‹ La chambre noire et le microscopeChapitre 32 sur 54 · AGRANDISSEMENTS · texte numérisé non relu

AGRANDISSEMENTS

Le Lui vers lequel tend la photomicrographic est déjà en lui-même un agrandissement direct d ^objets imperceptibles; il produit une altération en rapport avec leur plus ou moins grand degré de perfection. Le négatif est ici l’expression d’une amplification, au lieu que, dans les procédés ordinaires, on a obtenu un négatif très-petit d’un objet plus grand, pour qu’en réduisant ainsi les dimensions, on ait une grande netteté, à la faveur de laquelle on produit, avec l’appa-

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 125 roil d’agrandissement, une épreuve préférable à celle qu’on aurait prise directement au moyen d’un objectif très-grand.

Les observations précédentes relatives aux grossissements sont applicables à la théorie des agrandissement, qui est semblable départ et d’autre : ce qu’on gagne en netteté, on le perd en grandeur, et réciproquement ce qu’on perd en netteté, on le gagne en grandeur. Si, dans la photographie pratique, on est parvenu à faire des portraits de dimensions naturelles, ce n’est que par l’intermédiaire d’un négatif diminué qui perfectionne les teintes et le modelé du sujet. La photomicrographie ne s’y prête qu’avec une certaine restriction. Dans un portrait ou un paysage, un certain moelleux ne nuit pas; il contribue quelquefois à donner de la douceur aux ombres sans détruire l’harmonie ou la ressemblance; les œuvres d’art, différentes sur ce point des travaux scientifiques, admettent une représentation un peu indéterminée dans son sentiment d’ensemble. Mais, dans la traduction d’un objet subtil et généralement peu connu, la précision de toutes scs parties en lait la valeur.

En photomicrographie, on sera sobre des agrandissements; déjà l’image, si bonne qu’on l’obtienne, a perdu une notable quantité de sa perfection si, comme il arrive le plus fréquemment, on a poussé le grossissement jusqu’aux dernières limites. On se con-

vaincra de toute la défectuosité d’un négatif en l’examinant au microscope. Aussi ne doit-on pas espérer atteindre avec ce moyen des dimensions extraordinaires, en exagérant les bornes naturelles dans une opération surfaite, ou dans plusieurs autres successives ; à la seconde, déjà, tous les traits principaux du caractère sont perdus dans une même confusion, et l’expression est complètement faussée.

Dans la production du négatif destiné à l’agrandissement, on ne négligera rien dans le concours des circonstances qui contribuent à sa perfection. La mise au foyer sera faite avec une loupe ; la pose étudiée, par rapport au développement, point capital de la réussite et sur lequel on portera toute son attention, car il faut que le petit négatif soit développé suivant un tel degré d’intensité, que la lumière, dirigée avec un rigoureux parallélisme, puisse, pendant l’exposition, passer à travers les détails les plus petits , sans cependant ne pas manquer d'en faire bien ressortir tous les contours. S’il est trop dur, l’éclairage est mauvais, la lumière ne passant pas; s’il est trop transparent, l’image est molle et les formes indécises. Le milieu exact à tenir entre ces deux extrémités d’inconvénients demande beaucoup d’expérience pratique, dans ce genre de développement totalement dissemblable de celui des négatifs destinés au tirage positif sur papier. Afin d’arriver à urt résultat satisfaisant

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 127 avec plus de sécurité, on agira sagement en prenant plusieurs négatifs d’un même sujet, avec des poses différentes ; on aura ainsi un choix plus favorable, et moins de désagréments en évitant de recommencer continuellement la série des opérations.

La méthode à suivre de préférence consiste à employer les chambres solaires ordinairement admises dans la pratique de la photographie, et à se conformer aux procédés spéciaux dans cette branche de travail. Comme il arrive fréquemment que ceux qui se livrent à la photomicrographie n’ont pas directement à leur disposition une chambre solaire installée, ils peuvent user d’un subterfuge en se servant du microscope luimême, pourvu d’un objectif très-faible (comme ceux à portraits-timbres), adapté au tube de l’instrument. 11 est ainsi considéré comme un appareil d’agrandissement, dont il possède en réalité le principe. Ceci n’amènera cependant pas à conclure qu’une chambre solaire, avec sa combinaison optique modifiée, serait sans inconvénient convertie en appareil photomicrographique; la proportion entre les éléments qui composent l’un serait inadmissible dans l’organisation de l’autre.

Si l’on emploie le microscope, on fera sur des lamelles de verre de dimensions concordarites avec celles de la platine, et même simplement sur des porte-objets, un petit négatif d’agrandissement; quoi-

que relativement restreint, il offre encore une surface suffisante, puisque l’on a la faculté d’obtenir directement les dimensions inférieures de l’ensemble. La lamelle de verre d’un porte-objet est pour certains opérateurs gênante à manier par sa petitesse; mais en se servant du microscope comme chambre solaire d’agrandissement, elle répondra aux besoins, aussi bien qu’un verre plus grand.

La réussite des agrandissements photomicrographiques est illusoire et capricieuse ; comme les plus habiles y échouent parfois malgré beaucoup de soin, ils ne seront tentés qu’avec réserve. Les épreuves directes, beaucoup plus faciles à obtenir, répondent parfaitement, et dans la plupart des circonstances, aux besoins scientifiques les plus nombreux. Elles ont en plus une valeur supérieure d’inaltérabilité de la nature vraie. La vérité seule est utile ; les exagérations ne concourent pas à une plus parfaite démonstration ; au contraire, elles lui sont nuisibles.

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