PHOTOGRAPHIE DES CORPS OPAQUES
Reproduire les sujets éclairés par transparence est la méthode la plus communément suivie et celle qui offre le plus de facilité ; c’est celle qui donne les meilleurs résultats. L’obligation de photographier des corps très-petits impénétrables à la lumière est heureusement exceptionnelle ; autant que possible on tournera la difficulté par l’art de la préparation ; sans les dénaturer, on tâchera de les rendre demiopaques, soit en les amincissant, soit en les imprégnant de substances qui les rendent diaphanes. On ne les reproduira ainsi que quand il y aura nécessité absolue, pour ne pas tomber dans les opérations difficiles. Elles s’attachent à la faible quantité de lumière réfléchie, qui exclut un long allongement de la chambre noire, et au relief des corps qui empêche totalement une mise au foyer précise et uniforme simultanée de la totalité de la surface. En employant la disposition du microscope inclinant adapté à la chambre noire horizontale, on éclai-
rera avec une lentilte concave montée sur pied mobile, conduisant les rayons solaires, de façon à ménager les ombres devant produire l’effet le plus avantageux pour le relief. Un petit ballon de verre
Fig. 6. — Coupe ü’un fanon de baleine. — Exemple de reproduction d’objet, demi-opaque.
rempli d’eau très-pure, comme ceux employés dans les laboratoires, fournit aussi un point très-brillant, sans donner beaucoup de calorique, défaut à éviter pour ne pas détériorer les préparations susceptibles.
APPLICATIONS ET OPÉRATIONS ACCESSOIRES. 59 Il est utile de recevoir la lumière selon une direction, calculée par rapport à la position de la chambre noire, de façon à ce que l’angle d’incidence ne soit ni trop ouvert, ni trop aigu. On fera apparaître les corps opaques sur fond noir, obtenu sur la préparation môme, ou sur quelque aulre où ils puissent se détacher, car ces épreuves ont besoin impérieusement d’avoir des nuances tranchées.
Les faibles grossissements seuls conviennent aux corps opaques, parce qu’avec un objectif fort la distance focale serait trop courte pour faire tomber dessus un faisceau lumineux, et que la mise au foyer serait disproportionnée relativement au manque de pénétration. Comme l’on ne peut mettre au foyer le relief entier, puisque les objectifs, ayant deux ou trois lentilles, ne donnent qu’un seul plan, on choisit le point le plus intéressant, ou un point intermédiaire qui donne un ensemble, [quoique ne traduisant nettement qu’une seule partie. Si l'on était dans la nécessité de reproduire souvent des objets opaques, on pourrait les réfléchir dans une glace, selon un plan d’incidence combiné, où alors ils se projetteraient planétriquement.
On peut encore avoir recours pour l’éclairage au miroir de Lieberkühn, placé au-dessus d’une chambre noire verticale, selon la disposition de M. Naehet, ou au réflecteur parabolique de Beck (modifié par M. Sorby), tournant autour de l’objectif, pour diriger les rayons à volonté. Le professeur L. Smith (de Gambia, Ohio, U. S.) a été le promoteur d’un éclairage, dans lequel un petit miroir placé dans la partie inférieure du tube du microscope ouvert à cet effet réfléchit la lumière par-dessus l’objectif. Malgré les combinaisons instrumentales les plus ingénieuses, on n’est pas encore parvenu à résoudre définitivement la question de la photographie des corps opaques, qui serait d’un véritable secours à l’étude de la minéralogie ; les épreuves sont généralement peu séduisantes, si on ne les traite pas spécialement pour la reproduction photomicrographique.
ÉPREUVES STÉRÉOSCOPIQUES
L’emploi du microscope binoculaire s’adresse plus aux observations dans lesquelles l’image est virtuelle, que dans celle où elle est réelle, comme en photographie ; les effets de vision si remarquables dans le premier cas avec certains sujets deviennent insignitiants dans le second. Pour prendre une épreuve stéréoscopique du format employé communément, il est très-simple de tirer une épreuve positive, que l’on reproduit ensuite avec la chambre stéréoscopique usuelle pour les vues ; on élude ainsi une opération assez incommode, si l’on n’est pas installé pour ce cas particulier de la photomicrographie.
Avec le microscope ordinairement adapté à la chambre noire, on peutaussi prendre alternativement deux vues, dans un châssis d’un modèle en rapport avec l’écartement visuel. Pour certaines démonstrations d’objets et quelques préparations particulières, on a toute l’illusion du relief.
La photographie sléréomicroscopique a été l’objet de différentes études expérimentales. Le professeur Wheatstone, afin d’avoir des images où les jeux d’ombres soient dissemblables, ce qui donne un aspect plus saisissant , a inventé de faire tourner l’objet selon un axe imaginaire variant de 7° à 15° d’inclinaison, en évitant les ombres interférentes, qui produiraient des effets pseudoscopiques. Le docteur Maddox perfectionnant l’agencement mécanique, introduisit pour les objets transparents, selon M. Wenham et M. Smith, l’addition d’un obturateur ayant une ouverture semi-circulaire, égale à la moitié de la lentille frontale. M. Moilessier, désirant obtenir la sensation du relief résultant de la vision simultanée des deux images , se sert d’un demi-diaphragme donnant deux épreuves d’un même sujet, avec les deux moitiés d’un môme objectif. Ce moyen pseudostéréoscopique s’applique particulièrement aux objets quipeuvent ôtre éclairés par en dessus.