CHAPITRE V
Distribution de présents à divers personnages. — Causes probables des banqueroutes. — M me de Raymondis remplace son mari, mort de la peste à Tripoli. — Question de préséance entre les consuls de France et de Suède à Tunis . — Réhabilitation d'un négociant qui est autorisé à fréquenter de nouveau la Bourse. — Le renouvellement des Capitulations de Constantinople coûte 160.000 fr. au commerce de Marseille. — Réorganisation do la Compagnie d'Afrique. — Armement de vaisseaux de guerre par la Chambre. — Doléances des députés du Commerce repoussées durement par le Ministre. — M. de Maurepas vient à Marseille et préside une séance de la Chambre de commerce. 1730 1745.
Il paraît que la malpropreté du port de Marseille faisait envie aux Toulonnais. On lit, en effet, dans un mémoire adressé le 24 janvier 1730 par les consuls de Toulon, au Ministre de la Marine : oc Le moyen le plus efficace et peutêtre Tunique que Ton ait trouvé jusqu'à ce jour, pour garantir les vaisseaux et les bois de construction des vers qui les percent et les ruinent, est de rendre l'eau du bassin aussi sale, grasse, épaisse et huileuse qu'il se peut ; la raison de cela est que l'huile est un poison infaillible pour toute sorte d'insectes. »
« Les petits cadeaux entretiennent l'amitié. » Les députés du Commerce pratiquaient cette maxime dans une large mesure. Chaque année ils adressaient des Présentsaux seigneurs
Deux barils de thon mariné.
Deux pots d'anchois.
Deux bouteilles d'olives.
Deux caisses de vin muscat rou
Pour M. Telier
Cinquante livres de café trié, po; Deux barils d'huile, d'un quintal Douze pots d'anchois.
Douze bouteilles d'olives.
Un baril de thon,
Pour M. Bouiongne, près M.
Deux caisses de vin muscat roug
173 1 . — La Chambre et le Mini ment, pour restreindre autant que p les Échelles du Levant. Voici, entr !
la sollicitude du Ministre à cet égal français, était malade à Salonîqu autorisé sa femmeà aller le soigner.
on a renvoyé Mme Garoute en Fra dit le Ministre, est d'ailleurs de ra les autres personnes de la natior gereuses et inutiles, je ferai usage, vous vous proposez de m'envoyer.
dant, par une faveur spéciale, le R<
(1) Premier commis du Ministre de la Mari
mdîs, femme du consul de Tripoly, de se rendre dans cette le (17 janvier.)
Drdonnance qui fixe à dix ans la résidence des négociants irtisans français dans les Échelles du Levant et de Barbarie : mars 175 1).
Le Ministre était tenu au courant de tous les mouvements ; personnes qui se rendaient dans les Echelles : « J'ai narqué, écrivait-il, que le sieur Jacques Bertrandon, qui it peintre de tapisserie en verdure, à Marseille, auquel Chambre a donné un certificat de commerce en 1727, ur passer en Chypre, après y avoir resté trois ans, en est :ti sous le prétexte d'aller faire le voyege des lieux saints, dans la vue de peindre la voûte de l'église de Nazaret, mais mt d'entreprendre cet ouvrage, il s'est arrêté à Acre et s'est irgé de peindre des tapisseries pour l'église de cette Echelle, pendant il se fait passer pour marchand,» et comme il n'a s les ressources nécessaires pour faire le commerce, le nistre est d'avis qu'il y a lieu de le renvoyer en France > juin).
Le Ministre se plaint, deux moisaprès, de ce qu'on a laissé ibarquer, pour les Echelles, des Français oisifs et inutiles i ne peuvent qu'être à charge au commerce « et donner a à des avanies, » « Il y en a deux de cette espèce, ajoutei, qui ont passé à Constantinople, au commencement de te année, l'un qui se fait appeler le marquis de Montaud, l'autre du Trouchet; je vous prie d'être attentifs, à l'avenir, rcessortesde passagers » (i er août 1731).
M. de Maurepas devier&jous les jours plus difficile pour :order des passeports. Il nésite même à permettre aux
consuls d'avoir leurs femmes auprès d'eux. « Le sieur Maltor, consul à Satalie, a demandé de faire venir auprès de lui sa femme, des soins de laquelle il a besoin dans ses fréquentes maladies auxquelles il est exposé dans le pays. Le Roi, à qui j'en ai rendu compte, a bien voulu y consentir, d'autant plus que cette femme étant déjà d'un âge avancé et de bonnes mœurs, et que n'y ayant point d'autres français que le consul, dans cette Echelle, il ne peut y avoir aucun inconvénient à lui accorder cette permission » (30 avril 1752).
L'archivaire (archiviste de la Chambre de commerce), meurt dans un âge très avancé, les Députés consignent leurs regrets dans le Cérémonial :
« Ce jour, 16 juillet 1732, onze heure du matin, le sieur Estrieu, archivaire de la Chambre de commerce, est décédé dans la 89 e année de son âge, étant né au mois de novembre 1644, et ayant exercé sa charge depuis l'année 1692 jusqu'à présent, avec beaucoup d'exactitude, d'assiduité et toute la probité possible; il est mort avec une entière réputation d'un homme de bien et d'honneur ; son grand âge et ses infirmités lui avaient fait prendre la retraite ne pouvant plus vaquer à son emploi depuis 8 ou 9 ans. Ses parents ayant fait savoir sa mort à MM. les échevins dans l'Hôtel de Ville, ils ont été, en particulier et en habits noirs, les visiter et leur faire compliment, le lendemain 17 du dit mois de juillet, auquel jour il a été enseveli dans sa tombe dans la paroisse Saint-Martin. Dieu l'ait mis au nombre de ses élus. »
Le 25 juillet, la Chambre adresse au Ministre de la marine un mémoire sur les causes qui ont contribué aux fréquentes
banqueroutes survenues depuis quelque temps. Il a été reconnu qu'elles ont eu leurs principes : « Dans la production et l'anéantissement des papiers royaux, qui ont fait un vide immense aux finances; dans les variations des espèces d'or et d'argent qui ont été tantôt bien hautes et d autres fois trop basses ; elles ont aussi pour causes le défaut de consommation des denrées et manufactures, les disettes ou la stérilité des récoltes, » « mais un des plus grands maux, et dont le commerce se ressent, procède des privilèges excessifs accordés aux Compagnies exclusives, qui sont autant de coups portés à l'industrie des négociants en général. »
Un négociant de Salonique, le sieur Delon, a un mauvais caractère et suscite des embarras aux autres nationaux ; le Ministre avait donné Tordre à M. de Villeneuve de trouver un prétexte pour l'expulser des Echelles, mais comme ce négociant s'est mis sous la protection du consul de Hollande, on a hésité à prendre une pareille détermination ; le Ministre a trouvé un moyen plus sûr d'avoir raison de ce brouillon : « S. M., écrit-il, a jugé à propos d'envoyer à M. de Villeneuve un ordre par lequel il est défendu à tous les Français résidant à Salonique, de n'avoir aucune société ni liaison d'affaires avec ce négociant. » (i er octobre 1732.) On l'a mis, en un mot, <r en quarantaine. »
Les étrangers naturalisés eux-mêmes n'obtenaient pas sans difficulté l'autorisation de rentrer dans leur pays : « J'ai reçu, écrivait M. de Maurepas aux députés du commerce, un placet du nommé Michel Strati Psomopoulo, grec de Morée, qui a obtenu des lettres de naturalité pour s'établir à Marseille, par lequel il demande qu'il lui soit permis d'aller faire un voyage
en Morée, pour y retirer des sommes considérables qui lui sont dues. Il est à propos que vous examiniez s'il n'y a point d'inconvénient à lui accorder ce qu'il demande. » (i er avril I 733-)£e Grec fut sans doute l'un des fondateurs de la colonie grecque, qui occupe, depuis longtemps déjà, un rang distingué dans notre place de commerce.
Le personnel des Echelles, négociants, marchands, voyageurs, et les consuls eux-mêmes, donnaient mille soucis à la Chambre de commerce, qui était souvent fort embarrassée pour pacifier les querelles lointaines. En arrivant à Rhodes, le 25 avril, M. d'André a demandé à M. Couture, son prédécesseur, la remise des archives et de la caisse du consulat ; ce dernier lui a opposé un refus formel et a même tenté de l'assassiner (29 mai 1733).
Les anciens échevins qui avaient rendu les plus grands services à leur pays, étaient soumis, comme tous les concitoyens, aux conditions exigées pour être admis à résider dans les Echelles.
Estelle et Audimar, négociants à Marseille, demandent au Ministre, le 17 août 1733, l'autorisation daller s'établir à Seyde. Audimar rappelle que son père a rendu des services pendant la peste et qu'il a été anobli à cette occasion, oc Leurs pères, disent-ils, ont commercé toute leur vie, et exercé avec probité les charges municipales de cette ville, Le sieur Audimar, père de l'un d'eux, a d'ailleurs rendu des services essentiels au commerce dans plusieurs occasions, et notamment étant échevin dans le temps de la contagion, dont M. Le Bret peut rendre témoignage. Feu S. A. R. Mgr le duc d'Orléans daigna joindre aux lettres de noblesse, dont le roi l'honora, des marques de sa satisfaction. »
M. de Raymondis, consul de France à Tripoly, mourut de la peste le 2 juin, mais la Chambre n'en reçut la nouvelle que le 8 septembre par le chancelier du consulat, M. Magis, et dès le 3 1 octobre, M me de Raymondis, qui avait remplacé provisoirement son mari, donna sur ce triste événement des détails fort intéressants.
— « Les bontés que vous aviez pour mon mari, pendant sa vie, me font espérer que vous voudrez bien donner quelques regrets à sa mort. Il fut attaqué de la peste le 27 du mois de mai et mourut le 2 de juin, après avoir reçu les sacrements. J'ai eu encore le malheur de perdre quatre enfants que j'avais ici. . . Jugez, Messieurs, de mon infortune! La même maladie a emporté treize personnes de cette maison, de quatorze que nous y étions; elle n'a laissé que moi, après m'avoir fait ressentir ce qu'elle a de plus cruel et de plus affreux. M. Magis, chancelier de ce consulat, quitta la maison d'abord que l'on s'aperçut que le mal y était, et sortit avec lui tous les papiers de la chancellerie. Je dis à mon mari qu'il devait s'y opposer, mais je ne fus pas écoutée. Après sa mort toutes ses hardes et par conséquent tous ses papiers et les dépôts passèrent entre les mains des esclaves, des mores et des juifs, et furent portés à un fondouk, où ils sont restés jusqu'à l'entière cessation du mal. C'est alors que je les fis retirer et je fis faire un inventaire de tout ce qui s'y trouvait, par le père Fortunat, vice-préfet de cette mission, M. le consul de Hollande et M. Franchique de Sira, marchand vénitien. Je pris soin de retirer ce qui regardait la chancellerie, que je trouvai très mal en ordre.
a Depuis la mort de mon mari, j'ai tâché de faire de mon
mieux, pour que cette Echelle ne souffrit point d'être sans consul. Quoique ma santé soit extrêmement faible, j'aurai l'honneur de vous dire, Messieurs, que je ne la ménage pas quand il s'agit des affaires de service. Je vais au château toutes les fois que les affaires m'y appellent, et la satisfaction que j'ai, c'est que je vois le Pacha à toutes les heures; quand je ne le trouve pas à l'audience, je vais le chercher aux appartements de ses femmes. Ce prince a pour moi toutes les bontés imaginables. Ainsi, rien ne trouble le commerce dans ce pays- Je fais les contrats, les patentes et les passeports, le moins mal que je puis; je retire avec soin les droits de la Chambre, a Je ne serais pas excusable, Messieurs, d'avoir tardé jusqu'à aujourd'hui, à me donner l'honneur de vous informer de toutes ces choses, si un bubon que j'ai eu au bras, ne m'avait laissé une grande douleur et une faiblesse à la main, de laquelle je ne me sers même aujourd'hui qu'avec beaucoup de peine, m'ayant fallu faire plusieurs reprises, pour finir cette lettre. Vous aurez, s'il vous plaît, la bonté de m'y passer les fautes et les raiures.
votre très humble et très obéissante servante.
« Baruety-Raimondis.
« A Tripoli de Barbarie, ce 31 octobre 1733. »
Quand il n'y eut plus à redouter le terrible fléau, qui avait sévi d'une manière si cruelle sur le personnel du consulat, M. le chancelier Magy reprit son poste, et M me de Raimondis fut libre enfin de rentrer en France.
Vf.
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« J'ai l'honneur d'être, avec une estime infinie, Messieurs, .3
Intendant de Provence, M. Lebret, qui venait souvent à ieille, y mourut subitement, le 14 octobre 1734. Le Ciréaï de la Chambre de commerce renferme des détails essants sur cet événement :
M. Lebret, premier président au Parlement d'Aix, idant de justice, police et finances en Provence et du merce et commandant pour Sa Majesté dans ladite ince, étant venu en cette ville, à l'occasion de l'arrivée Madame la duchesse de Modène et l'ayant visitée, le emain, 14, sur les cinq heures du matin, a été trouvé t dans son lit. Messieurs les échevins, avertis de ce ste événement, se sont portés dans son hôtel et ont ché un courrier à la cour, pour informer de cette mort le cardinal ministre et les autres puissances ; ils ont ite dépêché un courrier à Aix pour donner la même /elle au Parlement et à M. le comte de Selles, fils aîné du nt. Ils ont de plus envoyé un capitaine de ville à M& 1 le îd Prieur de France, général des galères, et à M. le duc iville, lieutenant du roi, et à Messieurs les commandants a citadelle Saint-Nicolas et du fort Saint-Jean, pour informer de ce qui se passait, et l'aprés-midi, ils ont >re envoyé un courrier à Aubagne pour annoncer : nouvelle i M* 1 l'évêque. Et vers le minuit du dit
14 e , d'ordre des parents du défunt, le corps a été :rt par deux chirurgiens présents, MM. Bertrand, Rey- ;d et Michel, médecins, qui ont observé que toutes ses les internes étaient saines, mais que le poumon étant ;é de sang, il s'en était suivi un catarrhe suffocant qui it étouffé.
« Advenant le lendemain 1 5 e , le corps a été transporté dans Aix, par un carrosse de sa maison qui a été envoyé. »
Les cadeaux ne chômaient pas. Nos administrateurs n'oubliaient pas leurs protecteurs. Le 26 novembre, il est fait mention de l'envoi à M. le duc de Villars d' « une caisse contenant trois pièces satin larges dans le goût des Indes, une, fond blanc, une, fond vert canard, et l'autre, marron, deux chamarrées en argent et l'autre en or, fabriquées en cette ville. »
Les mesures prises contre les faillis ont produit un effet salutaire ; les réhabilitations sofrt plus fréquentes et témoignent de l'importance que les négociants attachent à l'honneur d'être admis dans la Loge. Le plus ancien député propose en ces termes, dans la séance de la Chambre du 12 mai, de réhabiliter un failli : oc Le sieur Lavabre, négociant, a remis aux archives de la Chambre une déclaration de ses créanciers, par laquelle ils attestent avoir été entièrement payés de tout ce qui leur était dû de la faillite dés sieurs frères Lavabre ; le sieur ancien député en a fait l'examen et n'y trouvant rien que dans le bon ordre est d'avis de permettre au dit sieur Lavabre d'entrer librement dans la salle de la Loge pour la commodité des affaires de son commerce. Et sur le rapport du sieur député, le Bureau a permis au sieur Lavabre d'entrer dans la Loge. » (fol. 63).
Un avis du Conseil d'Etat, du 14 juin, qui défend au sieur Barnabe Carbonnel, fabricant de chapeaux à Marseille, d employer le poil de lièvre et de lapin, a fourni aux députés l'occasion de rédiger un mémoire sur cette industrie : « Il y a dans Marseille, disent-ils, plus de trois mille ouvriers ou
»yés aux fabriques de chapeaux. — Le principal débit chapeaux se fait pour les pays étrangers. Il s'y envoie rseille plus d'un million de livres chaque année, or il îsomme, tant pour les chapeaux envoyés à l'étranger, aur ceux débités ailleurs, plus de cent mille écus par an
1 de lapin et de lièvre. »
sieur Rambaldi, vice-consul à Port-Maurice, aurait ;tion de faire acheter, dans les divers ports de la Rivière nés, et charger sur des vaisseaux Malouins, toutes les que les négociants se procurent actuellement a Mar- La Chambre de commerce a prié le Ministre d'intervenir, empêcher la réalisation de ce projet, et le ministre mis d'en parler au contrôleur général des finances :tobre).
xard est nommé inspecteur du commerce : « Le roi, nt nécessaire de remplir la place d'inspecteur du erce du Levant, vacante par la mort de M. Lebret, snt du Parlement d'Aix et intendant en Provence, a is et commet le sieur Icard, pour et au lieu du dit sieur , avoir l'inspection du commerce du Levant et de la bre de commerce à Marseille. » Arrêt du Conseil d'Etat décembre 1735.
consuls de France dans les diverses Echelles échant avec la Chambre de commerce une correspondance tive; ils la tenaient exactement au courant des événepolitiques, en même temps qu'ils rendaient compte des i commerciales qui leurétaient soumises, et des conflits avaient à apaiser. Leurs lettres, dont le chiffre s'élève à
2 20.000, sont conservées avec soin dans les archives de
la Chambre où elles sont classées en bon ordre, de manière à pouvoir être aisément consultées.
On pourrait trouver, dans cette importante collection, les éléments d'une étude fort intéressante sur les relations diplomatiques de la France avec la Turquie et les Etats barbaresques. Le consul de Tunis, M. Gautier, écrivant aux députés du commerce, le 4 mai 1737, mentionne précisément un incident diplomatique qui mérite d'être signalé :
« J'avais oublié, Messieurs, de vous informer qu'à une assemblée qu'il y eut au Bardo de toutes les nations, où leBey nous demanda pourquoy il ne paraissoit pas encore à Tunis des vaisseaux du roy, pour venirratifier les traités, le truchement de M. le consul d'Hollande, qui est un juif renégat et très mauvais sujet, répondit dans l'instant au Bey qu'il ne faisoit pas plaisir au roy de France et au roy d'Angleterre qu'il fût Bey ; j'eus toutes les peines du monde de le faire revenir et de lé radoucir là dessus; je m'en plaignis ensuite à M. Husson, consul d'Hollande, qui me témoigna seulement d'en être fâché quoy que je lui eusse dit que si pareil cas fusse survenu de la part du mien, je l'aurais congédié sur le champ; j'écris à M. le Comte de Maurepas que s'il trouvoit à propos d'en faire informer M. l'ambassadeur d'Hollande, je crois fort que le consul recevroit ordre de congédier ce truchement, et cela serviroit d'exemple aux autres truchements, pour ne porter à l'avenir d'autre parole au Bey que celle que leurs consuls leur ordonnent.
« M. Loghier, consul de Suède, à cette dernière assemblée qu'il y eut au Bardo, le 30 avril, s'assit proche le Bey et prit la première place, quoy que j'eusse touché le premier la main au
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présentai au Bey que ce n'étoit point là la place du ; Suède, et qu'elle apartenoit de droit au consul de : Bey se trouva un peu embarrassé pour vuider cette attendu qu'il recevoit journellement des présents sul, mais le Cazanadar, qui était présent, ayant dit au la France avoit partout le premier pas, fit dresser ment ce consul de Suéde pour me remettre cette place.
honneur d'être, avec un très profond attachement, :, Votre très humble et très obéissant serviteur. Iautier. » (i)
ùstre et la Chambre elle-même s'opposent à une sidence des négociants dans les Echelles. Le 17 dé- ; Ministre fait remarquer aux députés du commerce, godants de Marseille, qui ontdes maisonsde négoce :vant, ne prennent pas les arrangements nécessaires venir les difficultés qu'ils pourraient éprouver érêt de leur commerce, lorsque les dix années aux- Roi a limité la résidence de leurs associés dans les seront expirées. Cependant, le roi est bien décidé à ccorder aucun sursis (17 décembre), listre communique à la Chambre de commerce les ns qu'il a données pour enlever, aux Hollandais, le ; des poils de chèvres, dont nos manufactures coml faire un grand usage. La vente de cette marchandise :ntrée à Rouen, où les poils de chèvres achetés dans
ire de Commerce, série AA, art. jiB.
la Livonie, et introduits par le commerce marseillais, seront reçus sans payer aucun droit, tandis que les importations de Hollande seront soumis au droit de 20 0/0 (4 mai).
M. Gautier, consul de France à Tunis, était un fonctionnaire zélé et rempli d'énergie; il n'hésitait pas à exiger des représailles terribles contre les pirates, et connaissant les mœurs des Tunisiens, achetait au besoin la justice quandjle Bey paraissait fléchir. M. le comte de Maurepas, ministre de la Marine, approuve ces moyens expéditifs, seulement il entend que la Chambre de commerce de Marseille paie la dépense. Voici le fait tel qu'il est raconté officiellement :
— Le capitaine Chapus et son équipage ont été égorgés par un corsaire de Tunis. Le Bey, faisant droit aux plaintes portées par le consul français, a fait étrangler le corsaire tunisien et son lieutenant ; mais les juges n'ont pas voulu condamner à mort les dix matelots formant l'équipage du Forban, sous le prétexte que ces mariniers n'avaient pu se dispenser d'obéir à leurs chefs. Sur la proposition du consul, qui croyait absolument nécessaire d'obtenir une réparation exemplaire, pour effrayer les autres pirates, la nation (le corps des négociants français établis à Tunis) a délibéré d'employer cent sequins Barbaresques pour faire exécuter les dix matelots. Les ministre du Bey, éclairés par ce don de 100 sequins, ont persuadé les juges, et ceux-ci n'ont plus hésité à prononcer la peine de mort contre les dix complices du corsaire. Le Ministre informé de l'événement, écrit, le 13 mars, aux députés du commerce :
« Cette somme, dit-il, ayant été employée pour obtenir une punition dont l'exemple pourra contenir à l'avenir les corsai-
res de cette régence, et assurer la navigation de nos bâtiments contre leurs entreprises, l'intention du roi est que cette dépense soit supportée par le commerce. » Il prescrit, en conséquence, de la faire rembourser à la nation par la Chambre de commerce de Marseille.
Qjuand on ne paie pas des services on offre des présents. Toute la diplomatie dans les pays soumis à l'autorité musulmane, se résumait dans ces deux mots magiques : argent et cadeaux.
M. Auvellier, consul de France àNaples de Romanie, fait remarquer que l'Echelle qu'il administre dépend de deux vizirs : « Nous avons, dit-il, vizir à Naples de Romanie et vizir à Tripolissa ; les affaires du dedans de la ville passent par devant le vizir qui est à Naples, celles du dehors par devant celui de Tripolissa, et vous savez bien, Messieurs, que sans la bienveillance de ces seigneurs, il est impossible de faire aucune affaire, et qu'on ne peut se l'attirer qu'en faisant des dépenses » (4 juin 1739).
Mais sans vivre dans le Levant, les députés du commerce, savaient eux aussi que pour être bien accueilli, rien ne valait un présent ou seulement un prêt. Le 20 juillet, ils reçoivent des remercîments du Ministre, pour avoir « prêté à M. de Villefranche, intendant de la marine à Toulon, une somme de 20,000 livres pour le service du roi. »
Il est intéressant de voir tout le mal que se donnaient le Ministre et la Chambre de commerce, pour combiner des mesures favorables au commerce, pour le protéger suffisamment, alors que la liberté pour tous aurait établi un équilibre bien plus avantageux. Voici un fait qui prouve bien l'em-
barras dans lequel se trouvait le Ministre quand il voulait venir en aide au commerce :
Les négociants établis au Caire, ayant une trop grand e quantité de marchandises dans leurs magasins, la Chambre de commerce de Marseille est invitée à interdire le commerce des pacotilles pour l'Egypte, pendant un. an. « La Chambre, ajoute le Ministre, doit en interdire le transport sans exception et avant qu'aucun des bâtiments qui sont en charge pour l'Egypte ait fait voile de Marseille ; l'objet qu'on se propose par cette introduction ne serait pas rempli, si elle était restreinte aux draps et aux papiers, ou si elle n'avait lieu que du jour que le premier bâtiment qui fera voile de Marseille pour l'Egypte sera arrivé » (n septembre 1739).
Le présent est au bout de tous les faits divers que nous fournissent les correspondances des Echelles.
Le capitaine Bon et son équipage, des Martigues, a été rencontré par un pirate, qui les a tous égorgés ou noyés. Mais aussitôt après, ce dernier a été coulé à fond par un corsaire Espagnol. Le sieur Aguin, consul à Milo, a fait présent d'une montre au capitaine Espagnol et de dix piastres à ses matelots qui lui ont amené la chaloupe du patron Bon (20 octobre).
Sur la question de la résidence dans les Echelles, le Ministre est inexorable. Les négociants des Echelles ne prennent aucune disposition pour rentrer en France, bien que la période de dix années fixée pour la résidence dans ces pays soit sur le point d'expirer : c< Se flattant, écrit M. de Maurepas, que Sa Majesté leur accordera le temps nécessaire pour recouvrer les sommes qui leur seront dues par les gens du pays, ils prennent de nouveaux engagements envers eux. » ce Sur le compte que j'en ai rendu au roi, ajoute le Ministre, Sa Majesté m'a ordonné
î écrire, qu'elle n'aura aucun égard aux représentations seront faites à ce sujet, et que le commerce du Levant :erdit pour toujours aux négociants qui auront pris îveaux engagements avec les gens du pays » (15 fé- 74o).
:e du 11 août 1740. — Enregistrement d'un arrêt de itation en faveur de sieur François Surian, négociant. )uis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre de Provence, sur la requête présentée par le sieur is Surian, de la ville de Marseille, contenant que les ^u'il a faites dans le commerce l'ayant obligé, en l'anjo, de remettre son bilan au greffe de la juridiction lire de la ville de Marseille, ses créanciers reconnufort sa bonne foi, qu'ils lui passèrent une écrite défini- 17 janvier 1731, portant quittas en sa faveur de 75 0/0 noyement pour le surplus, avec consentement qu'il bli dans son commerce. Cette écrite ou concordat fut Dgiié par arrêt de notre Cour du 26 du même mois, et tliant paya, en conséquence, les 25 0/0 qu'il avait proix termes portés par iceluy, en sorte qu'il se trouvait à l'abri de toute recherche de la part de ses créanciers ; omme son objet n'était point de leur faire perdre le dont il avait été favorisé, à moins que la fortune lui ijours contraire, il ne pensa dés lors qu'à chercher, moyens licites, les moyens de se procurer des fonds ouvoir leur donner une entière satisfaction, et étant à t passé à Constantinople, il a, par ses soins et son trait quelques profits, qui ont d'abord été employés à ses créanciers, non-seulement les 75 0/0 qu'ils lui
avait quittés, mais encore les intérêts de ces quittas, ceux des 25 0/0, à quoi il s'était réduit pendant le retardement, et les dépens, ainsi qu'il résulte par le concordat passé avec les dits créanciers, le 27 avril dernier. Le suppliant requiert le bon plaisir de la Chambre, afin que le dit concordat, contenant quittance finale, soit autorisé et homologué.
« Ouï le rapport de notre aimé et féal conseiller en notre dite Cour, M. Jean-Joseph d'Orsin, seigneur de Mira val, savoir faisons que notre dite Chambre, par son arrêt du jour et date des présentes, a autorisé et homologué le dit concordat, et au moyen de ce, a rétabli et réhabilité le dit François Surian dans tous ses droits, actions et bonne renommée comme auparavant le dérangement de ses affaires, pour continuer son commerce et fréquenter la Loge avec la même liberté et jouir des mêmes privilèges, dont les autres négociants jouissent ou doivent jouir.
« Donné à Aix, en notre dit parlement, tenant la Chambre ordonnée durant les vacations le 27 août 1740. »
Le « présent » se glissait partout et profitait aux petits comme aux grands.
M. Isnard, secrétaire et archiviste de la Chambre de commerce, vient de marier sa fille. La Chambre pour donner au père, dans la personne de la fille, un témoignage de la satisfaction qu'elle a des services que ce fonctionnaire lui rend depuis plus de quarante ans, lui a offert un bijou du prix de 700 livres. Le Ministre approuve cette dépense (13 novembre). (1).
(1) Autorisation du Ministre.
« Je ne puis qu'approuver, Messieurs, qu'à l'occasion du mariage de la fille du
ici une dépense autrementimportante. Les Capilut été renouvelées avec La Porte. Il a fallu faire des ansidérables. La Chambre ne voudrait pas supporter e la dépense; elle obtient comme grande faveur de ■ que les 2/3, et emprunte pour cet objet 106,000
vernement ne dédaignait pas de s'occuper des soins iux noyés. M. de La Tour, premier président et de Provence, fait parvenir aux députés du cornexemplaire de l'Avis qui vient d'être publié dans
es conseils recommandés dans cet avis officiel nous iis les suivants :
at arriver que le noyé ait trop bu, et pour savoir s'il e cas, et s'il y est, pour lui faire rendre l'eau, on le
dans un tonneau ouvert par les. deux bouts qu'on lant quelque temps en différents sens.
le réchauffer, on le mettra ensuite dans un lit ; : le laissera pas tranquille, on l'agitera de cent façons ï, on le tournera et le retournera, on le soulèvera, ;era retomber, et on le secouera en le tenant entre
Il Chambre de commerce ait pris la délibération de donner au père, nne de la fille, un témoignage de satisfaction qu'elle a des services are archivage lui rend depuis plus de quarante ans. Le prix du bijou ) livres, dont la Chambre a fait présent à la fille du dit sieur Isnard, é dans son compte. Je suis, Messieurs, entièrement à vous. Signé : (fol. 49s).
lu Conseil, qui permet à la Chambre d'emprunter 106,000 livres, rser les 2/3 des dépenses faites à Constantinople, pour renouveler 3ns avec La Porte (20 décembre 1740).
« On doit aussi lui verser dans la bouche, des liqueurs spiritueuses, et c'est faute d'en avoir eu, qu'en différentes occasions, on a versé dans la bouche des noyés de l'urine chaude, qui a paru produire de bons effets.
« Un des moyens auquel on a eu recours pour des noyés qui ont été rendus à la vie, a été aussi de se servir d'un chalumeau ou d'une canule pour leur souffler de l'air dans la bouche, pour leur en souffler dans les intestins; on l'a même introduit avec succès dans ceux-ci avec un soufflet.
« Mais tout ce qu'il y a de mieux, peut-être, c'est de souffler dans les intestins la fumée du tabac d'une pipe ; un de nos académiciens a été témoin du prompt et heureux effet de cette fumée sur un noyé; une pipe cassée peut fournir le tuyau ou chalumeau par lequel on soufflera dans le corps la fumée qu'on aura tirée de la pipe entière. »
Par un vote en date du 12 janvier 1741, la Chambre de commerce obéissant à un désir exprimé par ,1e roi, prend à sa charge une très lourde entreprise, dont la direction lui sera bientôt confiée.
« Ayant été fait lecture d'une lettre de M& r le comte de Maurepas, écrite à la Chambre le 30 décembre de l'année dernière, portant que l'intention du roi est qu'elle s'intéresse pour trois cents actions de mille livres chacune dans la nouvelle Compagnie d'Afrique, qui doit être formée sur un plan qui a été envoyé à M. Icard, inspecteur du commerce, et que pour faire le fonds de ces trois cents actions, il lui sera donné le pouvoir nécessaire pour emprunter trois cent mille livres, il s'agit de délibérer ce qui doit être répondu au ministre.