‹ La chambre obscureChapitre 22 sur 46 · LE COCHEB DR LOUAGE · texte numérisé non relu

LE COCHEB DR LOUAGE

couru trop fort pour pouvoir retenir les chevaux. Nouveau clin d’œil. Et le long fouet va à droite et à gauche, et l’air retentit sous les coups, et les chevaux trottent dans la bonne ville, si bien que les épiciers disent derrière leurs comptoirs que c’est un scandale.

On sort par la porte Neuve, on monte la chaussée ; on . tourne la porte du Sable ; Blocmendaal ; le sable...

***• Vous ne marchez plus, Gerrit ? lui crie-t-on.

— Le cheval de devant sous la main a perdu un fer, et le cheval de derrière a marché dans les clous de celui de devant, messieurs.

Mais, malgré ces accidents, dès qu’on approche de la barrière de Zomerzorg, le fouet retentit : Clic I clac ! clic ! on passe au grand trot devant la maison, on longo le pont, la voiture tourne court et s’arrête net devant la porte.

— Jolie manœuvre, fou ! crièrent les messieurs d’une seule voix, et l’on dit unanimement que personne ne s’entendait mieux à conduire que Gerrit le fou. Celui-ci moissonna son triomphe en adressant un clin-d’œil répété au garçon d’écurie qui attendait.

Un quart d’heure après, les chevaux sont au râtelier, et Gerrit, les manches retroussées, prend avec la pincette un petit charbon du foyer de la cuisine pour le mettre sur sa courte pipe. — Eh bien, Katjen, dit-il à une grosse cuisinière rien moins que jolie, je n’ai pu rester plus longtemps loin de vous. J’ai dit à ces messieurs : Nous poursuivrons le voyage jusqu’à Zomerzorg, je veux savoir si Katjen n’a pas encore d’amoureux. — Qu’est-ce que cela vous fait ? dit l’aimable maritorne ; vous avez une femme à la maison. — Une femme, répondit Gerrit, et à ce souvenir il ôta res-

TYPES HOLLANDAIS

pectueusement son chapeau luisant; une femme comme deux, Katjen, et elle vous fait ses compliments. Demandez à ces messieurs; je leur ai dit : Messieurs, aidez-moi à me souvenir que je dois faire à Katjen les compliments de ma femme.

Les messieurs sont à table. Les premiers moments sont passés. Conticuere, rumor, etc. Ce sont des acclamations, des éclats de rire, des toasts sans fin. Monsieur un tel, avec des petits yeux brillants, à demi plus petits que d’ordinaire, arrive derrière, à la cuisine, et s’écrie :

— Gerrit, avez-vous du vin ?

— Du vin, monsieur, demanda Gerrit avec le plus innocent visage du monde, en se versant un verre de bière.

— Par les dieux ! s’écria monsieur un tel, Gerrit n’a pas de vin, et courant en avant, il revient avec une bouteille à rabat. Lorsqu’il a quitté la cuisine, Gerrit cligne extraordinairement de l’œil, et est transporté de contentement.

Les messieurs se remettent en voiture. Ils sont surexcités. L’un veut aller en voilure, l’autre veut rester en arrière. Le troisième veut avoir le fouet. Le quatrième déclare qu’il consent à donner dix stuivers à Gerrit, s’il fait en sorte de les verser. — J’ai de l’argent, assez, monsieur, répond Gerrit; j’aime mieux mourir demain qu’aujourd’hui.

Il est ferme sur son siège, fait claquer son fouet, cligne des yeux, répond par des plaisanteries, et ne fait pas un pas de plus qu’il ne lui convient.

Il est tard dans la nuit, lorsque Gerrit arrive à la maison. Le garçon d’écurie ouvre la porle et l’éclaire en face avec sa lanterne.

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