LES TESTS NATURELS; LES DIATOMÉES
Plus l’art de l’opticien a reçu de perfectionnements , plus aussi on a cherché dans la nature organique des tests subtils ; il y a une trentaine d’années, on proposait les plumules d’ailes de papillons, aujourd’hui, ce test serait regardé comme peu concluant. Les micrographes anglais regardent l’écaille de la podure comme un très-bon test d’expérimentation. Amici, le plus célèbre constructeur de microscopes de cette époque les recommandait beaucoup, au lieu qu’actuellement on considérerait avec défaveur un instrument qui, sous un grossissement de deux cent fois qu’il faut pour les observer, ne les monterait pas parfaitement. On a maintenant recours au x diatomées, petites plantes classées au dernier échelon de la famille des algues, qui attirent spécialement l’attention des micrographes à cause de leur délicatesse alliée à leur infinie perfection géométrique, et surtout parce qu’elles peuvent facilement supporter les plus forts grossissements.
Les diatonjées (81 i, à travers ; té^vw, je coupe) sont « des plantes aquatiques d’un frustule, consistant en une cellule uniloculaire, investie d’un épiderme bivalve et siliceux ou silico-gélatineux. » (Smith.)
Elles se trouvent abondamment dans les eaux douces et salées, croissant en parasites sur d’autres plantes d’ordre supérieur.
Le micrographe s’y attache a\ec prédilection; elles sont la plus intéressante des études, par le rôle important qui leur est attribué dans la micrographie à cause
de leur supériorité comme tests, étant d’une délicatesse infinie où se manifeste l’expression de la perfection des plus infiniment petits sujets de l’histoire naturelle. Pour la photographie, elles offrent des graduations d’obstacles divers, qui sont un acheminement vers les meilleures solutions de tests. Les unes ont dans leur régularité symétrique des arêtes et des proéminences striées, où viennent échouer même les bons
LES TESTS-OBJETS
objectifs ; si l’on a obtenu des images satisfaisantes pour un certain nombre d’entre elles, il en existe beaucoup d’autres dont les formes et la constitution n’ont pas été encore bien appréciées.
Les diatomées se préparent le plus fréquemment au baume de Canada, ou quelquefois, lorsqu’il s’agit de
Fig. 72. — Diatomées marines (Rade de Cherbourg).
les employer comme tests, on les laisse à sec dans une cellule protectrice; on enlève ainsi certains effets de perturbations lumineuses et on leur laisse plus d’opacité, si l’on craint qu’elles ne soient trop translucides, défaut assez commun. 11 importe qu’elles n’encombrent pas le porte-objet , étant les unes sur les autres, il existerait plusieurs plans qui rendraient impossible la mise au foyer. Néanmoins, elles y seront éparpil-
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lées avec une certaine abondance, pour permettre de faire un choix parmi les meilleures, et surtout bien débarrassées d’endochrome par plusieurs lavages à l’acide étendu.
Rien mieux que la photographie n’est capable de rendre ces détails ; le trait du dessin donne une expression dure, au lieu du moelleux d'une épreuve ; ils y sont avec une telle précision, qu’avec une pointe on peut compter les cellules (sur un Coscinodiscus centrulis nous en avons compté 25,000). Mais aussi on doit se mettre en garde contre les effets trompeurs de la lumière passant à travers un corps silico-gélatineux qui la réfracte, et aussi contre les textures des frustules éloignées de la forme plane. On étudiera la différence qui existe entre l’épreuve obtenue avec l’incidence des rayons obliques, et l’éclairage centrique, s’il y a nécessité de reporter sur un condensateur l’excès de l’un ou de l’autre. Les interférences qui ne se manifestent d une manière sensible que sur l’épreuve, étant auparavant invisibles sur le verre dépoli, sont dues autant à la direction imprimée aux rayons, passant ensuite à travers l’objectif composé de plusieurs lentilles, qu’à l’intervention résultant de leur passage à travers la matière diatomique très-inégale dans les diverses épaisseurs, laissant passer ici la lumière, la réfractant à côté suivant un angle d’incidence plus ou moins ouvert. Le rayon réfracté et le
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rayon incident ne 6ont pas généralement dans le même plan normal à la surface réfringente,
La texture des frustules, jointe à leur transparence capricieuse et à l’irisation de quelques-uns, offre des reliefs assez forts pour que plusieurs plans sur une même épreuve apparaissent confusément; on a le
Fig. 73. — Diatonii'fts : Arachnoitliscus, Aulacodiscus, Heliopella Coscinoditcut, Triceralium, etc.
choix de ne prendre qu’un seul plan, celui qui semble le plus intéressant, ou de mettre au foyer sur un plan moyen; la diatomée qui est dans ces conditions peut être curieuse à reproduire à cause de ses caractères génériques, mais elle répond mal à ce qu’on a besoin d obtenir pour un bon test (ex : Aulacodiscus , He~
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liopelta, Isthmia , Amphilheatras, Biddulphiées, etc.).
lin habile préparateur de diatomées, M. Moëller,de Weddel (Holstein), a imaginé de mettre à contribution celles qui sont reconnues comme étant les meilleures. Il a groupé sur une seule lamelle de verre en une ligne, des diatomées graduées selon la difficulté qu’elle présentent dans leur résolution comme tests, de sorte que les premières soient très-aisées à reconnaître, et que les dernières, très-subtiles, puissent témoigner de la qualité d’un bon objectif. Ses « proben-plate » en contiennent 20, puis 50; il a aussi placé sur un même porte-objet les 406 diatomées de la classification de Grunow, et enfin, il en a exécuté pour le « Medical Àrmy Muséum » une qui en contenait 700.
Voici quelles sont les diatomées dont l’usage est le plus répandu pour remplir l’office de lests; dont leurs cellules sont les plus régulières, la valve plus plane, et présentant des caractères remarquables de finesse dans les stries ou les protubérances : les Pleurosigma offrent dans la classe nombreuse des Navicules une nature de texture beaucoup étudiée (P. angulatum , P. quadratum , P. formosum , P. attenuatum , P. hippocampus , P. décorum, etc.). Le P. angulatum est usité par les fabricants d’instruments pour leurs objectifs à correction et à immersion ; l’incidence des rayons produit des lignes de stries qui se croisent, on remarque aussi une partie ombrée dans l’intervalle de
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deux lignes consécutives, exprimant des cercles ou des hexagones mal définis, indiquant des cellules au lieu de lignes; avec un bon objectif et un éclairage un peu oblique, on se convaincra que les solutions données par beaucoup d’expérimentateurs divers se résument à admettre que la valve de cette diatoméc
Fifj. 74. — Indication des effets d'interférences dans l'interprclation Pleurosigma angulalum employé comme test-objet photomicrographique.
est en réalité couverte de protubérances hémisphériques, devant la modification de son aspect aux jeux de la lumière. Les ombres portées s’étendant à la suite des autres suivant une ligne droite font croire à l’existence d’une strie. Cette cause d’erreur a tendu à accréditer les stries pour les ponctuations saillantes, qui sont «à considérer comme un caractère générique dans la classe des diatomées. Ce fut M. Ilunt qui, le
premier, présenta cette observation ; M. Moucliet propose le prisme de Readc comme étant très-efficace pour obtenir une vision nette. M. Woodward a fait une photographie agrandie au grossissement de 49,500 diamètres, donnant sur l’épreuve positive même des illusions optiques indéterminées : en le regardant suivant une certaine incidence, l’œil paraissait apercevoir des cercles, et suivant une autre, ils se transformaient en hexagones. Le P. angulatum photographié par M. le docteur Maddox au grossissement de 5,000 diamètres, présentait le même caractère. A l’Exposition universelle de 1807, M. Lakerbaüer en avait exposé une épreuve, où les protubérances se traduisaient par des cercles avec un point central; une épreuve amplifiée tirée sur verre pour vue stéréoscopique rendait le relief des protubérances évidentes. — La Siirirella gemma est fort préconisée aussi comme expérimentation des plus forts systèmes lenticulaires ; cette diatoinée, regardée par M. Ilartnack comme test de premier ordre, présente des lignes saillantes transversales reliant la périphérie à la ligne médiane, entre lesquelles il existe un réseau, très-fin ; si elle est préparée au baume de Canada, les stries peuvent rester invisibles ; il faut une lumière très-oblique, un éclairage bien homogène. Les Grammntophoru , et notamment le G. subtilissima sont réputés comme bons tests, mais il est à remarquer que les arêtes ondulées
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proéminentes qui existent sur les faces les plus larges, créent un obstacle dans une mise au point simultanée avec le réseau inférieur. Les protubérances ou ponctuations ne sont visibles que sous un grossissement de 2,500 à 3,000 diamètres des détails que l’on cherche.
Fig. 75. — •Diatoinéc discoïde: Araclinoulincus Japunicu».
Les Discoïdes, tels que les Arachnoidiscus , les Coscinodiscus. Mendions, Actynocyclus, etc., sont d’une curieuse structure organique, ils offrent matière à bel les épreuves photographiques, mais leurs arêtes et la disposition des cellules n’ont pas des caractères assez accentués comme tests de choix; on les voit très-bien avec un objectif ordinaire. — Les Navicules, tantôt évincées par les expérimentateurs, procurent, pour
quelques-unes de bons tests ; seulement, étant trèspetites, on aurait une épreuve photographique d’une dimension trop peu considérable, par rapport au champ fourni par le microscope.
L’expérimentateur sc pénétrera dans ces subtilités micrographiques de cette remarque, que la résolution des diatomées-tests peut présenter des différences par les variétés d’un même genre, par le moment de la récolte où le développement du sujet est variable et par la manière dont elles ont été préparées. Ces conditions demanderaient cà être pleinement remplies d’une manière uniforme, pour qu’il soit entièrement admissible qu’on établisse des raisonnements péremptoires; l’opinion qui prévaut sur la nature des stries et sur leur nombre dans la partie visible des frustules, change môme selon les individus de semblable espèce avec de fortes différences.