‹ La Chambre des Lords et la démocratieChapitre 8 sur 8 · T,A CHAMBRE DES LORDS · texte numérisé non relu

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moyennant une stricte et inattaquable garantie empêchant que de telles mesures aillent au delà des finances de Tannée courante. Mais c'est l'extrême et dernière limite jusqu'à laquelle le conservatisme pourrait être amené à aller. Plutôt que de céder un autre iota, tout le parti unioniste préférerait le combat — combattre une, deux ou trois campagnes — jusqu'à la dernière extrémité permise par la Constitution. » Mais on peut remarquer que ce joui nal paraît dans la suite être revenu sur cette concession éventuelle. Il semble pourtant que cela représente un premier élan, auquel a résisté ensuite une fraction considérable du parti. En effet la Saturday Review du 11 juin 1910, autre organe conservateur important, disait: « Nous voyons qu'on a parlé quelque peu d'un soi-disant compromis, par lequel la seconde Chambre serait privée de tout pouvoir de s'occuper des finances, mais conserverait quelque contrôle modifié sur le surplus de la législation. Nous avons la ferme confiance que les leaders unionistes ne biaiseront point avec une pareille sophistique (1). » L'auteur de cet article reprend alors et préconise énergiquement le système du référendum pour trancher les conflits entre les deux Chambres.

Sur quoi peuvent céder les Libéraux? D'abord sur la composition de la Chambre des Lords. Ils peuvent admettre sa réforme dans le sens général des proportions de Lord Rosebery, la restriction du principe héréditaire, l'introduction partielle du principe électif. Le Standard du 4 juin disait encore : « Dans les deux Chambres du Parlement on est disposé, avec l'approbation et le consentement du souverain, à modifier l'élément héréditaire par l'élection, la nomination, la qualification; à admettre des Pairs viagers, même à introduire des représentants élus. » Ce serait une nouvelle forme de la Chambre des Lords, peut-être

(1) Compromise and the Constitution, p. 174.

destinée à être une forme transitoire ; on ne peut dire sûrement d'avance si la Chambre Haute sortirait de cette transformation affaiblie ou renforcée; mais c'est bien l'état que semble souhaiter pour elle l'opinion moyenne du pays. Sans doute ce ne serait pas une Chambre établie sur le pur principe démocratique, totalement élective. Mais nous avons vu qu'une telle Chambre Haute recèlerait dans ses lianes des dangers que ne méconnaît point le parti libéral.

Les Libéraux peuvent aussi concéder que la Chambre des Lords garde intact son droit d'amendement sur les bills autres que les Money bills. Quant au veto proprement dit, c'est-à-dire quant au droit pour les Lords de repousser ces bills dans leur principe même, de leur fermer la voie, il pourrait être admis comme simplement suspensif, comme s'épuisant au bout d'un laps de temps à déterminer : ne le considérait-on pas en doctrine comme simplement suspensif avant la crise actuelle? Comme l'indiquait récemment M. Redmond (discours du 28 août 1910 à Kilkenny) on pourrait encore, pour passer outre à l'opposition des Lords, exiger que le bili fût voté par les Communes à une forte majorité, aux deux tiers des voix, par exemple. Du même coup serait écartée la pratique des fournées de Pairs, arme antique et rouillée, d'un maniement presque impraticable ; elle n'aurait plus d'emploi possible ; le veto de la Chambre des Lords s'épuiserait à date fixe et devrait être respecté jusqu'à ce terme.

Une telle solution de la crise constitutionnelle serait sans doute ardemment combattue dans les deux Chambres : dans l'une par les hommes invinciblement attachés au passé, dans l'autre par les membres du Labour parti/, par une fraction du parti irlandais, par les radicaux les plus avancés. Mais elle passerait quand môme et la masse de la nation y applaudirait. C'est là sans doute l'idée qu'a exprimée Sir. E. Grey le 25 août dernier, parlant à Till-

mouth Park, près de Berwick. Sans doute il a dit que la question de la Chambre des Lords devait être tranchée ; qu'on ne pouvait souffrir plus longtemps que, quand le parti libéral avait une grande majorité à la Chambre des Communes, comme en 1906, ses bills politiques vinssent se heurter à une opposition irréductible des Lords ; que c'était pour ce parti une question de vie ou de mort. Il a dit aussi que, naturellement, si la Conférence ne pouvait pas régler La question, le combat serait repris et la bataille résoudrait la difficulté. Mais il a déclaré « qu'il était tout à fait certain que si la conférence aboutissait à un accord , il y aurait quelques personnes de l'un et de l'autre côté qui ne seraient pas contentes du résultat; mais, à son avis, il était aussi exact de dire que, si la Conférence, après avoir repris ses travaux, se séparait sans être arrivée à un accord, il y aurait un plus grand nombre de gens qui seraient désappointés ». 11 pense que si la Conférence « se trouve être une méthode par laquelle on puisse régler d'accord la question, le pays en masse [at large) sera ravi, pourvu que ce soit un règlement équitable (/air) qui ait pour résultat de rétablir la balance égale entre les deux partis (1) ».

(1) Standard du 26 août 1910.

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