La Chambre noire et le microscope. Photomicrographie pratique
La photographie a réalisé beaucoup de progrès dans son application aux sciences expérimentales ; la combinaison de la chambre noire avec le microscope est appelée à rendre des services signalés pour les travaux d’histoire naturelle par l’exactitude de ses résultats. Un artiste peut certainement dessiner avec précision les objets situés dans le champ du microscope, soit directement par interprétation, soit plus mathématiquement avec la
chambre claire ; mais par l’un comme par l’autre de ces procédés, malgré toute l’habileté qu’il apportera, et la conscience de copie, il n’arrivera jamais à donner une représentation aussi parfaite d’un sujet microscopique que la lumière, car elle est d’une irréfutable exactitude, brutale môme, excluant toute complaisance d’interprétation, ne dénaturant pas les merveilles de délicatesse des charmantes conceptions de la nature. Le dessin n’est pas pour cela à répudier, au contraire, il est indispensable à celui qui se livre sérieusement aux éludes micrographiques ; une figure est toujours beaucoup plus explicite que la description écrite didactiquement ; seulement n’étant pas le privilège de tous, la photographie peut le remplacer ; elle lui vient en aide aussi en préparant la masse du dessin, ou en permettant au savant de faire traduire ses observations par le dessinateur.
La photomicrographie ne doit pas être confondue avec la photographie microscopique ; la première a pour but d’agrandir les inûniment petits, la seconde diminue les images, pour ensuite être vues avec une combinaison optique amplifiante; l’une
PRÉLIMINAIRES
est ainsi le conlraire de l’autre, quoique comprises vulgairement et inintelligemment sous une dénomination erronée.
Émanant directement du microscope solaire et de la photographie, l’art de fixer chimiquement les sujets microscopiques remonte aux premiers temps de l’invention de Daguerre. Uniquement scientifique, elle ne s’est pas autant propagée que la photographie pittoresque , quoique l’on comprit tout l’avantage que l’on en tirerait. Étant plus spéciale et plus sérieuse, elle est restée en arrière, ou du moins elle n’a été travaillée que par quelques rares expérimentateurs. Ensuite son cercle d’action est limité, elle n’est pas pratiquée professionnellement, elle n’est aucunement rémunératrice, exige un matériel dispendieux et beaucoup de temps à lui consacrer.
II est réservé un brillant avenir à la photomicrographie. Elle est appelée à faciliter énormément les explications orales ; dans les cours pour les travaux techniques, où il est nécessaire de présenter, à l’appui des faits énoncés, pour faciliter la description, une fidèle représentation du sujet, la projection à la
i LA CIIAMülŒ NOIRE ET LE MICROSCOPE,
lanterne ou l’exhibition simple d’épreuves y sont très-utiles ; dans les ouvrages de sciences, l’application de la photomicrographie à l’héliogravure élucidera le texte en excluant toute faute d’interprétation de dessin ; des épreuves peuvent être données comme solution comparative d’un problème de sciences naturelles. On forme généralement de très-jolis albums d’épreuves intéressantes et agréables à l’oeil, qui figureront avantageusement sur une table de salon, et seront feuilletées avec curiosité, amusants et instruisants à la fois; mais le but réellement utile et pratique est de s’en faire un puissant auxiliaire dans les éludes comparatives qui sont entreprises avec continuité dans un même ordre d'idées. Travailler et chercher, c’est la ligne de conduite que doit suivre celui qui s’adonne aux recherches micrographiques.
Il se présente une multitude d’obstacles d’autant plus saillants, que les plus petites imperfections se traduisent d’une manière monstrueuse. La photomicrographie demande de la part de celui qui s’y livre des connaissances .étendues sur les deux branches de sciences desquelles elle procède ;
PRÉLIMINAIRES
l’opéraleur ne doit l’entreprendre qu’avec l’intention bien arrêtée d’y apporter le soin le plus minutieux, une patience à toute épreuve, une persévérance soutenue, et beaucoup d’ordre matériel et intellectuel. Si elle exige beaucoup, elle est amplement compensatrice ; les amis des sciences qui éprouveront dès le début du dégoût par les insuccès inévitables, seront ensuite bien dédommagés du labeur des premiers travaux par la séduisante réussite qui couronnera leur assiduité.
Comme dans la plupart des sciences expérimentales, les différents auteurs qui ont traité un sujet l’ont envisagé à leur point de vue, selon la direction qu’ils avaient suivie, nous profiterons de nos devanciers pour donner des notions sur la photomicrographie pratique , en la dégageant autant que possible des considérations purement techniques; afin de la vulgariser, nous tracerons la méthode qui nous a paru la meilleure et la plus simple pendant cinq années consécutives de travail. Simplifier, c’est progresser. On n’oubliera pas cependant que l’opérateur, après avoir consulté l’expérience d’autrui, a besoin de recourir à sa propre initiative,
0 l,A CHAMBRE NOIRE F.T I,E MICROSCOPE,
pour acquérir la pratique suivant ses aptitudes personnelles.
Nous nous sommes restreints uniquement à ce qui a directement trait à la photomicrographie proprement dite; elle est dérivée de deux sciences distinctes, que l’on est nécessairement obligé de connaître, et pour lesquelles de nombreux traités spéciaux ont été faits ; comme ils sont les compagnons naturels de la photomicrographie, nous nous renfermerons strictement dans ce qui fait partie intégrante du sujet, sans aborder aucune question, partiellement propre à la photographie ou à la micrographie , qui serait en dehors des limites déterminées.