INTRODUCTION
Le ravitaillement en charbon pendant la guerre a été pour la France, l’objet d’une constante préoccupatio». Les différentes nécessités auxquelles il fallait faire face étaient en effet multiples : c’étaient la satisfaction des besoins de l’armement, le maintien de l’activité industrielle, les besoins des consommateurs. Dès le début, le problème se présente comme particulièrement difficile à résoudre. Si, en effet, à l’origine tout au moins, la guerre se traduit par une réduction importante de la consommation, on se trouvait d'autre part en présence d’une production de plus en plus restreinte : la totalité du bassin du Nord et une partie de celui du Pas-de-Calais étaient envahis d’une part, et, d'autre part, la main d'œuvre se trouvait très diminuée, en qualité et en quantité, par la mobilisation des ouvriers mineurs. Quelques chiffres suffisent à montrer la gravité de la situation. En 1913, la production de nos bassins était montée à 41.000.000 de tonnes ; dans les cinq premiers mois de la guerre, du 1" août au 31 décembre 1914, elle tombait à 6 millions au lieu de 17 qu’elle aurait dû atteindre normalement.
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Or, de tout temps, la production française n’avait pas suffi aux besoins de la consommation et il avait fallu faire appel à importation qui, en 1913 avait fourni 22.000.000 de tonnes, réparties de la façon suivante : 4 millions provenant de la Belgique, 7 de l’Allemagne et 11 de l’Angleterre. Des deux premiers de nos fournisseurs, il n’y avait évidemment plus rien à attendre, seule, l’Angleterre, pouvait nous expédier du charbon et, du coup, l'importation se trouvait réduite, du 1° août au 31 décembre 1914 à 4 millions au lieu de 9 qu’elle aurait dû atteindre. En cinq mois, nous n’avions donc que 10 millions de tonnes disponibles au lieu des 26 de l’année précédente. Les stocks qui avaient été constitués en temps de paix suffisaient à peine à combler la différence. Des mesures s’imposaient.
Elles pouvaient être de deux sortes : il fallait chercher à intensifier la production nationale par une meilleure exploitation des bassins qui nous restaient, par le rappel des mineurs mobilisés, par une plus judicieuse répartition du combustible existant et une amélioration des transports. Toute une série de mesures furent prises par le Gouvernement, d’accord avec le Comité central des Houillères de France et les Compagnies de chemin de fer. L’examen détaillé de ces mesures nous entraînerait hors de l’objet de notre étude. Qu'il nous suffise de constater qu’elles produisirent les meilleurs résultats
Malgré tout, la production nationale demeurait, bien entendu, au-dessous des besoins de la consommation. La nécessité se faisait donc sentir d’activer,
dans toute la mesure du possible, nos importations en combustible demandées cette fois-ci presque exclusivement à un seul fournisseur, l’Angleterre. Maïs, dès lors, parallèlement au problème du charbon, et le dominant, s’en posait un nouveau, celui du transport maritime : la question des frêts charbonniers apparaissait et prenait très vite une importance de tout premier plan pour le pays.
Or, la valeur du fret avait elle-même augmenté dans des proportions considérables pour de multiples raisons. En premier lieu il fallait enregistrer une diminution importante du tonnage mondial, ce qui déterminait une restriction des offres ; en second lieu, la demande de transports accusait au contraire une augmentation sérieuse, non seulement en ce qui concernait le charbon, mais encore pour quantité d’autres denrées dont certaines de première nécessité, comme le blé, pour lesquelles se manifestait l’obligation d’une importation plus active qu’en temps de paix. La loi de l'offre et de la demande, s’exerçant normalement, devait par conséquent, déterminer une hausse considérable des prix du fret. À cette raison primordiale, s’en ajoutaient d’autres, qui avaient aussi leur importance : ia cherté des assurances, conséquence des risques de guerre, la hausse des salaires d'équipage. À toutes ces causes naturelles, s’en superposaient d’autres artificielles, mais qui n’en étaient pas moins déterminantes. Là, comme dans d’autres domaines, on put assister aux exagérations manifestes de certains spéculateurs, véritables « champignons de guerre », qui profitaient de la situation