POLARISATION
On démontre par les interférences que la lumière vibre, et par la polarisation quelle est la direction de ces vibrations. Erasme Bartholin (1669) vit pour la première fois qu’un rayon lumineux se dédoublait en passant à travers des cristaux de spath d’Islande. 11 entre effectivement un rayon, il en sort deux. L’un traverse la lame cristalline sans déviation, comme il traverserait le verre ; c’est le rayon ordinaire. L’autre est dévié contrairement à la loi de Descartes, qui est suivie par le premier, c’est le rayon extraordinaire. Quand on tourne le spath autour du rayon, l image ordinaire reste immobile, l’image extraordinaire tourne autour de la première. En recevant les deux rayonsjTun premier rhomboèdre sur un second identique, chaque rayon se dédouble, produisant ainsi quatre images ; en laissant un spath immobile, et faisant tourner l’autre autour d’un rayon incident, la lumière qui est tombée sur le premier n’a pu le traverser sans se dédoubler, mais chacun de ces rayons en traversant le second est resté simple. Le passage à travers le premier leur a fait perdre la propriété de se diviser en traversant le second. En substituant un prisme de Nicol à un rhomboèdre, les see-
lions principales sont croisées : ce n’est plus la lumière naturelle, elle a des propriétés nouvelles ; dans l’éther, elle est produite par des vibrations transversales, mais quand elle a traversé un Nicol, elles sont devenues parallèles, c’est la lumière polarisée. De ces deux appareils, le premier est nommé polari seur, le second analyseur.
Dans le microscope, le petit prisme de Nicol, le polariseur, se place sous la platine, dans la pièce à coulisse, étant ainsi situé entre le miroir et l’objectif. L’analyseur, qui est plus fort, se met au-dessus de l’objectif, soit directement tout près, ou mieux encore au-dessus de l'oculaire ; dans cette position, il tourne indépendamment, sans obliger d’avoir un instrument à platine tournante; il est recouvert d’une pièce métallique percée en son centre d’un petit trou faisant office de diaphragme, et éliminant ainsi une des deux images données par le prisme. On complète l’appareil de polarisation par des larmes de gypse très-pur (sélénite), de diverses épaisseurs, collées entre deux verres protecteurs ; en les interposant entre le polariseur et l’analyseur, elles produisent des fonds de couleurs éclatantes dont les bases sont le rouge et le vert ; elles contribuent ainsi «à varier les capricieux phénomènes lumineux et à rehausser leur éclat.
La disposition reçue dans le microscope d’observation ne convient pas entièrement à la photographie.
APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 1*5 Le polariseur ou prisme de Nicol, fixé sous la platine, conserve sa place, mais l’analyseur s’approche contre l’objectif, pour que les rayons qui en émanent passent en totalité à travers. 11 demande aussi une plus
Fig. 54. — Disposition de l’appareil de polarisation microscopique adapté à la photographie, montrant la position de l'analyseur et du polariseur.
grande longueur. La polarisation a lieu quand il y a modification dans le sens des vibrations par le fait de l’occupation d’une certaine position de l’analyseur par rapport au polariseur, lorsque les plans d’incidence font entre eux un angle droit. C’est en accomplissant un doux mouvement de rotation, sans attendre le point d’extinction de la lumière, que l’on obtient la production du phénomène.
Il est à remarquer que" ces jolies expériences, ces brillants elfets de coloration, n’ont qu’une faible uti-
UÔ LA CHAMBRE NOIRE ET LE MICROSCOPE, litc dans la micrographie , ils ne sont sensibles qu’avec certaines natures de préparations, dont les sujets ont besoin d’un traitement approprié. Leur plus ou moins grande épaisseur, leur transparence et les saillies opaques, changent totalement leur valeur comme polariscopes. Jusqu’ici la photographie a été impuissante
Fig. 55. — Cristaux de sel marin (chlorure de sodium) vus à la lumière polarisée.
à fixer les couleurs. Par conséquent, la polarisation qui engendre ces tons" si riches se traduit sur l’épreuve par des vilains noirs, désagréables, par de tristes teintes d’une intensité variable suivant l’activité chimique des couleurs. Il en est de même pour la spectroscopic microscopique où les bandes d absorption sont dans une semblable condition. Ce genre d observations, déjà très-spécial en lui-même et de même portée que la polarisation, est encore plus insignifiant dans les applications photographiques.
Néanmoins, si les résultats généraux sont d’un médiocre intérêt, l’opérateur trouvera moyen de les utiliser dans quelques circonstances : ainsi, dans la partie expérimentale sur la théorie de la lumière, dans quelques particularités de la lumière réfléchie. La photographie y trouve un auxiliaire dans l'étude des systèmes cristallins ; en s’en servant pour obtenir un fond noir, on arrive à faire apparaître des détails qui seraient inappréciables sans l’emploi de la lumière modifiée par la polarisation. Pour les recherches sur les réfractions relatives aux interférences et aux couleurs des lames cristallisées, on peut en tirer un trèsbon parti, en mettant à profit les qualités photogéniques de certaines nuances. .
Fig. 5G. — Cristallisation de l’asparagine, a-pect produit par la lumière polarisée.
Ce fut M. T. Davis (1864) qui indiqua le premier les services pratiques de la lumière polarisée dans la
photographie des cristaux microscopiques. Citons, parmi les plus aptes à la reproduction, ceux de : la
Fig. 5 7. — Cristaux de sulfate de cuivre vus à la lumière réfléchit*.
salicinc, l'asparagine, l’acide camphoriquc, l’acide tarlriquc, l’acide gallique, le cyanure de magné-
Fig. 58. — Cristaux de sulfate de cuivre vus à la lumière polarisée.
sium, le sulfate de cuivre, le tarlrate de soude, le sulfate de magnésie, la santoninc, la cholestérine, la créatinc, etc. Les cristaux sont les objets qui réussissent le mieux, mais ils ne sont pas les seuls ; pîu-
APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 119 sieurs autres appartenant au règne végétal en ont aussi le bénéfice, tels sont les épidermes de plantes, les cellules, les substances extraites de quelques formations bulbeuses.
On se tiendra sur ses gardes contre le foyer chimique, qui est d’autant plus sensible avec la lumière polarisée que les lentilles ne sont pas corrigées pour les différentes couleurs, mais seulement pour la lumière blanche ; inappréciable dans les observations, il paralyse les opérations photographiques. Ce n’est qu’en tâtonnant, et en se basant sur les moyens proposés pour la correction, qu’on éludera cet inconvénient. Il est d’autant plus fort que l’objectif est plus faible, et souvent on fait usage de celui-ci, parce qu’on a besoin d’une lumière assez vive, et que les sujets ne demandent pas un fort grossissement. Pour avoir plus de clarté, on supprime le diaphragme.
Cette considération sur le foyer chimique variable, mais permanent, avec l’emploi de la lumière polarisée, nous fait remarquer le problématique avantage qu’on en relire pour l’éclairage monochromatique. Si l’on trouve dans une des différentes gammes de coloration du spectre, le point exact pour une bonne correction de la lumière dans la photographie, il importe de produire toujours le même pour que les objectifs soient complètement exempts de foyer chimique. Le plus faible écart de l’appareil donnera, dans uneopé-
ration subséquente, un résultat dissemblable ; ou conclura d’après cela que la modification préférable qu’on obtient par le passage des rayons éclairants à travers une cuve remplie d’une solution monochrome, ne sera pas soumise à ces variations perturbatrices.
l'ig. Bî». — Poils éinilés il' u ii pétale du lieu Izia grneili* nu» en reliei par l'effet de la lumière polarisée.
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