elle puisse leur donner une escorte, qui les garantisse des corsaires flessinguois.»
Peu de temps après, le Ministre se laisse persuader que le système des escortes est très gênant pour le commerce, et approuve le projet, formé par la Chambre de commerce, d'armer q uatre frégates, pour faire la chasse aux corsaires avec des forces suffisantes pour les réduire à l'impuissance, et le 12 septembre 1706, la Chambre de commerce signe une convention avec M. de Vauvré, pour l'armement de quatre frégates de la marine royale, commandées par M. de Bonneville : le Toulouse, le Trident, le Ruby et {'Adélaïde. .
Deux jours avant de passer cette convention, le 10
mbre, les députés du commerce avaient pris la décision rès :
Informée des pertes souffertes à l'occasion des prises ., tant par le vaisseau LaPerle,que par les autres corsaires inguois, la Chambrea délibéré, sous le bon plaisir et agré- : deMe r le comte de Pontchartrain, ministre et secrétaire t,d'accorderauxarmateursqui poursuivront et enlèveront isseau La Terle, la sommede dix mille livres, et une gration proportionnée, à ceux qui enlèveront les autres cor- ; flessinguois, qui font la course dans ces mers.» 302).
avril 1707. — Le Ministre rappelle les mesures qui ont rises pour protéger la navigation marchande : « Dans >mmencements de la guerre où nous sommes, je crois 1 ne pouvait suivre un meilleur exemple que celui des aisetdes Hollandais. Je fis établir des convois pour le nerce du Levant, ils ont eu des succès ; pendant deux ois ans, il n'y a eu aucune autre perte que celle que les 'ais temps et les naufrages ont coûté ; cette situation, va» une espèce de règle,ennuyaapparemment les négos de Marseille, ils représentaient que les convois étaient ;ux au commerce parce qu'ils portaient dans les Echelles tbondance de marchandises qui en diminuait le prix, en e temps que celles du pays recevaient une augmentation dérable, par la concurrence des acheteurs, et que, dans ;tours, la ville de Marseille se trouvait surchargée de archandises. Le roi voulut bien qu'on suivit ce que les ?ins proposaient, et on leur laissa la liberté d'armer une te ; ils trouvèrent à son retour qu'elle leur causait beau-
coup de dépenses et ne suffisait point, et comme le nombre des corsaires flessinguois augmentait alors dans la Méditerranée et que la flotte ennemie y entra aussi, on suspendit le commerce, ce qui convenait d'autant mieux que la ville de Marseille paraissait pleine de marchandises du Levant.
« Sur la plainte des échevins et des négociants, on leur proposa l'armement de six frégates, et d'établir quelques droits pour supporter au moins les deux tiers de la dépense. Ils consentirent à en armer quatre, donnèrent un mémoire sur le droit qu'on pourrait exiger et marquèrent les croisières qu'ils estimaient qu'elles devaient garder ; le tout a été exécuté : deux de ces frégates sont actuellement à l'entrée de l'Archipel, deux autres, après avoir croisé pendant quelque temps sur les côtes de Barbarie, ont ramené à Malte un convoi très riche ; pendant qu'elles carénaient et prenaient des vivres, un corsaire flessinguois a enlevé le navire du capitaine Lavaison, vous voyez qu'on vous en impute la perte. — Dans cette situation, je vous prie d'examiner ce qu'on doit faire pour procurer une plus grande sécurité à ce commerce, et s'il convient de continuer l'armement des frégates ou de faire revenir celles qui sont en Levant, en ramassant les bateaux qui y sont, ou de suspendre la navigation pendant les trois mois d'été, la Méditerranée est pleine de corsaires flessinguois. »
8 juin 1707. — Le Ministre ne voyait que deux moyens : recourir aux escortes, c'est-à-dire aux convois, ou suspendre la navigation jusqu'à la fin de la guerre.
Le commerce marseillais n'accepta aucun de ces deux moyens, « II ne vous a pas paru convenable d'entrer dans
sans crainte d'être insulté, les bâtiments qu'il escortera, et vous y ferez savoir à l'avance, ou sur la nouvelle de son arrivée, s'il peut aborder sans trop de danger aux côtes de Provence. »
5 octobre. — La Méditerranée n'est pas encore libre. Il y avait encore, le 26 septembre, vingt vaisseaux ennemis devant Barcelone. Il faut que les Marseillais soient très prudents.
19 octobre. — I! est permis aux navires marchands d'aller sur la côte d'Italie, la flotte ennemie est en marche pour passer le détroit, il ne paraît pas y avoir du danger en ce moment, cependant, il faut éviter les côtes de Mayorque où on arme des bâtiments de course,
4 janvier 1708. — Malgré toutes les défenses du ministre, qui préfère arrêter le commerce, plutôt que de laisser prendre quelques navires, les capitaines marseillais parviennent toujours à forcer la consigne : « le roi a donné l'ordre nécessaire pour la punition du propriétaire du vaisseau la Otarie, qu'ils ont fait sortir du port de Marseille, sous prétexte d'aller à la traite des bleds, mais, en effet, pour le voyage d'Alexandrie, et je fais un vif reproche â M. de Jonville (1) de ce qu'il ne s'y est point opposé, voyant que le navire n'était point dans le cas de ceux dont la navigation est libre. »
Cependant la chasse continue contre les corsaires ennemis. « J'apprends, écrit le Ministre, que M. de Grenouville a enlevé, près du détroit, deux corsaires flessinguois, dont un
(i) Commissaire de la marine.
destinez pour le Levant ; la route que prendront vos capitaines décidera beaucoup de l'événement, j'espère qu'au moins vous ferez attention, p (18 avril 1)08).
A l'occasion de la prise d'Oran, M. de Clairambault, consul de France à Alger, a dû féliciter le Dey de cette victoire et lui offrir un présent. Il fait remarquer avec satisfaction que son cadeau, moins brillant que celui des Anglais, a été cependant mieux accueilli. « Je fus, écrit-il le 12 juin 1708, au devant de Baba-Hassan lorsqu'il revint d'Oran ; je ne pus me dispenser de lui faire un présent, qui consistait en deux cafetans de drap, deux cafetans de Damas, des enchoix et des confitures. C'était bien peu de chose, en comparaison du consul anglais, dont le présent valait plus de 500 piastres. Il s'est encore distingué d'une autre manière, car il a fait des illuminations et feux d'artifice pendant trois nuits sur sa terrasse, pour marquer la joie qu'il avait du succès de l'entreprise. Je n'ai pas cru devoir l'imiter en cela, et je n ai pas eu lieu de m'en repentir, au contraire. Les plus raisonnables des Turcs se sont moqués de lui et trouvent que j'ai eu raison de n'en rien faire. »
Le 17 août, le même consul, dont la correspondance était d'ailleurs très active, racontequel'imprudencede deux corsaires français l'ont mis dans le plus grand embarras. Ce fut d'abord le capitaine Janselme, de Toulon, commandant un navire armé en course et muni de 20 canons, qui vint à Alger et fit tout son possible pour faire évader des chevaliers de Malte, esclaves, et auxquels on accordait une certaine liberté sur k caution du consul.
La seconde difficulté fut plus grave. Le capitaine Pierre
mois. — Le Grand Vizir m'a accordé plusieurs commandements que je lui avais demandés; il a changé le vaniodc de Galata, sur les plaintes que je lui ai portées contre lui. J'ai vu ce ministre le 29 novembre et le 18 de ce mois; enfin, j'espère que les affaires vont prendre un heureux chemin. » — Il ne néglige jamais d'ajouter, à ses lettres d'affaires, quelques renseignements sur la situation générale : s Le roy de Suède, dit-il, sortira de Bender au printemps prochain, avec une nombreuse armée.que le Grand Seigneur fait assembler, pour le reconduire dans ses Etats par la Pologne. Sa Hautesse a déclaré la guerre au Czar, le 20 du mois passé, et l'ambassadeur de ce prince fut mis aux Sept-Tours, le 28. » (22 décembre 1710).
Le comte de Pontchartrain, ministre de la marine, fidèle à la tradition, s'immisce dans les moindres détails des affaires commerciales. Le 4 mars 1711, il autorise le Dey d'Alger à faire acheter des mâts à Marseille, mais il est entendu qu'il les paiera, et c'est déjà une grande faveur de lui en céder un certain nombre. En terminant sa lettre, il dit aux députés du commerce : « Le roi est informé que des marchands de Marseille enlèvent, depuis quelque temps, des toiles royales des manufactures du Dauphiné, et comme Sa Majesté a lieu de juger qu'elles passent pour la plupart dans les ports d'Italie pour l'usage des navires anglais, ceux de Provence étant dans l'habitude de naviguer avec des cotonines, elle m'ordonne de vous charger de rechercher soigneusement les auteurs d'un pareil abus et les moyens de le supprimer. »
Le 18 du même mois, le Ministre s'occupe de la présence des juifs à Marseille : « Sa Majesté a été fâchée d'apprendre
Gérance que vous avez depuis un temps de souffrir la lence dans Marseille d'un juif nommé Antoine-Philippe ez, sans permission, et son intention est que vous l'obli-
d'en sortir sans délai, et d'aller si bon lui semble à leaux, s'il est vrai que le reste de sa famille y est établie. » s 22 avril, il est encore question de ce juif que l'on gne ici sous le nom de Espez et non Lopez : « Le roi m'a gé de vous écrire qu'il suffira que vous exécutiez l'ordre ure sortir de Marseille le juif nommé Philippe Espez itôt après son retour d'Alger, n'étant pas à propos, pour oint contrevenir à la liberté du commerce, de pénétrer avant dans les liaisons ou associations particulières qu'il
avoir avec des négociants de la ville, à moins que le bien Etat n'y fût intéressé. »
i lisant la correspondance de M. de Pontchartrain, on se ande s'il s'était donné la mission d'entraver par tous les ens l'expansion-du commerce dans les Echelles. Nul ne aller s'y établir sans son autorisation.
: sieur Joseph-Antoine Rimbaud, de Marseille, vient de re son père à Alep, il demande l'autorisation de s'y rendre, ■ régler les affaires de la succession, mais il n'a pas 25
Le Ministre fait faire une enquête pour savoir si eption qu'il sollicite peut être faite en sa faveur : « Vous 1 informerez exactement des vie et moeurs du sujet, de îe que des motifs du voyage et me ferez savoir si vous nez qu'il n'y ait point d'inconvénient à craindre en rdant cette dispense » (20 mars).
: 3 juin. — Le sieur Dieudé, négociant, qui a rendu des ices à Marseille pendant la disette de 1709, sollicite, pour
son second fils Dominique, l'autorisation de se rendre à Smyrne pour travailler avec son fils aîné, qui dirige une maison de commerce. L'autorisation lui est accordée.
Mais c'est par exception et sur les instances des députés du commerce, sans doute, car ceux-ci avaient tout intérêt à favoriser le commerce du Levant.
Et souvent* ils délivrent des autorisations de séjour, sans consulter le Ministre. Dans sa séance du 17 novembre de cette année 17 11, elle autorisa plusieurs négociants à aller dans les Echelles, notamment le sieur Charles de Venture ; mais elle prit tous les renseignements sur leur identité, en y joignant un signalement qui servira à les retrouver, si on avait à les faire rechercher plus tard :
« Sieur Charles de Venture, négociant de cette ville, taille haute, nez aquilin, visage maigre, cheveux châtains, portant perruque blonde ; fils de sieur André et de feue Suzanne de Merle, âgé d'environ trente-neuf ans, ainsi qu'il Ta fait aparoir par son extrait baptistaire daté du 9 janvier 1673, tiré des registres de l'église paroissiale et collégiale de Saint-Martin, se destinant pour l'Echelle de Constantinople. » (fol. 15).
Rien ne démontre mieux les dangers de la protection exagérée, comme l'état dans lequel se trouvait la place de Marseille, tantôt débordant de marchandises, tantôt souffrant de la disette des grains. Le désarroi complet se manifeste dans une lettre adressée par le Ministre aux députés du commerce, concluant à la suspension du trafic avec le Levant :
a J'ai lu au roi, leur dit-il, le mémoire que vous trouverez ci-joint, contenant les désordres dont la place de Marseille est menacée par la quantité prodigieuse de marchandises du
Nos consuls dans les Echelles du Barbaresques représentaient dignen naient presque toujours à protéger 1« Clairambault insistant auprès du Dt la liberté des deux marins et passai tort par un corsaire Algérien, a recou et non sans péril, qui lui réussit :
« Voyant, écrit-il, le 15 novembi opiniâtrait et qu'il en avait déjà envt ses en vente, je lui dis que s'il en vei être le premier vendu. II me répond drait m'acheter, et, voyant que je ne Btttestan m'asseoir au milieu de ces < en vente, et demandai en riant, à cet examiner, combien ils donneraient dt s'en retournaient sans rien dire. Ur Dey m'envoya dire que je n'étais pas et je vis bien qu'il était un peu co quelques difficultés, mais, je crois, [ et d'abord, après midi, il me fit re rendit 150 pistoles, qui avaient été ordonna qu'on rendrait tout ce c diligence qu'on ait pu faire, il y a et perdues; le Dey a fait donner jooco qui niait d'avoir rien pris et qui s'esi Après qu'il eut demeuré deux joi d'aller intercéder pour lui, et le De
Les présents qu réussissaient si b:
pas dédaignés en France. Dans sa séa
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bre de commerce entend le rapport du député ancien. <r II me paraîtrait nécessaire, dit-il, de supplier Mgr le maréchal, duc de Villars, avant son départ pour la Cour, de vouloir bien accorder sa puissante protection à notre commerce dans l'occasion où il pourrait recevoir quelque atteinte de la part de ceux qui tâchent ordinairement à le traverser, et qu'à cet effet, il croit qu'on doit lui aller faire une visite en corps pour lui recommander les intérêts de la Chambre, et comme une pareille visite exige une espèce de reconnaissance de la part de la Chambre envers le dit seigneur maréchal duc de Villars, le dit sieur député serait d'avis de lui présenter quelques étoffes et autres choses semblables jusques à concurrence de la somme que le bureau trouvera à propos de fixer.
« Sur quoi, le bureau a unanimement délibéré, sous le bon plaisir et agrément de M. Arnoul, intendant général des galères et du commerce, de faire un présent à Mgr le maréchal, duc de Villars, de fichus brodés en or, étoffes de Perse, toiles piquées et ceintures de soie du Levant, jusques à concurrence de 2,000 livres ou environ, et que le tout lui sera présenté par les échevins et députés du commerce, lesquels auront l'honneur de lui faire la visite, qu'ils le supplieront très humblement de vouloir l'accepter comme une faible marque de leur reconnaissance et de croire que le mauvais état des affaires de la Chambre ne permet pas, quant à présent, de faire davantage à sa considération. » (fol. 232).
Un peu plus tard, ils consultent le maréchal de Villars sur le choix d'un député ; mais le maréchal leur répond : « Qju'il est inutile d'envoyer des députés à Paris, pour défendre les intérêts du commerce, à l'occasion du nouveau règlement sur
l'administration municipale, qui est soumis au g nement. « Je connais le sieur Timon pour honnête h et habile, et vous ne pouviez faire un meilleur choix, r vous assure que son voyage ne changera rien au proj' S. A. R. (le Régent) a approuvé, et dans lequel la ce nautéet la Chambre de commerce trouveront, égalem justice et l'attention générale que je dois avoir pou Marseille. » (9 septembre 17 16).
Les députés du commerce, qui se plaignaient d'être s à une réglementation excessive, ne manquaient pas cep> de provoquer des règlements quand ils se trouvaien l'embarras pour mettre le bon ordre dans les Echelles
A la suite de la séance de la Chambre de comme io septembre 1716, les députés obtinrent la publ de l'ordonnance ci-après, relative au mariage des f établis dans les Echelles :
« De par le roi.
s Sa Majesté étant informée que les jeunes g familles de négociants, que l'on envoie en Levant, p( former de bonne heure au commerce, contractent f plupart des mariages peu sortables, soit avec des i veuves, nées sujettes du Grand-Seigneur, ou même a\ Françaises, dont les suites tournent ordinairement ai vantage des familles de ces jeunes gens, ainsi qu'au d neur de la nation. A quoi Sa Majesté voulant pourvoir délibération des échevins et députés de la Chambre de merce de Marseille, du 16 juillet dernier (1), approuvé»
(1) Voyez cette délibération au folio 255 du registre que nous aualy
sieur Arnoul ayant l'inspection du dit commerce, Sa Majesté, de l'avis de M. le duc d'Orléans, a ordonné et ordonne que du jour de la publication de la présente ordonnance, les négociants français établis dans les Echelles du Levant, qui contracteront mariage avec des filles ou veuves, nées sous la domination Grand-Seigneur, seront eux et leurs descendants exclus de toutes charges et administrations publiques du corps dé la nation, même de la faculté d'être admis en ses assemblées; voulant, Sa Majesté que ceux des dits négociants qui, n'ayant pas l'âge de trente ans accomplis, épouseront, sans le consentement de leurs pères et mères, des filles, même de Français, soient aussi exclus des charges publiques. Mande, Sa Majesté, au sieur Marquis de Bonnal, son ambassadeur extraordinaire â la Porte Ottomane et aux consuls et vice-consuls français dans les Echelles du Levant, de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance, qu'elle veut-être publiée et enregistrée aux archives de la Chambre de Marseille. Fait à Paris, le u août 1716. Signé : Louis. » (fol, 241).
Le nouveau consul de France à Alger, M. Jean Beaumes, adresse à la Chambre de commerce, le 27 janvier, quelques détails intéressants sur le commerce et les mœurs des Algériens : « Ce pays, dit-il, est fort misérable, et par conséquent de peu de consommation de quelques marchandises que ce soit. D'ailleurs, les droits d'entrée et de sortie, et l'ancrage sont si forts, que les marchands, de même que les capitaines et patrons de nos bâtiments, fuient absolument ce port. Il y vient véritablement quelques bagatelles du Levant, de Livourne et d'Espagne, comme eau-de-vie, noisettes, cardes
pour travailler la laine, un peu de coton, une misère pour en recevoir le paiement pour ainsi dire, et toujours bien au de!
marchands sont convenus. Les juifs, qi dix mille environ, embrassent tout le \ fait en cette place; ils sont même arn mais le peu de prises que font ceux-ci mation des marchandises étrangères t gueux et avares à l'excès, de sorte qu volontiers le fils, et celui-ci son pèr quelques pataquès. Les Maures ou na traités en esclaves par lesTurcs, qui comi et les pillent entièrement, à la ville et disposition générale fait souhaiter inté avec tous les chrétiens, dans l'espérance,!
autrefois la ville d'Alger opulente. Je Messieurs, si l'on doit être alerte pour pi d'en prévenir les suites, en faisant de donatives à des gens qui ont le pouvoir qui, d'ailleurs, ne méritent pas les rega bien. Vous connaissez depuis longtempsi la férocité et les manières désagréables i consul est fort à plaindre de s'y trouvei ment.
a Quelques présents, distribués à pn ciers de la Maison du Roi, sont souve rendre une justice entière, ou empêchei sions, de faire des injustices criantes à considérer que le Dey n'est pas le malt
1e, il se trouve toujours au milieu d'une espèce de conseil, e guide suivant sa passion, contre laquelle toute la vigi- ;, le zélé et les mouvements d'un consul ne peuvent avoir entier effet. »
juin. — M. deGardane, consul de France en Perse, son . un père capucin et quatre domestiques avaient été es à Alep, en exécution des ordres du Grand Seigneur,
être conduits à Constantinople. Le consul d'Alep a fait autres dépenses, à cette occasion, les suivantes : A. l'Aga du château, pour ôter les chaînes à M. de Gardane A suite et les mettre au large, y compris les gratifications eôlier, du portier et des autres officiers du château, et
l'huile d'une lampe pendant huit nuits L. 60
A M. de Gardane pour subvenir à ses besoins
ant la route 50
Pour sept capots de drap de Salonique 17
Pour sept paires de bottes 7
Pour un chalvar ou culotte de Salonique pour le
capucin 60
core les juifs. Le 28 juillet 1717, le Conseil de marine let à l'examen de la Chambre une convention arrêtée
tous les commerçants chrétiens de Smyrne : « pour r les supercheries des juifs et Arméniens de qui on te les soyes de Perse. »
Maréchal de Villars (1) s'occupait avec beaucoup de
Louis-Hector, duc de Villars, pair et maréchal de France, gouverneur 1 de Provence, du 20 octobre 1712 au mois de juin 17 J4- -*■ Son fils é-Armand marquis de Villars, lui succéda et demeura en Provence jusqu'en
tt
Le 23 mai 1720 arriva le navire le G*2ndSams-A*U)imi+ oornmaiie par le capitaine Chataud. venait de Seyde. Le 27, ur; matent de ce navire, qui en avait perdu plusieurs pendant la traversée, meurt subitement: !e 12 juin, ce fut le tour du garde de santé, puis de trois porteûix envoyés au débarquement des marchandises, et enfin, le 25. il mourut encore un mousse. D'autres décès eurent lieu dans la ville, mais ce ne fut que le 9 juillet que les médecins déclarèrent aux échevins qu'un jeune homme, nommé Essalenc. demeurant dans une maison de la place de Lenche, était mort de la peste. Le même jour, les échevins signalèrent ce triste événement au Conseil de marine; le 14, à M. le maréchal de Villars et au duc d'Orléans, régent du royaume. Le Conseil de marine répond, le 29 juillet, que si c les officiers de la Santé avaient mieux fait leur devoir, ils auraient empêché l'introduction de cette cruelle maladie : « s'ils avaient bien veillé à empêcher que quelques matelots ou passagers, venus du Levant, ne se débarquassent pendant leur quarantaine, ou de vendre quelques étoffes de contrebande qui n'auront pas été purgées. »
Cependant, vers la fin du mois de juillet, la peste sévissait cruellement.
« L'aspect de la ville, lisons-nous dans un récit publié par le Procureur du roy de la police, le sieur Pichatty de Croissainte, excite déjà la compassion, tout y a l'air de désolation, tous les magasins, toutes les boutiques sont fermées, la plupart mêmes des maisons, des églises et des couvents, toutes les places publiques sont désertes, et personne n'est plus par les rues que les pauvres gémissants ; le port est dans un dérangement total, les galères sont retenues au quay,
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et renfermées dans une estacade du côté de l'arsenal, où les ponts sont levés et de hautes barrières posées, et tous les vaisseaux et bâtiments marchands sont hors de l'amarre et à l'écart. Cette superbe Marseille, peu de jours avant si florissante, cette source d'abondance et, si on l'ose dire, de félicité, n'est plus que la vraie image de Jérusalem désolée ; heureuse encore si elle en demeurait là ; si le fléau qui a commencé de l'affliger ne la rendait pas, dans moins de quinze jours, le théâtre affreux des horribles ravages que la fureur ait jamais faits dans aucune ville du monde (1). »
Le 28 août, la peste redouble d'intensité; les échevins écrivent au Conseil de marine « pour supplier très humblement Son Altesse Royale de vouloir faire mettre à la disposition de la municipalité autant de forçats qu'il sera possible, pour aider aux transports des cadavres. « Le 3 septembre, la mortalité est devenue générale. Les échevins se trouvent à l'hôtel de ville presque seuls, avec le sieur Capus, archiviste, son fils afné, le sieur Bouis, caissier, et moi (Pichatty de Croissainte), sans y avoir plus ni gardes, ni domestiques, ni aucune personne de commandement. On peut assez juger des furieux ravages que la peste a déjà faits dans cette grande ville, par ceux qu'elle a faits dans cet hôtel de ville, puisqu'il y est péri plus de 500 personnes, savoir : 30 gardes à qui on avait donné la bandolière, tous les gardes de la police, tous les capitaines de ville à l'exception d'un seul, tous les lieutenants, excepté
(1) Journal abrégé de ce qui s'est passé en la Ville de Marseille, depuis qu'elle est affligée de la contagion, tiré du Mémorial de la Chambre du conseil de l'Hôtel de ville, tenu par le sieur Cichatty de Croissainte et t. 1721, p. 45.
autres ports de Provence restent fermés. | 8 avril 1721.)
La Chambre de commerce se réunit le 2 examiner diverses affaires : « La troisièr laquelle l'assemblée doit donner son avis ce le consul de Moréc faisant sa résidence à Me saîre d'établir trois vice-consuls, un à Patra; un à Naples de Romanie, et en ce cas quel conviendrait de leur attribuer.
« L'avis unanime de l'assemblée a été que Clairambault, consul général en Morée, a la en l'endroit qui lui convient de son départe pose de faire sa résidence à Modon, il ne par d'établir un vice-consul à Coron ou Calamat à une journée de Modon, et où d'ailleurs il aucun commerce.
« Qu'à l'égard de Naples, de Romanie et c plus éloignés et dont le commerce n'est p considérable,' le consul pourrait donner un vice-consul a un marchand de ceux qui ré de ces endroits, et se faire rendre compte des 1 y ferait, et de ce qui pourrait survenir en ce: afin d'être à portée et en état d'user de son cas où celle des vice-consuls ne suffirait j Seyde en use ainsi, à l'égard des Echelles de ! Rame et Jaffa, où il y a plus de marchands é merce plus étendu et de plus de conséquei Naples de Romanie. » (Fol. 75).
Le 9 juillet, le Régent faisait défendre
Marseille d'envoyer des navires en Amérique, la santé ne lui paraissant pas suffisamment rétablie. Cependant, les affaires avaient repris leur cours ordinaire, et la Chambre de commerce, qui avait fait fermer la Loge pendant toute la durée de l'épidémie, en autorisa l'ouverture le 22 août. C'est un honnête bonnetier qui nous l'apprend dans les notes qu'il a consignées dans son Livre de Raison : « Le 20 août 1721, on a ouvert toutes les églises et, le 21 dudit mois, on a ouvert la Loge, mais les portes de la ville sont encore gatdées par des bourgeois et des soldats pour ne laisser sortir personne sans un billet du gouverneur. » (1)
Tous les efforts des députés du commerce tendaient à faire revivre le mouvement des affaires et, le 10 janvier 1722, ils adressaient au Conseil de marine et à M. le duc de Villars un mémoire pour établir « la nécessité de rendre libre le commerce de Marseille comme il l'était avant la contagion. »
Le duc de Villars fit des démarches actives en faveur de Marseille. Mais, le 3 février, il n'avait pas encore obtenu gain de cause : « L'amiral, écrivait-il, a presque autant d'envie que moi de vous rétablir le commerce, mais il ma dit que par les fortes oppositions que presque tous les étrangers et même quelques Français y font, il faut encore attendre quelques semaines, et pouvoir compter sur la fin entière du mal, afin que les étrangers n'aient rien à dire. Je suis très fâché de ce retardement, mais les Hollandais s'opposent par leur intérêt particulier, les Espagnols et les Anglais
(1) Mémoires ou Livre de raison d'un bourgeois de Marseille , publié par M. J.-F. Thenard, 1881, p. 139.
armer le bras vengeur qui paraît s'élever de e nous. Vous vous souvenez sans doute, qu'au ssaint 1720, je consacrai cette ville et ce diocèse
de Jésus, source inépuisable de toutes les utes les miséricordes, et que, dès ce même x diminuèrent sensiblement, continuellement :e ; mais vous devez vous souvenir aussi que ins ne purent alors paraître entrer dans cette ■i prendre part à aucune des saintes cérémonies s en l'honneur de Jésus-Christ, notre libérateur, rer cela, Messieurs, je crois devoir vous proncessaminenl, mais sans cérémonie, un vœu
cœur de Jésus. Je ne veux rien vous proposer er quelque dépense à la ville, que je ne sais vèe ; et je sais, d'ailleurs, que Dieu ne demande s mais nos cœurs. Je désirerais donc, Messieurs, engageassiez, vous et vos successeurs, à perpé* tous les ans, au jour que j'ai fixé la fête du itendre la sainte messe dans l'église du Premier la Visitation que nous appelons les Grandesîmunieret à y offrir, en réparation des crimes in cierge ou flambeau en cire blanche pour e Très-Saint Sacrement, et enfin d'assister, sur 1e jour, à une procession générale d'actions 'établirais pour un certain nombre d'années à an.
pplie, Messieurs, de ne pas rejeter cette propou contraire, de la recevoir avec une entière a miséricorde du Sauveur, dont nous avons
déjà ressenti les effets si marqués, et de ne pas différer I cution.
a J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments d'es d'attachement et déconsidération que je me flatte être connus de vous, Messieurs, votre très humble et très c sant serviteur.
o Henry,
• Évique àe Marseille (i).
Le conseil de ville s' étant rassemblé pour recevoir communication, M. Moustiés, premier échevin, prit air parole : a S'il fallait des exemples, Messieurs, pour nou: suader que tous les efforts des hommes sont vains coni progrès de la contagion, et que le fléau de la colère de ne peut être arrêté que par des actes de religion, en impl le trésor de ses miséricordes, il n'en faudrait en effe d'autres que celui que Monseigneur l'évêque nous cite sa lettre puisque tout le monde vit alors, et réellement le mal baissa continuellement jusqu'à sa fin, dès le jour consécration de cette ville au Sacré-Cœur de Jésus. » P proposa de se consacrer, eux et la grande cité, qu'ils repr taient, à ce divin Cœur de Jésus par l'émission du vcet leur conseillait l'évêque de Marseille.
(i) Extrait d'une Délibération de MM. les échevins publiée à la fin du ment de l' Association i l'adoration perpétuelle du Sacré-Cœur. Brébion, Ma 1744, in-ja-
ibeau decire blanche (i).
lit jamais fait depuis son 'éteignit insensiblement, incluant en ces termes :
de la Charité, jusqu'au : 74 ; des 61 qui restent, les autres on n'en compte
juin 1722. Signé: Pilles, Rémuzat, Sai rit-Michel,
vait dans son Livre de ût jusqu'au 9, il n'y a eu t en ville qu'à la campapeut chanter victoire et jitte à si bon marché (2).
erce signaient un rapport ; des marchandises * sus* îjours la crainte que peut ers la rechute de la peste.
u conseil de marine un it que le moment était dre leurs relations com-
M. de La Vrilliére, secré-
ille, t. 1, p. 565 .
u de Marseille, par le R. P. Doi
on sur les demandes qui lui étaient adressées, sans ; Chambre de commerce de Marseille, nommé Fernandes Médina, né à Bayonne, âgé de 1 été choisi par les rabbins de la synagogue portuisterdam, pour être envoyé dans le Levant et y .ngue et les livres des Hébreux. II est accompagné ne Sarah Barbanette. Le Conseil de marine est ermettre à ces juifs d'aller passer quelques mois ant, mais avant de leur en accorder l'autorisation, :onnaltre le sentiment des députés du commerce d ; il consulte les députés de la Chambre de pour savoir s'ils n'y voient aucun inconvénient,
ril si scrupuleux et il faut le reconnaître si zélé, si bientôt remplacé. Le 22 mars 1723, le cardinal connaître aux députés du commerce que « le marine ayant cessé de fonctionner avec la majorité L avait remis ce département et celui des galères te deMorville, secrétaire d'Etat. »
n, M. de Morville est heureux d'annoncer à la ue la permission accordée au port de Cette, pene, de faire le commerce avec le Levant, vient de lui ar un arrêt du Conseil d'Etat, ■etour des affaires, les demandes de fonds revienent et la Chambre de commerce est sans cesse 'echercher les moyens de faire face aux grandes s Echelles. Dans la séance du 29 juillet, le député ien soumet à l'assemblée une requête de l'ambas- France à Constantinople : « Le sieur député a
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inçaise de Constantinople ayant fait, is l'année 1716 jusqu'à présent, des qui vont autour de 100,000 piastres, ; M. le marquis de Bonnac, ambassa- >i à la Porte ottomane, attendu qu'il ;s pensions que le roi lui donne, ni it des avances qu'il a été obligé de
Sa Majesté, depuis 1719; ce qui e, ainsi qu'EUe et les députés de la imbre, de se prévaloir sur toutes les tisant une répartition générale de la jui dégager celle de Constantinople, courante, il ne lui est envoyé aucun ime la Chambre a un intérêt consine soit pas davantage surchargé, et
les conséquences d'une semblable uté aurait estimé devoir informer : passe à cet égard, afin que l'on ires les plus convenables qu'il se a résolution de M. le marquis de
, d'un avis unanime, que Messieurs se donneront l'honneur d'écrire à , ministre et secrétaire d'Etat, et à ent et intendant de Provence, qui se 'is, pour le supplier d'engager M* r le re, à faire passer incessamment les devoir à M. le marquis de Bonnac, la nation des engagements qu'elle a
pris pour cette Excellence. Le bureau ayant encore résolu et délibéré qu'il sera écrit au sieur Grégoire, d'employer le crédit des personnes qui pourraient d'ailleurs obtenir cette grâce, et les engager par des promesses proportionnées au service qu'elles rendront en cette occasion au commerce en général. » (Fol. 216).
Le 10 décembre, cet ambassadeur ayant été remplacé par M. d'Andrezel, intendant à Perpignan, son secrétaire est sur le point de s'embarquer pour se rendre à Constantinople ; la Chambre lui fait une avance de 8,000 livres sur le traitement de 16,000 qu'elle est obligée de payer annuellement à l'ambassadeur.
Par un arrêt du Conseil d'Etat du 31 mars 1723, la Compagnie des Indes avait obtenu le privilège de la vente exclusive du tabac. Dans sa séance du 23 décembre, la Chambre de commerce eut à s'occuper de ce privilège qui rendait le commerce du café assez difficile : « Plusieurs négociants qui ont reçu du café d'Egypte, depuis que cette denrée n'est plus d'un libre commerce et que la Compagnie des Indes en a obtenu le commerce exclusif, demandent qu'il plaise à la Chambre, par bien des considérations, d'avoir égard A l'évaluation qui en sera faite, pour servir à la liquidation du droit de consulat, de les passer à un prix convenable.
« Sur quoi le Bureau, après un mûr examen des difficultés qu'il y a à pouvoir vendre les cafés eu égard à ce qu'ils valent à l'étranger, en aurait réglé le prix quant à présent, et pour le mois prochain, à raison de cinquante-cinq sols la livre, sur lequel pied le droit de consulat sera liquidé. » (Fol. 249).
Sur les instances de la Chambre, le roi rétablit, le 28 février
1724, par un arrêt rendu, « la liberté du commerce et du café dans la ville de Marseille. ■
Les relations de la Chambre de commerce avec les et les ambassadeurs étaient constantes et souvent d M. le marquis Dusson de Bonnac, en quittant l'amba Constantinople, crut devoir adresser quelques cons députés sur les difficultés qu'ils feraient naître s'ils pas prudents, soit dans leur correspondance, soit mê leurs conversations :
. . . « Cet exemple leur disait-il le 21 février 17; avoir parléd'un incident oublié, peut vousfairevoir,M combien il est nécessaire que vous entreteniez une ce dance convenable et remplie de confiance réciproi l'ambassadeur du roi. Il est l'âme et le soutien de vo merce dans le Levant. Il fait sa principale occupatit protéger, et quoique ce soit un des devoirs de son ei est en droit d'attendre de votre part des égards dont devez jamais vous écarter avec lui, ni dans vos dise dans les propositions que vous pouvez faire par rap[ qui le regarde, car on n'ignore pas a Constantinople t dit à Marseille, et l'homme du monde le plus modén équitable, peut Otre quelquefois aigri et susceptible passion. Je vous écris ceci avec d'autant plus de confi; j'ai enfin terminé mon ambassade.
M™' Le Bret, femme du Premier Président, mourui 18 mars et le 28 les députés du commerce firent cél service solennel, pour le repos de son âme. dans l'< l'hôpital Saint-Esprit. Il en est rendu compte en ce dans le Cérémonial de la Chambre :
utel était orné de 6 flambeaux d'une livre pièce et 8 de re aussi la pièce, avec les armoiries de la dite dame principaux flambeaux; treize flambeaux de 4 livres râlèrent pendant la grand'messe autour du mausolée, t au milieu de l'église, couvert d'un drap mortuaire de noir ; la musique de l'Académie fut chantée pendant ce, et après qu'il eut fini, MM. les échevins firent savec MM. les députés, l'archivaire fit l'offrande. MM. :vins étaient en chaperon, accompagnés de MM. les et d'un très grand nombre de négociants ; ils furent r les premiers directeurs de cet hôpital au bout de la vant l'église, et on les reconduisit de même. L'église jte tendue de drap noir et la façade aussi et l'on y isé les armoiries de la dite dame d'une distance à
évêque assista à cette cérémonie.
ïambre a payé toute la cire, les armoiries et l'offrande tis du convoi. Elle a donné ensuite 100 livres à l'hôur la musique et les frais qui ont été faits pour faire
hambre de commerce disposait d'un budget assez rable. Elle crut devoir en envoyer au ministère, lé 724, un état sommaire que nous transcrivons ci-après :
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geaient la côte depuis un mois sont arrivées jusqu'à Alger depuis huit jours.
Les riches prises apportaient un certain mouvement commercial à Alger. Le consul annonce, le 4 juillet, sans en paraître trop fâché, la capture d'un gros navire étranger : « J'ai l'honneur de vous informer, écrit-il, d'une prise très riche que le vaisseau de l'amiral et celui de la République, de 40 canons chacun, ont faite à quinze ou vingt heures au large d'Ouëssan, à l'entrée de la Manche, du vaisseau nommé l'Impératrice Elisabeth, dû port de 500 tonneaux, capitaine Joseph de Ghezelle d'Ostende, avec pavillon impérial, revenant des Indes Orientales, chargé d environ 7,000 quintaux de café, et plusieurs marchandises fines, comme mousselines, étoffes des Indes, benjoin, thé, porcelaines fines et autres choses dont on ne peut donner un détail juste. Cette prise est la plus riche qui soit encore venue, et mettra dit-on, beaucoup d'argent dans le pays ; il y a sept ou huit Français parmi les 80 hommes d'équipage, mais ils sont tous à gages. »
La surveillance des papeteries et du commerce des papiers est réglée par une délibération de la Chambre de commerce de Marseille du 18 janvier 1725. Les échevins et députés du commerce y désignent le sieur Jean Leglise, pour surveiller spécialement cette branche du commerce marseillais.
Les députés du commerce se montraient difficiles pour délivrer les certificats de résidence dans les Echelles. Le 7 mars, le sieur Poulhaire s'est plaint au Ministre de ce que la Chambre lui a refusé le certificat nécessaire pour résidera Constantinople, sous le prétexte qu'il était « soupçonné d'être religionnaire »; or, le plaignant a produit au Ministre un extrait
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des registres de la paroisse constatant qu'il a été baptisé. Peu de jours après le Ministre leur avait écrit : « Vous avez refusé, au sieur Sérane, de Montpellier, le certificat dont il a besoin pour passer à Constantinople, et y résider comme membre du corps de la nation, sous prétexte qu'il était de race de nouveaux convertis; M. de Bonnal assure le contraire; les faits qu'il cite, ne permettent pas de douter que le sieur Sérane ne soit catholique et de famille d'anciens catholiques » (14 juin).
M. le comte de Maurepas leur recommande, mais non sans hésiter une domestique qui désire se rendre à Tunis : « Le sieur Pignon m'écrit qu'il a absolument besoin d'une femme de ménage à Tunis, et qu'il y en a une à Marseille qui lui conviendrait, parce qu'elle a été longtemps au Caire, domestique de feu le sieur Lemaire, consul ; il me prie de lui accorder la permission nécessaire. Ce passage dans les Echelles est défendu aux femmes qui n'y ont ni père ni mari, et il est à propos de maintenir l'exécution de l'ordonnance sur ce sujet; si cependant il était sans conséquence de le permettre à celle dont il s'agit, vous pourriez l'accorder au sieur Pignon » (18 avril).
Les moindres détails d'installation des consuls étaient soumis à la Chambre de commerce de Marseille.
Séance du 24 mai 1725. — « Le sieur député a rapporté, que le consul de La Canée demande à la Chambre un portrait du roi, pour le placer dans un appartement de la maison consulaire, et propose pour cet effet de faire supporter cette dépense à la nation, en sorte qu'il ne s'agirait que de faire l'avance. Le Bureau délibère de faire acheter un portrait du roi, et de l'en-
voyer au consul deLaCanée,àlachargéqueladépenseen sera supportée par la nation et que ce portrait restera toujours à la maison consulaire, quelque changement qui puisse arriver dans la suite, en la personne des consuls s (fol. J79).
Dans la séance du 4 juillet, vote d'une somme de 400 livres, pouracheter un jouet aux enfants de l'Intendant de Provence.
« Le sieur ancien député (Etienne Roland), représente que Ms r le Premier Président et Intendant se trouve en cette ville depuis quelques jours, et, ayant amené Messieurs ses enfants pour la première fois, il lui paraîtrait convenable de leur donner quelque marque d'attention et que la Chambre leur fit un présent, proportionné a leur âge, propre à attirer leur curiosité et dont la dépense ne fut pourtant pas trop considérable par rapport à la délicatesse de Ms r Le Premier Président, qui ne voudrait pas souffrir qu'ils acceptassent rien de trop de conséquence ; que pour cet effet, il estimerait qu'on pourrait leur offrir un petit vaisseau bien propre, et que ce présent étant aussi convenable par rapport à la Chambre qui représente le commerce et la navigation qu'il serait curieux pour les jeunes Messieurs, à qui le goût de cette pièce paraîtrait nouveau et agréable, il se feront un vrai plaisir de l'accepter ; que ces réflexions l'auraient engagé à voir si le sieur Nogaret, habile à ces sortes de constructions, voudrait vendre à la Chambre un des vaisseaux qu'il a faits, et que l'y ayant engagé moyennant qu'on lui en donne quatre cents livres, ce qui ne lui paraîtrait pas un prix excessif par rapport à la justesse de l'ouvrage et â sa délicatesse. Il n'a pourtant pas voulu passer outre, sans l'agrément du Bureau.
a Le Bureau prenant en considération l'exposé du sieur
député, a unanimement délibéré d'acheter le dit vaisseau au prix de quatre cents livres, et de le présenter, au nom de la Chambre, à Messieurs les enfants de Me r le Premier Président et intendant (M. Le Bret) s (fol. 385).
Cependant, la Chambre ne négligeait pas ses intérêts et insistait pour obtenir le remboursement des sommes qu'elle avançait fréquemment au Trésor de l'Etat. M. de Maurepas fit connaîtreaux députés du commerce, le 9 janvier 1726, que, malgré ses instances, il n'a pas encore pu leur faire restituer les sommes a dont le remboursement a été ordonné par plusieurs arrêts. » Le Contrôleur général des finances n'a pas de fonds et ne sait comment s'en procurer. Il est vrai que le Roi lui-même n'obtenait pas facilement le paiement des sommes qui lui étaient dues.
Le dey d'Alger avait demandé la liberté de six Turcs des galères, qui venaient d'être achetés à Cadix, offrant de rembourser ce qu'ils avaient coûté, soit 2.792 livres, 16 sous, 3 deniers. Sa proposition a été accueillie; on lui a renvoyé les six Turcs, mais il n'était pas pressé de compter l'argent au consul, qui a été chargé de faire ce recouvrement. Il s'y est décidé cependant (16 janvier 1726).
La liberté consistait un peu, au XVIII e siècle, dans le privilège de restreindre celle des autres.
Le 26 février, la Chambre est avisée qu'il est interdit aux particuliers d'envoyer des vaisseaux et de faire le commerce dans les pays de la concession de la Compagnie des Indes. De son côté, le gouverneur Turc avait interdit la sortie des cafés par Alexandrie. La Chambre fait des démarches actives pour obtenir la levée de cette interdiction (27 mars). Mais elle
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demande elle-même, à M. de Maurepas, de faire interdire, par une ordonnance, aux femmes et aux filles qui ont leurs maris et leurs pères dans le Levant, d'aller les rejoindre, et même aux Français établis dans les Echelles de s'y marier. Le Ministre va faire étudier cette question (29 mars).
La Chambre est consultée sur le programme des études à Constantinople où elle avait établi, sous les auspices du gouverneur, une sorte d'Ecole de Commerce, qui n'était pas sans analogie avec celle que nous voyons fonctionner aujourd'hui avec tant de succès. Le 16 mars 1726, le sieur De Mars, qui vient d'être nommé professeur à l'école des jeunes enfants de langue, fait connaître son programme d'études aux députés du commerce : « Je tâcherai, dit-il, de les rendre capables, non seulement d'entendre les auteurs latins qui leur enseignent les langjues orientales, mais aussi les autres auteurs. Je m'attacherai aies perfectionner dans l'orthographe ; je leur apprendrai la géographie et leur donnerai des principes de philosophie. — Je lésai mis dans une classe (séparée des pensionnaires des RR. PP. Capucins), dont la porte communique avec celle du R. P. Romain. » (16 mars 1726).
Le Ministre accueillant avec empressement la proposition des députés (1) a fait signer au roi, le 20 juillet, une ordonnance qui défend à tous Français de se marier dans les Echelles du Levant ; aux femmes et filles de Français établis dans les Echelles de s'y rendre, et enjoint aux filles des dits Français qui y sont de revenir en France, même à leurs femmes « dont la conduite ne serait pas régulière. »
(1) Voir ci-dessus la proposition du 29 mars.
Le 4 septembre, conformément à une délibération de la Chambre de commerce du 25 avril, M. de Maurepas a fait signer au roi diverses ordonnances « pour empêcher les désordres que causent les femmes et les filles des négociants établis dans le Levant. » « Le roi a estimé à propos, ajoute le Ministre, de rendre une ordonnance par laquelle il est défendu à tout Français de s'y marier à l'avenir, à leurs femmes et filles d'y passer, et enjoint aux filles des dits Français, qui y sont, de revenir en France, même à leurs femmes dont les moeurs ne seraient pas régulières » (4 septembre 1726J.
Le système des présents imposé par les pachas dans les Échelles était également en faveur dans l'Administration française. Seulement les cadeaux étaient ici offerts spontanément, et le fonctionnaire aimait à laisser supposer qu'on lui forçait la main. La délibération que nous transcrivons ci-aprés le dit clairement :
Séance du 18 janvier 1727 (1). — a Auquel bureau, le sieur ancien député (Jean-Baptiste Rey), portant la parole, a représenté que M. Potier, premier commis au département de la marine, rendant en toute occasion de très bons offices à la Chambre, elle n'a jamais osé prendre la résolution de lui en témoigner quelque reconnaissance, sachant quel est, là-dessus, son désintéressement, et combien sa délicatesse en pourrait être blessée. Mais le dit sieur Potier étant toujours plus porté
(1) Noms des membres présents : MM. Jean Balthalon, Zacharie Ricard, Estienne Roland et Louis Dauphin, échevins ; Jean -Baptiste Rey, Jean Laurens et Toussains Catelin, députés ; François Boulet, Jacques Artaud, Louis Seren, Jean-François Vian et Jean Bourguignon, conseillers de la dite Chambre.
eaux services au commerce de cette ville, m toute bienfaisante et qui lui est naturelle, è estime que la Chambre pourrait se déteriu moins un présent d'une certaine valeur, ;r à connaître combien l'on fait d'attention â t bien faire pour elle. »
Bureau a délibéré, d'une seule voix, de faire Potier un bijou ou de la vaisselle d'argent, nquante louis d'or effectifs, valant aujoures, et que, pour cet effet, il sera écrit à uté au conseil, d'en faire l'emplette au choix ii'il priera en même temps de vouloir bien e une marque de la reconnaissance que la : » (fol. i).
se en marge de cette délibération, fait contier n'a pas voulu accepter ce présent. Mais
délibération du 18 décembre de la même hambre est dans l'usage de donner annuelion de mille livres à M. Potier, premier rtement de la marine, en considération des
ïa protection qu'il donne au commerce et particulier (i). »
du 18 septembre 1727. la Chambre reçut l'un avis qui l'autorisait à imposer un droit lillerole d'huile, et le droit qui est encore
it-elle déjà servie à M. Potier quand il a refusé le présent le une forme nouvelle et plus régulière du présent refusé? ïllerin, successeur de M. Potier, reçut la même pension, tion du 14 décembre 17)4 (fol. 167).
perçu aujourd'hui peut être considéré comt rares exemples d'une taxe locale subsistant 150 ans sans interruption.
a Le sieur ancien député fait donner lecti Conseil d'Etat, du 21 juillet dernier, portant dix sols par millerole d'huile étrangère entra de Marseille, et a requis le bureau de délibérei de cet arrêt.
a Sur quoi, il a été unanimement résolu e suit :
« Qu'il sera établi un caissier particulier receveur qui fera la recette en détail de ladite
« Le commis receveur se fera remettre à capitaines et patrons, les déclarations des hui teront avec leurs bâtiments (1).
Le roi ou plutôt le Conseil royal du comm dans les moindres détails relatifs au personn* Echelles. On l'informait des mœurs des n< femmes admises exceptionnellement auprès tobre, il prend une décision au sujet de M" e scandalisé par sa conduite l'Echelle de La Ca
s La nommée Rose se conduisant très biei du Refuge, il en a été rendu compte au roi, q mise en liberté. Elle sera placée chez un m seille, qui la réclame, et sa mère retournera à ne pourra jamais l'appeler auprès d'elle. »
(1) A la suite de cette délibération, on a enregistré l'an 1 portant imposition d'un droit de dix sols par millerole d'hi dans le port de Marseille, au profit de la Chambre de cornu
Le 24 novembre, la Chambre de commerce reçut avec plaisir des nouvelles de la bonne conduite du fils d'un des Consuls les mieux posés du Levant. Le professeur de l'école de Constantinople leur écrit : « Le jeune Lemaire a fait près de quatre classes avec moi en moins de deux ans et demi, il entend joliment les auteurs et les poésies, et profite beaucoup dans les éléments des mathématiques que je lui enseigne. » (24 novembre 1727).
Les savants étaient certainement protégés par Louis XV, mais la faveur dont ils jouissaient ne les mettait pas en dehors des règlements royaux établis pour protéger notre commerce, et qui le gênaient prodigieusement.
Le ij janvier 1729, M. Guérin, antiquaire du roi àSmyrne, demande l'autorisation de faire le commerce. Le Ministre est disposé à lui accorder cette permission, mais il désire connaître l'avis de la Chambre.
Un crédit de 30.000 livres est mis à la disposition de MM. Sévin et Fourmont, membres de l'Académie, qui ont été chargés par lç Roi de faire des achats à Constantinople (13 avril).
Le 1 3 avril, le pacha de Tripoly a signé une suspension d'armes. Cependant la guerre n'est pas finie et la Chambre fait de nouveaux sacrifices pour venir en aide au Trésor royal. Elle demande à emprunter 50.000 francs pour l'armement de deux frégates, et, par un arrêt du 6 juillet, elle est autorisée à contracter un emprunt. Enfin, le 2 août, interviennent les « articles et conditions de paix accordés par le très invincible prince Louis XIV, empereur de France et roi de Navarre, aux