GÉNÉRALITÉS
De toutes les applications de la photographie aux sciences, celles qui se rattachent à la micrographie sont étendues à l’infini, beaucoup plus que pour toute autre. Dans la photographie astronomique, par exemple, on est limité à reproduire un astre sous différents aspects; quand on a obtenu quelques épreuves, la voie ouverte à l’opérateur est à peu près fermée. Tandis qu’à l’égard du monde microscopique, on a devant soi un champ d’exploration immense.
La micrographie se résume plutôt dans la dextérité «à préparer les sujets à examiner, que dans le maniement mécanique de l’instrument lui-même; il est la création du constructeur et son usage devient familier au bout de peu de temps, mais il n’en est pas de même de l’art de savoir faire voir des corps, qui, tels qu’ils existent, sont incompatibles avec les exigences du microscope. On est obligé d’avoir recours à une minutieuse préparation, variable selon la direction des études ou la nature des objets, dont le but est de favoriser la netteté de la perception, en mettant en évidence les délicatesses inappréciables à l’œil nu.
Pour celui qui mène de front la micrographie et la photographie, il s’agit de pouvoir préparer lui-même ce qui fait l’objet de ses recherches ; il comprend avec plus de perspicacité quelles sont les conditions les plus convenables pour obtenir finalement une bonne épreuve. En supposant qu’il ne lui serait pas possible de joindre ce talent à celui de la photographie, il serait obligé d’avoir recours à l’expérience d’autrui ; si le concours d’un habile préparateur de profession est utile dans quelques études partielles, il est inadmissible quand elles se transforment en recherches longues et sérieuses. Ce serait, du reste, se placer dans une dépendance continuelle, qui deviendrait préjudiciable ; on perdrait ainsi sa liberté d’initiative dans les moments où les recherches ont besoin d’être conti-
LES PREPARATIONS DES SUJETS MICROSCOPIQUES. 155 nuées sur une seule et même inspiration. On rencontre dans le commerce des préparations très-bonnes à photographier, qui figurent très-bien dans une collection, mais qui ne font pas aboutir à la solution d’un problème que l’on étudie à fond.
Beaucoup de micrograplies éminents ont fait des • traités sur l’art du préparateur ; ils sont, pour la plupart des travaux de valeur réelle, mais ici, plus que dans toute autre science, l’habileté s’acquiert davantage par l’habitude de la manipulation, que par la théorie du professeur. Il existe des petits secrets de métier, une routine de moyens ingénieux, que donne seul le travail du laboratoire. Le débutant dont la patience est mise à l’épreuve, s’arrête trop vite aux premières difficultés ; qu’il n’oublie pas que, s’il sait mettre du soin, de la propreté, et conduire ses essais avec ordre dans les idées, il y prendra goût au bout de peu de temps.
Il est à remarquer que la science pure cherche et que l’industrie applique à son profit. L’application de la photomicrographie peut devenir d’un utile secours dans certaines questions commerciales, pour établir des types de comparaison, telles que dans les matières textiles, les produits alimentaires, les graines, les bois, les papiers, etc.
Les préparations se font sur des lamelles de verre de choix dites porte-objets , de 0,027 -f- 0,075, di-
151 LA CHAMBRE NOIRE ET LE MICROSCOPE mension uniformément adoptée par tous les micrographes, pour faciliter les collections. Le sujet est recouvert d’un verre très-mince comme protecteur et fermant les cellules, dit couvre-objet. Chaque porteohjet est accompagné d’une étiquette indicative.
La préparation s’organise dans une pièce éclairée par une fenêtre exposée au nord, afin d’avoir un jour favorable, devant une table ferme et fixe, garnie de tiroirs, et au milieu de laquelle on place une surface blanche, comme une glace avec une feuille de papier par en dessous.
Il est nécessaire pour le travail d’avoir des instruments appropriés, simples, avec lesquels l'habileté des doigts rende de meilleurs services, que la complication
LES PRÉPARATIONS DES SUJETS MICROSCOPIQUES. Ib5 d’un ingénieux mécanisme. On a besoin, pour saisir les objets, de pinces fines et effilées, avec un ressort doux, ou de délicats pinceaux humectés pour les petits corps secs ; de ciseaux minces à lames droites et courbes pour disséquer, d’aiguilles emmanchées trèsacérées, pour les recherches histologiques, de couteaux ou scalpels à lames larges, et d’autres à lames étroites, qui font office de rasoir pour les coupes minces, d une scie fine pour faire celle des substances dures, de pipettes ou petites baguettes de verre pour déposer de petites gouttes de liquide, de seringues très-petites pour les injections, d’un compresseur mécanique à ressort pour les études de tissus et objets épais, d’un microtome pour faire des coupes régulières et d’épaisseurs variables. Le micrographe doit avoir aussi une tablette de bronze avec lampe à alcool pour chauffer les porte-objets, une tournette à faire les cellules, ou disque léger rotatif, surmonté d’un bâtis portant le pinceau imprégné de substance cémenteuse, une éprouvette graduée de 50 grammes, une cloche de verre pour préserver les différents objets de la poussière, une lampe à réflecteur pour le travail du soir. Il faut un certain nombre de capsules en porcelaine qu’on puisse chauffer sur la lampe à alcool, des verres de montre, des godets en porcelaine pour contenir et traiter les spécimens divers d’anatomie, des entonnoirs pouvant se placer sur les cols larges, des
Ilacons pour filtrer, des récipients de différentes formes, des tubes en verre, des flacons, grands et petits, pour les liquides et les récoltes faites avant le travail de la préparation.
Les dissections et études se pratiquent peu aisément sous le microscope, à moins qu’il ne soit spécialement disposé pour la dissection ; son usage est plutôt pour observer les sujets prépares à cet effet. Il laisse moins de liberté de manipulation qu’un instrument dans lequel les mains sont plus à l’aise, et les yeux moins fatigués par un plus faible grossissement, tel que le porte-loupe, des doublets montés sur crémaillère, ou mieux un appareil binoculaire spécial de dissection avec des doublets, au moyen de la disposition duquel le relief des sujets que l’on dissèque est apprécié complètement, soit dans l’eau, soit à sec. On a encore une plus grande facilité et l’on conserve l’indépendance des mouvements en plaçant une lentille de distance focale combinée, dans une monture de lunettes et grossissant de quinze «à vingt fois; un œil conserve la vision ordinaire, l’autre voit avec amplification.