‹ La chambre obscureChapitre 21 sur 46 · LE COCHER DE LOUAGE · texte numérisé non relu

LE COCHER DE LOUAGE

point de drap gris et un long manteau, Gerrit Van Stienen, surnommé le fou Gerrit, à cause de sa hardiesse en partie réelle, en partie feinte, vis-à-vis des nobles coursiers.

— Hip ! hi ! cria le fou Gerrit. Tout s’arrête dans un silence de mort. Il se lève sur le siège, et fait claquer trois fois son fouet, si bien que les corneilles s’envolent comme si cela s’adressait àelles et commencent un carrousel autour de la poire de l’Hôtel-de-Ville. Il fait entendre de nouveau son hip I hi I

La fenêtre de l’étage s’ouvre ; un jeune homme avec un mouchoir de soie sur la tête (les étudiants détestent les bonnets de nuit) et une jeune-france au menton, regarde au dehors, enveloppé dans une robe de chambre écossaise à carreaux. — Eh lie fou ; voilà de l’exactitude, gaillard ! — Bonjour, monsieur, dit le fou en clignant obliquement de l’œil, avez- vous attendu longtemps ?

Le monsieur à la jeune-france jette un coup d’œil sur l’attelage : — Doivent-ils le faire, Gerrit, dit-il. — Oui, monsieur, ils le désirent de tout cœur. — Ils n’ont pas un extérieur florissant, Gerrit. —Cela ne se peut pas non plus, monsieur ; mais les jambes sont solides. — Il me semble qu’ils s’appuient si rêveusement l'un contre l’autre. — Monsieur doit tenir compte qu’ils sortent à peine du lit; et puis ils ne se tiennent pas en perfection debout, mais ce sont de fameux coureurs.

Trois jeunes gens apparurent, venant des difîérçnts coins de la ville, et se réunirent d’une façon passablement bruyante dans la chambre de l’étudiant à la jeune-france.

— Fixe au commandement , Gerrit I dit monsieur un tel en franchissant d’un pas rapide l’escalier. — C’est qu’ï/ dit

TYPRS HOLLANDAIS.

aussi, dit Gerrit en montrant son fouet. — En deux heure» à Harlem, ordonna un autre, en boutonnant étroitement son paletot. — Si nous ne faisons pas le chemin en sept quarts d’heure, dit Gerrit, cela ne sera pas gentil, et il cligna des yeux. — Il ne faut jamais marcher, Gerrit, dit monsieur François, pas même dans le sable, et il prit place. — Ils devraient être morts de honte, reprit Gerrit. — Fais claquer ton fouet à ébranler la rue, dit joyeusement M. X... en tirant la portière à lui ; la réponse du fouet fut : Clic ! clac I clic I et les corneilles s’envolèrent en poussant de grands cris, et la voiture roula et fit trembler tous les carreaux de la Brèestraat dans leurs rainures, jusqu’à la porte de Rhynsburg.

On s’arrête pour se rafraîchir à l 'Homme savant. — Vous n’avez pas très-bien marché, Gerrit. — Il faut défaire les jarretières, dit l’homme en ôtant son surtout parce que le soleil commençait à lui peser et se montrant dans une blouse bleue à courts pans, un gilet jaune et un pantalon en velours dont les jambes sur le côté étaient garnies d’une foule de boutons d’os. Les étudiants, Gerrit, et les chevaux prirent leur prandium. Toutes! déjà prêt de nouveau. — Attendez, crie François, il nous faut une farce. Duin, allumez les lanternes. — Les lanternes en plein jour, demanda Duin en pâlissant. — Soyez-en sûr, dit Gerrit du haut du siège et en clignant des yeux avec la plus grande gravité ; vous ne savez pas, il suffît souvent d’une petite cause pour amener un grand malheur. Hip 1 hi I hàte-toi un peu, Duin.

On arrive à Harlem, les lanternes allumées. La course'a duré deux heures. — Les cloches sonnent, dit’Gerrit. On le convainc du contraire avec sa propre montre. — On a

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